Ces jardins de Paris pour revivre, voire survivre

 

A Cuba, en Argentine, en Russie, au Canada,  aux Etats-Unis,  déclin économique, crise, précarité mais aussi militantisme environnemental poussent des foules de citadins à créer des potagers en ville. A New-York, comme à Montréal, on cultive depuis longtemps sur les toits, terrasses et balcons. La France a pris du retard sur ces pays. Mais à Paris et dans sa banlieue notamment, ce qu’on appelle les « jardins partagés » se multiplient

 

Sur le toit du gymnase des Vignolles (Paris 20ème), le vent caresse les haricots, patates, tomates et aromates. Sous l’œil attentif de Françoise, l’animatrice, Hector, africain sans emploi ni papiers, glisse avec mille précautions sa spatule dans la terre collante, puis extirpe une belle tête d’ail intacte. Large sourire. Et long soupir…

 

En quinze ans de chantiers en Europe, il a piloté divers engins de terrassement, mais n’avait  jamais mis ainsi « les mains dans la terre ! » Après de longs mois de dèche, il est venu s’initier au jardinage sur le toit du gymnase,  érigé en 2009 au cœur d’un quartier neuf de logements sociaux. « L’architecte, explique Valérie Navarre, assistante sociale, a conçu dès l’origine la toiture comme un jardin suspendu », jouxté d’un escalier et même d’un ascenseur pour les invalides.

 

Socialiser les gens

 

Le « Jardin sur le Toit » est le premier du genre, à Paris, parmi les “jardins d’insertion[1]“ et autres “jardins partagés“. Mais la mairie envisage d’en créer une quinzaine d’ici à 2020.

 

« Ici, bien avant de nourrir les habitants, il s’agit de les  socialiser », souligne Valérie, salariée de l’association Lafayette-Accueil, qui secourt les parents isolés ou les couples avec enfants en difficulté.

 

« D’abord, insiste-t-elle, « réapprendre les rythmes de la vie, puis les contacts humains. Sans parcelle individuelle, les  jardiniers se partagent le travail, la récolte, puis les plaisirs de la table. Et ça leur fait du bien ! » Heureuse, Valérie, d’avoir, « en neuf mois d’efforts », réussi à faire venir au jardin une dame qui se morfondait dans sa solitude : « Aujourd’hui, elle vient au jardin bavarder, et elle gère nos arrosages !»

 

Renouer avec la terre

 

Et Férouz, l’Afghan demandeur d’asile ?  « Il a appris le français ! Régularisé, il a un emploi et un appart ! » Ainsi, renouant avec la terre et les gestes nourriciers, les « blessés de la vie » remontent la pente. Ils sont fiers, ensuite, de partager leur savoir avec les enfants et… les bobos du quartier ! Car il a du succès, ce jardin suspendu !  Tout bio, bien sûr…  Des mamies souriantes y apportent leurs déchets à composter.

 

Dans un carré expérimental, l’écrivain jardinier Jean-Paul Collaert a créé des plantations sans sol, sur un substrat innovant : le “lasagna bed: « on y alterne des couches de compost, cartons, bois trituré, déchets verts, herbes sèches et feuilles mortes. » Colonisé, digéré par la végétation, les microbes et les insectes, ce matelas devient au fil des mois un sol fertile et souple.

 

Des tomates de Paris

 

A l’autre bout du jardin, Daniel, lui,  s’essaie à la “permaculture ou “jardinage du paresseux“, inventée par le Japonais Fukuoka : « Surtout ne pas retourner le sol, mais le couvrir de paille ou de déchets végétaux, afin que les micro-organismes et autres bestioles fassent seuls le travail ! »

 

A la cuisine-atelier, on fait circuler “Le Parisien“ du 10 juillet : un article raconte que deux ingénieurs, Nicolas Bel et Nicolas Marchal, ont créé un jardin expérimental sur le toit de la grande école AgroParisTech. Leur projet ? « Produire frais et local », et notamment des tomates parisiennes plus goûteuses que celles conçues (par d’autres agros) pour résister au transport !

 

Fameux « community gardens »

 

Autre objectif, « valoriser les déchets organiques urbains », en confiant leur compostage à des armées de lombrics ou à des mycéliums de champignons. « N’espérons pas, toutefois, nourrir la capitale avec ses jardins sur les toits, ni même ceux installés sur le plancher des vaches ! », sourit Laurence Baudelet, cofondatrice de l’association. Ayant perdu en un siècle sa fameuse “ceinture maraîchère“, Paris manquera toujours de terrains “intra muros“.

 

N’empêche, sur le modèle des “Community gardens“ de New York, Laurence a aiguillonné les élus parisiens pour qu’ils concèdent aux habitants les « friches urbaines », qui deviennent des “jardins partagés“ : « nourriciers et solidaires. »

 

Il s’agit parfois d’espaces libres des logements sociaux ou d’équipements publics, voire de tronçons de l’ancienne voie ferrée de Petite Ceinture. C’est le cas, par exemple, des Jardins du Ruisseau, près des Puces de Clignancourt.

 

Des noms loufoques

 

 « Plus que des fruits et légumes, rappelle Cyril, le co-président. on y produit du lien social ! » L’autre soir, on y dansait sur les rails, au son d’un orchestre latino. Pour créer un jardin partagé dans leur quartier, les habitants doivent se grouper en association  et contacter en mairie, au service des Espaces Verts, l’équipe qui leur fait signer une charte “Main Verte:

 

«La mairie de Paris fournit alors le terrain, la terre végétale, les clôtures, l’adduction d’eau et l’assistance technique. En échange, les adhérents s’engagent à jardiner « bio », à accueillir le public, notamment les écoliers, et à organiser au moins une fête ou animation par an. »

 

Avec son association « Graines de Jardin », Laurence a élaboré la charte « Main Verte », lancée en 2003. Elle accompagne aujourd’hui tous les nouveaux projets. Et son équipe anime en région parisienne un réseau de cent dix jardins partagés, dont quatre-vingts à Paris.

 

Ils ont des noms poétiques ou loufoques : Aligresse,  le Poireau agile, le Trèfle d’Eole, le Jardin des Soupirs... Sur le plan de Paris, sans surprise, on observe que ces oasis de verdure et de convivialité prolifèrent bien plus à l’est qu’à l’ouest, où les quartiers populaires et les terrains libres se font rares…

 

Paris au temps de Zola ?

 

« Ils s’implantent bien aussi en Seine-Saint-Denis , note Laurence, là où subsistent du foncier disponible, des associations vivantes et des élus de la gauche plurielle : Aubervilliers, Montreuil, Sevran, Pantin, Les Lilas, Bagnolet…»

 

Dans les friches industrielles du 9/3, verra-t-on un jour se reconstituer la “ceinture maraîchère“ qui nourrissait Paris au temps de Zola ? Pas si facile ! Car nombre de terrains libérés ont déjà été convertis en espaces verts ou… en programmes immobiliers.

 

A La Havane, dès 2004, on récoltait 300 000 tonnes de légumes dans les “organoponicos“, les potagers “bio“ urbains. A Detroit, les vastes espaces libérés par la crise automobile et le krach immobilier sont reconquis par les jardins nourriciers. Et aujourd’hui, dit-on, la Grèce en faillite emboîte le pas de l’Argentine des années 90 ! Une bonne nouvelle ?

 

Maurice Soutif pour « lecrapaud.fr »



[1] La réglementation française distingue deux types de jardins collectifs d’insertion : ceux d’insertion sociale, où les jardiniers sont bénévoles et se partagent les produits, et ceux d’insertion par l’activité économique, où ils vendent leur production et perçoivent un revenu.

[2] 21 rue de Jessaint, 75018 Paris. Courriel : contact@grainedejardin.com


Vues : 86

Commentaire de ILBOUDO Adama Arukey le 8 août 2012 à 23:41

J'espère que mon message est bien venu: l'envoi a coïncidé avec une coupure de courant. Mes excuses si des erreurs s'y trouvent je n'ai pas eu le temps de me relire

Commentaire de fiess robert le 9 août 2012 à 0:04

Non, pas de vidéo prévue, nous agrémentons les billets avec des dessins de presse uniquement. rf

Commentaire de ILBOUDO Adama Arukey le 9 août 2012 à 14:59

Oui! justement, une image permet de bien saisir le message que vous voulez passer, enfin, à mon avis!

Commentaire de fiess robert le 11 août 2012 à 9:38

Bonjour,

vous pouvez vous adresser aux associations indiquées dans le billet, elles disposeront sans doute de quelques photos. Amicalement, rf

Commenter

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Atelier des médias

Écoutez !

Membres

Les billets à la Une

Abonnez-vous par mail :

Photos

Chargement en cours…
  • Ajouter des photos
  • Tout voir

La vie de la communauté

Billet de gengengen

Sisters se préparent à jouer un rôle de graisse

C'est une chance que les soeurs Barlett aiment jouer ensemble.Diocésain élèves de l'école Bonnet, 13 ans, et Claudia, 17 ans, se partageront le rôle de Cha Cha DiGregorio dans la comédie musicale Grease qui s'ouvre vendredi.Ce sera la première fois…Plus
il y a 7 minutes
Icône de profilMondoblog

Mémoire de Guerre : la légende de la mort de mon grand-père

C’est l’histoire de mon grand-père. Elle est faite de légendes et de vérités. Elle m’a été racontée par ma grand-mère il y a près de 15 ans… J’en partage les grandes lignes avec vous. Souvenirs - Mon grand-père Alexandre est mort en 1958. Ne me… Plus
il y a 9 heures
Billet de Junia Barreau

Lettre à la ministre Duperval - Un plan national pour l'élimination du choléra

Dr Florence Duperval GuillaumeMinistre de la Santé Publique et de la Population111, Rue St Honoré, Port-au-Prince, HaitiMadame la Ministre,Je me permets de réagir directement à vos propos dans l'article "…Plus
il y a 10 heures
Icône de profilRFI | Atelier des médias via Facebook
Miniature

Bravo Alimou Sow ! http://lims.mondoblog.org/

Facebookil y a 10 heures · Répondre
Ali KONTAO a recommandé la discussion de Malik Berkati La crise et les mouvements migratoires européens. Faut-il en parler?
il y a 13 heures
Ehouli Aka Tanoe Jean Claude a partagé un profil sur Twitter
il y a 13 heures
Ehouli Aka Tanoe Jean Claude a partagé un profil sur Facebook
il y a 13 heures
Photos publiées par MAB Elhad
il y a 13 heures
Ehouli Aka Tanoe Jean Claude a publié un statut
"Je suis: Président d'une association dénommée UJDCB ( Union des Jeunes pour le Développement et la Construction de Bakro ). Bakro un village"
il y a 13 heures
Ehouli Aka Tanoe Jean Claude a laissé un commentaire pour Ehouli Aka Tanoe Jean Claude
"QUEL EST LE STATISTIQUE ÉCONOMIQUE QUE DOIVE ADOPTER LES GOUVERNEMENTS AFRICAINS POUR RÉDUIS L'INDIGENT DE LEUR PEUPLE ? "Le taux de pauvreté des familles pauvres est élevé, parce que les gouvernements…"
il y a 13 heures
Icône de profilMondoblog

Haïti-Elections : comment résoudre la crise électorale haïtienne ? Un Sujet du bac.

La crise électorale en Haïti est un examen toujours très compliqué pour les autorités haïtiennes. Aucun gouvernement n’a jamais réussi avec brio ce concours. Le dérèglement du calendrier électoral constitue le nœud gordien de cette crise qui perdure… Plus
il y a 13 heures
MAB Elhad a promu le blog #4M2013 : Penser "l'après" dans les médias de Raphaelle Constant
il y a 14 heures

Vidéos

  • Ajouter une vidéo
  • Tout voir

Votre badge "Atelier des médias"!

Chargement en cours…

Forum

la visite d'OBAMA

Démarrée par ousmane wade dans Actualité et débats dimanche. 0 Réponses

on a lu tout dernièrement dans la presse que la visite de Barack OBAMA en Afrique va coûter 50 milliards de fcfa pour sa sécurité.le rassemblement de tout cet arsenal sécurité et logistic pour le…Voir la suite

RECHERCHE DES VOLONTAIRES: SPECIAL PROJET VOYAGE UTILE EN AFRIQUE DE L'OUEST AOUT 2014 AVEC SIVA-TOGO

Démarrée par Pauline DELON dans Solidarité et Humanitaire. Dernière réponse de Pauline DELON dimanche. 3 Réponses

( Spécial Projet Voyage Utile)1- Porteur du Projet Ce projet est initié par SIVA Togo, une association à but non lucratif qui a pour objectif. L’association Solidarité Internationale des Volontaires…Voir la suite

LA PRESIDENCE DU SENAT ET NON LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

Démarrée par Emmanuel Bellart dans Actualité et débats vendredi. 0 Réponses

Président du SENAT: extrait de la réaction de l'offre Orange publié dans le quotidien Mutations de ce jour. le texte entier sera publié lundi En définitive, nous devons tous admettre que M. Niat…Voir la suite

PARTEZ CONFIANTS: STAGE, MISSION HUMANITAIRE, CAMPS CHANTIERS EN AFRIQUE AVEC SIVA-TOGO

Démarrée par Pauline DELON dans Solidarité et Humanitaire vendredi. 0 Réponses

 Bénévoles des quatre coins du monde, Je conseille vivement à toute personne (du moins censée) de choisir SIVA-TOGO pour un camp chantier, stages, tourisme solidaire en Afrique. Les membres…Voir la suite