Histoire incroyable, révoltante et traumatisante d'une  étudiante qui ne voulait plus de ce monde

 

« Plus je grandis, plus je comprends et certaines choses du passée me révoltent » 

Pour écrire sur une personne il faut l’aimer ou la détester. Dans ce cas, j’ai écrit parce que je l’aime.              

Par Kenfack Dirane

 

J’ai récemment rencontré une jeune  camerounaise, nommée Rebecca Jourdain. Elle s’est présentée à moi lors d’une séance expresse d’entrainement de tennis. Elle est  réservée mais pleine de potentiel. Après avoir discuté avec elle, elle m’a dit qu’elle voulait apprendre à jouer au tennis. 

Etudiante en Langues Étrangères Appliquées au Département de LEA de la faculté des  Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Dschang, Rebecca Jourdain parle couramment quatre langues (français, yemba, anglais et espagnol) et apprend l’arabe, via internet. Elle est passionnée de petites ballades en duo et de cinéma, mais s’intéresse aussi « particulièrement aux problèmes que nous rencontrons dans nos sociétés au Cameroun, mais aussi à l’étranger, notamment la maltraitance et l’esclavage».Traumatisée par la maltraitance dans son enfance, Rebecca est issue d’une famille polygamique dont elle est la première née à sa mère qui a six enfants. Née à Bamendjou dans une chefferie des Haut-plateaux, à l’Ouest du Cameroun,  elle raconte une histoire incroyable, ignoble et déshumanisante qu’elle a subi et dont elle peine à s’en remettre .Déprimée, désespéré, elle décide de jouer au tennis pour essayer de tourner cette page de l’histoire. Elle ne comprenait pas comment elle, sortie  des entrailles de sa mère  a  subi des supplices de la part de celle-ci au point de faire plusieurs tentatives de suicide.

Séduit par son profil, je lui ai demandé d’écrire un billet pour son témoignage émouvant sur mon blog.

Rebecca Jourdain :

J’ai toujours vécu au Cameroun et je ne me vois pas vivre ailleurs que sur ma terre. Elle représente ce que je suis, d’où je viens. Avec les années, ce sentiment d’appartenance à cette terre de merveilles d’une nature luxuriante s’est renforcé. Je n’ai jamais partagé les points de vue de certains camarades d’école qui préféraient les grandes villes de ce pays ou de partir à l’étranger. Malgré tout ce que l’on pourra dire du Cameroun et de mon village, c’est le chez moi.

Ce qui me chiffonne en revanche c’est de constater cette hypocrisie si flagrante de la part des familles, particulièrement la mienne. Certains événements (récents ou non) m’ont fait voir la réalité de la société dans laquelle nous vivons. Jusqu’à un certain âge je ne comprenais pas tout, j’avais du mal à comprendre les raisons  pour les quelles j’avais été maltraitée par ma mère .Mais plus je grandis, plus je réalise. Et certaines choses me révoltent.

Cependant, je saisis cette opportunité pour enfin exprimer ce que j’ai considéré comme un tabou , pour montrer que les enfants ont aussi des droits, des droits selon les valeurs africaines et ne doivent pas être des objets pour leurs parents, ni des esclaves ,ni subir la maltraitance, ils doivent aussi être traités avec toute la dignité qui leur est due.

« Je me suis senti en marge de la société si bien que j’ai failli me suicider ».

 En effet, ce sentiment se fait ressentir particulièrement quand je faisais face aux souffrances   qui m’étaient  infligées par ma mère. Mon père polygame ne savait pas ce qui se passait. Ma mère passait le temps à me battre, à me battre pour rien. Ce qui me fait beaucoup mal c’est que je n’étais pas une enfant têtue, mais elle me battait quand même. Je ne pouvais pas m’excuser devant elle, quand je le faisais, le moment où je prenais mon courage, elle me battait encore plus et je ne comprenais pas comment une mère qui m’a enfantée pouvait me faire souffrir de la sorte. Exaspérée et n’ayant pas d’autre issue, me sentant sans défense, j’ai du boire plusieurs fois du pétrole, du carburant, de l’eau sale. J’ai failli tomber dans un puits, pour abréger mes souffrances.

 

 

 

 

 

Par exemple, j’ai des cicatrices sur le corps, les résultats des coups que j’ai reçu .Depuis mon enfance, j’ai eu la peur, j’ai été déprimée, je vis parfois le cauchemar lorsque je pense à cela, lorsque je vois mes cicatrices. Ayant souffert  le martyr, traumatisée et déprimée, j’ai pris conscience que la dignité humaine et les droits des enfants doivent être sacrément protégés.

J’aimerais avoir autant de personnes qui seront là pour moi et me feront oublier ce passé douloureux, j’aimerai aussi défendre la cause  de tous les enfants maltraités, car aujourd’hui au XXIe siècle, cela existe bel et bien.Toutefois, je crois que mon combat est un combat universel et j’espère que le tennis me fera oublier tout cela.

 

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