Publications de Pierrick de Morel (13)

Si le Maroc n’a pas connu de révolution comme la Tunisie, l’Egypte ou la Libye, le pays a aussi été secoué lors du printemps arabe. Le 20 février 2011, de nombreux jeunes ont défilé dans la rue, réclamant la fin de la corruption dans leur pays, plus de justice sociale et plus de liberté d’expression. Le week-end dernier, le festival de musique d’Essaouira accueillait un forum de la jeunesse. L’Atelier des médias a profité de cette occasion pour réunir trois jeunes acteurs des nouveaux médias au Maroc pour faire le point sur leurs projets et sur les libertés dans leur pays.

 

Cette semaine, l’Atelier des médias a reçu les fondateurs de Mamfakinch et de Qandisha, deux sites internet qui ont en commun d’être des médias participatifs, et qui témoignent du changement qu’a connu le Maroc au moment de “son” printemps arabe. Une évolution à laquelle a également assisté notre troisième invité, Hisham Almiraat, qui travaille pour le site international Global Voices.

 

Mohamed est l’un des co-fondateurs de Mamfakinch, de l’arabe “On ne lâche rien !” Ce média trilingue - français, arabe, anglais - se présente comme “un site animé par un collectif de blogueurs et de militants marocains”, né juste avant le mouvement du 20 février 2011.

 

Pour Mohamed, le mouvement du 20 février a eu peu de retombées sur la société marocaine : “Pour nous, les soi-disant réformes prises en 2011 n’apportent pas quelque chose de neuf puisque la monarchie et tout ce qui tourne autour continuent de contrôler la vie politique, économique, sociale et culturelle du Maroc.”

 

Pour autant, l’action des manifestants n’a pas été vaine : “Aujourd’hui, on voit moins le 20 février dans les médias, mais la parole s’est beaucoup libérée chez les citoyens, explique le blogueur. Avant, la discussion des prérogatives royales était tabou. Seule une petite frange des militants pouvait en parler, alors qu’aujourd’hui, tout peut se discuter.”

 

Qandisha, le féminisme à la marocaine

 

Un autre site affiche une volonté de briser les tabous : Qandisha, fondé par Fedwa Misk. Qandisha - du nom d’un personnage mythique marocain, une femme qui dérange par sa beauté, sa pertinence, son courage - est un magazine collaboratif féminin. “Qandisha est né d’une blague, raconte Fedwa Misk. Il est parti du constat que les magazines féminins, censés décomplexer la femme dans les années 70, qui se prétendent féministes, consacrent au contraire tous les complexes possibles et imaginables. Ils vendent l’image d’une femme parfaite à laquelle on doit ressembler.”

 

Au cours de sa première année et demi d’existence - le site a vu le jour en novembre 2011 - le travail de Qandisha a été applaudi, mais également très critiqué. Il a été piraté deux fois, et certaines rédactrices ont reçu des menaces anonymes de mort et de viols.

 

“Au départ, cela nous affectait, maintenant plus du tout”, raconte Fedwa Misk, qui explique ces réactions violentes par une peur face à la place nouvelle que veut occuper la femme marocaine dans la société. “En peu de temps, la femme marocaine a évolué : elle veut avoir sa place dans le gouvernement et le changement.”

 

Hisham Almiraat, est le co-fondateur de Talk Morocco, un forum de questions de société au Maroc. Le site est aujourd’hui moins actif. Hisham est davantage impliqué dans le projet Global Voices, une communauté mondiale de 1.500 à 1.700 volontaires installés dans le monde entier. Ils s’occupent de traduire ou de faire des résumés de billets de blogs, et sont des passeurs d’idées pour ceux qui ne peuvent pas lire des textes en version originale.


Donner la parole à des blogueurs, pas à des journalistes

Point commun de ces médias ? Aucun ne s’appuie sur le travail de journalistes professionnels. “On essaye de ne pas avoir de journalistes. On considère que nous sommes basés sur le bénévolat, explique Mohamed. Chaque membre a une carrière à part, il fait autre chose dans la vie. On fait du blogging, mais pas de journalisme professionnel”.

Un choix qui s’explique aussi par une certaine méfiance envers les journalistes marocains : “Certains journalistes au Maroc font du très bon travail, mais on les empêche de travailler. Internet offre une opportunité pour des blogueurs de s’exprimer”, selon Mohamed.

“La scène médiatique a été verrouillée, confirme Hisham. Aujourd’hui, on se retrouve avec des journalistes qui pratiquent de l’auto-censure à une échelle importante. Au moment du printemps arabe, Internet s’affirmait de plus en plus au Maroc, et les membres de cette génération se le sont approprié et l’ont utilisé à bon escient.”

Si au départ Mamfakinch était avant tout un site d’actualité censé relayer les informations autour du printemps arabe, il s’est ensuite cherché une nouvelle vocation, comme l’explique Mohamed : “Le deuxième chantier qui nous semblait important, c’était d’ouvrir le débat pour construire une alternative politique, économique et sociale au Maroc. On donne donc la parole à des intellectuels, des sociologues, des libéraux qui peuvent donner leur point de vue sur des sujets précis.”

A Qandisha aussi, on travaille sans journalistes, mais pas pour les mêmes raisons. Au moment du lancement de son site, Fedaw Misk explique que Qandisha était censé être un magazine purement journalistique. Mais la jeune femme a vite réalisé qu’elle n’avait pas les moyens de s’offrir une rédaction : “Journaliste est un métier qui nécessite une rémunération.” Elle a donc profité du cercle qu’elle s’était constitué au cours de ses études de médecine pour recruter des contributeurs : “Plusieurs personnes autour de moi écrivaient et pouvaient collaborer, alors pourquoi ne pas ouvrir mon site à d’autres personnes que des journalistes ?”

Pas de journalistes non plus à Global Voices : “Notre marque de fabrique, notre cheville ouvrière, c’est notre armée de volontaires traducteurs qui ne font que traduire des petites histoires, des petites anecdotes, détaille Hisham. On peut comparer notre travail à celui que fait Courrier International, en France. C’est une revue de tout ce qui se passe dans le monde. “

Ziad Maalouf entouré de ses invités (Crédit photo : Raphaelle Constant)

Poursuivre le débat en ligne

“Je regarde ce qui se passe au Maroc avec beaucoup d’optimisme”, se félicite Hisham. Selon lui, la génération qui s’exprime sur internet aujourd’hui est celle dont la conscience politique s’est forgée à la fin des années 90, lorsque le roi Hassan II - père de Mohamed VI - avait un peu ouvert le champ de la liberté d’expression au Maroc, avant le retour de la censure. “Cette fenêtre enchantée a permis à ma génération de goûter à la liberté d’expression et au débat public, à ce sentiment qu’on a de se réapproprier l’espace public.”

“Mamfakinch et Qandisha prouvent que l’on s’attaque de front à des forces conservatrices qui empêchent des pays d’avancer, poursuit Hisham. Dans certains endroits, cela s’est traduit par des révolutions malheureusement violentes. Au Maroc, la situation est très intéressante. Cela se passe à un niveau moins spectaculaire, mais cela se passe malgré tout : sur internet, mais aussi dans la vie réelle : les gens commencent à se parler.”

Aujourd’hui, ces médias participatifs se font le relais de cette volonté de changement au Maroc, relancée par les événements du 20 février. “A partir du moment où le printemps arabe a ébranlé la société marocaine, on a vu que le débat public s’est réapproprié la politique, explique Fedwa Misk. Les moindres décisions gouvernementales sont contestées. Nous sommes capables d’aller dans le bon sens, mais il ne faut pas arrêter de se battre.”

Mais pour Mohamed, le changement ne se fera pas du jour au lendemain : “Il ne s’agit pas seulement de transformer la régime ou le système, il faut transformer la société. Cela prend du temps. On essaye de travailler sur les questions culturelles et sociétales pour accompagner un mouvement qui va porter ses fruits dans les années à venir.”

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Alice Antheaume - Photo de son profil Twitter @alicanth

Régulièrement invitée dans notre émission avec les spécialistes des médias numériques, Alice Antheaume est, cette fois, venue seule pour nous parler de son premier livre, Le journalisme numérique (Les Presses Sciences Po). La responsable de la prospective et du développement international de l’École de journalisme de Sciences Po Paris évoque dans cet ouvrage la manière dont les nouvelles technologies bouleversent le métier de journaliste.

C’est une des meilleures spécialistes françaises des médias, qui suit au jour le jour l’évolution des métiers de la presse face à la révolution internet. Sur son blog Work in Progress (Travaux en Cours), elle raconte ses découvertes et ses rencontres de journaliste passionnée par le monde de l’information. C’est forte de toutes ces expériences qu’Alice Antheaume a choisi d’écrire un livre sur le journalisme numérique.

Pourquoi cet ouvrage, à mi-chemin entre l’essai et le manuel ? Tout simplement parce que l’importance prise par le numérique dans le métier de journaliste aujourd’hui est telle que plus aucun professionnel des médias ne peut l’ignorer.

“On est passé par une phase où le journalisme numérique était à part. Aujourd’hui, le journalisme ne peut plus se pratiquer sans observer ce qui se passe en ligne”, explique la directrice adjointe de l'École de journalisme de Sciences Po.

“Un bon journaliste, qu’il travaille en ligne, pour la télévision, pour la radio ou pour la presse écrite, ne peut éluder cette transformation de la société", précise-t-elle. Comme Alice l’écrit dans le premier chapitre de son ouvrage, “les mutations technologiques s'accélèrent. L'instantanéité règne. Les réseaux sociaux gagnent en puissance. Les données prolifèrent. Un bon journaliste doit s’intéresser à cette mutation numérique".

La dictature de l’audience

Le livre d’Alice Antheaume souligne également un changement dans la culture journalistique : le bouleversement du rapport avec l’audience. “Le principe du journalisme web est d’interagir avec les lecteurs (...) Avoir accès à des statistiques en temps réel pour savoir qui clique sur quoi, c’est nouveau dans la culture journalistique. Cela faisait plus partie de la culture du marketing.”

A la différence de la télévision ou de la radio, où les chiffres des audiences ne sont disponibles que quelques heures, voire quelques mois après la diffusion d’un programme, un journaliste qui travaille sur internet peut mesurer dès la publication l’impact de son article. Mais pour Alice Antheaume, cette nouveauté n’est pas sans risque : “Quand les statistiques sont arrivées dans les rédactions, c’était dur pour un journaliste de réaliser que son article arrivait en dix-huitième position, et que le sujet n°1 était une brève sur les robes des actrices en ouverture du Festival de Cannes.”

La tentation peut être grande de ne traiter que de sujets légers, qui généreront plus de clique. Alice Antheaume explique que c’est aux rédacteurs en chef des différentes rédactions de ne pas céder à cette dictature de l’audience : “Il y a eu un moment où les journalistes n’ont pas eu envie de se faire dicter par le marketing leurs idées de sujets.” C’est donc le rôle des responsables des rédactions de continuer à faire travailler leurs journalistes sur des sujets sérieux, même si ils sont moins populaires. De ce choix dépend la crédibilité d’un média en ligne.

La loi des trois C en complément de celle des cinq W

Le journalisme numérique implique également de nouvelles règles. L’une des premières leçons enseignées à tout étudiant en journalisme est la loi des cinq W : quiconque traite une information doit veiller à fournir à son lecteur, auditeur ou téléspectateur ce qui se passe (what en anglais), qui est concerné (who), où cela se passe-t-il (where), quand (when) et pourquoi (why).

Pour le journaliste britannique Paul Bradshaw, la vérification des informations diffusées en ligne implique le respect d’une autre règle, celle des trois C :

  • Content : examiner le contenu de toute information trouvée sur le web,
  • Context : analyser l’environnement - le contexte - dans laquelle elle a été produite,
  • Code : inspecter la technique (le code, c’est-à-dire le matériel et le format) avec laquelle elle a été fabriqué.

Selon Bradshaw, le respect scrupuleux de cette règle est aujourd’hui indispensable pour veiller à la véracité des éléments provenant de l’univers numérique.

“Plonger dans la vague numérique qui a déjà emporté le public”

La solidarité qui peut exister entre les journalistes numériques, l’importance prise par les supports mobiles ou la montée en puissance du fact-checking - cette pratique qui consiste à vérifier en ligne et en temps réel les promesses d’un homme politique - font partie des nombreux autres thèmes abordés par Alice Antheaume dans son livre.

La spécialiste des médias en ligne achève son ouvrage sur l’importance prise par le journaliste numérique : “Aptitude à traiter l’information en temps réel et à interagir avec les internautes, expérimentation de formats inédits et esprit “start-up” sont autant d’atouts des journalismes numériques qui suscitent la convoitise, même dans les rédactions traditionnelles, lesquelles ont un besoin vital de plonger dans la vague numérique qui a déjà emporté le public...”

Et comme la conclusion n’est pas vraiment le fort du journalisme numérique puisque rien n’est définitif en ligne, la journaliste invite ses lecteurs à poursuivre la conversation en ligne, sur Twitter ou sur son blog.

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L'Atelier aux couleurs de Mondoblog

Ziad Maalouf et les Mondoblogueurs lors de l'enregistrement de l'émission spéciale Mondoblog
(Crédit photo : © Marthe Le More)

 

Du 6 au 14 avril, l’équipe de l’Atelier des médias était à Dakar pour la deuxième formation des blogueuses et blogueurs de Mondoblog. Cinquante deux contributeurs ont reçu pendant 8 jours une formation intensive aux techniques du journalisme et aux outils 2.0 : écriture, recherche et vérification de l’information, édition, réseaux sociaux…
(Billet rédigé avec Raphaelle Constant)





Pour la troisième fois depuis le lancement de la plateforme Mondoblog, l'Atelier des médias a organisé une formation de blogueurs. Après Yaoundé et Dakar en 2011, c’est à nouveau dans la capitale sénégalaise qu'a eu lieu la réunion de cette année, avec une spécificité : jamais autant de Mondoblogueurs avaient été réunis en un seul et même endroit. Ils étaient cinquante deux cette année, venus des quatre coins du monde. Une trentaine de pays, trois continents et de multiples nationalités se sont donc retrouvés pour 10 jours à Dakar, placés sous le signe du blogging et du journalisme.

 

Depuis le mois de décembre 2012, les membres de l’équipe de l’Atelier des médias - Ziad Maalouf, Simon Decreuze, Raphaelle Constant et Pierrick de Morel - ont lu les billets des 231 membres de la communauté Mondoblog pour en retenir 52 (39 de la saison 2 et 13 de la saison 1). Les participants ont été sélectionnés selon des critères d’assiduité, de qualité, et d’implication. Ici, la liste des lauréats.

 

Un moment d’apprentissage et de rencontres

 

Du 6 au 14 avril, les lauréats se sont donc retrouvés à Dakar. Certains blogueurs aguerris de la saison 1, qui ont déjà eu l’occasion de se rencontrer lors des sessions de formation précédentes -ont assisté nos sorciers du net. 

 

A Dakar, ces cinquante deux internautes ont reçu différentes formations. L’équipe de l’Atelier, qui relit et édite régulièrement leurs billets, est revenue sur les questions de mises en forme des billets, de l'importance de ne publier que des informations vérifiées et sur l’utilisation des réseaux sociaux.

 

Grégoire Pouget, de Reporters sans Frontières, les a sensibilisé aux questions de la sécurité en ligne. Des cours de français étaient également au programme de cette semaine bien chargée, puisque l’Institut a offert un cours d’écriture aux blogueurs, animé par l’écrivain sénégalaise Khadi Hane.

 

Les Mondoblogueurs sur l'île de Gorée 

(Crédit photo : © Marthe Le More)

Une émission 100% Mondoblog, faite par et avec les blogueurs

 

Pour cette émission spéciale, les lauréats de la formation #MondoblogDakar ont été mis à contribution, en intervenant dans l’émission. Mamady Keita, un jeune guinéen étudiant en Ukraine, a évoqué ces blogueurs qui, comme lui, écrivent des billets loin de pays natal :

“Tous ces Mondoblogueurs racontent leurs aventures, leurs vision, leur point de vue face aux convulsions socio-politiques de notre monde actuelle (...) C’est ça aussi Mondoblog : l’unité dans la diversité.”

 

Plus léger, Florian Ngimbis est revenu sur la difficulté que les membres de la communauté ont eu à se déplacer avec les taxis dakarois. “Ici, les chauffeurs causent français quand vous entrez dans leur véhicule et wolof après, quand ils sont perdus. En attendant que le wolof débarque sur Google traduction, on improvise”, raconte-t-il ainsi au micro de Ziad Maalouf.

 

La chronique de Francis Pisani a été remplacée par une chronique du camerounais René Jackson, alias Panda pour ses collègues, qui a remarqué au cours de son séjour l’état d’avancement des NTIC à Dakar. Marqué par les visites du CTIC - un incubateur qui héberge et soutient de jeunes start ups spécialisées dans les nouvelles technologies, et de Jokkolabs - une plateforme de co-working (un espace où les jeunes entreprises “apportent et rassemblent leurs idées, pour les faire grandir et les implémenter” - il a évoqué le concept d’intrapreunariat.

 

“Il s’agit d’une espèce de mise en mouvement, une mise en réseau interne des gens de Jokkolabs, a expliqué René. Ainsi, je dirai qu’il ne faudra pas être surpris si dans quelques années Dakar se transforme en une sorte de Silicon Valley de l'Afrique de l'Ouest.”

 

Dakar, source majeure d’inspiration pour les Mondoblogueurs

 

La semaine a été également été l’occasion pour les blogueurs de réaliser des reportages au cœur de la capitale sénégalaise. Ils ont en effet pu profiter de navettes mises à leur disposition pour circuler dans Dakar et traiter des sujets de leurs choix et publier ensuite des contenus texte, audio, vidéos, photos sur les quartiers de la ville.

 

La difficulté de se faire comprendre quand on ne parle pas wolof, les nombreux tags sur les murs de la ville ou encore le choc des régimes politiques ont ainsi inspiré de nombreux billets à nos blogueurs, à lire comme d’habitude sur leurs blogs respectifs, ou sur Mondoblog.org.

 

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Salle de travail au Labo de l'édition (Crédit Photo : Simon Decreuze)

Cette semaine, l’Atelier des médias a choisi de mettre en lumière le Labo de l’édition. Situé au coeur du 5ème arrondissement de Paris, à la lisière du quartier latin, ce lieu est un incubateur qui héberge et soutient des start ups liées à l’univers de l’édition. Au programme de notre émission, des rencontres avec quatre porteurs d’entreprises et de services innovants liés au livre, parmi lesquelles trois sont incubés au Labo de l’édition.

 

Alors que se tient à Paris la 33e édition du Salon du livre, l’Atelier des médias s’est donc déplacé au Labo de l’édition. Le lieu, inauguré en décembre 2011, est un incubateur qui sert aussi d”espace de co-working. Comme l’explique Camille Pène, responsable animation et communication du Labo, l’endroit "a été créé pour accompagner le secteur de l’édition dans la transition numérique, pour l’aider à innover. La structure accueille des jeunes entreprises, les héberge avec des bureaux, les soutient et les conseille dans tout ce qui est levée de fonds, structuration et développement.”

Par ailleurs, le Labo de l’édition est aussi un lieu de discussions et d’échanges sur l’avenir du livre. Entre janvier et mars 2013, ses équipes ont organisé, en partenariat avec Silicon Experience, un cycle de discussions autour du thème #printisnotdead (Le papier n’est pas mort). L’événement consistait en une série de cinq conférences. L’Atelier des médias avait d’ailleurs participé à ces rencontres en animant une discussion sur “les pure-players du print”.

Les ventes de papier en baisse, celles du numérique en hausse

Les habitudes de lecture changent dans le monde. Aux États-Unis, un lecteur sur quatre utilise des liseuses électroniques. En France, nous n’en sommes pas encore là, même si le magazine Capital estimait en décembre dernier que 2013 serait l’année du livre numérique dans l’Hexagone. Les ventes de livre papier baissent doucement, tandis que le livre numérique est promis à une croissance à un voire deux chiffres dans les années à venir.

En 2013, il devrait se vendre en France 3,4 millions de tablettes, dont une majorité d’iPad. Jeudi 21 mars, à l’occasion de l’inauguration du Salon du livre, un accord global a été signé entre les auteurs et les éditeurs français concernant les droits liés à l’édition numérique. Un accord qui arrive tardivement et montre les difficultés d’adaptation du secteur.

L’opposition papier/numérique, “un débat stérile”

Parmi les dix start ups incubées au Labo de l’édition, nous en avons reçu trois. Pete Pierce représente le projet onprint.com qui développe des “imprimés enrichis”. Cette start up de 10 salariés propose de tisser des liens entre le papier et le numérique, avec l’aide de flashcodes notamment : grâce à son mobile, il suffit de photographier une image ou un texte sur un livre pour obtenir des d’informations supplémentaires.

"Nous sommes dans un monde où il y a à la fois du papier et du support numérique, explique Pete Pierce. On est au-delà du débat stérile sur la mort du papier. Avec OnPrint.com, on essaye d’élaborer l’outil qui créé des ponts entre les deux mondes : c’est ce qu’on appelle du papier enrichi. L’idée, c’est qu’à partir du papier on puisse avoir accès à n’importe quel contenu, quel qu'il soit."

Dans un registre un peu différent, David Meulemans travaille dans une maison d’édition traditionnelle, Aux forges de Vulcain. Parallèlement, cet ancien enseignant est l’un des initiateurs de DraftQuest, un projet innovant qui se veut un outil d’aide à l’écriture. Il découle d’un constat simple : “Les ventes de livres baissent et ne sont pas compensées par l’augmentation de la vente des livres numériques. Ce n’est pas le numérique qui fait du mal au papier : les gens ont peut-être moins envie de lire parce que ce qu’on leur offre est moins passionnant que ce dont on a besoin.”

Pour pallier à ce manque d’originalité, DraftQuest - dont le site internet est lancé dimanche 24 mars - va se situer en amont de la chaîne du livre, bien avant l’édition : le projet veut agir sur le processus d’écriture. Le site s’inspire de techniques de jeux : l’idée, c’est de créer un compte et de lancer une campagne de 30, 60, ou 90 jours. Une fois que l’utilisateur a son profil, il est incité à écrire son histoire (une nouvelle ou un roman selon la durée de la “mission”). Son imagination est également stimulée par des pictogrammes, des images très colorées, qui peuvent lui apporter de l’inspiration.

“On encourage les gens à ne pas trop écrire, environ 20 minutes par jour, mais à le faire tous les jours. Petit à petit, avec cette régularité, on veut construire cette capacité à être un écrivain original”, explique David Meulemans.

Collective DraftQuest (Crédit Photo : Simon Decreuze)

Troisième projet, également hébergé par le Labo de l’édition, le site sanspapier.com de notre invité Antoine Garnier. Sanspapier.com ne vend que des livres en fichiers numériques - epub, mobe, pdf - et c'est en même temps un moteur de recommandation sémantique.

Le principe est simple : une série de mots clés est associée à chaque titre disponible sur le site. Quand un internaute sélectionne un titre, “le site va dresser une liste de recommandations autour du livre choisi”, et lui proposer un ouvrage similaire. Par ailleurs, toute recherche sur le site tient compte d'une multitude de données et fournit les résultats plus adaptés.

“Aujourd’hui, environ 80 à 90% des achats de livres passent par internet. Il nous a semblé intéressant de faire un effort dès la recherche d’ouvrage”, détaille Antoine Garnier. Avec ce système, l’internaute ne se voit plus proposé que les best sellers ou les nouveautés, comme c’est souvent le cas sur d’autres sites.

Notre cinquième invité, Clément Apap, est l’un des fondateurs d’un site qui travaille également sur le domaine de la suggestion, cette fois non plus par mots-clés mais en fonction de l’avis des autres internautes. Son service, senscritique.com, est un réseau social dédié à la critique culturelle (musicale, filmique, télévisuelle, jeux vidéos). Deux ans après sa mise en ligne, le site compte 75.000 membres, 652.000 visiteurs/mois, 400.000 critiques et 16.000.000 de notes.

“Nous ne sommes pas qu’un réseau social, explique Clément Apap. Beaucoup de gens viennent sur le site sans être inscrit.” L’idée, c’est que chaque utilisateur recommande et conseille des livres, fims ou disques à ses amis, ses “éclaireurs”. Là aussi, comme pour sanspapier.com, le système permet une recommandation personnalisée et non plus commerciale, contrairement à beaucoup de sites de vente en ligne.

Accueil favorable d’un monde de l’édition papier jugé parfois “conservateur”

Réputé conservateur, le milieu du livre papier semble accueillir favorablement tout ces projets. Il existe désormais de nombreuses passerelles entre le papier et le numérique, mais les éditeurs, désireux de les exploiter, manquent parfois d’outils. Ce sont ces outils que ces start-up essayent de leur fournir. Problème : le système juridique est parfois contraignant.

C’est d’ailleurs ce que regrette Clément Apap : “Les freins à la création sont nombreux, mais dans l’édition les modèles économiques se cherchent.” La question de la gestion des droits numériques (DRM, de l’anglais Digital Rights Managment) reste encore un domaine flou : de quels droits disposent les acheteurs de livres en ligne sur leurs ouvrages ? Comment les partager ? Voilà des questions auxquelles il faudra répondre pour faciliter l’émergence de projets innovants comme onprint.com, sanspapier.com, Draftquest ou senscritique.com.

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Ziad Maalouf (à gauche) et Aalam Wassef, dans son appartement du Caire (Crédit photo : Simon Decreuze)

Reportage au Caire cette semaine sur le collectif et média "populaire" Mosireen. L'Atelier des médias a rencontré Aalam Wassef. Plasticien, éditeur et blogueur, Aalam Wassef est co-fondateur Mosireen, dont la principale mission depuis deux ans est de récolter et produire des vidéos pour raconter et archiver la révolution.

 

Mosireen, en égyptien, signifie "déterminé". Et c'est bien la détermination qui caractérise le mieux l'action des membres de ce collectif qui a vu le jour en 2011. Ce projet s'est donné pour mission de couvrir et de créer une archive vivante du changement en Égypte, au moment de la révolution qui a entraîné la chute du dictateur Hosni Moubarak le 11 février 2011, après 30 ans de pouvoir.

 

Aalam Wassef est l'un des membres de Mosireen. L'homme a de multiples casquettes : artiste, éditeur ou encore blogueur - il a notamment tenu pendant quelques mois un blog sur Libération.fr, Cris d'Egypte - il s'est lancé dans le projet dès sa création, aux premiers jours de la révolution égyptienne.

 

Face aux silences des médias étatiques et de leurs satellites sur les violences faites aux citoyens égyptiens, Aalam et d'autres blogueurs engagés ont voulu récolter les témoignages de ce qui se passait réellement dans les rues du Caire.

"L'idée, c'était de faire entendre les voix que l'on entendait trop peu, la voix de la rue, du peuple, des gens qui perdaient leurs fils, leurs frères et leurs soeurs dans les manifestations et les affrontements avec la police."

 

A l'époque, comme aujourd'hui, il s'agit de donner une visibilité aux victimes de la répression et des violences policières que les médias d’État ne couvrent pas.

 

Une base d'archives librement accessible en ligne

 

Mosireen a donc permis de créer une base d'archives vidéo, format de prédilection du site : tous les films réalisés par les membres de l'organisation ou des contributeurs extérieurs sont conservés et classés en ligne, par date et par lieux. Le tout est accessible gratuitement.

 

Lors du deuxième sit-in Place Tahrir - lieu emblématique de la révolution du printemps 2011, et où se rassemblent aujourd'hui encore les opposants au régime de Mohamed Morsi - Mosireen avait installé une tente pour inciter les gens à déposer les images prises avec leurs téléphones portables ou leurs caméras.

 

Mosireen existe de différentes manières en lignes : l'organisation a un compte Twitter, des chaînes sur Youtube et Viméo ainsi que plusieurs pages Facebook. Pour Aalam Wassef, il était important de multiplier les canaux de diffusion en ligne pour que les ressources de Mosireen soient facilement accessibles aux internautes, et puissent être aisément partagées. L'organisation veille également à s'appuyer sur un réseau de relais de personnes qui ont une forte influence sur les réseaux sociaux.

 

Donner une réalité sensible à une information parfois trop désincarnée

 

Toutes ces vidéos ont pour but d'être au plus près d'une actualité qui ne sera pas couverte par les autres médias égyptiens. Mosireen veut donner une réalité sensible à des faits qui ne seront que brièvement évoqués de manière factuelle par les journaux et les télévisions de son pays, voire qui seront totalement ignorés. Mais surtout, le site veut dénoncer toutes les injustices qui touchent encore trop souvent les citoyens égyptiens.

 

Dernier exemple en date avec le cas de Mohammed al-Guindi, un étudiant de 28 ans arrêté et torturé à mort pendant sa détention par la police égyptienne. Le jeune homme avait assisté à la mort d'un manifestant Place Tahrir, et aurait pu devenir un témoin gênant pour la police.

Comme la plupart des vidéos disponibles sur Mosireen.org, le sujet mêle témoignages d'anonymes, mais aussi interviews de gens bien informés : dans la vidéo ci-dessus un avocat explique ainsi les vices de procédure lors de l'enquête, tandis qu'un médecin critique le rapport d'autopsie de Mohammed al-Guindi, bâclé. Le tout a un rôle pédagogique : donner aux internautes des éléments pour comprendre un événement qui s'est produit en Égypte.

Pour Aalam Wassef, toutes les vidéos archivées sont là pour rendre justice : le but est parfois atteint quand les images arrivent à toucher l'opinion public et parviennent à créer un débat. Dans cette démarche, Mosireen trouve parfois des alliés inattendus, comme par exemple les anciens médias proches d'Hosni Moubarak, trop heureux de critiquer les Frères musulmans au pouvoir...

"La révolution continue ? En réalité, des funérailles continues..."

Parallèlement à cette activité en ligne, Mosireen a organisé très tôt des projections de vidéos dans la rue, avec le lancement du Tahrir Cinema. Ses membres ont également fait distribuer des DVD gratuitement pour inciter les gens à projeter des films à leurs proches ou à leurs voisinages.

Dans la phase de transition suivant la révolution de 2011, un écran, un vidéoprojecteur et des enceintes ont permis de diffuser toutes les images montrant que l'armée égyptienne n'était pas du côté de la révolution et du peuple, puisqu'elle s'en prenait à des citoyens égyptiens. Avant les élections législatives et présidentielles en Égypte, peu d'images montraient les agissements du conseil supérieur des forces armées.

En diffusant ses vidéos dans la rue, Mosireen entendait montrer le vraie visage de l'armée, afin d'inciter les citoyens à se montrer vigilant.Depuis deux ans, ces violences n'ont jamais vraiment cessées, faisant dire à Aalam Wassef que depuis deux ans en Égypte, on assiste non seulement à "une révolution continue", mais surtout à "des funérailles continues"...

Quel avenir pour Mosireen ?

Après deux ans d'existence, cette initiative fondée sur le volontariat, et qui compte de plus en plus de membres a renforcé son organisation. Elle se répartit en groupes de travail pour que toutes les décisions ne soient pas prises en groupe. L'organisation développe un réseau en province, pour que l'action qu'elle mène au Caire soit reproduite un peu partout dans le pays.

Le collectif veille ainsi à ce que des formations soient menées dans le pays - construction de vidéos, cours pour apprendre à filmer, à prendre du son convenablement... - pour que le projet se développe indépendamment ailleurs.

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A Netexplo avec @m_c_b (par @kenzame, via Twitter)

Exceptionnellement cette semaine, Marie-Catherine Beuth et Francis Pisani étaient réunis à l'Unesco pour le forum NetExplo, qui s'est tenu pendant deux jours avec plusieurs acteurs des nouvelles technologies et du changement lié au numérique dans le monde. Ils ont profité de cette occasion pour évoquer ensemble la question de l'innovation dans le monde, et particulièrement en dehors de la Silicon Valley.

Peut-on innover en dehors de la Silicon Valley ? Pour Marie-Catherine, la question n'est pas de savoir si cela est possible, mais plutôt de savoir comment on peut le faire. Aux Etats-Unis, les gens qui veulent innover se demandent toujours comment ils peuvent le faire, et essayent de construire leur projet en se donnant les moyens de le réaliser.

 

Le problème de l'innovation hors de la Silicon Valley : le manque de solutions pour la financer 

 

Ce qui fait défaut en dehors de la Silicon Valley, ce sont les manières de financer l'innovation. En France par exemple, il y a un manque de moyens qui s'explique par une question d'échelle : aux Etats-Unis, il est facile de trouver 10.000 personnes pour vous donner 100 dollars, alors qu'il est beaucoup plus compliqué en France de réunir 10.000 personnes pour vous donner 100 euros. Cela prend plus de temps, tout simplement parce que le marché n'est pas de la même taille.

 

L'autre différence entre la Silicon Valley et le reste du monde réside dans la manière dont on enseigne aux gens la créativité et l'innovation : les grandes universités américaines ont bien compris qu'il ne suffisait pas d'avoir des idées, mais qu'il fallait aussi les exécuter. A Stanford où Marie-Catherine étudie, les professeurs disent à leurs étudiants qu'ils ne sont pas là pour leur inculquer un savoir, mais pour leur donner le pouvoir et les outils qui vont leur permettre de faire des choses par eux-mêmes.

 

Enrichir notre culture de l'information

 

Pour Francis Pisani, le problème se pose différemment : la question n'est pas tant de savoir comment aider à innover - il s'est aperçu durant son tour du monde que des gens innovaient partout sur la planète - mais plutôt de se demander ce que l'on peut apprendre de ces innovations qui se font dans des contextes différents.

Francis a également commenté le Rapport des tendances de Netexplo : chaque année, les organisateurs du forum proposent tour du monde des innovations en s'appuyant sur un réseau d'étudiants répartis dans des écoles de commerce du monde entier. Avec ces informations, ils rédigent un Rapport des tendances. Pour l'édition 2013, trois grands thèmes ont été retenus :

  • Ma vie dans les nuages - le cloud, qui stocke les données des internautes dans des serveurs - avec une double tendance, celle du nuage bienveillant et celle du nuage flic, qui nous surveille en exploitant nos données personnelles,
  • La question des apparences, avec la mode du fact-checking (le fait de vérifier l'information) ;
  • Ma vie sans frontières : depuis quelques années, toutes les personnes et les objets du monde ont "une ombre informationnelle" dans le cloud. Nous avons désormais tous une trace dans le monde virtuel. Il y a donc deux couches différentes qui cohabitent : une couche virtuelle (nos données en ligne) et une couche physique (le monde du réel)..

 

Seul reproche de Francis à ce document : 80% des exemples choisis pour le Rapport des tendances étaient des exemples des pays développés, alors que des gens innovent partout dans le monde.

 

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L'utilisation de Photoshop par des Etats ou des forces de police prouve que les images disponibles sur Internet ne nous montrent pas toujours la réalité... Autre actualité de la semaine : la Syrie avec la statue du poète Abou Ala al-Maari décapitée par les djihadistes.

Après l'histoire du vrai/faux singe spationaute, les autorités iraniennes se sont de nouveau retrouvées sous le feu des critiques pour une histoire de manipulation.

La semaine dernière, Khouz News, un site web iranien qui traite de la région iranienne du Khouzestan, publie la photo d'un F-313 survolant des montagnes enneigées. Mais suite à la publication de cette image, de nombreux experts en aviation affirment qu'un tel engin est trop petit pour pouvoir supporter la technologie que les autorités iraniennes lui prêtent. Des internautes ont finalement découvert le fin mot de l'histoire : le cliché était en réalité le résultat d'un montage sur Photoshop, et l'avion, qui est en réalité exposé dans un musée, avait été surimposé sur un paysage montagneux.

 

La police grecque, experte en Photoshop ?

 

Mais le Photoshopage n'est pas l'apanage des Iraniens. En Grèce,la police locale s'est amusée à modifier la photo du visage d'un homme accusé de vol à mains armées. Après son arrestation, ce dernier avait eu le visage tuméfié, avec un bel oeil au beurre noir. Mais sur la photo publiée sur le site de la police grecque, cette blessure avait disparu du visage du suspect. Ce sont ses proches qui ont dénoncé cette manipulation. 

 

La conclusion de ces deux histoires, c'est qu'il faut se méfier des images. Les bidonnages fait par des individus pour s'amuser sur internet étaient monnaie courante. Les cas iraniens et grecs révèlent que les internautes ne sont pas les seuls à s'adonner à cette pratique, même si nous avions du mal à imaginer qu'un Etat ou qu'une police allait se servir de Photoshop. Il faut donc rester vigilant et ne pas prendre pour argent comptant les photos disponibles sur Internet.


En Syrie, des djihadistes syriens s'en prennent à la statue d'un philosophe

 

En Syrie, la statue du poète syrien Abou Ala al-Maari a été décapitée par des djihadistes dans sa ville natale de Maarat al-Nou’man, au nord-ouest du pays. Ce geste est inquiétant et révélateur de ce qui se passe actuellement en Syrie : c'est une nouvelle preuve que ces groupes terroristes ont une part de plus en plus importante dans la révolution actuelle.

 

Dans la ville d'origine de ce philosophe syrien du Xe siècle, ils se sont permis d'aller couper la tête d'une statue, simplement parce qu'ils considéraient ses écrits supposés comme hérétiques. Un sentiment d'impunité accompagne donc les troupes de djihadistes qui, en plus de leur lutte contre l'armée de Bachar al-Assad, mènerait une campagne d’abattage systématique des statues, en vertu d’une application radicale de l’islam.

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La semaine dernière, Julien Pain des Observateurs de France 24 est revenu sur deux épisodes qui prouvent que les internautes endossent de plus en plus le rôle de vérificateurs d'informations.

 

En Birmanie, la presse officielle met en avant une fausse photo d'attentat

 

Depuis quelques années, la Birmanie est en train de s'ouvrir. Longtemps aux mains des militaires, le pouvoir politique a été confié à un gouvernement civil (certes sous le contrôle de la junte), mais un espace de liberté d'expression est en train de se créer dans le pays, et les médias locaux en profite.

 

Le site de l'hebdomadaire The Myanmar Times, un magazine détenu par des fonds privés, vient d’en donner la preuve en remettant en cause la véracité d’une légende de photos publiées dans le quotidien d’État, The New Light of Myanmar.

 

Les journalistes du Myanmar Times ont ainsi prouvé que le journal officiel avait bidonné les clichés, en affirmant qu'ils avaient été pris après une attaque terroriste dans la région Kashin, au nord du pays. Or, selon les journaliste birmans, ces photos ont en réalité été prise après le un crash d’avion survenu le 25 décembre dernier près de l’aéroport de Heho, dans l’État du Shan, à environ 200 kilomètres de la capitale Naypyidaw, dans le centre du pays.

L'Iran et le mystère du singe spationaute

 

En Iran, des internautes se sont ligués pour vérifier une information concernant un singe envoyé dans l'espace par les autorités iraniennes. En effet, certaines personnes particulièrement attentives ont remarqué que l'animal, avant son voyage dans l'espace, avait une petite tache rouge au dessus de l'oeil. Problème : cette marque n'apparaissait plus sur son visage à son retour.

Grâce à des recherches, les internautes ont mis en avant cette incohérence, et leur assiduité a porté ses fruits, puisque les autorités iraniennes ont fini par reconnaître que le singe montré au départ de la cabine spatiale n'était pas le même que celui du retour...

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Ziad Maalouf en compagnie de Adrienne Alix (à droite) et de Alexandre Minski

(Crédit photo :  ©Juliette Robert/Institut Français)

Rendre le contenu francophone de Wikipedia disponible dans les lieux où l’accès à Internet est complexe, et favoriser la création d’articles depuis des zones mal connectées : tels sont les deux objectifs d’Afripédia, un projet porté par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), l’Institut Français (IF) et l’association Wikimedia France. Entretien avec Adrienne Alix de Wikimedia France et Alexandre Minski de l'Institut Français porteurs avec l'AUF du projet Afripedia.

Du 6 au 9 février se tenait à Paris le Salon Expolangues, qui réunit chaque année les grands acteurs mondiaux du marché de la linguistique. Le thème de l’édition 2013 était “le numérique au service des langues”, et à cette occasion, l’Atelier des médias a reçu deux responsables du projet Afripédia porté par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), l’Institut Français (IF) et l’association Wikimedia France.

Adrienne Alix est directrice des programmes de Wikimedia France, et Alexander Minski est chargé de la coopération universitaire.

Accéder à l'encyclopédie en ligne sans connexion internet

Wikipedia est actuellement le projet le plus emblématique du pouvoir et de la richesse d’internet. L’encyclopédie en ligne existe dans 285 langues et, au 8 janvier 2013, elle comptait 24.150.122 articles, dont 1,338 millions en français, la troisième langue de Wikipedia derrière l’anglais et l’allemand.

Afripédia a pour but de donner accès à cette encyclopédie participative hors ligne. Ceci grâce à de petits boîtiers où il est possible d’insérer une clé USB contenant l’intégralité de Wikipedia en français. Une fois cet appareil branché sur une prise électrique, il ouvre un réseau wifi local sur lequel des ordinateurs vont pouvoir se connecter pour accéder à Wikipedia sans connexion à internet.

Faciliter la contribution à l’encyclopédie en ligne

Ce projet de diffusion a été couplé avec une formation à la contribution dans les pays francophones. Au début du mois de novembre 2012, une semaine de formation a été organisée à Abidjan avec une quinzaine de personnes originaires d’Afrique centrale et de l’ouest. Durant ce stage, ces personnes ont appris à se servir du boîtier et à contribuer sur Wikipedia.

Pour Alexandre Minski, la participation de l’Institut Français - qui soutient également la plateforme Mondoblog - au projet Afripédia était une évidence : "Aujourd’hui, la promotion et la diffusion d’une langue passe avant tout par internet, et une présence francophone au sein des réseaux est donc une évidence."

Wikipedia est le sixième site le plus visité au monde. L’encyclopédie en ligne était donc le bon levier pour faciliter la consultation et la production de ressources numériques francophones.

Aujourd’hui, on considère qu’il y a 220 millions de francophones dans le monde. Ils seront deux fois plus nombreux dans trente ans, et la plupart d’entre eux seront Africains : or il y a aujourd’hui une sous-représentation de l’Arique sur Wikipedia, avec très peu de contributeurs africains. Il fallait donc réduire cette fracture numérique, d’où le projet objet Afripédia, qui va donc continuer à se développer, avec comme premières cibles les étudiants et les universitaires : ce sont eux qui doivent être touchés en priorité pour ensuite porter le projet à travers l’Afrique.

Si vous désirez plus d’informations sur ce projet, vous pouvez suivre le compte @Afripedia sur Twitter, ou vous rendre sur le site d’Afripedia, qui propose une documentation technique avec de nombreuses informations.

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A l’initiative de l’Unesco, le mercredi 13 février sera la Journée mondiale de la radio. A cette occasion, RFI et l’Atelier des médias vous invitent à participer à cette première édition, quel que soit votre lien avec le monde de la radio.

Que vous soyez journaliste, auditeur ou même simple amateur, venez nous raconter vos liens avec la radio : souvenirs d'enfance, amoureux ou entre amis... Déposez vos messages audio - d'une durée maximale d'une minute - sur le site du Comité International de la Journée Mondiale de la Radio. Ils seront peut-être diffusés sur notre antenne mercredi.

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Marie-Catherine Beuth continue à travailler sur son projet d'innovation média, qui devrait permettre aux internautes de personnaliser leur expérience de consommation des médias en ligne. Son idée :  fournir aux utilisateurs des informations en fonction du temps qu'ils ont passé en ligne, mais également en fonction du temps durant lequel ils n'ont pas pu s'informer.

 

La semaine dernière, Marie-Catherine s'est livrée à une expérience dont elle a été elle-même la cobaye : à l'occasion d'une semaine de congés à Hawaï, elle a demandé à ses amis, via son profil Facebook, de sélectionner les articles qui les avaient le plus marqués durant son absence. Son idée était de récolter suffisamment de liens pour pouvoir s'informer sur ce qui s'était passé durant ses sept jours de vacances.

"Mon espoir était de recueillir environ 30 à 50 liens à partir des contributions d'une petite partie participante de mes plus de 400 amis, dont certains liens seraient redondants et donc me donneraient une idée de l'importance d'informations en volume, et dont les liens seraient très éclectiques, le tout m'assurant d'avoir une récolte variée et surprenante"

 

Finalement, elle n'a reçu qu'une douzaine de liens - disponibles sur son blog Etreintes Digitales - dont beaucoup de papiers d'analyse sur la tuerie de Newtown, aux Etats-Unis, et quelques papiers satiriques ou humoristiques. Jouant le jeu de son expérience, Marie-Catherine a lu l'intégralité de ces papiers, ce qui lui a pris près de 40 minutes, et sa conclusion est mitigée :

"Malgré toute ma gratitude pour mes amis participants, je n'étais pas sûre de pouvoir me considérer comme pleinement informée sur les événements majeurs et les bonnes surprises de la semaine précédente avec ce bouquet de nouvelles confectionné par mes amis. Surtout quand certains remontaient à... juillet dernier."

 

Elle est revenue pour l'Atelier des médias sur cette expérience, et nous a livré ses conclusions.

 

Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Lauréate d'une bourse de la Knight Foundation, elle mène cette année des études à l'école de journalisme de l'université de Stanford, aux Etats-Unis.Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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Les financiers sont avec les entrepreneurs, les designers et les ingénieurs l'un des quatre piliers nécessaires à l’innovation. Problème : Francis Pisani a pu constater lors de ses différents voyages à travers le monde que les gens qui ont de l'argent sont peu enclins à investir dans les start-up et les nouvelles technologies de l’information. Mais la tendance pourrait bien s'inverser dans les années à venir.

 

Les succès de grandes entreprises comme Apple, Google ou Facebook commencent à convaincre un peu partout des financiers d'investir dans le on-line. Mais pour que des gens qui ont de l’argent se lancent, le meilleur déclencheur reste toujours le succès d’une boîte locale, sanctionné par le rachat d’une entreprise américaine.

Francis Pisani évoque ainsi le rachat de la société israélienne Mirabilis, rachetée en 1998 par AOL pour 400 millions de dollars, ou encore de IndiaGames, reprise par Disney. Ces deux rachats avaient incité de nombreux investisseurs israéliens et indiens à se pencher sur le secteur des nouvelles technologies de l'information.

  

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. Il vient d'effectuer un voyage autour du monde que vous pouvez découvrir ici et sur son blog Winch5 et 
son compte twitter

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Comme nous l'avons déjà évoqué, Marie-Catherine Beuth est l'heureuse lauréate d'une bourse de la Knight Foundation pour aller étudier à l'école de journalisme de l'université de Stanford aux Etats-Unis. Durant cette année à l'étranger, elle a l'intention de développer un projet d'innovation en journalisme.

 

Son idée : trouver un système pour adapter la consommation média au temps dont on dispose dans la vie de tous les jours. Marie-Catherine souhaite développer un service permettant de proposer des lectures tenant compte du temps pendant lequel l'utilisateur n'a pas pu s'informer.

 

Mais comment monter un tel projet quand on ne dispose pas des connaissances techniques nécessaires ? Une solution courante, faire appel à un co-fondateur technique, autrement dit l'un petit génie qui fréquente le campus de Standford, et qui est capable de traduire l'idée de base en bout de codes. Mais un tel spécimen est rare. Marie-Catherine vous livre donc quelques conseils pour convaincre un co-fondateur technique de travailler avec vous.

 

Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

 

 

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