Publications de Sara Lacomba (47)

Dans les derniers mois je me suis dite à plusieurs reprises qu'il était temps de reprendre mon blog après près de 18 mois d'absence. Mais le temps et les priorités semblent suivre des logiques imprévisibles quand on devient parents, et à chaque fois j'ai oublié, et j'ai regretté. 

 

C'est donc pour moi un grand plaisir de reprendre mes activités sur ce blog en partageant le suivant appel à projets avec la communauté créative francophone qui rode autour de l'Atelier des Médias. 

 

A vos crayons! 

 

 

 

L'URTI LANCE UN APPEL A PROJET DE LOGO POUR SON NOUVEAU PROJET RADIO/WEB "FRANCO-Phonie 3.0"


VOUS ETES UN CREATIF / DESIGNER / AGENCE DE COM?
VOUS ETES BASE EN: TUNISIE, MAROC, SENEGAL, CAMEROUN, BULGARIE, ROUMANIE?
VOUS AVEZ ENVIE DE PRENDRE PART A UN PROJET INTERNATIONAL, DE VOUS FAIRE CONNAITRE OU TOUT SIMPLEMENT DE GAGNER 3.600 EURO?

Le Comité de Pilotage du projet FRANCO-Phonie 3.0 met en place un appel à projet pour la réalisation du logo officiel de FRANCO-Phonie 3.0, ainsi que de la charte visuelle qui lui est associée.
Sont appelés à participer les jeunes créatifs des pays concernés par le projet : Bulgarie, Cameroun, Maroc, Roumanie, Sénégal, Tunisie.

Téléchargez ici l'appel à projet

L'envoi des dossiers doit impérativement être réalisé avant le 15 novembre 2013, le cachet de la poste faisant foi (toute proposition envoyée après cette date ne sera pas retenue), à l’adresse suivante :

Appel à projet logo et charte visuelle «FRANCO-Phonie 3.0»

A l’attention de M Karim Faik
SNRT, 1 rue El Brihi
10000
Rabat
Maroc

 

Toute proposition envoyée après le 15 novembre ne sera pas retenue.

 

Pour plus d’informations:
www.urti.org

 

+ 33 (0)1 56 40 17 81 - slacomba@urti.org
+212 (06) 61914408 - karim.fk@gmail.com

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Géopolitique de mes cellules

Depuis un mois je suis malade. C'est à cause de certaines petites cellules, très importantes pour une femme et qui normalement se trouvent à un endroit bien précis du corps qui, soudainement, ont décidé d'aller voir le monde. Elles ont commencé à s'installer un peu partout, là ou cela leur plaisait le plus. Et ça c'est leur droit. Toutefois, comme souvent cela arrive, le déménagement n'a pas changé en profondeur le comportement de ces cellules. Elles n'ont pas vraiment oublié d'ou elles viennent et à quoi elle servent. Elles ne se sont pas vraiment intégrées au nouveau contexte, aux nouveaux amis, à leur nouvelle maison. C'est pourquoi ces petites cellules, une fois par mois, font ce qu'elles sont sensée faire, comme si le déménagement n'avait jamais eu lieu. Sauf que dans ce nouveau contexte, leur activité est désormais inutile et inefficace, et, accessoirement, empêche à l'organisme qui les accueille (my poor self) de fonctionner correctement. Pendant des longues journées passées allongée sur le lit sous l'effet d'opiacées anti-douleur, j'ai eu le temps d'apprécier les analogies entre ce qui arrivait à mon corps et certains phénomènes globaux dérivés d'une utilisation particulière des NTICs et des réseaux sociaux. 

De retour à la vie (virtuelle) active, je tombe sur ça : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/quelle-geopolitique-pour-les-tic , je trouve ça très intéressant et en ligne avec mes divagations cellulaires et, d'un coup, j'ai envie de partager mes réflexions. Donc les voila. 

Différents événements ayant eu lieu en 2011 on fait en sorte que les jeunes citoyens africains sont devenus aux yeux du monde des modèles d’expérimentation pour leur façon créative et innovante d’utiliser le peu d’outils à leur disposition afin de transmettre l’information, organiser des mouvements de masse et attirer sur eux l’attention internationale. Les pouvoirs politiques, économiques et culturels de ces pays portent desormais une attention particulière à leur jeunes citoyens et aux usages des nouveaux outils de communication qu’ils utilisent ; partis politiques, gouvernements, médias traditionnels et entreprises multiplient ainsi leur présence sur les Réseaux Sociaux, emploient des blogueurs connus et s’efforcent d’inventer de nouvelles stratégies numériques pour obtenir le consensus de cette frange active et connectée de la population. Cette nouvelle niche représente également la cible des grandes entreprises internationales telle que Google, qui soigne de plus en plus son image vis à vis des marchés africains, ou telle qu’Orange, dont l’offre de téléphones 3G débarque progressivement sur l’ensemble des territoires, minimisant (enfin?) l’impact de l’absence d’un réseau internet haut-débit sur le développement en termes de « connectivité » du continent.

Nairobi du futur? 

Alors que le continent africain connaît un développement sans précédent et commence à être identifié en tant que laboratoire d’innovation sociale, politique, technologique et culturelle (on parle déjà du Kenya comme de la "Nouvelle Silicon Valley"), les pays européens doivent faire face à une très grave crise économique. Les plus affectées par ce phénomène sont les populations jeunes (et notamment la « génération Y » des 20 – 30 ans. Moi, quoi.) dont les perspectives pour l’avenir  se présentent – pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale – plus pourries que celles de leurs parents. La crise économique retentit sur tous les aspects de la vie quotidienne des jeunes Européens : le taux de chômage de plus en plus élevé et le contraste entre le coût de la vie et le pouvoir d’achat effectif ralentissent toute forme (et envie) de changement chez les jeunes, qui s'accrochent à ce qu'ils ont au cri de "Piuttosto che niente, meglio piuttosto" (plutôt que rien, on garde le plutôt).

Si l'on fait un tour dans n'importe quel café italien et qu'on parle avec les gens, on se rend vite compte qu'il y a principalement deux façons distinctes de réagir à tout ça chez les jeunes Européens : certains, épuisés dans l’effort d’améliorer leur situation personnelle, se désintéressent des phénomènes sociaux, économiques et culturels pourtant à l’origine du malaise de leur génération, en refusant de s’informer et en construisant leur processus de consommation des médias et des nouveaux médias avec l’objectif d’y trouver du divertissement et des contenus «légers» (et vas-y que je deviens accro de Happy Farm sur FB et que je harcèle les gens pour qu'ils m'aident à donner à manger à mes cochons. J'ai d'ailleurs une question: est ce que Happy Farm peut être considéré un jeu haram? ;-).

D’autres, au contraire, inspirés par les révolutionnaires du monde arabe, multiplient leurs sources d’information et essayent d’utiliser les nouvelles technologies et les réseaux sociaux pour organiser leur contestation. Ces efforts engendrent toutefois souvent de la frustration car les interlocuteurs à mobiliser (jeunes adultes ayant grandi à l’ombre des «vieilles» démocraties et dont les droits fondamentaux n’ont jamais été mis en discussion jusqu’à nos jours) ne sont pas toujours aussi réactifs et sensibles que leurs jeunes homologues ayant grandi sous une dictature et goûtant pour la première fois à la démocratie et à la citoyenneté.

Comme mes petites cellules nomades, donc, des stratégies et des outils ayant prouvé leur pertinence dans un lieu perdent presque une partie de leur efficacité si importés tels quels dans un environnement (Francis Pisani dirait "écosystème") diffèrent.

Les technologies offrent d'énormes opportunités, ça c'est un fait. Mais c'est l'intelligence - toute humaine - de les adapter de façon pertinente à un contexte spécifique et en vue d'un objectif spécifique, qui fait la différence. Le global doit être en harmonie avec l'hyper local ou il va bientôt finir allongé sur un lit, bourré d'opiacés pour oublier la douleur. 

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Ce que le mois de janvier m'a appris.


Ça fait un moment que je n'ai pas écrit sur ce blog. On dit que l'on trouve le temps d'écrire uniquement quand dans notre vie il y a pas grand chose qui se passe. C'est peut être vrai, et c'est peut être la raison pour laquelle Twitter représente une solution aussi efficace pour les gens qui sentant le besoin viscerale de partager ce qu'ils vivent, pendant qu'ils le vivent, et sans une perte de temps excessive (quoique se battre avec le T9 de l'Iphone pour éviter de publier n'importe quoi peut en soi causer plus d'enervement que chercher la bonne accroche pour un article).  
Quoi qu'il en soit, puisque rien d'excitant se passe en ce samedi matin parisien, the time has come pour un petit recapitulatif des expériences les plus marquantes de ce mois de janvier 2012. Des choses que j'ai envie de partager et pour lesquelles 140 ne suffisent pas, quoi. 
1. On reconnait les plus grands à leur capacité de douter de tout 
J'ai été, dernièrement, au colloque 4M Tunis organisé par CFI, mes camarades de l'ATLN (Association Tunisienne pour les Libertés du Net), Tunisia Live et AMAVI. A cause de mon travail, j'ai une certaine expérience de ce genre de rencontres, ou des têtes d'affiche sont invités à partager leur expertise sur le thème choisi avec les humbles mortels. Hors, lors de cette rencontre, j'ai eu l'occasion de discuter avec une variété de gens, très différents pour âge, expériences et métiers. Un diner en discutant avec Francis Pisani, le trajet de l'aéroport à l'hôtel avec Pierre Hasky, une pause cigarette avec le jeune réalisateur David Dusa, un café avec l'hacktiviste Kangoulya, une balade dans la khasba avec Marco Nassivera. Dans la plupart des cas, quand l'on parle avec ces gens, on dirait que notre cerveaux est en train de s'ouvrir et de prendre de l'air. Dans la plupart des cas, quand l'on parle avec eux, on a la bizarre impression de devenir plus intelligents, plus brillants. Dans la plupart des cas, ces gens n'imposent pas leur pensée de façon absolue. Ils (se) posent des questions. 
2. Quand l'ont part de rien, tout est possible 
La Tunisie est un bien étrange pays. C'est un lieu ou une énorme gomme populaire et revolutionnaire a effacé tout ce que ce pays a été, en laissant une page blanche que les citoyens - avec de plus en plus d'assurance - remplissent de façon creative et étonnante, avec des idées, des initiatives, des projets qui seraient absolument irréalisables dans des vieilles démocraties blasées et agonisantes comme les nôtres. En Tunisie, il est toute à fait possible que des membres (5!) de l'Assemblée Constituante participent à un Barcamp sur l'Open Gouv. En Tunisie, des membres de Telecomix et des journalistes-betes-sacrées de la presse traditionnelle peuvent intervenir d'égaux à égaux dans la même table ronde. En Tunisie, des enfants de 14 ans passent leurs après-midis dans un hacker-space, en côtoyant des pirates redoutables qui leur servent du jus d'orange et leur demandent l'autorisation parentale quand ils sèchent leurs cours. En Tunisie, à chaque fois qu'on croise quelqu'un autour d'une bière, on repart la tete plane de projets et d'optimisme. C'est comme une SPA du cerveaux, et de âme. 
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Le 31 janvier est, depuis que le concept de fin d'année existe, une occasion de dresser un bilan des 12 mois qui viennent de passer, et aussi celle pour prendre des bonnes (et irréalisables) résolutions pour l'année à venir: démarrer un régime (et le mener à bien pour plus de 24 heures);  ne plus jamais attendre le tout dernier jour pour: régler les factures, payer les impôts, acheter les cadeaux de Noel, etc; se trouver un hobby et l'assumer ("oui, actuellement je me dédie à : la tapisserie d'intérieurs, la pâtisserie turque, la réalisation de bijoux en pâte de sel...") Bien évidemment, nous tous savons parfaitement qu'aucune de ces resolutions sera tenue pour plus de 15 jours, mais j'imagine que ça fait partie des traditions que tous peuples aiment respecter même si sa sert à rien et que des fois elles ont même des conséquences néfastes sur notre vie (et notre intestin, comme dans le cas de la tradition - toute italienne - de manger des tonnes de lentilles à minuit car elles sont sensées représenter l'argent que nous allons gagner dans le nouvel an...vue la situation actuelle de mon pauvre pays, faudrait que mes compatriotes s'y mettent dès le petit dèj). 

En tout cas, pas de résolutions farfelues pour moi, cette année. Pas de ras-le-bol non plus pour l'année qui vient de finir. Pas de sous-vets rouges, de lentilles coincées dans les narines, pas de pétards et de feux d'artifices. Voila comment je souhaite saluer, à minuit, cette année 2011, en regardant ma Tour Eiffel adoptive qui clignote: 

Merci pour mon nouveau travail, pour mes nouveaux collègues et pour m'avoir donné l'énergie de jamais me contenter et de me battre pour faire ce que je fais toujours un peu mieux;  

Merci aux gens qui ont su m'inspirer, me guider, m'accepter et me faire sentir chez moi justement à un moment ou je me sentais seule et perdue; 

Merci aux révolutions, qui m'ont donné une nouvelle confiance dans les gens, dans leur idées, dans leur envie de changement; 

Merci à Twitter, qui m'a appris que l'on peut créer des relations très fortes avec quelqu'un, sans se soucier de son identité, sexe, religion, provenance; 

Merci à Ziad et Simon qui, en m'offrant un espace libre d'expression, m'ont a nouveau donné envie de m'exprimer; 

Merci à mes amis lointains, qui sont toujours la; 

Merci à ma famille, qui me connait et qui m'aime, et qui ne se cache jamais quand - de temps en temps - j'ai besoin de plier bagages et m'en fuir. 

Merci à cette année qui, en finissant, me donne envie de connaitre toute suite qu'est ce qu'il y aura après car, ce qui est génial avec une année qui termine, c'est que derrière le coin il y a - toujours - du changement. 

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Un dimanche, à Sidi Bou Said...

Mon ami H. m’a réveillée à 6h30, destination le bureau de vote de Sidi Bou Said. En arrivant, il me dit en souriant que, dans toute l’historie de la Tunisie, c’est la première fois qu’autant de gens se lèvent de bon matin un dimanche avec le sourire aux lèvres.

La cour du bâtiment est déjà pleine de monde, les yeux plein de sommeil. Quelqu’un a des notes à la main, pour être sûr de ne pas se tromper, car la liste des partis est longue. D’autres préparent leur stylo. Beaucoup regardent leurs portables et  relisent encore une fois le texto que l’ISIE leur a envoyé pour savoir dans quel bureau aller voter.

Il y a une vieille dame devant nous, qui sent bon le jasmin. Le père d’H. s’est levé avant nous et il est presque arrivé aux urnes. En 75 ans, c’est la première fois qu’il vote : « Ça a été ma façon de résister ». Les gens sortent du bureau de vote, certains en montrant, fiers, leur doigt couvert d’encre bleu, d’autres en s’essuyant de peur de tacher les habits de fête qu’ils ont choisi pour l’occasion. Plus loin, sous un arbre, un groupe d’étrangers comme moi regarde la file, montre à la main. Il s’agit d’observateurs qui ont passé les derniers six mois à Tunis pour aider l’ISIE à organiser les élections. L’un d’eux secoue la tête : 5 minutes en moyenne pour électeur, c’est encore trop long. « Donne-leur le temps, tu verras, ça va aller » sourit une autre.

Ça y est, mon ami a voté. En partant vers la voiture, il avoue qu’il croyait que l’encre c’était pour bien s’assurer de son identité et que, le doigt dégoulinant, il attendait qu’on lui dise où il fallait appuyer pour laisser son empreinte. Il a l’air soucieux: il me dit qu’il espère avoir bien voté, que ça lui a pris un moment pour trouver son candidat sur la liste de 80 noms, qu’il espère ne pas s’être trompé dans l’attribution de son vote.

Des enfants attendent leurs parents et jouent dans la cour : il comprennent pas ce qui se passe, mais ils perçoivent l’excitation générale. Moi, je sens encore l’odeur du jasmin.

More on http://tunisie.france24.com/

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Du balcon de ma chambre à La Marsa, quartier résidentiel dans la banlieue de Tunis, pas loin de ce Sidi Bou Said blanc et bleu que tout le moment connait, la mer n'a pas changé de couleur (toujours bleu), l'air sent toujours bon le jasmin, et le café au matin fait toujours aussi bien. Et pourtant ce lundi c' est"le day after". Je marche dans le rue de Tunis, il y a du monde partout. Je guette les index des personnes que je croise dans la rue; on aperçoit une légère trace bleuâtre, comme ce qui reste du timbre qu'on te met en boite de nuit le matin d’après. La métaphore peut continuer: sur Twitter beaucoup écrivent: "après l'ivresse d'hier, aujourd’hui c'est la gueule de bois" . En effet, les premiers résultats non officiel des premières élections démocratique de l'histoire de Tunisie donnent le parti islamiste Ennahda majoritaire partout. Les tweeples tunisiens n'en reviennent pas. Certains s’indignent et crient au scandale, car des irrégularités de la part de Ennahda ont été signalées pas ci par la dans différents bureaux de vote. D'autre lèvent les épaules, en se disant que "ça fait partie du jeu de la démocratie". Tous découvrent une vérité: à travers ces élections, le peuple tunisien fait la connaissance de lui même.


Au siège de Reporters Sans Frontières, entretemps, le travail continue, pour vérifier les informations qui circulent sur les résultats préliminaires, mais aussi pour collecter des témoignages de ceux qui, hier, ont choisi de ne pas voter. La plus célèbre est Lina Ben Mhenni, blogueuse célèbre dernièrement candidate au Prix Nobel pour la Paix.
Pour elle, celles ci n'ont pas été des élections démocratiques, le système pre Ben Ali est encore en place, ces supporteurs ayant pu réintégrer certains des partis actuellement candidats.

 

 

 

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Comme beaucoup de monde le sait, les Observateurs de France24 ont déménagé en Tunisie à l'occasion des élections pour la constituante. J'arrive dans leur QG général très tôt, Julien et Sara sont seuls et déjà penchés sur leurs ordis. Le temps d'un café et de me parler de l’équipe qu'ils ont composé à travers un appel à participants sur internet et sur les réseaux sociaux. Le jeunes contributeurs arrivent peu à peu, tous le doigt bleu bien levé, tous avec des récits sur les files d'attente, les impressions sur l’ambiance dans les différents bureaux de vote. Ils sont des blogueurs, des journalistes, des jeunes qui ont souhaité fournir leur contribution pour ce projet, et faire au même temps l’expérience du travail dans une rédaction atypique comme celle des observateurs, ou la voix qui est mise en valeur est celle des citoyens, ou l'on se bat avec les rumeurs, ou la vérification des sources est une choses très sérieuse. Julien et Sara lisent, corrigent, conseillent. J'offre d'aller visiter un bureau de vote ou, dit-on, les hommes et les femmes qui attendent de voter sont rangés sur deux files distinctes. J’écris des textos à Julien en lui decrivant la situation, il me repond, en me donnant des indications, c'est amusant, et je trouve le courage d'aller parler aux gens qui attendent, de leur poser les questions qu'il faut. Je me rend compte qu'il faut pas un grand courage, que les gens ont envie de raconter ce qu'ils arrivent. Partout, dans tous les bureaux de vote, il n'y a pas que les "observateurs" étrangers venus pour surveiller que le vote de déroule de façon correcte. Ce sont les gens même, qui attendent depuis des heures le sourire aux lèvres, malgré la chaleur et la fatigue, qui guettent tout ce qui se passe, qui n’hésitent pas à aller vois les observateurs pour leur dire que "madame n'a pas déposé son portable" ou que "Monsieur a crié tout fort pour qui a voté".  De retour au bureau, l’équipe travaille pour vérifier si les signalisations d’irrégularités sont fondées. On attend la cloture des bureaux de votes, tout ce qu'on attend c'est le bruit des touches du clavier et, en bas, dans la rue, les rires d'un groupe d'enfants qui joue au foot.

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Je viens d'un endroit - le sud de l'Italie - ou le contact interpersonnel, voir physique, est un élément incontournable de la vie quotidienne: quand l'on parle avec qualq'un, faut qu'on lui touche une main, qu'on lui arrache une joue ou qu'on lui déplace deux ou trois cotes en signe d'intimité. A travers ce tripotage systématique de l'autre, on est convaincus que le message que nous voulons lui passer (Tu viens ce soir écouter ce nouveau groupe? Le bureau de poste ouvre à 14h00. Le dernier film de Sorrentino est chiant à mourir. Puis je te taxer une clope? Veux-tu m'épouser? Etc) rejoindra plus rapidement le cerveau de l'autre (réminiscence des cours sur les conducteurs d'electricité au collège? croyance magique? mystère) 

 

Quoi qu'il en soit, à cause de cet héritage j'éprouve depuis mon entrée dans le monde des réseaux sociaux une forme de malaise vis à vis de toutes ces gens avec qui je suis en contact constant, qui partagent avec moi leur pensées les plus intimes et leur préférences culturelles, et que jamais j'ai vu "dans la vraie vie". 

Pire, je me retrouve dans un état hybride, piégé entre mon ordo/tablette/portable à l'intérieur desquels il y a une énorme communauté de gens qui disent et font tous simultaneement des trucs hyper intéressants, et le gens qui l'entourent (voisins, collègues, passagers du métro, habitants de mon quartier...) dont j'ignore tout, y incluse leur existence, car je suis plongée dans la lecture compulsive des milliers d'inputs que mes potes virtuels transmettent de façon indirecte (car, le 95% des liens que je découvre ne sont pas spécialement adressés à moi, ce qui fait de moi une sorte de voyeuse virtuelle?)

 

Tout ça pour expliquer mon actuelle fascination vis à vis de certains phénomènes (plus ou moins récents), qui - fils de la révolution numérique - montrent comment il est possible de profiter de tout ce que le virtuel peut offrir, sans pour autant perdre cette dimension physique et (plus ou moins) humaine qui apparemment fait partie de mon ADN. 

 

Véritables gouttes de créativité dans le ciment, les "Dead drops" (nom un peu crépusculaire pour une idée au contraire pleine d'espoir et vitalité) sont des clés usb insérées et scellées dans des murs d’enceinte ou d’immeubles et accessibles à tous. Tout le monde est invité à déposer ou récupérer des fichiers d’un Dead Drop. Il suffit de brancher votre portable à un mur, à une maison, à un poteau pour partager vos données et fichiers favoris.

 

L'idée, lancé par l'artiste allemand Aram Bartholl, a connu un énorme succès en Europe et aux Etats Unis ou des nombreux jeunes artistes en quête de visibilité partagent leur album d'exorde sur les Dead Drops présentes en ville. Bien sur, on rencontre pas l'artiste et on lui fait pas la bise, mais il y a quelque chose de profondément poétique dans le fait d'organiser une balade en ville pour aller découvrir (car on ne sait jamais qu'est ce que nous allons trouver dans une Dead Drop) quelles surprises creatives quelqu'un (un quelqu'un qui, à un moment de sa vie, se trouvait précisément la ou l'on se trouve maintenant) a laissé pour nous (et pour des millions d'autres gens, mais enfin bref...) 

 

Pour savoir ou trouver les Dead Drops dans votre ville: http://deaddrops.com/db/

Pour installer une Dead Drop dans votre ville: http://deaddrops.com/fr/dead-drops-3/comment-faire-votre-dead-drop/

 

 

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Rire sérieusement: la révolution en BD

Quand je suis arrivée en France il y a deux ans, mes meilleurs alliés dans la découverte de l'actualité de mon pays

d'adoption ont été les BD du Canard Enchaîné. Il n'y a rien de plus démocratique d'un dessin pour exprimer de façon simple et compréhensible des thèmes souvent complexes tout en touchant le plus large public possible. C'est peut être bien pour cela qu'un dessin fait plus peur que des longs articles. 

L'histoire d'Ali Ferzat, le plus connu dessinateur syrien qui a perdu ses mains suite à une agression, a reporté l'attention des médias sur le rôle des BDs dans la divulgation de l'actualité et, plus spécifiquement, dans le récit des révolutions du monde arabe.

Si vous avez ratez quelques épisodes, le collectif Cartooning for Peace, crée à l'ONU en 2006 par Plantu avec le soutien de Kofi Annan, présentera, à partir du 15 septembre prochain, la Bd "Dégage".

Il s'agit d'une collection de BD de 2 à 4 pages, des dessins de Plantu ainsi que des dessins de caricaturistes du monde entier, sur les évènements dans le monde arabe qui font l'actualité de 2011.

Une façon de faire le point sur les évènements les plus importants de cette année, et de soutenir le travail de ces professionnels du rire dont le travail c'est du serieux. 

 

 

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Dans les derniers mois, en Tunisie, un miracle s'est produit; des pensées, des opinions, des valeurs qui sommeillaient un peu effrayés dans un coin du cerveaux de chaque citoyen ont irrésistiblement commencé à sentir l'envie de se franchir un parcours, doucement mais surement, jusqu'à la langue et aux doigts de ceux qui les avaient produit. Comme s'il y en avait trop, et que sa tenait plus dans le petit recoin ou ils étaient confinés. Comme si l'intelligence - la vrai intelligence créative et active - fatiguée d’être constamment redirigée vers des occupations certes importantes (étudier, trouver un emploi, fonder un foyer, nourrir sa famille, vieillir et, éventuellement, mourir) avait sonné la trompette du Yenamarre et avait décidé de prendre les choses en main (car l'intelligence, la vraie, a des mains), et de filer un coup de pouce à cette humanité qui l'avait accueillie gentiment et pour un loyer raisonnable pour tout ce temps. Et voila, donc, qu'un peuple entier se met debout, s'organise, partage des informations, chasse un dictateur et reprend le contrôle d'un pays. Comme ça. Avec intelligence. Avec ces intelli-gens à qui l'on a fait confiance, dont chaque voix était pour la première fois aussi importante que celle de n'importe qui d'autre. A condition qu'elle fasse avancer le débat, avancer l'action. Je ne sais pas c'est mon italianité aigrie qui fait ça, mais je trouve cette mécanique belle, et digne, et puissante, et donc je ne peux que lever mon chapeau face à une initiative telle qu'Afkar Mostakella , plateforme d'accompagnement des candidats indépendants aux élections en Tunisie et espace ouvert dans lequel les internautes peuvent contribuer avec leurs idées, leurs valeurs, leur propositions de reformes, qui seront ensuite promus et portés par les candidats indépendants aux élections.  

 

En tant qu'européenne et cynique, mon premier réflexe est de me dire que, de toute façon, les candidats indépendants ne gagnent jamais (sauf Nichi Vendola, mais ça c'est une autre histoire). Mais, une fois endormi le pessimisme de default, il y a une chose qui me semble évidente: ce gens sont en train de construire un monument (sans les pigeons)  2.0 à l'intelligence citoyenne qu'y trouve un espace pour s'exprimer, pour rentrer en contact avec d'autres intelligences, pour mériter du respect et de la visibilité pour la simple et bonne raison qu'il s'agit du résultat concret d'une intelligence en mouvement laquelle, à différence de beaucoup d'intelligences dans le monde, à fait un effort non pas pour un intérêt personnel mais en faveur du bien commun (= res publica). Et moi, franchement, je trouve ça beau. 

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The Beena Project: le changement fait "by us"

Beena, en arabe egyptien, signifie "fait par nous". Le projet Beena a été inspiré par les mechanismes de collaboration positive qui ont fait des revolutions egyptienne et tunisienne un modele de participation et collaboration visant au changement social. Le site http://www.beenaproject.com/ offre à la fois des articles sur les protagonistes d'initiatives collaboratives et sur leurs projets, et un espace pour proposer de nouvelles idées et initiatives.

 

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Les données peuvent etre sexy

 

On entend de plus en plus parler d'infographie (= rendre de façon visuelle des données très intéressantes et souvent incompréhensibles) associée au journalisme web. Donc voila le jolie site visualy.ly  qui propose certaines parmi les meilleures infographies sur les thèmes les plus divers (de "combien peut on faire confiance à un homme avec une barbe" jusqu'à "L'histoire des location technologies"). On peut également créer un compte pour proposer nos infographics ou en créer des nouvelles à partir de données de base.

Pour le coté "fun": un appli pour créer une infographie de vous à partir de ce que vous twittez (ou faire un "Face Off" entre deux Twiples)...et voila un petit cadeau: Ziad v.s. Simon :)

 

 

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Quand le doc est crowdsourcé

 

Dans mes pérégrinations internet du weekend (faut vraiment que les vacances arrivent vite, mon Ipad est désormais une prolongation de mon bras) je suis tombée sur deux projets qui - développés dans deux pays différents - présentent un certain nombre de caractéristiques en commun qui me font donc penser que un nouveau genre est bien en train de s'installer et qu'il faudra suivre de pres. Il s'agit notamment de "18 days in Egypt" et de "The revolution will not be twitted". 

Les deux projet souhaitent raconter les révolutions d'Egypte (le premier) et de Tunisie (le deuxième) à partir de contenus collectés à travers les outils qui ont été les protagonistes des révolutions (Twitter, Facebook, Youtube) ou (c'est surtout le cas de "Revolution will not be twitted") à travers des conversations vidéo constantes avec les protagonistes des révolutions. 

"18 Days in Cairo", projet conçu par une équipe trans-média et trans-nationale de documentaristes, développeurs, etc est actuellement dans la phase de collecte de contenus; pour cela, ils demandent à tous ceux ou celles qui possèdent photos/vidéos/audios produits pendant les jours de la révolutions de les tagger  (#18DaysInEgypt) de façon à pouvoir rapidement les repérer sur les différents réseaux sociaux. Dans un deuxième temps, le groupe développera des applications qui permettront de charger directement les contenus sur le site de l'initiative. Objectif final: un site-vitrine qui collectera l'ensemble des contributions et un documentaire réalisé uniquement à partir des contenus collectés. 

"The revolution will not be twitted" est un projet du réalisateur David Dusa, porté par la néo-crée Association Tunisienne des Libertés du Net. Dusa, qui déjà en 2009 avait réalisé le film "Fleur du mal" en mêlant une romantique histoire parisienne avec des clips trouvés sur Youtube témoignant de la révolution verte en Iran, cette pour cette nouvelle expérience développer son nouveau projet de façon ouverte et collaborative en invitant les protagonistes du doc ainsi que les futurs spectateurs à participer à l’écriture du projet à travers un blog, une page Facebook, un compte Youtube et Vimeo, Twitter, ainsi qu’une palette d’outils permettant d’entrer en interaction avec différents acteurs, comme Etherpad ou l’IRC. Ces espaces seront à la fois un univers où les internautes pourront suivre l’évolution des recherches faites par David Dusa à l’occasion de la réalisation de son film, mais également un lieu d’échange et d’interaction. A suivre. 

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Réduire notre Web Impact sur la planète

Billet avec une petite nuance d’orgueil italien (ça n'arrive pas souvent donc faut profiter). Hier, sur Twitter, quelqu'un partageait un lien à cet article paru sur le Monde.fr, qui parle de l'impact en termes d’émissions CO2 que notre usage des nouvelles technologies a sur l'environnement. Voila donc que, pour tous les twiples, bloggueurs, webmasters ou tout simplement pour les personnes qui possèdent ou gèrent un site internet et qui souhaitent vivre leur vie en faisant le moins de dégâts possible sur notre planète, il y a la nouvelle initiative Life Gate Zero Impact Web. 

LifeGate est une (excellente) radio italienne qui fait du principe de l'"impact zero" sa principale raison de vie; en gros, l'idée est d'encourager les gens à agir, travailler, faire du business, etc en essayant de réduire l'impact que nous avons sur l'environnement. Un exemple? Si je suis une entreprise qui souhaite avoir une pub sur leur antenne, je dois payer l’équivalent de ce que je génère en termes d’émissions CO2 en fabriquant et diffusant ma publicité, pour faire planter des nouveaux arbres au Madagascar. Le nouveaux projet Zero Impact Web part du meme principe, mais concerne spécialement la réduction de l'impact que les nouvelles technologies ont sur l'environnement, et donne en plus des bons conseils: on découvre que faire de recherches avec Gaatle (la black version de Google) nous fait épargner 750 MegaWatt/h par an. 

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Le Piaf qui tua les journalistes

Hier soir je profitais d'un assiette de pâtes à l'amatriciana (al diavolo le regime pre-estivale) et d'une conversation intéressante: mon journaliste de mari et un collègue à lui, tous les deux près de la cinquantaine, discutaient de boulot, de syndicat, des collègues et du métier en général. Ca faisait un moment qu'on avait pas vu ce copain qui, ennuyé par un métier "qui ne lui dit plus grand chose", à quitté momentanément la rédaction pour laquelle il travaille depuis des années pour faire des remplacements en tant que redac chef adjoint la ou il y en a besoin. Objectif: "se mettre en danger" professionnellement, apprendre quelque chose, comprendre ce qu'il lui plaît. Car ce qu'il lui plaît plus est très clair: plus envie de trimer comme un fou pour être sur 6 sujets à la fois, pour être sur la nouvelle avant les autres, plus envie d'être en compétition avec les jeunes. On a parlé de Twitter, de Youtube, de la vérification des sources, du rôle que tout cela joue sur le métier de journaliste. Notre ami est connu pour sa haine vis à vis de "la machine" (c'est comme ça qu'il appelle l'ordi) et pour le fait qu'il n'arrive à écrire le commentaire de son sujet qu'avec une feuille de papier et un crayon. Il me dit: "Je sais, nous allons disparaître, le JT ne va pas faire vieux os". Il me dit de la lassitude de devoir faire un métier difficile de façon artisanale, d'être entouré par des collègues souvent fainéants et peu précis, de ne pas avoir le temps d'approfondir un sujet car dès que c'est fait, l'on est toute de suite sollicités ailleurs, sur autre chose, parce que faut boucler, vite, vite, vite. "Pas le temps d'apprendre à utiliser ces nouveaux machins, pas le temps tout court". Voila ce qu'il me dit. Et c'est bien triste, parce que il est un excellent journaliste. Un excellent journaliste qui perds espoir, énergies, envie.  Ces gens sont de plus en plus sollicités par des flux incontrôlés d'information, qui leur vient de partout, sous toutes formes. Faut savoir maîtriser, et ce n'est pas toujours évident. Il y en as qui essayent, il y en a même qui réussissent, mais la plupart donnent l'impression d'être paumés, mal à l'aise. C'est comme si l'on demandais à ma grand-mere de jouer Guitar Hero (quoi que, vu la vitesse à laquelle elle fabriquait des orecchiette maison, c'est pas dit...). Mon ami me raconte d'une jeune journaliste qui a ouvert un compte su Twitter et qui regardait l'écran dans l'attente que quelqu'un avec des infos croustillantes la contacte. Dommage, elle ignorait qu'il faut d'abord créer un réseau de followers et, par exemple, signaler son existence avant que le miracle se produise. Pratiquement, c'est les Bidochons 2.0 Entre temps, le temps pour caler des interviews, pour gratter un sujet, pour écrire son commentaire s'écoulait. Résultat, no news today. Et alors je me pose une question: faut-il changer la façon de faire du journalisme ou tout simplement les journalistes (on vire les vieux allergiques au technologies et on en prends des nouveaux, connectés, qui savent twitter, qui connaissent les derniers logiciels de vérification des sources, qui - il leur suffit un coup d'oeil - excluent en deux secondes une imagé photoshoppée) ? Sommes nous prêts à renoncer à l'angle, au langage, au traitement de l'information qui caractérise le journalisme d'enquête, pourvu qu'on sache tout et toute de suite? Y a t'il moyen de trouver un compromis ou faut-il que je me résigne à préparer des tonnes de pâtes à l'amatriciana pour consoler tous les vieux journalistes au chômage de la région?

Eh ben, voila, je publie mon billet sur l'Atelier des Médias, et je me rends compte qu'une très longue et très intéressante itw avec Eric Scherer vient d'être publiée précisément sur les mêmes thèmes...les grands esprit se rencontrent, ou alors le thème en est vraiment un. 
Je vais acheter des copies du bouquin de M Scherer comme don de bienvenue pour mon nouveau Hospice pour Journalistes.
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@sarajoud: veux tu me passer le sel, stp?

J'ai été, ça fait deux semaine, au colloque #4M à Montpellier. Ça m'a fait tout bizarre de me retrouver pour la première fois depuis le temps que je fais ce travail (essayer d'appliquer les Nouveaux Médias à la coopération audiovisuelle en Méditerranée) dans un contexte ou les gens étaient parfaitement au courant du fait que, oui, dans le monde arabe il y a bien l'internet et que, oui, l'on utilise Facebook et Twitter et que, oui, en effet les nouveaux médias peuvent être des excellents outils de création de nouvelles sociétés et que, oui, les professionnels qui travaillent pour les médias "traditionnels" ne peuvent pas ignorer tout cela mais qu'ils doivent, au contraire, le maîtriser et en tirer profit et richesse pour leur travail. C'est tout ce que j'essaye d'expliquer depuis des années aux gens de l'audiovisuel avec qui je travaille et la je me retrouve comme une courgette au milieu de gens que pas seulement tout cela l'ont bien compris ça fait un moment, mais qui maîtrisent et agissent sur ce changement chaque jour, alors que moi je suis encore en train d'expliquer que on peut bien mettre en place des ateliers de formation/coproduction mixtes journalistes/bloggeurs à des gens qui ont trois fois mon age, qui me tapotent la tête, sourient et me disent "il est un peu tôt, pour cela. Peut être une autre fois".  C'est comme si l'on m'avait sortie de force de 1990. Ça m’énerve, et ça me donne aussi envie de m’améliorer, de me mettre à jour, de découvrir ce qui se passe pendant que je reste coincée dans le XX siècle. J'ouvre un compte Twitter, je commence à suivre ce qui est dit sur les thèmes qui m’intéressent, les liens qui se créent (virtuels?), les mobilisations, les campagnes, des fois tout simplement des conneries. C'est beaucoup d'information. Énormément d'infomation. Au fait, si l'on voulait faire bien les choses (et moi j'ai tendance à être une méthodique), on devrait faire que ça toute la journée. C'est passionnant. Et c'est une espèce de drogue. Petit à petit on a comme un TOC qui fait que le pouce passe sur l'écran de notre Iphone de façon tellement automatique que je suis presque sure d'avoir donné un coup de pouce sur la tête de mon mari la nuit dernière. Les préoccupations et les urgences des followers deviennent les miennes et, pour le coup, tout m'angoisse: la situation et Tunisie, la situation en Egypte, la situation en Italie, la situation en France, la condition des femmes, la condition des hommes, un chat qui s'est perdu, une type qui s'est cramé au soleil. Entre-temps il a commencé à pleuvoir, les linges se mouillent, le frigo est vide et mon mari commence à s’énerver (de tant plus qu'il a pas aimé le coup de pouce nocturne). Je ne sais pas trop quoi je pense de tout cela aujourd'hui, j'attends de partir en Italie (pas d'Iphone, pas de connexion 3G) pour m’éclaircir les idées. Faute de mieux,  j'emprunte la célèbre phrase de l'oncle de Spiderman: à un grand pouvoir correspondent des grandes responsabilités. Surtout envers les gents qui sont la, à coté de nous, et qui réclament notre attention. Live.
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#Amina me deçoit

Je suis très déçue par l'histoire de la fille syrienne qui, en fait, était un mec qui s'appelle Tom MacMaster (si cela vous parait un nom, moi ça me parait une marque de fours à micro-ondes...enfin bref) et pas du tout une jeune lesbienne activiste engagée qui rêvait "La Dolce Vita" pour son pays. Évidemment je ne suis pas déçue par le fait qu'en effet il y aie pas eu de kidnapping ( il y en a déjà assez, et c'est horrible à chaque fois). Je suis un peu perplexe par le fait qu'il y aie  des Tom MacMaster qui s'emmerdent tellement qu'ils sentent le besoin de construire un gros troll rien que pour le plaisir de voir la communauté internationale et les médias se démener comme des fous pour rien. Si ça se trouve, Mme MacMaster devrait lui donner quelques bricoles de plus à faire à la maison (que sais-je, nettoyer au coton-tige l’intérieur des serrures des portes, faire la manucure au chat...). Mais c'est pas le point. Dans un précédent billet je disais que la chose qui m'avait le plus touchée dans toute cette histoire c’était que cette fille, qui vivait depuis longtemps à l’étranger vivant sa sexualité de façon libre et joyeuse, avait décidé de rentrer en Syrie pour faire bouger les choses dans son pays. J'avais trouvé ce geste, mettre le bonheur de son pays devant le propre, incroyablement courageux et généreux et rare. Je m’étais sentie, face à cette fille, comme la plus égoïste des gamines, qui abandonne son sud pauvre et ravagé par siècles de mauvaise gouvernance pour aller chercher son bonheur personnel. Voila, je suis déçue, parce que j'ai perdu une occasion d'admirer quelqu'un. Le fait que cette fille ne soit pas réelle ne me rend pas meilleure. Rend juste le monde un peu plus moche.
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Courage (du latin "coraticum" : avoir du coeur)

C'est juste une petite réflexion de rien du tout: le weekend dernier je feuilletais un journal pour "filles" (genre Marieclaire, ou Grazia ou autre) et j'avais été frappé par le fait d'y trouver (entre un remède pour éliminer définitivement la pilosité des jambes et la promo d'un nouveau vernis à ongle qui sent l'orange) une rubrique qui affichait la transcription d'un certain nombre de billets tirés de "A Gay Girl in Damascus" (http://damascusgaygirl.blogspot.com/) , le blog d'une jeune syrienne homosexuelle nommée Amina qui encourageait (en défiant la loi de son pays qui considère l'homosexualité comme illégale) d'autres jeunes syriens qui vivent les mêmes problèmes qu'elle à "se libérer de leur peurs". Hier, j'apprends qu'Amina a été kidnappée et que sa famille - qui continue à donner des nouvelles à travers son blog - ne sait pas si elle est encore en vie ou pas. Il s'agit de thèmes graves, et d'un évènement dramatique en soi, mais ce qui m'a fait le plus réfléchir c'est le fait que cette fille, ça fait un an, vivait aux Etats Unis, ou elle avait un job et une compagne. Et pourtant elle a décidé de repartir vivre dans son Pays d'origine, pour essayer de changer les choses, prenant tous les jours des énormes risques pour le simple fait d'aimer une autre personne. A l'age de 17 ans, comme des milliers et milliers d'autres personnes, je suis partie de ma ville natale, j'ai fait le tour de l'Italie et je suis débarquée en France. Une seule raison derrière tous ces pèlerinages: trouver le bonheur (professionnel, sentimental, culturel...), et améliorer la qualité de MA vie. La seule idée de retourner à la case de départ me donne les frissons. Comme moi il y en a des tonnes. Bien sur, tous ceux qui partent ont du courage, font des sacrifices, des fois énormes (voir: Lampedusa). Mais j'ai l'impression que c'est toujours dans l'espoir d'aller vers une condition meilleure. Ceux qui choisissent de revenir, parce que leur bonheur coïncide avec le changement et l’évolution de l'endroit d'ou ils viennent, et pas forcement avec leur bien-être personnel, il y en a moins. Et ça c'est une très belle et très rare forme de courage. J'espere profondement qu'Amina soit en vie. 

 

Page Facebook pour la libération d'Amina

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Nouveau concours "trouve l'erreur"

Le sommet du G8 à Deauville a été un événement international de grande importance pour plusieurs raisons, et la presse française et internationale a pu se régaler: Carla enceinte dans sa petite robe blanche; Silvio qui agresse Obama en délirant de juges communistes; les grands du monde occidentale qui lèvent leur chapeau vis à vis du printemps arabe et promettent d’énormes aides financiers pour "accompagner les nouvelles démocraties"; comme dernièrement j'ai été un peu distraite, je me lance dans une revue de presse tardive et, en regardant les vidéos et en particulier la photo ci-dessus, il y a un truc qui me saute à l’œil et qui me parait fort bizarre. Je vous invite à tester votre niveau de sensibilité, en vous donnant quelques indices. Le premier à répondre gagnera une copie du bouquin "Indignez-vous", et la possibilité de venir s'indigner avec moi sur les quais de la Seine face à la Maison de la Radio.

 

Indices:

1) Déclaration G8 sur le printemps arabe

2) Déclaration du G8 "Un nouvel élan pour la liberté et la démocratie"

3) Il est tout petit et, pour une fois, il ne s'agit pas de Silvio

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Mardi 31 mai j'ai participé à une grande conférence internationale organisée par l'UNESCO, France Télévisions et UER (Union Européenne de Radiodiffusion) ayant pour objectif de coordonner les efforts (et les ressources?) déployés par les grandes organisations internationales en faveur des télés et radios publiques égyptienne et tunisienne post-révolution, afin de les supporter dans leur passage de "radiodiffuseurs d’état" à "radiodiffuseurs publics".
En rentrant dans la grande salle XII de l'Unesco ou la rencontre se tenait, j'ai eu la drôle d'impression d’être dans la scène finale du film 8 1/2 de Fellini: tous les français (et pas mal d'européens) que j'ai côtoyé dans les quatre dernières années en travaillant dans la coopération audiovisuelle y étaient (il y en avait même que je ne croyais plus de ce monde, ça fait plaisir de voir qu'en fait non) et tous, au comble de l'enthousiasme, ont fait au moins une déclaration publique et officielle de soutien en s’adressant aux représentants tunisiens et égyptiens présents, qui souriaient- presque mal à l'aise de faire l'objet de tout cet intérêt - comme un enfant qui découvre que Noël est arrivé avec 6 mois d'avance.  Si l'on s'en tient aux déclarations qui ont été faites, d'ici les prochains mois ces gens vont recevoir des tonnes (c'est pas métaphorique, ils ont  carrément loués des avions pour tout transporter) de matériels, équipements, formateurs qui n'attendent que de leur apprendre ce qu'est la démocratie et le pluralisme dans les médias (sauf les italiens lesquels, j'imagine, vont plutôt leur apprendre à faire des pâtes). Tout ça est génial, et ça a été vraiment émouvant de voir autant de décideurs du monde des médias réunis dans cette espèce de Téléthon de la solidarité médiatique ou les différents acteurs ne se lassaient pas de surenchérir déclarations et promesses dans une compétition vertueuse. Toutefois (il se peut qu'à force de vivre en France je deviens cynique) j'ai un certain nombre de doutes qui me tracassent depuis:
Le titre de la rencontre était "Vers des médias libres, indépendants et pluralistes dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA) : maintenant, que je sache dans la région Mena il y a bien d'autres pays que la Tunisie et l'Egypte; évidemment, ces deux pays sortent d'une période très compliquée et se trouvent maintenant à devoir apprendre comment gérer toute cette liberté qu'ils ont obtenue. Il est donc très important que les pays européens puissent les accompagner dans cette phase de passage (et c'est quand même la moindre des choses); mais les autres? En Syrie et Libye c'est pas la joie non plus, et dans les autres pays de la zone c'est pire encore, parce que ce vent de liberté ne souffle pas encore assez fort. Ne risque t'on pas, si l'on prend ce chemin, de créer des catégorisations dans la coopération (Tunisie et Egypte d'un coté, les autres, qui ne sont pas encore capables de se libérer, on verra bien plus tard)? Que va-t-il se passer quand on organisera des projets multi-latéraux avec d'autres pays dont la situation est encore coincée? "Vous, les Tunisiens et les Égyptiens, de ce coté de la pièce, on va vous apprendre comment on organise un débat politique. Et vous, les autres, de cet autre coté de la pièce on va vous apprendre comment on fait un reportage sur les dauphins en Méditerranée. Après, il y a d'autres phénomènes bizarres qui se sont produits: la plupart des acteurs présents étaient français et, (oh, étonnement!) ils proposaient principalement des actions de solidarité à la Tunisie; la BBC a été choisie comme étant le référent principale pour l'accompagnement de l’Égypte.  En somme, tout reste tel que en termes de répartition géographique (et c'est bien dommage, parce que ça aurait été une super occasion pour les français de pratiquer un peu l'anglais). Enfin bref, si toutes les intentions et les moyens y sont, c'est seulement dans les prochains mois que l'on pourra mesurer l'impact réel de ce mouvement de solidarité audiovisuelle; de mon coté, j'espere que le soleil de printemps (et les résultats concrets de tout cela) vaincront mon cynisme, parce que j'ai vraiment envie de croire que les choses peuvent évoluer, changer, s’améliorer et j'attends le jour ou il n'y aura plus besoin de ces initiatives (ça sera le jour ou je vais enfin apprendre à faire du jardinage et de la pêche à la mouche) parce que les gens de la région MENA (de toute la région MENA) seront enfin, vraiment, libres et indépendantes (même de nous, les coopérateurs).
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