Publications de Valéry Moise (3)

Bientôt, si la communauté internationale ne change pas d’avis, ils vont être à l’honneur ! Aussi la carte géographique ne sera plus autant squelettique. Des communes, des sections rurales et même des ravines vont retrouver leur place. La république de Port-au-Prince, loin d’être jalouse de cette anémie d’attention, s’en rit et s’en moque. Elle sait que c’est provisoire. Ce n’est que pour la période électorale. La période des promesses creuses basées sur l’ignorance, la candeur et surtout la misère. Oui, bientôt disions-nous, la population rurale va recevoir ses fils prodigues, leurs problèmes vont coloniser tous les discours avec une force inouïe. Des solutions, comme par magie, vont constituer les fonds d’écran de ces zones sans électricité, sans école, sans loisirs, sans vie pour faire court. Mais qu’importe, elle a la démocratie, la liberté…

Liberté, ce mot cher aux haïtiens. Ils en connaissent la valeur pour l’avoir payé au prix de leurs sueurs, leurs chairs et leurs sangs. Seulement comme des enfants trop émus de leur nouveau jouet, et trop empressés de l’utiliser, ils ne prennent jamais le temps de lire le manuel d’utilisation. Par de mauvaises manœuvres, le jouet se gâte et se casse… A peine délivré des jougs infernaux de la dictature des Duvalier, le peuple haïtien s’est vu plonger dans un vaste océan de licence qui s’apparentait étrangement à l’idéal de la liberté en se demandant à peine s’il y avait suffisamment de sauveteurs qui pourraient l’aider à orienter sa barque vers le progrès et poser ses pieds sur un rivage plus sûr où il pourrait concevoir, planifier, construire et vivre. Profitant de cette frénésie collective où la raison avait baissé la garde, un homme dont l’appartenance et les prises de position inspiraient confiance, dans un élan de désir de vengeance puérile et non contenu, a malencontreusement brûlé les ailes de cette démocratie naissante dont les balbutiements laissaient présager la plus fulgurante des évolutions.

Dans le champ de la démocratie, il a semé l’ivraie de la démagogie. A l’éducation, il a substitué l’alphabétisation. Des institutions publiques, il a fait un repère de bandits. Sur le feu de la réconciliation nationale, il a versé le sable des rancœurs. Et du cœur des jeunes fragilisés par la pauvreté, il a brutalement, sauvagement enlevé le désir d’apprendre et la fierté de travailler, pour placer entre leurs mains des armes qui ont emporté des vies exemplaires que la nation pleure encore. Il n’est certes pas responsable de tous les maux du pays mais il avait la chance unique et historique d’expliquer et d’instaurer la démocratie qui élève et ennoblit indépendamment des couches sociales. S’il avait instauré un système éducatif performant à une seule vitesse, tenant compte des besoins du pays, les masses populaires seraient mieux éclairées et au lieu des discours centrés sur leurs personnes, les candidats sentiraient l’exigence d’un bon programme électoral scientifiquement défendable. S’il avait renforcé l’économie paysanne, un vote aurait le poids du mérite et non celui d’un sac de riz. Et si au parlement, il n’avait pas placé, par des élections frauduleuses, des invertébrés incapables de se tenir debout devant les injonctions de l’exécutif, la pourriture d’une seule orange n’aurait pas gagné tout le panier. Mais l’épidémie s’est répandue, les homme-mollusques sont maintenant devenus majoritaires. Des 3 pouvoirs qui devraient se contrebalancer, il n’en reste qu’un seul qui corrompt, dilapide, pille et mine les espoirs d’une jeunesse qui, pour la plupart, ne rêve que de s’envoler vers d’autres cieux où ils pensent pouvoir s’affirmer, se réaliser et accomplir leur légende personnelle. Voici donc comment du rêve de démocratie, nous sommes passés sous la dictature de la misère et de « l’idiocratie ».

Oui cette « idiocratie » rebelle à l’apprentissage de l’histoire et qui n’ose évaluer la fragilité et l’illusion du pouvoir arrogant qui, toujours, promet fidélité mais qui n’a jamais cessé de trahir même les plus grands tyrans. Que ceux dont la sagesse honore de sa parure se méfient du silence d’un peuple opprimé et bafoué. S’il est un désir inséparable de l’homme comme la lumière et la chaleur, c’est celui de vivre en toute dignité. Intelligenti pauca !

Dr Valéry Moise.

Lire la suite...

Le refrain est connu de tous. Du moins de tous les parents des classes pauvre et moyenne vivant dans les provinces. Ecole, université, travail, voilà les 3 mots qui constituent le crédo qu'ils répètent inlassablement à leurs progénitures dès leur plus jeune âge. Etant enfant, le choix et la séquence de ces mots ne sauraient être objet de débat. C'est l'évangile selon « La Vérité ». Elle aurait résisté aux épreuves du temps et demeure inchangée. Seulement, avec le vaste mouvement du monde, notre pays, dans sa ténacité à s'éloigner de la stabilité, semble avoir trouvé le moyen de remplacer le point final solidement ancré du crédo « Ecole-Université-Travail », en un point d'interrogation. Et ce n'est pas la réalité actuelle qui en disconviendra.

Ce sont, chaque année, des centaines de milliers de jeunes qui quittent la tranquillité et la vie familiale des provinces pour venir braver la faim, les déceptions, les humiliations et expérimenter la promiscuité de certaines zones de Port-au-Prince, dans le souci d'entamer, et de compléter pour la plupart, des études universitaires garantes de l'obtention d'un boulot quand la volonté divine le permet.

Les parents, déjà essoufflés par les 17 années d'études dont les coûts dépassent souvent largement les maigres rentrées accidentelles de plus d'un, font les derniers pas extrêmement éprouvants de la traversée du désert en se fixant les yeux sur ce qu'ils croient être la terre promise. Les rares possédants consentent souvent à vendre leurs bétails et leurs terres pour payer l'ultime étude de ceux qui ont combattu le beau combat et à qui devraient être réservés le lait et le miel.

Cérémonie de graduation. Des visages sillonnés de larmes de fierté et de reconnaissance au regard du chemin difficilement parcouru. Les espérances brisent alors les carcans de la modestie. Les rêves concurrencent l'arc-en-ciel. Et vite les cauchemars s'y mêlent. Pas de réponses aux CV déposés. Pas assez d'offres d'emploi. Recrutement déloyal et sexuellement conditionné. Ils se tournent vers l'Etat. Déception, refus, nombre d'années de militance insuffisant.

C'est alors que les plus persévérants et les plus assidus se rappellent quelques conseils du livre de Robert Kiyosaki « Père Riche et Père Pauvre », et décident de travailler pour leur compte en créant leurs propres entreprises. Une fois le domaine d'intervention choisi, le plan d'affaires élaboré et les consultations terminées, ils se rendent tardivement compte que l'argent nécessaire au lancement n'a pas répondu à l'invitation. Des investisseurs non plus. Les choix s'amenuisent, une seule option reste à explorer: un emprunt en banque !

Celle-ci pourrait bien aider. Mais le taux d'intérêt exorbitant et la garantie inaccessible exigés se liguent en ennemi farouche de ses jeunes qui ne résistent plus à l'envie de se livrer au malheureux destin qui les entraîne. Maintenant que la volonté de Dieu soit faite !

Ils sont sur le béton. Frustrés et décontenancés. Pas d'électricité. La chaleur est paralysante. La mendicité, l'envie, l'audace mal placée et hypertrophiée, la haine, la violence, la débauche, la corruption, les vertus inversées, tous ces mauvais recruteurs sont alors à l'oeuvre et beaucoup se font finalement engager. Voilà comment le noble crédo se voit désagréger. Si l'Etat haïtien savait, si jeunesse pouvait...

Si l'État haïtien savait, il encouragerait la diversité des filières, valoriserait les métiers manuels et artistiques, renforcerait la formation des enseignants tout en augmentant leurs salaires, exigerait l'excellence des étudiants, récompenserait les valeureux, définirait une vraie politique de jeunesse et prêcherait l'exemple par l'exemple. Et si les jeunes pouvaient, ils réfléchiraient mille fois avant d'accepter un poste pour lequel ils ne sont pas qualifiés et dont l'unique objectif est d'exhiber leurs incompétences à la face de ceux qui ne cessent de réclamer une intégration pas suffisamment définie et planifiée. Ils résisteraient à l'envie de mordre à l'hameçon du gain rapide et facile.

Ils comprendraient que l'heure est au leadership collectif. Ils se formeraient davantage pour être plus compétitifs. Ils apprendraient des erreurs des aînés et les surpasseraient. Ils épouseraient de manière non équivoque la cause de ce pays dont le destin est marqué du sceau de la gloire.

La population haïtienne est trop jeune pour être pauvre. Ce n'est pas l'énergie qui manque, mais sa canalisation vers un objectif élevé. Ce ne sont pas les têtes bien faites qui manquent, mais des coeurs humbles et aimants. Ce n'est pas l'étranger qui nous prend un boeuf pour chaque verre de lait servi en guise de don qui nous relèvera de notre ruine. Une fois de plus, dépassons nos intérêts individuels siamois de la mesquinerie, transcendons-nous et réalisons l'idéal de ce qu'exprime notre chère devise nationale : « L'union fait la force ! »

Dr Valéry Moïse lyvera7@yahoo.fr

Lire la suite...

Depuis trop longtemps, les hommes des sociétés peu évoluées ont persisté dans l’erreur de croire qu’il ne peut  exister que les binômes : exploiteurs-exploités, barbares-civilisés, dominants-dominés, envers-contre. Cette lecture à la fois erronée et bornée des choses, a conduit à l’esclavage, l’inquisition, aux génocides, aux guerres ouvertes et plus sournoisement à notre époque, aux dérives   du capitalisme outrancier. Ils seront très peu, ceux qui conviendront sans hypocrisie que la solidarité réelle, celle qui se pratique naturellement à l’abri des caméras propagandistes, celle qui n’est pas motivée par le désir de se faire  une réputation de bon samaritain, celle qui ne finance pas pour commander, celle qui ne culpabilise ni n’affaiblit, est la planche de salut de ce monde qui se cherche, qui se perd plus qu’il ne se retrouve, ce monde à la morale douteuse, qui s’oppose de plus en plus au naturel, qui discute de l’accessoire pour oublier l’essentiel,  qui se veut démocratique en plaçant la majorité économique au-dessus de la majorité populaire. Oui, ce monde est à sauver. De ses propres habitants. De la folie des hommes principalement. C’est probablement  pour s’approcher de cet objectif que la jeunesse Sawa organise la troisième édition du Forum Jeunesse Afro-Québécois, autour du thème : « Ensemble, bâtissons notre futur ». Mais de quel ensemble s’agit-il exactement ? Quels sont les critères de sélection pour ce rassemblement envisagé ?

A première vue, cet appel semble s’adresser aux descendants du  vaste continent africain et  aux jeunes Québécois. Mais qu’y a-t-il de commun entre les jeunes africains et les québécois pour qu’ils soient appelés à bâtir ensemble un futur  qui doit forcément prendre en compte leurs  passés qui sont si différents ? Les uns ont connu l’esclavage, les déportations, les humiliations les plus infamantes,  et les autres à peine des privations linguistiques et culturelles ? Ce n’est visiblement pas là qu’il faut chercher ce qui pourrait les réunir. Le passé épuisé, il ne reste que le champ du présent à explorer pour essayer de comprendre ce qui les lie au-delà de ce qui les sépare. On dit souvent que ce qui se ressemble, s’assemble. Il est tout aussi vrai que les contraires s’attirent. Nous voilà amenés à penser que les différences autant que les ressemblances peuvent réunir, il suffit d’être à la bonne distance. Et il n’est un secret pour personne que le monde tend de plus en plus à devenir un village où il est presqu’impossible de créer  sa petite île et de vivre en circuit clos. Les frontières s’amenuisent proportionnellement aux efforts déployés par certains conservateurs pour maintenir le statu quo. Le monde est devenu trop petit pour que puissent exister des  problèmes liés à un seul état, un seul peuple, une seule race, et trop grand pour qu’une seule voix puisse y faire écho. C’est donc un choix intelligent que  de s’associer avec ceux que l’intolérance, l’avarice, la peur, la haine et le manque de sagesse ont posés comme nos ennemis. Pas une association naïve de loup et d’agneau, pas une association stérile mais une symbiose maintenue par le dialogue, par la reconnaissance des torts réciproques, et une ferme volonté d’avancer sur de nouvelles bases plus solides de la fraternité universelle. Ce n’est pas un appel anodin que d’inviter jeunes africains et québécois  à bâtir ensemble un meilleur futur. Les québécois ont besoin de plus d’ouverture sur le monde. C’est un peuple de grande résistance auquel  la résilience afro-caribéenne ne serait de trop. Dieu seul sait l’impact qu’il y aurait sur l’incidence des suicides au Québec  s’il y avait un meilleur dialogue avec les frères afro-caribéens et l’Afrique  aurait  probablement enregistré une meilleure croissance économique s’il s’était établi des échanges d’expertises plus amicales avec les jeunes québécois.

L’Afrique, quant à lui, ne se conjugue qu’au pluriel. Il est  tout aussi blanc que noir. Les langues parlées sont aussi abondantes que les citations africaines et aussi riches que les cultures locales. La colonisation l’a déchiré, a répandu ses entrailles partout où les métropoles avaient besoin de bras pour labourer les terres et  exploiter les mines, mais il semble qu’on ait moins prévu que leurs sueurs gratuites et leurs sangs déshumanisés  allaient en même temps  arroser toutes  les terres et faire en sorte que leurs rejetons poussent un peu  partout tantôt comme l’ivraie tantôt comme la mauvaise herbe. Parler d’Afrique revient vraiment  à être prolifique. Mais pour la commodité de notre intervention, nous nous bornerons à explorer les avantages certains d’une coopération riche et diversifiée entre les africains, les caribéens et les québécois.

D’abord l’Afrique a besoin de se connaitre, de s’identifier, de se réconcilier avec lui-même, de définir ses priorités, d’évaluer ses forces et ses faiblesses avant de s’ouvrir à un monde plus vaste. Et nous entendons par Afrique, l’ensemble des habitants qui sont restés sur le continent et tous ses enfants qui se sont éparpillés un peu partout principalement dans les Caraïbes. L’éloignement  géographique n’a pas réussi à changer nos problèmes fondamentaux. Les chaines de la colonisation sont restées dans chaque cellule de nos cerveaux. Nous avons trop d’apatrides dans nos rangs et à la tête de nos gouvernements. Nous n’investissons pas assez dans l’éducation de nos populations. Notre sens trop poussé de la religiosité freine nos élans de responsabilité et de progrès. Nous dépendons trop de l’étranger malgré la richesse de nos sous-sols. Comprenez que je ne suis pas là ce matin pour imputer nos responsabilités à la méchanceté des autres. Il est venu le temps où les victimes doivent être jugées de leurs faiblesses, leurs naïvetés, leurs imprudences et leur incapacité d’évolution. Les scorpions sont faits pour piquer, il n’y a rien à leur reprocher. Quand on est ignorant de sa véritable identité, on ne peut pas rentrer en relation sans se faire assimiler. On est alors un danger pour soi-même et l’autre ne gagne rien à entrer en relation avec une image médiocre de lui-même. Alors mes frères africains, mes cousins québécois, bâtissons notre futur ! Bâtir, est un verbe d’action qui implique le mouvement, et qui bannit l’attitude du spectateur qu’il soit sur les genoux à  implorer la manne du ciel ou qu’il ait la main aux mâchoires en maudissant tout le monde. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons parler de futur. Un futur  qui ne se fera pas tout seul. Un futur solidaire de la protection de l’environnement, de la promotion de la santé et de l’éducation, de l’économie sociale et solidaire et de la diversité culturelle.

Envisager un sauvetage individuel, revient à choisir un suicide collectif. Notre futur ne sera pas une fatalité dans la mesure où nous le planifions, ensemble, noirs et blancs, pauvres et riches. L’heure est à l’équilibre. L’unité dans la diversité. Ce n’est pas nos problèmes qui nous tueront mais notre incapacité à les surmonter, et les résoudre. Il n’y a pas longtemps, on se déchirait pour  un élément qui était en dehors de  nos choix et qui n’a rien à voir avec notre humanité et notre niveau de compétence : La race. Mais aujourd’hui, bien qu’on n’ait pas encore atteint l’idéal, beaucoup sont parvenus à comprendre qu’il n’y a qu’une race : La race humaine. Et c’est à l’émancipation  de celle-ci que nous sommes tous appelés à œuvrer aujourd’hui. C’est une honte aujourd’hui où nous  repoussons de plus en plus les limites de notre ignorance  sur  d’autres planètes  et que nous trébuchons encore sur les voies de l’éradication de la faim. N’attendons pas d’être à des postes de décision  pour engager des dialogues constructifs .C’est l’ensemble des gouttes d’eaux  de nos actions qui vont constituer l’océan de changement que nous nous proposons de créer. Le monde change. Les sociétés civiles sont de plus en plus conscientes de leurs forces et de leurs responsabilités. Ne remettez plus aux medias  le renne de vos choix. Affrontez les peurs alimentées par  les préjugés. Ouvrez vous aux autres, apprenez de leurs expériences, leurs cultures et leurs  visions du monde. Etablissez des programmes de mobilité. Sortez de vos zones de confort. Visitez les Caraïbes, visitez Haïti d’où je viens, visitez l’Afrique. Ajoutez plus de couleurs à votre vie,  plus de chaleurs à vos relations et réalisons ensemble, noirs et blancs, africains, caraibéens et québécois, la symphonie des nations pour un meilleur futur.

                                                                                                Dr Valéry Moise.

 

Lire la suite...