Twitter au secours du journalisme ?
Mardi 16 juin 2009, il est 20h02 ! David Pujadas, le présentateur vedette de France 2 commence son journal ainsi « Bonsoir, disons le franchement, il nous est difficile de vous relater ce qui se passe ce soir en Iran ». Il lui était impossible de joindre le correspondant de France Télévisions sur place. Le propos peut paraître désapointant. Mais c'est ainsi que le présentateur ouvre la page consacrée à l'actualité iranienne où les principales images qu'ont les télés étrangères se limitent à des extraits tirés d'Internet. Au fait, les journalistes étrangers venus couvrir les élections se sont vus obligés de rentrer (visas de travail non renouvelés) ou assigner à résidence pour ne pas couvrir ce qui se passait dans les rues de Téhéran. Ce qui pose un réel problème d’information. Même CNN était « étrangement absente ».
Comment en est-on arrivé là ? Au lendemain des élections, le président sortant M. Ahmedinejad est donné vainqueur devant son challenger "réformiste" Moussavi. Il s’en suit une vague de protestation depuis dimanche et un filtrage en règle des moyens de communication de la part du pouvoir sortant. Le seul qui est parvenu a passé entre les mailles de la censure semble être Twitter. Des iraniens ont contournés la censure en passant par des serveurs relais appelés Proxy, hébergés dans d’autres pays. Ces platesformes permettent de donner une vue, qui peut traduire une vérité du moment, des événements à travers les photos et vidéos prises par les téléphones mobiles. Le mérite des réseaux sociaux comme Twitter sur l’éclairage d’évènements de ce genre (il y a eu un précèdent avec ce qui s’est passé en Moldavie ou bien encore le surprenant sauvetage d’un avion sur l’Hudson river à New York) c’est d’être là où les médias ne sont pas ou pas encore. Chaque témoin d'événements peut se transformer en "reporter". Et donner un point de vue. Au plus fort de la crise iranienne, le trafic venu d’Iran a même représenté 1% de l’ensemble du trafic de Twitter. Un trafic qui permetait de partager des images des manifestations mais également de coordonner les manifestations. De là à dire que c’est une "révolution twitterisée", certains ont allégrement franchi le cap sans prendre de « bottes ». Les gens qui se regroupent et qui manifestent dans les rues de Téhéran ne sont pas tous sur Twitter. Mon prof d’Atelier de presse écrite disait qu’Internet était l’avenir du journalisme. A entendre les assoiffés de nouvelles tendances, les réseaux sociaux seraient l’avenir du journalisme…. euh enfin plutôt sa mort, non ?
Pour la petite histoire, au milieu de son journal David Pujadas a pu enfin s’entretenir en direct avec Hugues Huet, le correspondant de France Télévision en Iran, pour un compte rendu de la journée.