Publications de ziad maalouf (560)

Nous avons profité des Assises du journalisme pour rencontrer Denis Robert. Figure du journalisme d’investigation, il s’intéresse depuis quelque temps aux nouvelles pratiques du journalisme. Il vient, par ailleurs, de publier Vue imprenable sur la fin du monde un road-trip autobiographique qui retrace, de manière intime, son parcours singulier.

 

C’est une des figures françaises du journalisme d’investigation. Pendant douze ans, de 1983 à 1995, il a travaillé pour Libération comme correspondant dans l’Est de la France où il vit toujours puis journaliste à Paris. Il s’est rendu célèbre en 1996 en publiant un livre au titre limpide, Pendant les affaires, les affaires continuent consacré aux malversations politico-financières. Un sujet qu’il continuera à suivre, se rendant plus célèbre encore par ses révélations sur la multinationale Clearstream auxquelles il consacrera plusieurs livres et films. Une affaire qui l’occupera près de 10 ans. Il y aura aussi une “affaire dans l’affaire”, à laquelle certains voudront le mêler : celle liée à la manipulation de fichiers clients Clearstream. Multiples procès, condamnations, il affirmera en 2008 qu’il “jette l’éponge”, qu’il arrête d’enquêter sur cette firme et ses méthodes douteuses.

 

En parallèle de son travail journalistique (qu’il décline déjà en films, en livres et sur un blog), Denis Robert est également auteur de plusieurs romans et plasticien. Il vient de publier Vue imprenable sur la folie du monde, un récit très intime qui revient notamment sur une récente période d’improductivité littéraire. Impossible d’écrire une ligne pendant des mois, juste après une annonce qui aurait pourtant dû le libérer : sa victoire en cassation le 3 février 2011 contre la multinationale Clearstream qui l’avait poursuivi et avait même réussi à le faire condamner pour son travail d’enquête. S’en suit un voyage en voiture en compagnie du fils de l’auteur. Le récit est romancé mais il est prétexte pour parler de l’évolution du monde, de la désindustrialisation, des paradis fiscaux, du pouvoir alarmant de l’argent et de la finance mondiale.

 

Notre entretien avec cette figure du journalisme engagé est aussi l’histoire d’un rendez-vous manqué. Au mois de juillet 2013, Denis Robert a consacré 4 documentaires et un webdocumentaire à l’enseignement du journalisme par l’équipe d’Arnaud Mercier à l’Université de Lorraine. L’ensemble a pour titre : Journalisme 2.0 : Enquête sur le néojournalisme. Nous avions voulu vous inviter pour en parler mais nos agendas n’ont pas réussi à se croiser. Il n’est jamais trop tard, nous nous sommes rattrapés dans l’entretien à écouter ci-dessus.

 

 

Journalisme 2.0 enquête sur le néojournalisme est un documentaire en quatre volets et un webdocumentaire. Ci-dessous, le premier des quatre épisodes qui commence sur ces propos de Denis Robert:  “j’ai eu envie de faire ce film en participant à un jury de sélection du master de journalisme de l’univ de lorraine, ça veut dire quoi être journaliste aujourd’hui, ça s’enseigne comment cette matière aujourd’hui, ici nous aurons des embryons de réponse.”

 

 

Les 3 autres épisodes sont à découvrir dans les Archives du webdocumentaire. La série suit l’apprentissage des élèves, leur confrontation au terrain, leurs échecs, leurs réussites, leurs dilemmes.

La version délinéarisée en ligne propose, en autre des entretiens avec plusieurs spécialistes des nouveaux médias dont celui-ci, fort instructif, avec notre cher Philippe Couve.

 

 

Pour finir, rappelons que Denis Robert est également impliqué dans un projet de média local à échelle nationale pour lequel il avait publié ce statut Facebook fort remarqué (repris sur le blog d'Erwann Gaucher). L'appel concerne en fait un site déjà existant mais le projet d'agrandissement reste encore en suspens.

 

 

 Crédit photo: Raphaelle Constant

Source image couverture: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Denis_Robert.JPG

 

 

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En ce week-end de la Toussaint et de Fête des morts, l'Atelier des médias a choisi d'explorer les frontières de la vie. Depuis une trentaine d'années, le mouvement transhumaniste s'intéresse à la manière dont le vivant peut être modifié par la technologie et la science. L'horizon pour ces militants du progrès technique et humain, ce n'est rien d'autre que l'immortalité sur terre. Nous en sommes loin, c'est sûr, mais peut être pas tant que ça à en juger par les expériences scientifiques et les innovations qui se succèdent depuis une dizaine d'années au moins. Deux ans après notre précédente émission consacrée à ces questions, l'Atelier fait le point avec trois invités (Rémi Sussan, Didier Coeurnelle, Cyril Gazengel) observateur ou acteurs du transhumanisme. Vous pouvez écouter l'entretien dans le lecteur ci-dessous.


 

Nos invités sont :

 

Et si le vieillissement, la mort même, étaient des sortes maladies que nous pourrons un jour soigner de sorte que l’Homme devienne immortel. Si l’intelligence humaine pouvait être améliorée, optimisée? Si le corps pouvait être modifié, augmenté, reprogrammé, afin d’être plus performant, résistant? J’imagine que vous êtes déjà nombreux à penser que je parle de science fiction ou d’utopie. C’est en partie vrai, la science fiction a beaucoup inspiré ces modes de pensée (comme elle a d’ailleurs beaucoup inspiré la science en général). Pourtant, un de nos invités, Didier Coeurnelle, le rappelle dans un livre récent intitulé Et si on arrêtait de vieillir, chaque jour l’être humain gagne six heures d'espérance de vie. Pourtant, la médecine ne cesse d’explorer les manières de repousser la mort. Pourtant les innovations du quotidien qui augmentent nos capacités, l’internet et sa mise en réseau, le téléphone intelligent et son assistance permanente, ne cessent de se répandre, au sud comme au nord. Et nombreux sont ceux qui attendent avec excitation les lunettes et les montres intelligentes ou la voiture qui se conduit toute seule.

 

 

De gauche à droite Cyril Gazengel, Didier Coeurnelle, Ziad Maalouf et Rémi Sussan photo Manon Mella
Le transhumanisme est un mouvement qui a la conviction que la forme actuelle de l’espèce humaine est appelée à se développer en s’appuyant sur les évolutions scientifiques et technologiques. A partir de ce mois de novembre,l’association française transhumaniste lance un cycle de conférences en ligne, accessibles partout gratuitement. L’objectif affiché est de sensibiliser l’ensemble du monde francophone aux questions de mutation et d’évolution de l’individu. C’est une bonne occasion pour nous de prendre le poul du transhumanisme, une discipline ou un mouvement dont les centres d’intérêts et l’argumentaire évoluent au rythme des découvertes et des recherches liées au corps humain, au vivant et à la technologie.

 

Pour en savoir plus sur les thèmes abordés dans cette table ronde :

 

Articles de Rémi Sussan

Un cerveau, deux projets


L’avenir de la programmation (5/6) : programmer le vivant

 

De la cosmologie à l’intelligence artificielle

 

L’avenir de la programmation (4/6) : programmer la complexité

 

Le lifelogging, aide à la santé

 

Vers une stagnation de l’innovation

 

Interfaces cerveau-machines : défis et promesses
Après le test de Turing… le test d’Unreal TournamentVers un internet du vivant

 

L’essor de la Diybio
Utiliser la biologie synthétique pour comprendre la nature
Le plus humain des humains
Stimulation cérébrale : le temps des questions éthiques

 

 

Articles de Cyril gazengel

 

Reconnaître l'IA

 

Notes de lecture : Regenesis

 

Publications de Didier Coeurnelle

 

Sa newsletter La mort de la mort

 

Sa page personnelle

 

Source image couverture

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C'est l'histoire d'un média afghan, Radio Surobi, créé par la légion étrangère française il y a près de 4 ans. Une radio communautaire à destination de la population du district isolé de Surobi. L'un des principaux protagonistes de cette aventure, Raphaël Krafft, vient de lui consacrer un très joli livre Captain Teacher, une radio communautaire en Afghanistan aux éditions Buchet Chastel. Il est notre invité cette semaine.

Raphaël Krafft est bien connu des auditeurs de RFI puisqu'il collabore depuis longtemps avec les magazines de l'antenne en tant que reporter. Il est, par ailleurs, fréquemment invité pour parler de ses projets journalistiques de long cours. Il y a un an, il était notamment venu raconter“la campagne à vélo” au micro de l'Atelier des médias. Un projet web et vidéo pour lequel il avait parcouru la France à bicyclette à la veille de l’élection présidentielle de 2012. Il y a trois ans, nous l'avions déjà reçu pour parler de Radio Surobi. Il venait de rentrer de sa première mission en Afghanistan. Un pays où il est retourné quelques mois plus tard, toujours pour venir en appui à ce média local.

De ces deux voyages et de cette aventure hors normes, Raphaël a tiré un livre passionnant. Il y raconte sa découverte de l'armée et, plus précisément, de la légion étrangère : ses coutumes, son esprit de corps, ses personnages. Le point de vue de Raphaël est rare. Il n'est ni un observateur indépendant (il s'est engagé dans l'armée pour accomplir cette mission), ni un journaliste embarqué (embeded) pour quelques jours, il est resté plusieurs mois aux côtés de la légion. Il donne à voir le quotidien d'un régiment : son jargon, ses croyances, ses traditions, ses divisions, son regard sur les autres corps de  l'armée... Il plonge aussi dans la réalité de la guerre d'Afghanistan vue du point de vue des soldats français dans une zone difficile. On découvre aussi les subtilités du terrain afghan où les relations entre pro et anti intervention de l'Otan sont poreuses, floues, subtiles. 

La naissance d'une radio de proximité

Raphaël décrit dans le détail la naissance d'une radio locale, la formation de ses équipes, la constitution de sa grille de programmes, l'écriture de sa charte. On y re-découvre la puissance du média radio dans les zones reculées ayant peu accès à l'information et à l'éducation. Six mois après son lancement, Radio Surobi avait reçu plus de 16000 lettres d'auditeurs et répondait à plus de 200 appels quotidiens lors de ses émissions de dédicace.

Le livre montre également les tiraillements de l'institution militaire face à l'univers des médias. D'un côté, elle a la tentation de contrôler strictement les propos diffusés sur la radio, envisagée comme un instrument de propagande. De l'autre, elle est de plus en plus consciente qu'en termes de "soft power" rien n'est plus efficace qu'un média à la ligne éditoriale libre et indépendante. Tout au long de son existence (aujourd'hui encore menacée), radio Surobi a oscillé entre ces deux conceptions d'un organe d'information né sous l'impulsion d'un belligérant. Durant la période où il a pu la superviser, Raphael raconte le combat qu'il a dû mener contre certains services de l'armée qui trouvaient Radio Surobi trop indépendante. Un combat pour lequel ses principaux alliés étaient le Colonel Durieux du 2e Régiment Etranger d'Infanterie et le Capitaine Negroni. 

 Radio Surobi (DR)

Le livre est aussi une galerie de personnages attachants. Le Capitaine Negroni et sa rudesse bienveillante à l'encontre du "bleu" qu'est le capitaine Krafft. Aziz, le directeur et fondateur de l'école de filles de Surobi, qui découvre l'univers de la radio et y fait preuve d'un talent exceptionnel. 

Raphaël Krafft nous donne enfin à voir l'Afghanistan d'aujourd'hui. Un pays où la poésie est un art vivant et vénéré. Où les insurgés sont appelés "frères tristes", une appellation qui intrigue le capitaine Krafft et l'encourage à faire produire, par Aziz, un documentaire sur le sujet diffusé sur France Culture.

 

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Cette semaine l'Atelier des médias reçoit Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l'information, blogueur sur Affordance.info. Il vient de publier un petit livre, Qu'est-ce que l'identité numérique? consacré à notre présence en ligne. L'occasion de parler de ce thème avec lui et d'aborder d'autres enjeux majeurs de l'internet qu'il chronique sur son blog.

Adresses mail, profils Facebook, Twitter, Google, identifiants en tous genres... depuis 15 ans les éléments constitutifs de qui nous sommes en ligne ne cessent de s'accumuler de manière évidente, visible. Il en est bien sûr de même pour la partie moins visible de notre présence numérique : adresses IP, cookies, métadonnées, géolocalisation renseignent notre vie et notre activité en permanence. Aujourd'hui notre double numérique joue un rôle central dans nos vies affective, amicale, intellectuelle, sociale, professionnelle. Pourtant, une grande partie de ce qui le constitue nous échappe. Il suffit de sortir dans la rue pour voir à quel point chacun est soucieux de son apparence, de son attitude, des ses biens. Une recherche Google a vite fait de nous convaincre du contraire pour ce qui est de notre vie en ligne : images compromettantes, profils et informations caducs, blogs ou sites obsolètes...

Olivier Ertzscheid par André Gunthert

Qu'est ce que notre identité numérique? Comment la définir? La gérer? La préserver? Nous en parlons cette semaine avec Olivier Ertzscheid qui était en duplex depuis les studios de France Bleu Loire Océan à La Roche sur Yon. Blogueur sur l'excellent affordance.info, il suit de près l’actualité et plusieurs grands enjeux des nouvelles technologies et de l’internet. Dans Qu’est ce que l’identité numérique ? publié récemment chez openedition.org (version mise à jour du livre Identité numérique et e-reputation publié en 2011) il analyse notre présence en ligne et prodigue une série de conseils utiles à chacune et chacun d'entre nous.

Pour en savoir plus sur ces questions, nous vous invitons à écouter la version longue de l'entretien dans le lecteur ci-dessous.

 

Avec le passage d'un World Wide Web à une sorte de World Life Web où l'individu occupe la place centrale, il est désormais indispensable pour chacun de gérer, contrôler, "monitorer" son identité numérique. C'est ce qu'explique Olivier Ertzscheid tout au long de ce petit ouvrage où il propose, entre autres, cette définition de l'identité numérique :

«L'identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audios ou vidéos, messages sur des forums, identifiants de connexion, etc.) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau et le reflet de cet ensemble de traces, tel qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche »

 


Une identité scrutée, renseignée, enrichie, suivie par des tiers dans l'idée, en théorie, d'offrir un meilleur service à l'internaute : sécuriser ses accès, optimiser ses recherches... Mais du "cercle vertueux" de cette identité qui nous protège, on passe aisément à un cercle vicieux : une identité qui donne accès sans contrôle à nos informations et nos données…

« Dans le monde d’hier, un monde majoritairement connecté, notre identité était parfois dangereusement exposée. Le monde d’aujourd’hui est un monde de l’hyperproximité, de la connexion permanente, de l’informatique nomade et ubiquitaire. Dans ce monde-là, notre identité est, si nous ne mettons pas en œuvre des garde-fous, en danger. Plus exactement, elle est en permanence susceptible de représenter un danger pour et « sur » nos sociabilités dans le monde physique comme dans le monde numérique. En attestent notamment les nombreux cas de licenciements ayant comme origine une utilisation trop naïve du premier des réseaux sociaux. »

 

 L'identité de l'internaute est, bien entendu, un enjeu économique :

« Au royaume d’une économie dont l’attention, notre attention, est la ressource la plus rare et donc la plus chère, le profilage et la segmentation marketing règnent en maîtres. »

 

Il faut, par conséquent, "former les utilisateurs, citoyens, jeunes et moins jeunes à la surveillance, au contrôle, au monitoring de leur identité numérique".

Olivier Ertzscheid propose quatre piliers de la sagesse numérique :

 

- Protéger – réserver son nom

 

- S’impliquer

 

- Définir son périmètre de confidentialité

 

- Veiller au grain

 

Photo par kris krüg

 

Et il établit aussi trois lois pour une netiquette de l’identité numérique inspirées des trois lois de la robotique d'Isaac Asimov:

 

Un terminal ou un objet connecté ne peut archiver, collecter ou faire transiter, au-delà d’un temps explicitement défini, des données relatives à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit indexé dans chacun de ses comportements et de ses intentions.

 

Un terminal ou un objet connecté doit obéir aux règles de confidentialité choisies par son utilisateur, sauf si de telles règles entrent en conflit avec la première loi.

 

Un terminal ou un objet connecté doit proposer des services personnalisés tant que ces services n’entrent pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. »

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Olivier Ertzscheid, son blog est un des rares lieux d’observation académique et d’analyse des enjeux de l’internet. Il y a bien entendu beaucoup de sites et de blogs qui parlent de ces questions mais rarement ils ont une approche scientifique et sociétale. Nul besoin de remonter trop loin dans ses articles pour envisager la qualité de ses productions et avoir une idée de ses thèmes de prédilection.

Quelques jours avant l'entretien, il publiait 2 milliards d'internautes et un quart de pirates. Selon la police. Un billet où il revient sur un de ses thèmes de prédilection. Le droit à la copie bafoué par une industrie culturelle incapable de fournir un service adapté aux nouvelles réalités et qui se cramponne à des modes de pensée ancestraux.

“Rien de grand dans le monde ne s'est fait sans copie” expliquait Ertzscheid dans un autre billet.

 

Dans l'entretien, nous avons également évoqué de billet Le World Wide WEAR ? C'est pas la mort !. Il y est question de l'intérêt de google pour les fonctions et actions humaines : voir, conduire, vivre...

*Image de couverture par  Inha Leex Hale

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De gauche à droite : Okhin-Manach-Deloire

 

Depuis près de trois mois, les révélations inquiétantes quant aux pratiques de la National Security Agency américaine (NSA) et, plus généralement, des Etats Unis et de leurs alliés, se succèdent dans la presse internationale. Surveillance massive de citoyens, d’organisations et d’Etats, violation de la vie privée en collaboration avec de grands acteurs du web, traque de lanceurs d’alerte, pressions sur la presse et les journalistes: tous les aspects de cette affaire posent des questions fondamentales au journalisme et à la liberté d’expression. Pour tenter d’y voir plus clair, l’Atelier des médias réunit cette semaine quatre trois spécialistes : Christophe Deloire, directeur général de Reporters Sans Frontières (RSF). Jérémie Zimmermann co-fondateur de la Quadrature du Net, un organisme de défense des droits et libertés sur Internet. Okhin, activiste, formateur en sécurité informatique et agent Telecomix, un groupe d’hacktivistes engagés en faveur des libertés sur le net. Et Jean-Marc Manach, journaliste spécialiste de la surveillance en ligne et blogueur pour Le Monde sur Bug Brother.

Billet préparé avec Raphaelle Constant


De la protection des sources et des lanceurs d’alertes

 

Le 5 juin dernier, le Guardian publiait un article de Glenn Greenwald dénonçant des surveillances massives de la National Security Agency américaine (NSA) opérées sur des abonnés de l’opérateur Verizon. C’était la première d’une longue série de révélations issues de documents classifiés de la NSA rendus publics par Edward Snowden, consultant ayant travaillé pour cette agence de renseignement américaine. Comme pour les fuites de WikiLeaks en 2010 et 2011, c’est grâce, donc, à un lanceur d’alerte que ces informations ont été rendues publiques. Dans le cas de WikiLeaks, chacun a pu suivre cette année le procès de Bradley Manning condamné le 21 août dernier à 35 ans de prison. Une peine qui dérange, de même que dérange le traitement de Snowden, réfugié en Russie, poursuivi par la justice américaine pour vol, espionnage et utilisation illégale de biens gouvernementaux. 
Les avis et les points de vue peuvent diverger sur le rôle, positif ou négatif, de Manning et Snowden. Il est toutefois certain que leurs révélations ont permis à la presse mondiale de sortir une très grande quantité d’informations de premier ordre. Ils ont contribué à une meilleure connaissance de l’Etat américain, de ses alliés et ses ennemis, de ses pratiques, sa diplomatie, ses outils de surveillance etc… Le fait que Snowden et Manning soient traités comme des criminels par le gouvernement américain et ses alliés pose question. Deux hommes, rappelons le, considérés comme des héros par de nombreux défenseurs des libertés numériques et soutenus par les organisations de défense de la liberté d’expression et des droits de l’homme.

Une situation d’autant plus déroutante que, jusqu’à maintenant, c’était les États-Unis qui étaient cités en exemple pour la protection du statut de lanceur d’alerte (ou plus précisément de whistleblower pour reprendre l’expression la plus proche dans le vocabulaire américain).

Comment peut-on définir le lanceur d’alerte? Existe-t-il une limite raisonnable à ses révélations quant aux pratiques secrètes des États? Jusqu’où peut ou doit aller le secret des États ? Est-il compatible avec le bien commun ? Nécessaire ?

Un questionnement d’actualité en France au moment où l’Assemblée Nationale adopte une loi sur la transparence.

Ces affaires posent, plus globalement, la question de la protection des sources. Un projet de loi est en ce moment dans les tuyaux législatifs en France. Reporters sans Frontières a fait part, en juin dernier, de ses inquiétudes quant à ce texte. Des révélations récentes sur la manière dont la justice a mis sur écoute Gérard Davet du Monde montrent, en tous cas, à quel point il est urgent de réguler et éduquer les autorités, en France et dans le monde, au respect des sources.

NSA whistleblower Edward Snowden


La trahison des grands

 

Le lendemain des révélations sur l’espionnage des clients Verizon, le Guardian publiait une présentation powerpoint top secret exposant le projet PRISM. Il s’agit d’une architecture informatique permettant à la NSA de collecter des données d’utilisateurs avec la complicité de grands services en ligne (Yahoo, Google, Apple, Microsoft, Facebook). La trahison est double : celle d’un État qui viole la vie privée de citoyens du monde et celle d’entreprises qui, selon le document de la NSA, offrent un accès direct à des données privées qu’elles sont censées protéger. Même le moins paranoïaque des observateurs a de quoi être terrifié par ces révélations.
Est-on face à une dérive sécuritaire d’une des plus grandes démocraties mondiales et de ses services de renseignement ? Qu’en est-il de la complicité des autres états (on se souvient de la manière dont les pays de l’Union Européenne ont traité Edward Snowden quand il leur a demandé l’asile politique) ? Comment peut-on limiter la surveillance des services secrets ? Comment peut-on protéger la vie privée en ligne et hors ligne des citoyens du monde ? Comment faire confiance à de grands services web qui semblent coopérer en toute opacité, et en totale opposition à leurs propres règles, avec les agences de renseignement américaines ?

Dernièrement, le Guardian publiait, pour la première fois, la preuve d'un lien financier entre la grande agence de renseignement et les entreprises américaines. La NSA a payé plusieurs millions de dollars aux géants du web qui collaborent au programme Prism. Cette somme, légalement versée, a permis à Google, Yahoo, Microsoft et Facebook de compenser leur mise en conformité technique aux exigences de la NSA.



Prism: La NSA a payé les géants du web d'après The Guardian (via Euronews)

 

La presse harcelée et humiliée

 

Comme si le tableau n’était pas assez sombre, cet été, le Guardian a fait des révélations extrêmement inquiétantes sur la manière dont les autorités britanniques ont traité le journal dans le cadre des révélations PRISM. Dans un premier temps, il a été demandé au Guardian de remettre aux autorités les dossiers concernant la NSA et son homologue britannique le GCHQ (Governement Communications Headquarters), le service britannique des écoutes. Finalement, le Guardian a accepté de détruire les disques durs contenant les informations livrées par Edward Snowden devant des agents des services secrets. Un acte absurde car, bien entendu, le journal avait recopié ces disques sur d’autres supports. Cet épisode a été raconté dans le détail par rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger dans un éditorial en date du 19 août. Il y explique comment le gouvernement a forcé le journal à détruire les documents fournis par Snowden, et affirme que qu’on l’a menacé de poursuites judiciaires s’il ne coopérait pas. Rusbridger y affirme que le Guardian continuera à travailler sur les fuites de Snowden mais qu’il ne le fera plus en Grande-Bretagne. Enfin Rusbridger condamne l’interpellation de David Miranda.

 

La veille, le 18 août, ce photographe brésilien, mari et collaborateur de Glenn Greenwald, avait été arrêté à l’aéroport de Londres et retenu pendant neuf heures en vertu de la législation anti-terroriste. Il s’est vu confisquer son matériel électronique. Une détention que le journaliste Glenn Greewald voit comme de l’intimidation. "Si les gouvernements américain et britannique pensent que cette stratégie va nous dissuader de continuer à couvrir de façon agressive ce que ces documents révèlent, ils se trompent. Cela aura seulement l'effet inverse: nous encourager à aller plus loin", a-t-il déclaré dans une tribune publiée sur le site du Guardian.

 

Protesters against PRISM in Berlin,Germany wearing Bradley Manning andEdward Snowden masks

 

Journalistes ou pas ?

 

Outre les questions soulevées précédemment, l’affaire Snowden / PRISM et, plus précisément; la personnalité de Glenn Greenwald ont aussi été l’occasion de s’interroger sur la nature même du métier de journaliste. Ancien avocat américain devenu journaliste, blogueur et écrivain Glenn Greenwald pratique son métier de manière ouvertement engagée. Un choix qu’il a fait en 2006 par opposition à la politique de George Bush Junior. Comme l’explique le journaliste Marc Mentré dans un excellent billet, cette conception du métier lui a valu suspicions et critiques.

Le New York Times, rappelle Mentré, a par exemple publié sur son site les informations obtenues par le Greenwald en le présentant comme un “activiste”. De son côté, Paul Farhi, du Washington Post, constate que: “Greenwald brouille un certain nombre de lignes à une époque où tout le monde peut traiter l’information.” Une manière de se demander si Gleen Greenwald a agi en tant que journaliste ou comme blogueur engagé ? Un vieux débat redevient d’actualité. D’autant plus que qu’une autre personnalité journalistique engagée, Alexa O’Brien, s’est distinguée ces derniers mois. C’est elle qui a couvert, sur la longueur (contrairement à beaucoup de grands médias) le procès du soldat américain Bradley Manning. Un journaliste peut-il être engagé? Doit-il l’être? Si Snowden a choisi de révéler ses informations à Greenwald, c’est justement parce que ce dernier avait affiché son engagement.

Timeline of Edward Snowden's revelations via Al Jazeera

 


Si vous souhaitez poser des questions à nos invités, vous pouvez vous servir de l’espace commentaire ci-dessous ou nous contacter sur Twitter  ou sur Facebook, et dans les commentaires de ce billet.


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La rentrée média 2013 vue par quatre spécialistes

Présentation réalisée par Ziad Maalouf et Raphaelle Constant 

  

Après notre reprise traditionnelle à Visa pour l’image, voici venu le temps de notre seconde tradition de rentrée, l’émission avec des spécialistes des médias. Pour faire le point sur les grandes questions qui occupent le journalisme et les médias, pour s’interroger aussi sur les enjeux des mois à venir, nous recevons quatre observateurs avisés : Alice Antheaume, Eric Scherer, Erwann Gaucher et Marc Mentré. Comme toujours, elle et ils ont bûché et publié plusieurs billets ces dernières semaines concernant l’actualité média. Nous nous sommes appuyés sur leur travail pour cette émission.

 

 

Elle et ils sont journalistes, blogueurs, formateurs et chroniqueurs d’un secteur qui occupe de plus en plus de place dans l’actualité. Cet été, rappelons le, a été rythmé par les révélations liées à l’affaire Prism/Snowden/Guardian. Rythmé aussi par l’agressivité de certains états vis à vis des journalistes ou des lanceurs d’alertes. On a aussi beaucoup entendu parler du procès de Bradley Manning, autre lanceur d’alerte lié aux révélations de Wikileaks. L’actualité média a aussi été faite de rachat, d’études, de questionnements. Notre monde ne cesse de changer et, celui de la presse, de s’interroger sur son évolution dans un contexte révolutionné par l’internet et les nouvelles technologies. Tour d'horizon des billets écrits ces dernières semaines par nos quatre invités.

  

Alice Antheaume est journaliste, directrice adjointe en charge des nouveaux médias et du développement international de l'école de journalisme de Sciences Po. Elle tient le blog Work in Progress sur Slate.fr. Il y a quelques jours, elle a publié un billet sous forme de session de rattrapage à destination de celles et ceux qui ont été déconnecté(e)s de l’actualité média cet été. Elle commence par revenir sur le rachat de Newsweek par un groupe média new-yorkais appartenant à Etienne Uzac, un jeune Français. Elle commente également un autre rachat,

plus symbolique encore, celui du Washington Post par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, géant du commerce en ligne.

 

Toujours dans ce billet de rattrapage, Alice Antheaume évoque la réaction d’Alan Rusbridger, patron du Guardian, aux pressions qu’a exercées le gouvernement britannique sur son journal et ses équipes après la publication des documents fournis par Snowden. Voici ce qu'elle écrit:

“D’abord, on comprend que le journalisme d’investigation est menacé, y compris dans un pays où la presse est libre, par “le formidable appareil de surveillance mis en place par l’État”. Ensuite, le Guardian joue gros. Le titre (site, quotidien et supplément) a perdu 30,9 millions de livres (36 millions d’euros) lors de l’exercice annuel se terminant le 31 mars 2013, selon Le Monde. Or la publication des révélations sur le programme de surveillance PRISM, un scoop mondial, a certes suscité un trafic considérable sur le Web et le mobile, mais n’a pas eu d’impact sur les ventes du quotidien. “Pas de revenu direct, donc”, s’est désolé en juillet dernier Alan Rusbridger, ajoutant que, pourtant, “nous devons gagner de l’argent”.

 

Dernière info présentée en bref dans ce billet et commentée dans l'émission : "Aux Etats-Unis, le temps passé en ligne (5h par jour en moyenne) dépasse pour la première fois le temps passé devant la télévision (4h31 par jour en moyenne)".

 

 

Eric Scherer est directeur de la prospective, de la stratégie numérique et des relations internationales liées aux nouveaux médias à France Télévisions. Il anime le blog Meta-Media où il a beaucoup publié cet été.

Chaque semaine, Eric publie une liste d'articles ou d'infos à ne pas manquer qu'il appelle les liens vagabonds. Parmi les sujets récents qui ont retenu son attention dans ces liens :

 

Eric Scherer a, par ailleurs, publié beaucoup de contenu sur la la télévision et la vidéo :

  • Dans un billet du 31 août intitulé Quand les journaux font le job des TV Il explique comment les sites d'information issus de la presse papier proposent de plus en plus de direct vidéo et font ainsi le boulot de la télévision d'information en continu.

 

Erwann Gaucher est journaliste, directeur adjoint sites régionaux et ultra-marins de France Télévisions. Il est également formateur et, depuis la rentrée, chroniqueur radio sur France Info. Sur son blog, il continue à suivre l’actualité médias. Il a consacré un billet récemment aux kiosques d’impression à la demande testés en Suède. Une innovation qui ne sauvera pas la presse mais qui pourrait permettre un meilleur accès aux journaux papier.

Avant de partir en vacance, Erwann a écrit un billet pour évoquer plusieurs sujets qui l'ont marqué :

  • La manière dont le journaliste Tim Pool a utilisé les Google Glass afin de couvrir les manifestations en Turquie pour Vice
  • Une nouvelle manière de présenter les commentaires d’articles choisie par la New York Times: ils sont intégrés dans les articles en fonction des oints qu'ils abordent.
  • Une chouette publication hebdomadaire en ligne : le Quatre Heures. Chaque mercredi, des étudiants sortants du Centre de Perfectionnement des Journalistes proposent un reportage multimédia. "Du slow journalisme qui fait du bien."

 

Juste avant cela, Erwann Gaucher avait publié un coup de gueule intitulé "Et puis merde". Extrait:

Et puis merde...

"Marre. Ras-le-bol...
Depuis des années, nous allons à la rencontre de ceux qu'on a pudiquement rebaptisé les "journalistes traditionnels". Depuis des années, nous allons dans des colloques, des séminaires, des formations, des réunions de rédaction. Le bâton de pèlerin numérique à la main, l'enthousiasme en bandoulière, on vient vous parler info en ligne. On vient essayer de vous donner envie, de vous dire que tout n'est pas perdu, que les médias ont un avenir qui ne se résume pas à voir les chiffres de ventes se casser la gueule.
Face à nous, encore, souvent, trop souvent des visages sceptiques, pour ne pas dire franchement hostiles. Alors on explique. On démine. On essaye de convaincre.

Non, " sur le web, on n'écrit pas que des conneries, et on ne sacrifie pas la qualité au buzz ".

Non, le numérique n'est pas une mode pour ado.

Si, on peut, et on fait déjà de l'info de qualité sur les sites.

Non, travailler sur Facebook, Twitter, Instagram, ce n'est pas " ne pas être sur le terrain ", terrain dont un bon paquet d'entre vous ne sait même plus à quoi il ressemble en dehors des conférences de presse, buffets et réunions officielles."

 

 

Marc Mentré est journaliste, chef du département journalisme à l’EMI CFD. Il raconte l’actualité média sur le blog Mediatrend. Ses dernières publications sont des interrogations sur le métier de journaliste, son statut social, économique...

Dans son billet “Le journalisme après Nate Thayer”, il raconte comment The Atlantic "a proposé à Nate Thayer, journaliste spécialisé dans les relations internationales, de reprendre gratuitement l’un de ses articles déjà publié sur un autre site. Ce dernier a refusé et a rendu public ses échanges de mails avec The Atlantic. Un geste provocateur qui a ouvert en cascade, une série de réflexions sur le fonctionnement du journalisme sur le web aujourd’hui et sur la place du pigiste, dans un univers —le web— où il ne ferait « que ralentir les choses »."

 

 

Dans son billet le pigiste n’est pas un journaliste ordinaire”, Marc propose une analyse de ce statut basée sur le livre L’intermittence au travail d’Olivier Pilmis.

Enfin, dans son article "Journalistes brouillard sur la tribu", notre invité revient sur  ce les questions et doutes émis par de nombreux confrères sur deux figures du journalisme qui se sont distinguées récemment : Glenn Greenwald, qui a recueilli le témoignage d’Edward Snowden, et Alexa O’Brien qui a couvert sur la longueur le procès de Bradley Manning. Une analyse qui lui permet d'évoquer les questions d'objectivité, d'engagement et de militantisme du journaliste.

 

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A l'occasion du festival Visa pour l'Image, l'Atelier a invité Miquel Dewever Plana et Isabelle Fougère, co-auteurs du webdocumentaire Alma : une enfant de la violence. Ils viennent de recevoir le prix RFI-France 24 du webdocumentaire pour cette oeuvre fruit de plusieurs années d'enquête sur la violence et les gangs au Guatemala.

 

Ecouter et voir une jolie jeune femme brune raconter comment elle a froidement assassiné une fille de 18 ans que ses camarades de gangs venaient de violer. Un récit qui n'épargne aucun détail des ustensiles (tournevis, machette, tessons de bouteille) à l'agonie de la jeune victime. C'est l'étrange et extrêmement dérangeante réalité dans laquelle nous plonge Alma dès les premiers instants. Alma, une enfant de la violence c'est le web documentaire distingué cette année à Visa pour l'image par le prix RFI-France 24. Alma c'est aussi un livre de photos accompagné d'un texte très beau aux éditions Le Bec en l'Air. Alma c'est une application pour appareils mobiles. Alma c'est, enfin, un film documentaire diffusé sur Arte en juin dernier.
L'histoire est celle de cette jeune criminelle aujourd'hui repentie. C'est aussi celle d'une jeunesse guatémaltèque, de ses maras, ses gangs, qui se livrent une guerre civile qui ne dit pas son nom depuis presque 20 ans.

Miquel Dewever Plana travaille depuis vingt ans sur le Guatemala. Après avoir documenté la guerre et le génocide Maya, il s'est intéressé au phénomène des maras qui ensanglantent les quartiers populaires de Guatemala Ciudad. Il a publié un livre en 2012 qui explique et documente le phénomène, L'autre guerredont les images alimentent largement le webdocumentaire Alma.

Miquel Dewever Plana et Isabelle Fougère lors de l'enregistrement (Image : Anthony Ravera)

Isabelle Fougère est journaliste Free Lance. Elle co-signe l'enquête, les entretiens et la rédaction des modules d'information qui accompagnent le documentaire. Dans le livre Alma, elle a choisi d'écrire de manière très littéraire. Le résultat est particulièrement réussi. Il permet de communiquer les informations qu'elle a recueillies sur Alma et le phénomène des maras en plongeant le lecteur dans la vie de la jeune repentie et de son entourage.

 

Pour en savoir plus sur le travail d'Isabelle et Miquel, n'hésitez pas écouter dans le player soundcloud ci-dessus la version longue de l'entretien qu'ils nous accordé.

 

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Depuis cinq ans, il raconte et critique l’art radiophonique sur son blog, Syntone. Etienne Noiseau est notre invité cette semaine. L’occasion de parler de sa passion pour la création radiophonique et d’écouter quelques pièces sonores de son choix.

Cela fait longtemps que nous le lisons. Il nous arrive aussi de le croiser lors de notre migration annuelle à Perpignan à l'occasion de Visa Pour l'Image. Il y passe en voisin. Nous partageons une passion commune : la radio. Un média qui l'intéresse plus particulièrement dans sa partie noble, celle de la création.

 

 

Nous sommes loin de l'époque où Radio France hébergeait dans ses méandres un ovni de la trempe de Yann Paranthoen. La réduction des moyens, qui touche tous les médias, n'épargne pas les ondes et moins encore les productions complexes, longues et coûteuses. Toutefois, il y a de beaux restes avec l'Atelier de Création Radiophonique qui continue sa route. Il y a des projets plus jeunes aussi comme Arte Radio qui, depuis dix ans, donne une vigueur nouvelle à la recherche sonore. On peut aussi citer l'expérience Nouvoson de Radio France qui laisse penser que le le souci du son est encore vivace dans la Maison ronde. Les nouveaux modes de diffusion, délinéarisés, et d'écoute en mobilité, offrent, c'est certain, une nouvelle vie au son élaboré. 

 

Syntone s'adresse tant aux auditeurs qu'à ceux qui font vivre l'art radiophonique, s'essayant à tisser les liens d'une large communauté d'écoute. Notre principal objet est de modestement pallier un manque, celui des écrits esthétiques sur la radio et la création radiophonique. Ainsi, nous proposons régulièrement des entretiens et des chroniques d'émissions. Pour le reste, nous rendons compte de l'actualité du secteur. (source)

 

Et voici des liens vers la sélection d'Etienne :

"Der Wind von Rivesaltes" par Etienne Noiseau pour la SWR2,

"636" par Alessandro Bosetti pour la RTBF

"Débruitage" par Christophe Deleu, François Teste pour Silenceradio

 

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Le 12 septembre prochain, arrive dans les librairies de France, la Revue Dessinée. Portée par une équipe pluridisciplinaire, cette publication trimestrielle a pour ambition d'informer en bandes dessinées. Une drôle d'idée? Pas vraiment, comme nous l'explique notre invité, le journaliste David Servenay qui a pris part à cette aventure.

 

 

Bien connu de l'Atelier des Médias, David Servenay a un parcours exemplaire dans le journalisme. Passé par RFI puis Rue89 et Owni, il travaille désormais en indépendant. Sa spécialité est l'enquête; il publie régulièrement des ouvrages sur ses recherches allant de la Politique en France au Génocide au Rwanda en passant par l'affaire du juge Borrel à Djibouti. De même que notre autre invité cette semaine (Damien Van Achter), David et ses associés ont fait appel au crowdfunding pour financer leur projet .

 
La Revue Dessinée, c'est quoi ? (V2) par LaRevueDessinee

 

Sur Ulule, le public pouvait pré-acheter les premiers numéros ou s'abonner à la publication pour un ou deux ans. Alors qu'elle devait réunir 5000 €, la collecte a dépassé les 36000 €, plus de sept fois les objectifs.

L'équipe de la Revue Dessinée : de gauche à droite : David Servenay, Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Kris, Virginie Ollagnier et Olivier Jouvray (source)

 

 

Pour accompagner l'aventure, l'équipe de la revue a mis en place un site internet et un blog qui en présentent les coulisses. Cette semaine, c'est dans un tweet qu'ils ont partagé la couverture du premier numéro.

 

Une revue d'enquête de reportage et de documentaire

 

L'ambition de David et de ses co-fondateurs est d'offrir tous les trois mois 228 pages (en papier 15 € ou numérique 6 €) d'enquêtes, de documentaires et de reportages en bande dessinée.

"Quand on dit bande dessinée, ce n'est pas seulement le case à case à la Tintin. C'est tout ce qui relève de l'expression graphique. On trouvera des formes de dessins très modernes comme ceux de l'Argentin Jorge Gonzalez qui raconte dans le premier numéro les dernières heures du président chilien Salvador Allende"*

 

On comprend, avec cet exemple, la force du dessin.Raconter en images, grâce à des témoignages, des recoupements, des événements où la photo et la vidéo est absente.

"C'est là que nous entrons dans une dimension symbolique importante. Via la BD, on va pouvoir être capable d'expliciter un propos complexe, parfois invisible, par des moyens qui sont extrêmement simples et lisibles. Et quand on arrive à articuler ces deux dimensions, on arrive à des résultats très intéressants."

 

Autre regard, autre approche, autre temporalité aussi. La Bande dessinée est une oeuvre de longue haleine. Un auteur de BD, rappelle David, "produit dix planches par mois" alors que certains sujets occupent jusqu'à cinquante pages. 

 

"C'est compliqué à l'heure d'internet où tout va si vite. Mais c'est aussi une chance. On retrouve une lenteur, celle du reportage à l'autre bout du monde, de l'enquête au long cours qui s'adapte à notre temporalité."

 

Le général Pinochet par Jorge Gonzalez (source)

Depuis une vingtaine d'années, la BD a acquis ses lettres de noblesse dans le reportage et le récit documentaire. De Robert Crumb à Art Spiegelman, en passant par Joe Sacco ou Guy Delille, les auteurs sont de plus en plus nombreux à dessiner le réel avec talent .

"Lire un papier de Mediapart (j'aime beaucoup Mediapart) ce n'est pas exactement à la portée de tout le monde. Lire une bande dessinée, c'est, a priori, à la portée d'un panel de gens beaucoup plus large. On pense que, de ce point de vue là, il y a une vraie bataille à mener sur le front de l'info"

Une bataille en image et en couleurs à découvrir le 12 septembre.

*Les citations sont toutes tirées de l'entretien à écouter ci-dessus avec David Servenay

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Le Van de @DaVanac

C'est par un appel au crowdfundig, au financement solidaire, que Damien Van Achter a rendu public son dernier projet: un camion connecté, le VAN de Da-VAN-ac. L'objectif est de sillonner les routes de Belgique, de France et d'ailleurs pour raconter le monde en direct de cette mini-rédaction mobile. Rien de neuf en apparence, mais quand il s'agit de @Davanac, il ne faut pas se fier aux apparences!

Journaliste touche à tout, défricheur d'innovations, chercheur insatiable d'idées,  celui que les réseaux sociaux connaissent sous le pseudo @Davanac, a passé les dix dernières à embarquer celles et ceux qui le croisent dans l'aventure du numérique. Des interviews vidéo skype réalisées dans sa cave il y a dix ans aux sessions de formations intensives hébergées dans l'ancienne gendarmerie de son village, Damien a toujours allié une forte humanité, terre à terre, à une connectivité et une vie numérique foisonnante. Son caractère bonhomme, toujours souriant, toujours disponible, toujours aimable, contribue certainement à cette étrange synthèse. Ce jeune Belge, attaché à son village, son environnement, son petit coin isolé du monde qui, par une présence incessante sur les réseaux, une activité permanente de veille et de partage, a su se tailler une belle réputation dans le monde des médias. C'est une des références de celles et ceux qui observent l'évolution de notre monde sur le plan médiatique et, plus généralement, en termes d'innovation.

Le LabDavanac d'Eghezée (source)

Après donc s'être transformé en centre de formation avec LabDavanac et, parallèlement, en facilitateur d'innovation, avec Nestup, Damien continue son parcours d'ovni en investissant dans un camion, un Van, comme il l'aime le dire. 

"C'est un véhicule, connecté, pour pouvoir prendre la route.C'est un outil, en plus, dans la gamme des outils que j'utilise. Je vais le mettre à disposition de mes étudiants mais aussi de tous les autres, médias ou non médias."

Aujourd'hui, le camion est acheté, l'équipement a été financé par le crowdfunding. Une communauté Google+ permet de suivre au jour le jour l'évolution du projet. 

"J'ai vais ouvrir la possibilité aux gens qui ont envie de venir avec moi dans le véhicule de le faire. J'ai vraiment envie que cela soit fait dans un processus ouvert en gardant les deux yeux sur l'horizon. C'est moi qui déciderai de sortir ou non le véhicule mais on va en discuter beaucoup en ligne."

Bien entendu, nous nous tiendrons informés de l'évolution du projet et n'hésiterons pas à rejoindre ou faire venir le Van de Davanac à la première occasion. 

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Salle de formation de Rozana et Logo de la radio (photo Z. Maalouf)

Durant 15 jours, au mois de mai, la ville de Gaziantep en Turquie a accueilli une formation de jeunes journalistes venus de la Syrie voisine. L'objectif : professionnaliser les futurs correspondants de la radio Rozana. Un media destiné aux populations syriennes de l'intérieur. Qu'est ce que ce projet? Qui sont ces correspondants? Quelles difficultés pratiques et politiques rencontre cette radio syrienne ? Nous consacrons deux émissions spéciales à ces questions avec ce reportage Rozana : la radio des citoyens journalistes syriens.


Une radio, un contexte

Il y a un peu plus de deux ans, dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne, le peuple de Syrie se soulevait contre le régime quarantenaire des Assad, de leur armée et de leur parti, le Baas. Plus de 24 mois après le début de ce soulèvement pacifique, la situation à l'intérieur du pays ne cesse de se dégrader. A chaque jour son lot de morts, de massacres, de réfugiés et de déplacés. Chaque jour aussi, l'opposition, devenue armée, s'enfonce dans les luttes intestines et les dérives islamistes de certain. C'est dans ce contexte que doit naître la radio Rozana. Un projet soutenu par Canal France Internationale, CFI, et l'IMS, l'international media support au Danemark et appuyé par Reporters Sans Frontières. C'est également dans ce contexte, et au moment ou la Turquie était la cible d'attentats à sa frontière syrienne, que vingt jeunes filles et jeunes hommes sont arrivés à Gaziantep pour être formés aux techniques du journalisme radio. Vingt jeunes qui viennent de subir deux ans de guerre. Deux ans de risques. Deux ans à raconter la vie à l'intérieur de la Syrie avec des films et des histoires produites sans moyen et sans expérience. C'est la deuxième fois que Rozana réunit ses futurs correspondants. Son lancement est prévu depuis Paris cet été. La plupart des jeunes venus à Gaziantep, cette base arrière des ONG travaillant sur la Syrie, ont pris de nombreux risques pour arriver jusque là: check points, arrestations, tortures, snipers, bombardements. Leur histoire est celle d'un pays inquiet et déchiré, nous l'avons racontée durant deux semaines. Sachez que presque tous les noms de ces reportages sont des pseudonymes. Les voix aussi ont été modifiées.

 

Formation au son sur Audacity (Z. Maalouf)

La guerre en Syrie a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de citoyens. En parallèle des combats armés et des massacres, une bataille médiatique est menée par les deux camps. Un combat qui, du côté de la révolution, implique des centaines de jeunes journalistes improvisés. C'est grâce à leurs images, leurs témoignages et leur courage que des informations arrivent de ce pays où les professionnels de l'information sont la cible du pouvoir. La radio Rozana est un des projets les plus ambitieux actuellement pour structurer ces jeunes journalistes et informer, par les ondes, la population syrienne. La formation à Gaziantep regroupait une vingtaine de personnes, venant de toutes les régions syriennes. L'objectif était de renforcer les capacités de ces futurs correspondants d'une radio qui doit, si tout va bien, voir le jour dans quelques semaines.

 

Chanson à la gloire des révolutionnaire syriens

 

Les objectifs de Rozana

 

Le projet radiophonique qui les rassemblait est extrêmement ambitieux. Si tout se passe comme prévu, radio Rozana devrait commencer à émettre depuis Paris au mois de juin. Elle s'appuiera sur un réseau de correspondants locaux qu'elle a formés à deux reprises. Beaucoup n'avaient aucune expérience dans le journalisme avant le début de la révolution. Tous sont motivés par l'idée de créer un média sérieux. La révolution syrienne a contribué à l'émergence de centaines d'organes de presse. Malgré cela, il y a un gros déficit d’impartialité et de crédibilité. Il manque également des médias d'opposition d'envergure nationale à destination des Syriens de l'intérieur.

 

Pour pouvoir émettre en FM, ce qui est crucial étant donné que l'accès à internet et l'électricité sont rares, Rozana va devoir s'appuyer sur des partenaires extérieurs. Pour être écoutée, la radio table sur de nouvelles pratiques parmi la population. Aujourd'hui, selon Hala Kodmani, les Syriens écoutent peu la radio. Ils sont plus habitués à suivre les informations télévisées. Les voitures, lieu d'écoute du média radiophonique, sont peu utilisées par manque de carburant. Pourtant, ce média facile à produire et à capter est probablement le plus adapté au terrain syrien actuel. Le besoin d'information est énorme. Les moyens d'en obtenir sont extrêmement réduits sans électricité, sans téléphone et sans internet.

Manifestation à Deir Ezzor, Ous El Arabi, mène les revendications avec ses slogans

J'ai pu assister aux premiers jours de la formation. L'objet était clairement de professionnaliser ces futurs correspondants en leur apprenant l'écriture, la diction, le montage et les techniques radiophoniques. Le niveau était extrêmement soutenu. L'implication des stagiaires était permanente. Il y a eu, pendant ma présence, de nombreuses discussions et débats passionnés. Un vote a même été organisé pour choisir les termes et expressions que l'on peut employer à l'antenne. Comment nommer Bachar El-Assad ? Le Président Syrien? le Président Bachar El-Assad ou juste Bachar El-Assad sans aucun titre? Peut-on employer le mot "martyr" ou doit-on préférer "victime"? Autant de questions essentielles pour un média né d'une révolution mais qui souhaite se distinguer par un positionnement et un style professionnels. Il ne faut toutefois pas être naïf. Radio Rozana sait à quel camp elle appartient et, dans le contexte syrien, il est impossible de donner la parole à l'adversaire. Tous les journalistes travaillent sous le coup de l'anonymat et risqueraient leur vie s'ils voulaient interviewer un officel du régime.

 

Le tableau blanc illustrant les débats sur les mots à employer ou non (Z. Maalouf)

 

Ma part de cette histoire

 

J'ai donc eu, il y a quelques semaines, la chance d'être informé qu'une rencontre de journalistes syriens était organisée en Turquie. Comme on me l’a expliqué, cela concernait les correspondants d'une radio qui était en train de se monter. Rozana, c'est son nom. Une référence à la chanson de Fairuz selon certains, un terme qui désigne les puits de lumière dans les toîts des maisons traditionnelles arabes pour d'autres. Un nom qui a pour ambition, quel qu'en soit le sens, de se démarquer des médias révolutionnaires aux appellations militantes. Je me suis donc rendu en Turquie pour assister aux premiers jours de cette formation, rencontrer ses organisateurs et ses bénéficiaires.

Poème sur la Syrie lu par et écrit par Ous  El Arabi

 

C'est un des sujets les plus bouleversants que j'ai été amené à traiter depuis que je suis reporter et journaliste pour RFI. Partager le quotidien de ces jeunes filles et ces jeunes hommes déterminés à raconter leur pays malgré les dangers immenses auxquels elles et il s'exposent. Songer qu'à tout instant, elles et ils risquent la mort. Les voir, pourtant, s'amuser, plaisanter, chanter ensemble toute la nuit comme si leur vie, depuis des mois, n'était pas un cauchemar. C'est en toute sincérité, je crois, que certains d'entre eux m'ont affirmé qu'ils ne craignaient plus la mort. L'un des plus jeunes stagiaires, Jamaleddin, m'a même expliqué que le bruit des bombardements matinaux lui manquait.

Les jeunes de Rozana chantent ensemble

 

Les médias en Syrie

Pour comprendre dans quel contexte s'inscrit ce projet Rozana, j'ai demandé à Hélène Michalak, une jeune française installée à Ganziantep et probablement une des meilleures spécialistes actuelles de l'opposition syrienne, à quoi ressemblait le paysage médiatique de l'opposition syrienne. Elle m'a fourni une liste de liens que vous partage ici. Si vous en avez d'autres, faites nous signe dans les commentaires. 

 

 

 

Liste de journaux (non exhaustive)
1- Souriatna - سوريتنا

Tous à l’intérieur, un des e-magazines les plus sérieux. Tous les semaines. 86 numéros.

 

2- Tala'na 'al hourie - طلعنا على الحرية
3- Hurriyat - حريات
4- Souria bedda hourie سوريا بدا حرية
5- Enab Baladi (Daraya) عنب بلدي داريا 

rédaction basée hors de Syrie mais correspondants à l’intérieur. 63 numeros.

 

6- Al Haak (Al Midan) الحق – عن تنسيقية الميدان

 

7- Oxygen (اوكسجين (الزبداني
8- Sendian – Minorities newspaper (Latakia)

 

9- Graffiti غرافيتي – County of Messiaf newspaper
10- Tamod تمرد-
11- Jaridet Al Thawra جريدة الثورة – جامعةحلب

 

12- Ahed Al Sham عهد الشام – المجلس الثوري في دمشق

 

13- Ana afkar أنا أفك
14 - Zaman Al Wasel- جريدة زمان الوصل
15- Majala Basira مجلة بصيرة
16- Al Sahwa الصحوة -
17- Rashia Mandassa ريشة مندسة
18- Jaridet Sharara Adharجريدة شرارة آذار 

 

19- Jaridet Emissa جريدة إميسا 

 

20- Majala al thawri al muthaqaf مجلة الثوري المثقف جريدة ورقيةالعدد السادس 

 

 

21- Aboona مجلة آبوناجريدة القابون 

 

22- Hurriya جريدة حرية العدد الاول
23- Jaridet Hanta جريدة حنطة
24- Sharara Adhar Al Akbaria شرارة آذار الإخبارية

 

25- Shems Al Huriyya جريدة شمس الحرية – منبج

 

26- 17 nessanجريدة حركة شباب 17 نيسان للتغيير الديمقراطي
27- Jeridet itlifal al yassar جريدة ائتلاف اليسار السوري  

 

28- Jeridet Al Damir جريدة الضمير -

 

29 - Al berke bil shabab مجلة البركة بالشباب

 

30- Zeiton زبتون
31- Yasmin Souria ياسمين سوريا

 

32- Zaman ا مجلة رامان في كوباني

 

33- Ana thawri ثوري أنا

 

34- Jaridet Al Raqqa جريدة الرقة جريدة جسر

 

35- Al Karameh جريدة الكرامة

 

36- Sendian مجلة سنديان

http://issuu.com/88835

 

37- Ahfad Khaled جريدة أحفاد خالد 

 

38- Al mantraa جريدة المنطرة 

 

 

39 Malaweh : journal gay

 

40 Walat : journal qui parait en kurde et arabe

Journaux imprimés en general à 5000 exemplaires.

 

 

Les Radios 

 

Radios FM : Al Asima, Huna Sham, Radio Al Kul (radios soutenues par SMART)

 

Radios sur internet : Nasaim Suria, Suria li (basée au Caire),Radio Damas

 

 

 

Organisations qui aident les médias

 

Basma, ASML, Internews, CFIIMSRSF

 

A lire aussi :

 

le numéro de Vice consacré à la révolution syrienne

 

 

 

 

* Merci à tous les stagiaires de Rozana, aux équipes de la radio, à Nour Hemici et Hélène Michalak pour leur appui et pour la traduction.

 

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Quelle liberté pour la presse en Libye ?

Nos invités par S. Malterre

Quelle liberté de la presse en Libye? Près de deux ans après la chute du régime de Khadafi, le journalisme libyen fait montre de dynamisme: des dizaines de télé, de radio, de journaux occupent désormais le paysage médiatique. Attention en revanche à ne pas fâcher les puissants. Un journaliste, Amara Al Khitabi vient de passer 4 mois en prison. Nous étions à Tripoli lors de sa libération. Son avocat est venu nous raconter ce qu’on reproche à son client. Il fait partie des invités de ce tour d'horizon en clair-obscur de la vie médiatique en Libye.

 

C’était il y a deux ans, le 15 février 2011, la Libye se lançait à son tour dans le printemps arabe. Huit mois plus tard, le régime de Mouammar Khadafi tombait sous les coups des révolutionnaires et des bombardements de l’OTAN. Après plus de 42 ans de silence et de contrôle, la presse, les médias, les journalistes pouvaient à présent s’exprimer.

A quoi ressemble aujourd’hui le paysage médiatique libyen? Où en est la liberté d’expression? Pourquoi le journaliste Amara Al Khitabi vient de passer 4 mois en prison? L’instabilité du pays, la bureaucratie galopante, l’omniprésence des milices et des potentats locaux, la présence de groupes salafistes, les violences, les tortures, les enlèvements, permettent-ils aux journalistes de travailler? Nous avons tenté de répondre à ces questions avec nos invités.

 

 

La liberté de la presse en question

 

Ramadan Salem est l'avocat de Amara Al Khitabi. Ce journaliste de 67 ans, rédacteur en chef d’Al-Umma vient de passer quatre mois en prison pour avoir publié une liste de 87 juges et procureurs soupçonnés de corruption. Il a a été libéré le 21 avril 2013. Il est toujours poursuivi pour “diffamation” et “insulte à l’encontre du système judiciaire". Il risque de trois à quinze ans de prison selon l’article 195 du code pénal, un texte datant de l’époque khadafi et toujours en vigueur.

 

Ramadan Salem (à gauche) avec Hadia Laghsini au centre et Chloé de Préneuf (...enfin sa main) par S. Malterre

 

Barbara Néault est la représentante de Reporters Sans frontières à Tripoli. L'organisation de défense de la liberté de la Presse et de la liberté d'expression a suivi de près le cas du rédacteur en chef d'Al-Umma. Elle a dénoncé dans cette affaire la détention du vieil homme. Elle a également demandé la dépénalisation des délits de presse. Par ailleurs, RSF relate régulièrement les abus dont sont victimes les journalistes en Libye. Le dernier communiqué  remonte au 26 avril dernier. L'organisation s'y inquiète de l'insécurité croissante des journalistes libyens. Une situation qui préoccupe également d'autres observateurs de la vie médiatique libyenne.

Reportage d'Ajazeera English sur la presse en Libye (octobre 2012)

 

 

Une nouvelle jeunesse pour les médias

 

AbdulHameed Amruni est journaliste. Il travaille pour la radio Ajwaa Leblad à Benghazi. Il revient pour nous sur son parcours de jeune journaliste et sur sa vision du métier en Libye et dans sa ville, Benghazi. Comme beaucoup d'acteurs des médias, Abdulhameed ne se destinait pas à une carrière dans la presse. Il enseignait les mathématiques avant de se alncer dans cette nouvelle aventure à la faveur de la révolution.

 

Seraj (à gauche) et Amruni (au centre) par S. Malterre

 

Seraj Hameed est aussi un jeune journaliste. Il travaille pour la télévision Libya Internationaltout en étudiant la mécanique pour assurer ses arrières. Lui aussi nous parle de son expérience au sein d'une jeune chaîne de télévision libyenne.

 

 

 

Libya Media Wiki

 

Il y a aujourd’hui des centaines de nouveaux medias en Libye. Difficile d’y voir clair dans les radios, les télés, les journaux qui se lancent. Le paysage est extrêmement complexe et c’est pour tenter d’en savoir plus que le Legatum Institute a mis en ligne un site participatif : le Libya Media Wiki. Chloé de Préneuf coordonne ce projet. L'idée est de mieux connaître 

les médias du paysage libyen et de savoir qui finance les médias libyens. 

 

 

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Libyablog : la parole libyenne libérée

Emission spéciale Libyablog cette semaine. Libyablog c’est le nom de la plateforme en arabe lancée par l’équipe de l’atelier des médias en partenariat avec nos amis des observateurs de France 24 en juillet 2012. Nous étions cette semaine à Tripoli pour la troisième session de formation avec nos blogueurs sur place. Compte-rendu de cette semaine mouvementée et rencontre avec plusieurs de nos contributeurs.

 

 

C’était au mois de juillet l’an dernier. A l’initiative de l’UE et l’AEF, les Observateurs de France 24 et l’Atelier des médias RFI lançaient un projet de plateforme inspiré de Mondoblog pour contribuer à l’émergence d’une blogosphère active et qualitative en Libye. Le pays vivait alors ses premières élections libres moins d’un an après la chute du régime de Kadhafi et moins de 8 mois après la mort du dictateur.
Avec Julien Pain, Sarra Grira, Hadia Laghsini et Simon Decreuze, nous étions venus à Tripoli pour couvrir avec les blogueurs l’élection du congrès national libyen.
Nous sommes donc retournés cette semaine dans la capitale libyenne. Premières impressions dès la sortie de l’aéroport, les panneaux publicitaires invitant les citoyens au vote de juillet 2012 sont encore là, mêmes images, aux couleurs aujourd’hui délavées.

 


Juste à côté de l’aéroport, les travaux du nouveau terminal international n’ont toujours pas repris après plus de deux ans d’arrêt. Signes d’atonie donc, de stagnation, qui contrastent fort avec la vitalité des personnes avec lesquelles nous avons rendez-vous. Depuis son lancement, la plateforme Libyablog, ne cesse de grandir. Elle compte aujourd’hui quarante blogueurs actifs, quarante observateurs avisés, curieux, de la vie en Libye après la révolution.

 

Ecouter l'émission diffusée sur RFI  (en attendant la version longue)

C'est Hadia Laghsini qui coordonne, depuis Paris, la plateforme. Une tâche compliquée à distance d'un pays encore très mal connecté au réseau des réseaux. Chaque jour, elle édite les nouveaux billets et anime nos comptes twitter et Facebook. Elle a développé une belle connaissance de l'actualité libyenne et partage régulièrement des infos (souvent des mauvaises nouvelles) et des contenus intéressants sur la jeune démocratie.

 

La page d'accueil de Libyablog

 

Karim Nabata, notre fixeur-blogueur

 

Parmi nos blogueurs, il y en a un, Karim Nabata, que nous chérissons particulièrement (je sais que ce n'est pas bien d'en préférer un mais j'assume) pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il écrit en français, ce qui facilite la compréhension de ses écrits aux 4/5 de l'Atelier des médias. Ensuite parce qu'il raconte des choses très drôles, ayant choisi de placer son journal personnel sous le signe de l'humour qui, comme il le rappelle dans son slogan de blog, est "un art martial". Enfin Karim est impliqué dans le projet depuis le début en raison de son activité professionnelle. Il dirige une agence réceptive spécialisée à l'origine dans l'accueil de touristes et aujourd’hui dans celui des journalistes. Depuis un an, Karim organise tous les détails logistiques de nos formations en Libye. Il y a quelques mois, il a manifesté l'envie de rejoindre nos blogueurs. Et quelle n'a pas été notre surprise de découvrir sa plume inspirée et redoutablement drôle.

 

 

Karim N. by Ségolène M.

 

 

Extrait d'un des derniers billets de Karim:

 

 

Inventaire d’un changement

 

N’est-il pas temps de faire un premier inventaire des résultats de ce soulèvement et de ses conséquences ?

 

Politiquement nous somme sur le point de structurer le futur régime constitutionnel (avec l’adoption de la formule siège en TEFAL…qui ne colle pas !!! pour faciliter la passation du pouvoir)

 

La sécurité intérieure est sur la bonne voie si on se fie aux déclarations du ministre de l’intérieur et du chef d’état-major, ( à Benghazi par exemple : on ne tue plus les consuls et les ambassadeurs, mais en leurs tire dessus de loin seulement ) la sécurité est assurée par une équation physique qui se base sur le rapport de force suivant « Tu as une arme ! Moi aussi, alors calme toi !!! »

La liberté d’expression est dans toute sa gloire, des chaînes de télés et radios dans toutes les langues reconnues et non reconnus (TOUBOU et AMAZIGH), tu peux critiquer les décideurs politique en toute liberté . Bien sûr il faut garder une certaine distance avec les vrais décideurs sur le terrain (les milices) pour sa sécurité personnelle (kidnapping et harcèlement au menu, avec intimidation comme entrée, torture au P.P.R comme plat principal et humiliation enrobée au dessert).

 

L’économie : on constate un renforcement du système bureaucratique qui freinera l’investissement étranger et qui favorisera d’avantage la commission et la corruption considérés de tous temps comme un savoir faire. 

 

Les problèmes sociaux n’ont cessé de se multiplier, avec le problème des familles libyennes réfugiées à cause de la punition collective infligée à toutes les villes qui ont soutenu le régime Kaddhafi, cette déportation a causé une dégradation générale du niveau de vie de ces gens. Dans un pays qui s’est révolté contre l’injustice sociale et la marginalisation , quelle hypocrisie !!

 

J’entends des voix qui réclament une deuxième révolution , et bien, bonne chance car moi j’ai eu ma dose avec ce bilan qui démontre que les révolutions sont souvent sur la bonne route, mais dans la mauvaise direction… 

 

 

Les visages de Libyablog

 

AbdulHameed Amruni, l'invité suivant, est originaire de Benghazi. Il travaille pour la radio Ajoua’ FM et administre une page Facebook appelée Faceboukiyyat Libiyya. Il a rejoint Libyablog car il souhaitait avoir un espace d'expression plus adapté à l'analyse personnelle. Il décrit dans ses écrits la société libyenne actuelle. il parle du paysage médiatique et de l'importance de respecter la diversité dans la population du pays.

 

A. Amruni (tout à droite) avec Maha qui assurait la traduction 

Parmi nos invités, il y avait aussi la pétillante Sarah Ali Harb. Cette jeune étudiante vit à  Chehate, c’est à dire Cyrène, au Nord-Est de la Libye. Elle a rejoint Libyablog en janvier 2013. Son blog s’appelle Sara Harb et son slogan est Le cerveau n’est pas un récipient à remplir mais une lumière qui s’allume. Sur son espace de publication, elle parle beaucoup des enjeux de liberté d’expression. Elle a pris récemment la défense de Amara Al Khattabi, journaliste de 67 ans qui a été emprisonné pendant 4 mois et libéré le dimanche 21 avril dernier. On lui reproche la publication d'une liste noire dénonçant la corruption de 87 juges et procureurs. Une publication pour laquelle il est toujours poursuivi. Il risque de 3 à 15 ans de prison.

 

 

 

Wissam Salem fait également partie de la communauté des blogueurs Libyablog.Il est étudiant en première année dans une école pour devenir ingénieur réseau. Il est originaire de Benghazi et tient activement son compte twitter. Dans un de ses derniers billets il suggère un travail assez spécial au, très désœuvré, Ministère du Tourisme libyen. Sa proposition est de s'occuper de faire partir tous ses compatriotes dans les pays dont ils souhaient importer le modèle dans la nouvelle Libye. les wahabite en Arabie Saoudite, les pro-américains aux Etats-Unis, les amateurs de politique étrangère qatarienne au Qatar...

 

Wissam S. (source)

L'émission a également été l'occasion de présenter les écrits du très talentueux Mohamed AbuGhrara, jeune auteur formé avec nous lors de la première session Libyablog en juillet 2012. Voici une traduction de son texte Pour toi ma fille.

 

Mon ami Abdelwahab m’a demandé de l’aider à défoncer une porte.
Celle d’une chambre dans une vieille maison entièrement occupée par des travailleurs du Ghana.

 

Cette chambre était celle de l’un d’entre eux. Il ne payait plus son loyer depuis des mois.

 

Il semble qu’il soit parti définitivement. Le problème c’est qu’il avait laissé une serrure sur sa porte.

 

La maison se situe dans le quartier de Ghot Echaal, un coin populaire près de la rue ‘Achra.

 

George était là pour nous accueillir. C’est une sorte de représentant du groupe d’immigrés.

 

On entre avec matériel et outils. Nous croisons quelques jeunes. Ils sont tous maçons.

 

Arrivés devant la porte de la chambre, je découvre que le cadenas qui vérouille la porte est très fin. Abdelwahab le force rapidement et nous pénétrons dans la pièce.

 

A l'intérieur, j’ai l’impression de voir la chambre de quelqu’un qui est parti travailler un matin et qui n’est jamais rentré.

 

Le lit est défait, des vêtements pendent au mur, il y a des chaussures ça et là et ses outils de maçon : sceau, truelle et marteau maculés de ciment séché.

 

Nous ressortons dans la cour pour appeler George. Mon ami lui demande le nom de cet homme, je ne suis plus sûr de la réponse...Marc peut-être

 

-Où est Marc ? demande Abdelwahab. Il est mort?

-Oui, il est mort, répond George.

-Où ça ?

-A Zaouia. Avec les milices pro-Khadafi.

-Que faisait un maçon avec ces gens là ?

-A ce moment là, explique George, il n’y avait plus de travail à cause de la révolution. Le régime de Khadafi a profité de l’ignorance et du besoin d’argent des travailleurs africains. Ils leurs proposaient de fortes sommes pour tenir des checks points ou aller au combat.
Je ne sais pas ce qu’avait choisi Marc mais il est bien mort lors de la libération de Zaouia au mois de Ramadan.

 

Je suis revenu dans la chambre et j’ai fouillé dans ses papiers. Je suis ressorti avec l’idée que c’était un garçon religieux. J'y ai trouvé deux vieux évangiles annotés, peut-être rapportés du Ghana. J’y ai aussi découvert une photo de sa femme et de sa fille.

 

C’est probablement en songeant au bien être de cette enfant qu’il a rejoint les milices de Khadafi. C’est sûrement aussi dans le but lui assurer un bel avenir qu’il a traversé le désert avant d’arriver en Libye.
Durant les derniers instants de sa vie, il a dû songé à elle. Lui adresser ses regrets, ses excuses, ses prières.

 

 

Nos blogueurs avec leur diplôme de fin de stage

NB les images sont de Ségolène Malterre et de moi sauf indication contraire

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Celles et ceux qui ont voyagé au Sénégal savent, en général, que le cinéma de Bollywood et sa musique y sont très prisés. Ce qu'elles et ils savent moins, c'est que des dizaines d'émissions radio décryptent chaque semaine la culture "Hindou" comme, par déformation, on appelle la culture populaire indienne au pays de la Teranga. Nombreux sont les animateurs et les indophiles qui parlent Hindi et traduisent pour leurs compatriotes les paroles de chansons d'un pays qu'ils n'ont jamais visité. Découverte et décryptage de l'amour de l'Inde dans les médias au Sénégal avec ce reportage réalisé en collaboration avec l'Afrique Enchantée de France Inter.

 

C'est en parlant avec mon ami Oumar Wane, il y a un an, que j'ai réalisé la place qu'occupe la culture indienne dans le quotidien et le cœur de centaines de milliers de Sénégalais. Je connaissais, bien sûr, le goût des populations d'Afrique pour le cinéma de Bollywood. Quand j'ai commencé à travailler sur le continent, nombreuses encore étaient les salles qui diffusaient en boucle les films indiens. Aujourd'hui, la télévision et les DVD alimentent encore cette passion. Quand Oumar m'a décrit les foules gigantesques venues accueillir Pallavi Kukarni, actrice de la série Vaidehi lors d'un passage au Sénégal. Quand il m'a parlé d'Amadou Bâ Diagne, Mamadou Pam, Mamadou Kane, stars de la radio et de la télé capables de raconter , traduire, décrypter, chanter, des centaines de chansons hindies. Quand Oumar m'a relaté sa propre passion pour la culture indienne, insistant sur le Kérala, le Rajasthan m'expliquant leur culture, leurs traditions...qu'ils semblait si bien connaître sans jamais y être allé...Quand j'ai réalisé tout cela, j'ai compris que nous devions relater cette histoire. 

 

 Oumar Wane, passionné de culture et de cinéma indien

 

Les véritables stars planétaires

 

Les voies de la culture mondiale sont méconnues. Alors qu'en Europe et en Amérique, chacun a l'impression qu'Hollywood est le centre de l'univers people. Il suffit de faire un pas de côté, refaire les calculs (1 milliard +, 1 milliard + 1 milliard ..) pour se rendre compte que la vraie culture populaire mondiale est avant tout asiatique. Pour mes amis Sénégalais, les stars interplanétaires ne sont ni De Niro, ni Di Caprio, ni Madonna... Les personnalités qu'ils vénèrent se nomment Amitabh Bachchan, Aamir Khan, Aishwarya Rai...

 

 

Bollywood Teranga : les médias indophiles au Sénégal est une invitation à regarder notre monde différemment. Pour beaucoup de nos auditeurs, ce reportage raconte des faits, des événements, des phénomènes qu'ils connaissent. Pour d'autres, il éclaire une réalité mal connue et peu comprise de la diffusion des cultures mondiales.

 

 

Amaou Bâ Diagne : le patriarche

 

Sur la route de Bollywood Teranga, notre première rencontre a été celle du père. Présenté (à tort) comme le premier animateur radio du Sénégal à avoir consacré des émissions à la culture indienne, Amadou Bâ Diagne est assurément le plus connus des indophiles.

 

 Amadou Bâ Diagne au mariage de sa nièce

 

Malgré son bel âge, l'homme a gardé un dynamisme et une verve hors normes. Nous l'avons rejoint, avec Simon et avec l'équipe de l'Afrique enchantée, dans le quartier de Pikine où sa nièce se mariait. Il était très honoré de faire l'objet de notre visite. Il avait préparé sur un modeste bout de papier, dans une écriture soignée, une biographie que Vladimir Cagnolari a conservée. Bien que'imprécis sur certaines dates et sur la chronologie, Bâ Diagne a encore une excellente mémoire. Il se souvient des paroles de centaines de chansons qu'il peut traduire couplet par couplet. Il se souvent aussi du nom de ses émission sur la RTS. L’Inde pays au 1000 visages en français, Musique et culture de l’Inde en wolof lancées dès en 1982. Des émissions qui ont rendu l'animateur célèbre dans tout le pays. Bâ Diagne s'est aussi distingué par son activité culturelle et ses talents de chanteur au sein du Rajasthan Club (un aspect exploré plus avant par nos collègues de l'Afrique Enchantée)

 

 La biographie manuscrite d'Amadou Bâ Diagne par lui-même

 

La première émission sur l'Inde au Sénégal

 

Comme me l'a expliqué Idi Sidibé, banquier à la retraite et indophile, il existait déjà des émissions radio à l'échelle locale et nationale de décryptage de la culture indienne au Sénégal avant celles de Bâ Diagne. Au début des années 60, Ballabasse Diallo a commencé une émission consacrée à la chanson et aux films indiens sur Radio Sénégal. Un certain Clédor Diagne lui aurait succédé selon Baïdy Dia. C'est ce dernier, Baïdi Dia, qui a repris l'émission de  1965 à 1970, il était en duo avec Amadou Tall, devenu, comme il me l'a dit "un grand marabout" au Sénégal. L'émission de Dia et Tall s'appelait Echos d'Orient et passait le lundi de 14h00 à 15h00. Baïdy Dia vit aujourd'hui en France où il exerce les métiers de réalisateur et d'assureur (pour gagner son pain).

Idi Sidibé, jeune retraité, indophile autoproclamé

En 1970, Baïdy Dia a été le premier à décrocher une bourse du gouvernement indien pour aller étudier le cinéma en Inde. En 1973, il est rentré au pays et a repris son émission jusqu'en 1978. C'est peu après que Bâ Diagne a repris le concept avec un talent qui lui valut une grande célébrité dans le pays.

 

les phénomènes Mamdou Pam et Vaidehi

 

Selon Idi Sidibé, l'indophilie s'est essoufflée dans les médias sénégalais à la fin des années 80. Elle a été relancée dans les années 90 par un premier phénomène : Mamadou Pam. Ce jeune passionné de culture, de chanson et de cinéma indiens a réussi à apprendre seul le Hindi et a commencé en 1995 à animer une émission consacrée à ces thèmes sur la radio, puis la télé sénégalaise. 

 

Mamadou Pam devant la console qu'il utilise pour animer en direct à Radio Dunyaa

 

Le second phénomène est la série télévisée Vaidehi. A en juger par les foules venues accueillir son actrice principale, Pallavi Kukarni, une comédienne pratiquement inconnu en Inde mais célébrissime au pays de la Teranga, Vaidehi a été un immense succès populaire au Sénégal. C'est, selon Sidibé, ce qui a encouragé la création de programmes consacrés à l'Inde dans presque toutes les radios nationales et locales du pays. 

 

 Plaque commémorant le passage de l'actrice du téléfilm Vaidehi dans un restaurant à Dakar en 2010

L'amour de la culture indienne au Sénégal est encore très puissant. Cela étant, il semble concerner surtout les générations de 30 ans et plus. Selon Oumar Wane, les plus jeunes sont aujourd'hui branchés internet et culture américaine. N'hésitez pas à partager avec nous vos propres expériences et connaissance sur ce sujet au Sénégal ou ailleurs en Afrique. N'hésitez pas aussi à  infirmer ou préciser certaines des informations recueillies dans le reportage ou dans cette présentation.


vaidehi à dakar1 par senewebvideo

En couverture : Capture d'image du générique de l'émission l'Inde au Sénégal de Mamadou Pam sur la télévision Dunyaa

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A quelques semaines d’intervalles, deux productions originales traitant du quotidien des journalistes en Afrique ont été mises en ligne : Le Quotidien des Capitales et Kinshasa FM. Le premier est un blog qui raconte le travail de journalistes dans quatre capitales sub-sahariennes. Le second est un webdocumentaire qui relate 24h de la vie de deux journalistes congolais (RDC). Cette semaine l’Atelier des médias reçoit deux journalistes et photographes porteurs de ces projets. Stéphane Siohan (Kinshasa FM) et Camille Millerand (Le quotidien des capitales) ont répondu à mes questions et à celles posées dans les commentaires de ce billet.

 

(billet rédigé par Pierrick De Morel)

 

Le Quotidien des capitales est une plongée photographique dans les rédactions de quatre journaux sud-sahriens (Congo, Côte d’Ivoire, Maroc et Madagascar). Un projet mis en ligne sous forme de blog porté par quatre photographes et par l’équipe d’Afrique in visu.

 

Kinshasa FM est un web-documentaire mis en ligne cette semaine. Il propose de suivre deux journalistes de Kinshasa pendant 24 heures.

A écouter ci-dessous, l'entretien avec Camille Millerand et Stéphane Siohan.


En immersion totale au coeur de rédactions africaines

En matière de webdocumentaires, Stéphane Siohan n’est pas un novice. Avec son collègue Matthieu Sartre, ils ont déjà réalisé un premier reportage, Gol! Ukraine, diffusé sur le site internet du quotidien Le Monde et sur Arte. Ils avaient profité de la Coupe d’Europe de football, organisée l’été dernier en Europe de l’Est, pour faire découvrir l’Ukraine à travers le regard de deux jeunes Ukrainiens, Oleg et Katya.

Pour cette deuxième collaboration, les journalistes se sont rendus en République Démocratique du Congo, à Kinsasha, afin de suivre deux journalistes congolais  : Mike de Congo News et Cyrille de la radio Top Congo. Ce web-documentaire a été financé grâce à l''Institut Panos. Il est disponible en ligne depuis une semaine (et notamment sur le site de RFI).

 

Cyrille, l’un des deux journalistes du webdocumentaire Kinshasa FM (crédit @Kinshsa FM)

 

Quatre photographes pour quatre quotidiens

 

Ce sont également les médias africains qui ont intéressé les instigateurs du Quotidien des capitales. Lancé en janvier dernier, le projet se présente comme “une relecture de la vie quotidienne, l’ordinaire, l’insolite de l’Afrique urbaine sans schémas préconçus puisque c’est l’actualité traitée par les médias locaux qui guide la production photographique.”
Le Soir Echos, Maroc, édition du 10 décembre 2012
L’idée ? Plonger quatre photographes français dans quatre rédactions de quotidiens sub-sahariens : Fraternité Matin à Adibjan, Les dépêches de Brazzaville, L'Express de Madagascar et Le Soir Echos à Casablanca.

Le premier sujet, durant le mois de janvier, a été réalisé par Philippe Guionie. Il raconte le quotidien des Dépêches de Brazzaville, au Congo. Le troisième reportage, réalisé par Camille Millerand, a été réalisé au sein de la rédaction de Fraternité Matin, à Abidjan. Il est mis en ligne par épisodes depuis la fin février.

 

Les rotatives de Fraternité Matin par Camille Millerand
Avec ces deux objets web, ce sont donc cinq pays et six rédactions qui sont racontés par des journalistes français désireux d’en savoir plus sur la manière dont travaillent leurs confrères africains.

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Innovafrica 2012 : la fête de l'Innovation africaine

C'était la quatrième édition d'Innov@frica, la fête de l'innovation africaine. Cette année, l'événement a élu domicile à Dakar dans les locaux de l'Institut Supérieur de Management. Retour sur ce forum résolument tourné vers un futur différent.

 

 

Il y a des moments où nous réalisons plus qu'à d'autres notre chance avec Simon. Innov@frica fait partie de ces occasions privilégiées. Nous aimons sincèrement cette rencontre, son esprit, son ambiance. Pendant 5 jours, les ateliers et rencontres se succèdent. Rien de formel, rien de cérémonieux, tout est organisé dans un esprit Barcamp : il n'y a pas de "public", tout le monde est "participant"  ! C'est d'ailleurs assez déroutant pour le novice. L'organisation est liquide, difficile à saisir, à résumer. Si vous n'assistez pas à une session, le beau programme ne vous sera d'aucune utilité pour en savoir plus. Tout est dans l'échange, dans le moment, dans l'esprit de réseau et de collaboration qui réunit tous les participants. 

 

 

Cette année les grands thèmes étaient la gouvernance, l'énergie, les FabLabs, la cartographie libre et de téléphone mobile. Le lien entre tout cela : un monde qui change à grande vitesse. Organisé avec de tous petits moyens par l'association Innovation for People, cet événement est un rendez-vous festif qui préfigure un monde différent. Un monde imprégné de culture numérique, plus juste, plus durable et, surtout, plus drôle.

 

Pour en savoir plus sur Innov@frica, plusieurs entretiens sont proposés sur cette page. Il s'agit des versions longues des éléments qui nous ont permis de produire cette émission diffusée sur l'antenne de RFI.

 

Pour présenter l'événement, nous nous sommes d'abord entretenus avec Sylvain Maire, organisateur et Karim Sy, partenaire avec son entreprise sociale Jokkolabs

 

Impossible de venir à Innov@frica sans tendre le micro à Jean-Michel Cornu. Il est le second organisateur de l'événement. C'est lui qui incarne le mieux l'esprit décontracté et festif de la rencontre.

 

Innov@frica, c'est l'occasion de découvrir un monde différent et une représentation et ouverte de ce monde avec OpenStreetMap et son ONG Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT). Pour en parler nous étions avec Nicolas Chavent de HOTIsseu Counta de BantaLabs et Monique Diop étudiante à l'Université Gaston Berger de Saint Louis (UGB).

 

 

Après avoir dessiné, représenté, un monde différent grâce à OpenStreetMap, nous pouvons construire et consommer des objets différemment grâce aux Fablab. Pour parler de ces ateliers de conception imaginés au MIT nous étions avec Gildas Guiella de Ouaga Fablabs, Emmanuel Gilloz de Nancy bidouille, inventeur de la Foldarap et Benoit Vonsa du Wɔɛ.lab de Lomé

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Le carrefour des possibles Afrique 2012

Depuis maintenant trois ans, l'innovation en Afrique francophone se donne un grand rendez-vous tous les ans. L'occasion de présenter une dizaine de projets sélectionnés tout au long de l'année par des correspondants et lors cafés carrefour. Le Carrefour des Possibles Afrique a soufflé il y a quelques jours sa troisième bougie à Dakar, l'occasion pour nous de consacrer une émission spéciale en deux volets sur les antennes de RFI. L'occasion aussi de publier ce billet où vous pourrez trouver des liens et des infos en plus des versions longues des entretiens que nous ont accordés les porteurs de projets et les organisateurs du Carrefour des Possibles Afrique 2012.

Subjugués, fascinés, stimulés, étonnés, ravis, les qualificatifs sont bien peu journalistiques mais je les accole sereinement à notre découverte des projets défendus en 2012 au CDP Afrique. Jugez-en vous même. Ecoutez ces 10 jeunes âgés de 21 à 32 ans. Ils sont le visage d'un monde nouveau. Ils sont une génération née avec l'internet. Ils sont le produit de la force capacitante du réseau. L'excellence, le savoir, le talent sont désormais partout. Le monde a changé et change sous nos yeux. Prêtez lui vos oreilles pour deux heures et dites nous ce que vous pensez de cette jeunesse. 

Par souci d'efficacité, nous avons répartis les porteurs de projets en deux groupes de 5 personnes. Les deux tables rondes sont à écouter ci-dessous avec quelques informations sur les invités. 

Pour cet entretien, nous étions avec Cyriac Gbogou, coordinateur du CDP Afrique.

Les jeunes par ordre d'apparition :

Ndey Awa GUEYE du Sénégal, 24 ans,  ingenieur informatique. Elle présentait son Smart guide en réalité augmentée de Dakar.

Bacely YOROBI, 24 ans, de Côte d'Ivoire. Il est venu présenter son SocialSpot, un réseau internet gratuit financé par un modèle publicitaire.

Hervé DJIA, 24 ans, du Cameroun, ingenieur systeme d'information. Hervé a co-développé une plateforme de Social TV appelée Djoss.tv . Nous avions déjà mentionné par le passé son application NoBakchich pour lutter contre la corruption dans son pays.

Cheikh Tidiane KANE, 31 ans, Sénégal, entrepreneur et membre fondateur de jokkolabs. Cheikh a présenté son projet Xaima, une plateforme pour les consommateurs et les marques au Sénégal.

Mouhamadou ATTININE, 30 ans, du Niger, informaticien spécialisé en genie logiciel et technologies du web. Son projet Mukama est un système d'alerte sanitaire par sms.

La seconde table ronde : 

Pour cet entretien, nous étions avec Aude Guyot, coordinatrice du CDP Afrique.

Les jeunes par ordre d'apparition :

Sam KODO 21 ans, du Togo. Etudiant en Sociologie. Sam est passionné de robotique. Il a présenté au CDP Afrique son Brain Coach, un robot dédié à l'apprentissage par le jeu.

Epiphanie DJOUTSING FOTSING, 23 ans, du Cameroun, étudiante ingénieure en télécommunications au Sénégal. Son projet est Social Taxi, une application de mise en relation de clients de taxi à Dakar.

Roland POLMAN, 23 ans, de Côte d'Ivoire. Illustrateur et entrepreneur. Fondateur de Caric-actu.com. Il a présenté Connais-tu mon beau pays, un projet ludo éducatif pour faire connaître la Côte d'Ivoire aux jeunes et aux moins jeunes.

Sénamé AGBODJINOU, 32 ans du Togo, architecte à Paris. Il a présenté son projet HubCités africaines né de l'Archicamp qu'il a coorganisé au Togo à l'été 2012.

Jean-Delmas EHUI, 32 ans, Côte d'Ivoire. Informaticien. Il a présenté Moh ni Bah, un système d'enregistrement des naissances par sms

Si vous êtes accrocs à cette histoire, vous prendrez beaucoup de plaisir à écouter l'enregistrement audio de la soirée CDP Afrique qui s'est tenue à Dakar le 28 novembre 2012.

Pour mieux connaître les jeunes, ces vidéos de Dimanche Yaméogo

Crédit images : Le Grand Bacely Yorobi, big up!

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Ils ont pratiquement inventé la campagne électorale en ligne. L’équipe technologique de Barack Obama s’est encore distinguée cette année par son usage des réseaux sociaux mais aussi par son utilisation des données, des datas, et de tout l’arsenal innovant que permet l’internet et l’informatique. Retour en sons et en texte sur la campagne numérique d’Obama cette semaine dans l’atelier des médias

Le 6 novembre 2012, Barack Obama était réélu président des Etats Unis au terme d'une campagne qui, comme celle de 2008, s'est distinguée par son usage extrêmement élaboré des nouvelles technologies. Il y a eu, bien sûr, l'utilisation des réseaux sociaux Facebooktwitter, youtube, Instagram, tumblr, reddit, les deux trois derniers noms sont moins connus et montrent déjà une certaine sophistication. Un chiffre aussi, plus de 800000 retweets pour ce court message 'four more years' celui où Obama annonce sa réélection et l'illustre avec une photo de lui et de son épouse s'embrassant. C'est le tweet le plus retweeté au monde. La même photo a d'ailleurs rapidement dépassé les 4 millions de likes, de mention j'aime, sur Facebook.


Il y a donc la campagne digitale sur les réseaux sociaux mais il s'agit probablement de la partie émergée de l'iceberg. La partie immergée est bien plus fascinante et complexe. Elle implique une équipe de geeks, de technophiles, de développeurs et de spécialistes informatiques de très haut niveau. Des militants pas comme les autres qui ont imaginé une machinerie technologique sans précédent. C'est cette histoire que nous avons raconté cette semaine avec nos invités, cette histoire et celle de la France qui a connu une campagne électorale la même année, l'occasion de comparer ce qui est comparable. 

(Image par Simon Decreuze #CC)

Les invités (de gauche à droite sur la photo)

Clémence Pène 

Chercheuse en sciences politiques, travaille sur la comparaison entre les Etats Unis et la France en termes de campagne digitale. Elle est également membre du Personal Democracy France, organisateur récemmentd'un événement appelé From hope to forward (De l'espoir vers l'avant) qui a pour sous titre Comment Obama for America a (encore) réinventé la campagne numérique. Occasion pour laquelle deux de nos invités sont venus à Paris. 

Catherine Bracy 

Co-directrice du Technology Field Office pour la campagne du Président Obama. 

Ethan Roeder

Artiste de performance reconverti dans la politique. Directeur du département data pour les campagnes d'Obama en 2008 et 2012. 

Romain Liberge directeur conseil pour la Netscouade, agence web impliquée dans la politique depuis sa création. Observateur attentif de la campagne numérique d'Obama. La Netscouade a participé activement au Personal Democracy qui a invité les responsables technologiques de la campagne démocrate américaine.

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Transcription de l'entretien avec Catherine Bracy 

Bonjour Catherine Bracy. Vous étiez Co-directrice du Technology Field Office pour la campagne de Barack Obama à San Francisco? Pouvez vous d’abord nous dire en quoi consistait votre boulot?

Oui. Le tech field office ou bureau technologique de terrain est un espace que nous avons ouvert en Février pour recruter des ingénieurs et des designers ainsi que des spécialistes de l’expérience utilisateur, des développeurs et des chefs de produits. Tous étaient volontaires pour nous aider dans la campagne. Nous l’avons installé à San Francisco parce que c’est là que l’on trouve les talents dans le domaine techno. Nous avons produit des outils déployés sur BarackObama.com.

Quels genres d’outils avez-vous élaborés?

Certains sont confidentiels, des outils pour l’équipe d’analystes de données notamment. Sinon il y avait par exemple le Trip planner, le planificateur de voyage, qui est un outil de covoiturage et d’hébergement chez les militants, un mélange de ridejoy, (ndlr : le site de covoiturage américain) et de airbnb, le site de logement chez l’habitant.

Aux USA, nous avons un petit nombre d’Etats qui sont importants pour l’élection présidentielle et beaucoup d’autres états où les résultats sont déjà connus. C’est le cas de la Californie où Barack Obama est largement favori. Dans cet Etat, il y a beaucoup de gens qui soutiennent Barack Obama et qui souhaitent faire du volontariat dans d’autres Etats du pays. S’ils ont besoin d’un covoiturage ou d’un toit pour dormir, ils peuvent utiliser Trip Planner. Cela réduit aussi la charge de travail des volontaires dans les Etats clés, ils n’ont plus à s’occuper du logement et du transport des volontaires venant d’autres Etats.

Vous avez mentionné les analystes, comment était organisée la campagne du point vue de son équipe technologique ?

Nous avions une équipe tech qui était composée essentiellement d’ingénieurs et de chefs de produits, comme moi. Nous avions aussi une équipe consacrée aux données, aux datas, qui était dirigée par Ethan Roeder. Et nous avions enfin les analystes qui devaient interpréter les datas qui remontaient du terrain ou issues des bases de données que nous avions à disposition. L’équipe Tech c’était les ingénieurs qui construisaient l’infrastructure logicielle de l’ensemble des départements. Enfin, il y avait l’équipe digitale qui se chargeait du contenu, des médias sociaux, du design, de la vidéo...tous le matériau visuel de la campagne numérique.

Et quels sont les objectifs de la campagne numérique?

Les enjeux de la campagne numérique sont les mêmes que pour la campagne dans son ensemble. C’est à dire convaincre les électeurs, la collecte de fonds et, enfin, faire changer d’avis à certains électeurs. Toute notre stratégie numérique était fondée sur ces trois objectifs, comme tout le reste de la campagne d’ailleurs. Donc nous avons travaillé très dur pour que les campagnes en ligne et hors lignes soient fortement coordonnées et qu’elles aient les mêmes objectifs.

Et comment les outils numériques contribuent à ces trois objectifs?

Un exemple : 50% des jeunes que nous voulions toucher ne sont pas joignable par téléphone. Nous avons une liste d’électeurs avec des numéros de téléphone mais pour un grand nombre de cas, le contact téléphonique est absent.

Parce qu’ils n’ont pas de téléphone ou parce que vous n’avez pas leurs numéros?

Ethan sait cela mieux que moi mais probablement parce qu’ils n’ont pas de ligne téléphonique fixe. Ils ont juste un mobile. Ou sinon, ils n’utilisent pas trop leur téléphone, ils se servent des sms et des réseaux sociaux pour communiquer. Grâce aux fans que l’on a sur Facebook, nous avons réussi à contacter 85% de ces jeunes qui ne sont pas joignables par téléphone. Nous les avons contactés sur Facebook ou sur d’autres réseaux sociaux. Donc nous avons élaboré une énorme campagne de proximité sur Facebook en utilisant les fonctionnalités que permettent les applications dans facebook comme le fait de se mettre en contact les amis d’une personne. Par exemple, si je suis fan de Barack Obama et que j’ai installé l’application Barack Obama 2012, je peux demander à mes amis de faire certaines choses : s’inscrire sur les listes électorales, voter plus tôt, trouver leur bureau de vote. Nous avons eu un taux de réussite très important dans notre campagne Facebook pour atteindre ces électeurs auxquels nous n’avions pas accès par les moyens traditionnels.

Quelles leçons vous tirez de votre expérience dans cette campagne électorale?

Paradoxalement, la leçon que j’en ai tirée c’est le peu d’importance qu’a la technologie dans les campagnes électorales . En fin de compte, il faut vraiment avoir un bon message et un bon candidat. Et il vous faut convaincre les électeurs de ses mérites. Tout ce que va faire la technologie c’est vous aider à trouver la personne à qui vous voulez parler, mais il vous reste à avoir cette fameuse conversation. C’est cette conversation authentique avec les électeurs, je pense, qui sera toujours plus importante que n’importe quel outil analytique ou n’importe quelle application facebook.

Transcription de l'entretien avec Ethan Roeder

Bonjour Ethan Roeder. Vous êtes artiste performeur reconverti dans la politique. Vous avez dirigé le département data pour les campagnes d'Obama en 2008 et 2012. En quoi ça consiste les data, les données pour une campagne électorale?

En ce qui concerne mon passage du métier d’artiste à la politique : En tant qu’artiste performeur je m’intéressais à la manière dont les gens tirent des conclusions par rapport à ce qu’ils ont en face d’eux. J’aimais jouer sur leurs attentes et les déstabiliser. Ce questionnement artistique m’a naturellement conduit vers la politique. Je me demandais comment les gens prennent une décision à propos d’un candidat? Comment ils établissent leurs attentes afin de décider pour qui ils vont voter? J’ai donc commencé à militer pour un candidat à l’échelle locale pour apprendre comment ça marche la politique ou, en tous cas, en savoir un peu plus. Ma connaissance reste d’ailleurs assez modeste. Donc c’est cette curiosité particulière qui m’a amené à la politique.
En ce qui concerne les datas, les données, Catherine l’a bien expliqué. La campagne digitale et l’utilisation des données, particulièrement dans le cas de la campagne d’Obama, n’ont jamais été perçues comme des secteurs isolés. Ce sont des moyens d’impliquer les électeurs. Tout cela fait partie d’un effort commun pour atteindre les électeurs, construire une relation avec eux, et à l’arrivée les convaincre de voter pour notre candidat.
Mon travail sur la campagne a été de gérer trois bases de données : les bases de données d’électeurs, de volontaires et celle du financement. La situation aux USA est très différente de celle de la France. Nous avons par exemple une base de données des électeurs qui est une liste semi-publique de tous les électeurs enregistrés dans le pays. Elle comprend pas mal d’informations à propos des ces électeurs : leur date de naissance, leur adresse, leur numéro de téléphone - s’ils l’ont renseigné dans le formulaire d’inscriptions sur les listes électorales -. Il y a aussi une mention de leur race dans certains cas. Ce sont sont des informations très utiles si on veut se rapprocher de ces électeurs.
Maintenant si on compare ces données avec des informations que nous fournissent les volontaires et ce que l’on sait d’eux grâce à Facebook et à d’autres moyens, on peut faire beaucoup de choses avec tout ça.

Quels sont les enjeux de posséder toutes ces données? Qu’est-ce que vous pouvez faire avec ça?

Même si la campagne de Barack Obama était la plus fortunée de toute l’histoire avec un budget de plus d’un milliard de dollars, nous avions des moyens limités. Nous devions quand même prendre des décisions. Choisir qui, parmi les 300 millions d’électeurs américains, nous voulions contacter. En fait, il y a quatre raisons qui peuvent nous pousser à consacrer nos ressources à un individu. L’une d’entre elles, c’est de gagner de l’argent parce qu’on croit que cette personne peut nous en donner. Les trois autres raisons sont liées aux votes. La première est l’inscription sur les listes électorales. Aux Etats Unis, c’est à l’électeur de s’inscrire et il y a beaucoup de citoyens qui ne sont pas enregistrés. Ils sont trop occupés, ils ont d’autres soucis, le processus d’inscription est trop compliqué pour eux... Notre boulot est de leur faciliter la tâche autant que possible. Leur mettre un formulaire d’enregistrement devant les yeux et avoir la certitude qu’ils vont pouvoir tout simplement voter. C’est quelque chose que nous faisons beaucoup. Nous rencontrons les personnes dans les magasins, à la station de bus et nous faisons ce boulot en ligne aussi. Sur internet, nous trouvons des gens qui ne sont pas inscrits et nous nous mettons en relation avec eux.
Donc ça c’est la première chose que nous faisons concernant le vote. La seconde, c’est la persuasion. C’est la tâche qui attire le plus d’attention mais ce n’est qu’une des pièces du puzzle. Elle consiste à trouver des gens qui sont déjà inscrits sur les listes électorales, qui vont probablement voter, mais qui n’ont peut-être pas encore décidé pour qui voter. Notre boulot consiste à avoir une conversation avec ces gens, les impliquer et trouver les sujets qui sont importants pour eux. L’idée étant de trouver un moyen de les convaincre de voter pour Barack Obama.
Le troisième enjeu c’est de convaincre les gens d’aller voter. Une population emblématique de cet enjeu ce sont les jeunes étudiants. Barack Obama est le candidat favori des jeunes mais le problème c’est que les jeunes sont moins prompts à aller voter. Une de nos tâches consistait à atteindre ces jeunes et trouver un moyen de les convaincre d’aller voter.

Est-ce que vous pouvez nous donner un exemple de la manière dont vos technologies ont contribué à ces objectifs?

Oui. Par exemple nous avions un programme Facebook qui s’appelle Targeted sharing, partage ciblé, que nous avons développé pour la campagne 2012 et que nous ne pouvions pas avoir en 2008. Avec ce programme, nous pouvions identifier des individus qui nous soutenaient en ligne. Nous pouvions les trouver sur Facebook et les encourager à installer une application dans le réseau social. Et grâce à cette application, nous avions accès à leurs amis et à leur réseau social. De cette manière, nous pouvions savoir qui étaient les amis de cet individu, nous pouvions comparer avec les listes électorales et identifier des électeurs qui ne s’étaient pas encore inscrits sur les listes. Parmi ces non-inscrits, nous pouvions essayer d’identifier ceux qui voteraient pour Obama afin de les contacter en ligne et les convaincre de s’impliquer. Nous n’aurions jamais pu faire cela hors-ligne.

Pour ceux qui suivent la politique américaine, la bataille finale c’était Obama contre Romney. Pour ceux qui étaient dans l’équipe digitale, est-ce que la bataille c’était pas Narwhal contre Orca? (En français ce serait Narval contre Orque) 

Bien entendu, nous regardions ce que faisaient nos adversaires mais je répondrais “non”. Il n’y a pas de comparaison possible entre Orca et Narwhal. C’est une chose qui a déjà été dite. Nos adversaires républicains l’admettent eux mêmes.
Donc Narwhal est le nom d’un projet d’infrastructure très ambitieux pour la campagne d’Obama. Il s’agissait pour nous d’exploiter en parallèle plusieurs bases de données en utilisant des systèmes de communications entre ces bases appelés des API.
Orca, le projet républicain, consistait simplement en une application. Elle avait pour objet de savoir qui avait voté le jour de l’élection grâce à de la technologie dédiée. Nous avions une application équivalente, nous l’avions déjà en 2008 d’ailleurs. Et les Républicains ont crié sur tous les toits qu’Orca était une avancée technologique majeure. Que c’était un avantage stratégique pour eux... En réalité, les choses ne se sont pas vraiment passées comme ça. Le programme a planté le jour de l’élection.
Mais au fond, il y a quelque chose de plus profond qui est entrain de se passer. Il y a un investissement très fort du camp démocrate dans les technologies et les données, les datas. Il n’y a pas d’équivalent pour l’instant du côté républicain. Maintenant je pense qu’ils ont vu ce qu’on avait fait et qu’ils commencent à se demander comment arriver à notre niveau. Mais en réalité, ils n’y étaient pas du tout..

Où est-ce que l'utilisation de ces technologies nous mène? Ce n'est pas un peu effrayant? 

Vous avez demandé “où est-ce que cela nous mène?”. Je pense que l’engagement politique devient de plus en plus individuel. Les sondeurs nous fournissent des concepts comme le papa bricoleur ou la femme au foyer qui servent à décrire de larges pans de l’électorat américain. Mais il s’agit de millions d’individus avec leurs millions de préoccupations personnelles et leurs caractéristiques uniques.
Nos outils pour faire campagne, que ce soit la modélisation prédictive ou les applications de mise en relation, sont entrain de muter de plus en plus pour s’adapter à cette réalité. Petit à petit, ils vont s’adresser spécifiquement à chaque personnes qui est approchée et à ses préoccupations en tant qu’individu.

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2012 : le journalisme en danger dans le monde

A plus d’un titre, 2012 a été une année noire pour les médias. Emprisonnements, assassinats, morts sur le terrain, les chiffres sont désastreux. Pour parler de ces questions fondamentales, l’Atelier des médias s’est délocalisé à Paris, à la maison des journalistes, rive gauche, juste en face de la Maison de la radio. Cette belle institution accueille depuis 10 ans exactement les journalistes en exil. Elle leur apporte un soutien matériel, humain, psychologique et professionnel, c’est ce que nous rappelons dans un entretien avec sa directrice et avec deux bénéficiaires Zara Mourtazalieva et Ahoura à retrouver dans ce billet.

Nous avons également reçu Grégoire Pouget et Ambroise Pierre de Reporter Sans frontières. Le premier est spécialiste de l’internet, le second de l’Afrique. Deux territoires, parmi d’autres, où les libertés sont menacées.

Établie dans une ancienne usine de brosses, dans le 15ème arrondissement de Paris, la Maison des journalistes a fêté ses 10 ans cette semaine. Pour soutenir l'action de ce lieu et de l'association qui le porte, l'Atelier est allé enregistrer son émission dans un des espaces collectifs du bâtiment. Pour Simon et moi, c'était une belle découverte. La Maison des journalistes est un espace accueillant et agréable. Il sert avant tout de logement à une quinzaine de bénéficiaires. En principe, les séjours sont limités à six mois. Le temps pour les journalistes exilés de s'organiser et commencer à s'adapter à la ville de Paris et à la France. Le lieu est également une base de soutien pour les anciens bénéficiaires. Depuis 2002, ils sont 250 journalistes exilés a avoir séjourné ici. 

Darline Cothière, la directrice de la Maison des journalistes, nous explique son action et son esprit

Pour lire la production des confrères hébergés à la Maison des journalistes c'est sur leur blog, l'oeil de l'exilé.Si vous souhaitez apporter votre soutien au lieu c'est ici.

 

Lors de notre passage, nous avons pu interroger Zara Mourtazalieva, jeune journaliste russe originaire de Tchétchénie et Ahura, un jeune journaliste arabophone et persanophone d'Iran. Tous deux sont hébergés sur place depuis quelques semaines. Merci à Galia Ackerman et 

Shirin Wertime pour leurs traductions.

Cette spéciale journalisme en danger a été l'occasion de donner la parole à Grégoire Pouget et Ambroise Pierre de Reporters Sans frontières. Grégoire est spécialiste des libertés dnumériques et de la sécurité personnelle sur la toile. Il a participé activement au lancement du site wefightcensorship.org (traduction : nous combattons la censure). Il s'agit d'une plateforme collaborative pour lutter contre la censure et la cybercensure. Elle propose plusieurs fonctionnalités :

 

  • Publication de contenus interdits ou censurés. une manière de montrer qu'à l'heure de l'internet, la censure n'est plus une solution envisageable
  • Un coffre-fort numérique pour permettre à chacun de partager avec l'organisation des documents ou écrits menacés ou censurés.
  • un "Kit de survie" numérique destiné à tout un chacun avec beaucoup de conseils pratiques pour sécuriser sa présence sur Internet.
  • Un état des lieux de la cybercensure dans le monde.

 

 

Ambroise Pierre a commenté la situation de la liberté de la presse en 2012 sur le continent africain. Il est notamment revenu sur la situation catastrophique en Somalie. Durant les 12 derniers mois, 18 journalistes ont été assassinés dans ce pays en toute impunité. Nous avons aussi évoqué les situations du Tchad et du Burundi où notre collègue Hassan Ruvakuki est en prison depuis plus d'un an. Il attend le jugement de son procès en appel. En première instance, il a été condamné à la prison à vie pour avoir fait son métier de journaliste!

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La Maison des médias du Tchad

C'est dans ce lieu situé au coeur du quartier de Moursal à N’Djamena, que nous avons enregistré notre spéciale journalisme au Tchad. Nous avons profité de l'occasion pour en savoir plus sur cette institution.

Amis journalistes, si vous êtes de passage au Tchad, n'hésitez pas à aller visiter ce lieu. Nichée non loin du centre-ville, cette villa reconvertie en espace collaboratif, est un des poumons de la vie journalistique au Tchad. L'ambiance y est conviviale, sereine et décontractée. Seul bémol, le futur incertain de cette institution.

Fondée il y a trois ans à l'initiative de plusieurs syndicats professionnels de la presse et des médias (AEPT presse écrite URPT radios privées, UJT journalistes, UFPCT femmes de la communication, LTJA journalistes arabophones ATCOM techniciens de la com, SODEMA), la Maison des médias était dans l'incertitude quant à son avenir lors de notre passage. Logée depuis janvier 2011 dans une maison dont le loyer est payé par le gouvernement, elle dépend des deniers public pour son existence. En novembre, le gouvernement n'avait pas encore fait savoir s'il reconduisait son soutien. Au moment de la publication de ce billet, les équipes sont confiantes mais n'ont pas de garanties pour 2013.

Le fait que la Maison des Médias était co-signataire du journal des journaux a probablement déplu aux autorités. Cette publication éphémère datée du 27 septembre 2012 dénonçait les atteintes récentes à la liberté de la presse. On peut la découvrir sur Internet uniquement car sa diffusion a été interdite au Tchad. 


Pour parler de la Maison des médias, nous avons interrogé Mahamat Abderamane Souleymane et Lazare Djekourninga membres du comité de gestion. Lazare est aussi Secrétaire général de l'Union des radios privées du Tchad et directeur de la station de radio FM Liberté. Grâce Brya, jeune journaliste pigiste qui bénéficie de ce lieu.

Il existe une url pour la maison des médias (http://www.maisondesmediastchad.org/)  mais au moment où je publie, le site ne répond pas depuis au moins trois semaines.

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