Publications de Patrick St Pre (10)

Je regarde, et j’observe autour de moi. J’entends, et j’écoute la radio. Je m’attarde un instant devant le petit écran. Je jette un coup d’œil furtif au seul quotidien du pays. Tout ce que je peux voir, lire, entendre, c’est une énorme machine de propagande, des images à la gloire du Prince à chaque coin de rue, à chaque pylône, des speakers vantant à bout de bras un changement mirobolant qui n’existent que dans leur imagination.

Sur le cadran de la bande FM, d’une extrémité à l’autre, on zappe soit sur les racontars apologiques traditionnels louant les prouesses du régime en place. Soit sur les éternelles diatribes concernant les actes de corruption dans lesquels l’équipe au pouvoir en train de se vautrer.  Certes, on a le choix mais impossible d’y échapper. Dénoncer, dénoncer à longueur de journée. On ne fait que çà dans ce pays !

Quand va-t-on enfin passer à l’acte et sévir une bonne fois pour toute contre tous ces abuseurs des biens de l’Etat ?

Entretemps, les choses continuent d’aller bon train pour une petite clique. Elle se la coule douce. La grande majorité des souffre-douleurs - ces damnés de la terre pour citer Fanon- croupissent en silence dans la misère la plus abjecte. Ses dirigeants sont en train de la gaver de promesses. Promesses électorales non-tenues. Promesses postélectorales reniées. De la propagande à  longueur de journée.

Au moment où je griffonne ces quelques lignes, la bougie est en train de se livrer à une danse  vacillante endiablée. Comme pour me rappeler, non sans une once d’amertume, la promesse du premier ministre  que Port-au-Prince serait alimentée en électricité 24h sur 24h à partir du mois de juillet. Encore une promesse transformée en vœux pieux.

Aujourd’hui, je veux consacrer ce billet à la rentrée des classes encore une fois reportée au mois d’octobre. Une fois n’est pas coutume, deux fois cela devient une habitude. Initialement prévue pour le 2 septembre, l’annonce de ce report avait été faite au Conseil des Ministres. La date m’a totalement échappé. Vous ne m’en tiendrez pas rigueur, j’espère. Ce qui a surtout retenu mon attention, ce sont les motifs abracadabrantesques du ministre. Il soutenait sans gêne que ce report est dû au retard enregistré dans la correction des copies des examens du baccalauréat. Les résultats de la session ordinaire étant proclamés en retard, la session extraordinaire  se déroulera elle aussi plus tard que prévue. Donc, au niveau du ministère, les responsables n’avaient pas trop le choix que de reculer la réouverture des classes. Pathétique. Excuses bidon. La population a accueilli mi-figue mi-raisin ce sursis d’un mois. Car, c’est un secret de polichinelle.

Ce report est dû à l’énorme difficulté économique des parents qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Encore moins, envoyer leurs enfants à l’école. On est en droit de se demander : « pourquoi ce report ? », « Quel est son bien-fondé ». Quand on sait que le gouvernement, si peu avare en chiffres et pourcentages, ne cesse de clamer haut et fort qu’il a déjà placé sur les bancs de l’école plus de 1.5 millions d’enfants. Certains prétendent, de bonne foi – je présume, que ce nombre dépasserait les 2 millions. Arrêtons-nous un moment, je vous prie, sur ces chiffres plus que flatteurs pour quelques considérations.

Si 2 millions d’enfants ont été envoyés à l’école grâce aux bons offices du gouvernement, alors pourquoi reporter cette réouverture des classes ?

Même sans ce report, les écoliers haïtiens auraient eu moins de jours de classe que leurs pairs des autres pays. N’est-ce pas les plus nécessiteux, ceux qui n’avaient jamais auparavant été scolarisés, qui sont pris en charge gratuitement par le gouvernement ?   On peut  y ajouter  les enfants vivant dans les quartiers difficiles et ceux des campagnes.  Et puis, il faut compter  les enfants de la classe moyenne qui, bon gré mal gré, allaient toujours en classe. Sans être un féru de statistiques, je crois le calcul est aisé à effectuer. Si l’on tient compte des enfants des familles aisées, ceux de la classe moyenne et les 2 millions du gouvernement,  le compte y est. Du moins, sur papier. Ces trois catégories d’enfants ne représenteraient-elles pas la majorité des enfants haïtiens scolarisés ?

Pour une population totale de 10 millions d’habitants, j’avoue que c’est beaucoup.

Fort de ce qui précède, ce report n’est plus que superflu. A moins que l’Etat soit insolvable et ne peut plus honorer ses engagements envers ces enfants. Si c’est le cas, quid du Fonds National de l’Education (FNE) ?  Ce fonds qui est alimenté grâce à la taxe imposée à la diaspora sur chaque appel entrant vers Haïti. Le Programme de Scolarisation Universel Gratuit (PSUGO) serait-il à bout de souffle à peine 2 ans après son lancement ? Si c’est le cas, son instigateur ne peut s’en prendre qu’à lui-même. C’est ce qui arrive quand on passe tout l’été à faire la fête. A danser, à l’instar de dame Cigale. Conséquence de l’organisation du Carnaval des Fleurs en juillet alors que la rentrée des classes était prévue pour septembre.

Or, l’éducation fait partie des 5 E prioritaires du gouvernement. L’équipe au pouvoir peinerait-elle à bien définir ses priorités ? Peut-être qu’à la place des E si elle avait opté pour la lettre C, elle ne s’en mêlerait pas ses pinceaux ainsi. Avec les maitres-mots Corruption, Carnaval, Concussion, Collusion…, le gouvernement se serait senti comme un poisson dans l’eau. Et peut-être aussi, le résultat aurait été tout autre qu’il l’est aujourd’hui. 

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Haïti, la nouvelle terre d'accueil de l'Islam

Je suis fort aise partager avec vous ces quelques témoignages issus directement d'Haïti. Petite île des Caraïbes, Première République Noire du monde mais malheureusement plus connue ces derniers temps pour ses déboires politico-économiques et humanitaires. Un sujet dont on ne parle pas assez, pour ne pas dire jamais. Un sujet d'actualité que les médias traditionnels n'abordent pas. Et, je ne sais toujours pas pourquoi. Je me le demande encore. 

Cette fois-ci, une fois n'est pas coutume, j'aimerais attirer votre attention sur l'implantation récente mais certaine de l'islam en Haïti. Les mosquées sont en train de s'ériger un peu partout à travers le pays particulièrement à Port-au-Prince, la capitale. Les femmes haïtiennes déambulent dans les rues voilées maintenant. Sereinement, sans crainte d'être inquiétées. Tandis qu'en France, le Front National et l'UMP se livrent à un débat acharné et parfois électoraliste sur le port du voile par les musulmanes. Les haïtiennes récemment converties à l'Islam sont libres de passer leur chemin sans qu'aucune autorité n'a besoin de vérifier leur tenue vestimentaire ou le Parlement obligé de voter des lois sur comment nos concitoyennes devraient s'habiller. C'est la paix totale pour elles. Contrairement à la patrie des droits de l'homme. Alors, sur ce coup-là, la France est-elle encore la terre par excellence des libertés individuelles?

 

Pour rappel Haïti est un pays essentiellement christianisé avec les catholiques majoritaires et les protestants complétant  le reste du tableau. Une chose que je vous ai cachée jusque-là. Ici en Haïti, tout le monde est plus ou moins voudouisant. Mais on le dit pas à haute voix. Sujet encore tabou. Samedi soir, les gens se réunissent autour d'un prêtre vaudou pour implorer le pardon des "loas" (esprits vaudous) pour avoir été à l'église dimanche dernier.  Alors que demain dimanche, aux premières lueurs de l'aube, ils reprendront le même chemin pour aller recevoir l'Eucharistie ou écouter l'Evangile selon Saint Luc. Comprendre qui pourra!

Donc pour  revenir à nos moutons, la cohabitation entre l'Islam, le Christianisme et le Vaudou se passe jusque-là à merveille. Peut-être que nos politiciens devraient s'en inspirer. Ainsi aurait-on une séparation effective des trois pouvoirs et moins de bataille rangée entre l'Exécutif, le Législatif et le Judiciaire. D'ailleurs, Haïti est un pays laïc. Du côté de l'Etat, rien à craindre. Et, les haïtiens étant réputés hospitaliers et curieux, les nouveaux adeptes haïtiens de Mahomet ont du champ libre devant eux. Pas de place pour la paranoïa occidentale des attentats-suicides, des fondamentalistes ou des talibans... La paranoïa haïtienne est ailleurs. Nous avons plutôt peur des forces du mal, de la magie noire. Et, surtout de mourir. Tous les haïtiens ont peur de mourir. Comme s'ils pouvaient tromper la vigilance de la grande faucheuse. Ce qui nous conduit tout droit à un risque quasi-nul de voir un haïtien même fanatisé de se muer en bombe vivante. L'instinct de survie. 

Contrairement à notre grand voisin, l'Oncle Sam, champion par excellence de la promotion de sa démocratie, nous n'espionnons pas nos musulmans. Ils vont et viennent, vaquent à leurs occupations, récitent leur Coran sacré, font leurs 5 prières du jour... sans qu'on les pointent du doigt ou les accusent de quoi que ce soient de répréhensible.

Vive la laïcité, la diversité culturelle et religieuse en Haïti!

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Aimé Césaire ou la fierté de la race noire!

Ce mercredi 26 juin 2013 ramène le centenaire de naissance d’Aimé Césaire. Le poète et l’homme politique martiniquais, disparu en 2008, aurait eu cent ans aujourd’hui. Il n’est plus parmi nous mais son héritage littéraire, poétique et politique reste et demeure vivace. Un peu partout à travers le monde, des Antilles au continent africain, son nom et ses œuvres raisonnent  encore et font partie de la mémoire collective. On s’identifie à ce grand chantre de la Négritude qui a tant fait pour faire avancer la cause noire au niveau mondial.   

Au moment où l’on rend hommage à Césaire à l’occasion du centenaire de sa naissance, à l’autre bout du monde un nonagénaire, un géant de la race noire, est entre vie et trépas. En effet, Nelson Mandela est à deux doigts de passer l’âme à gauche. L’Afrique du Sud entière est au chevet du héros de la lutte contre l’Apartheid. Le monde entier retient son souffle. Les journalistes sont sur pied de guerre et prennent d’assaut l’hôpital où Mandela vit peut-être ses derniers instants avant d’aller rejoindre ces pairs, ces grands hommes noirs exceptionnels qui ont marqué de manière indélébile leur passage sur cette planète. Frantz Fanon, Léopold S. Senghor, Patrice Lumumba, Martin Luther King, Malcolm X, et pourquoi pas Aimé Césaire…

Malheureusement, l’humanité n’engendre qu’une fois par génération un de ces génies de la race…Gageons qu’avec la disparition imminente de Nelson Mandela, pour le bonheur de notre génération, l’extinction de ces hommes incomparables ne soit prononcée.

J’ai une idée de ce dont je parle puisqu’en ce moment même ou je trace ces quelques lignes en mémoire du martiniquais, nous autres haïtiens, tous nos grands sont six pieds sous terre : Anténor Firmin, Jacques Roumain, Jacques S. Alexis… Ce dernier est sans nul doute le plus grand romancier que cette terre d’Haïti aura produit mais aussi il fut un illuminé, un étourdi de communiste qui pensait pouvoir renverser la dictature féroce de François « Papa Doc » Duvalier. Parti trop vite, hélas, telle une étoile filante dans le ciel obscur haïtien. Jacques Roumain, modèle de Jacques Alexis et fondateur du premier parti communiste haïtien, restera toujours dans l’esprit de ses compatriotes ce fils de la bourgeoisie, rétrograde et bête, qui choisit de descendre de son piédestal pour se mélanger avec les paysans, les laisser-pour-contre. L’auteur de Gouverneur de la Rosée, ce chef-d’œuvre littéraire apprécié mondialement, est lui aussi parti trop tôt. Et, que dire d’Anténor Firmin ? Cet homme politique remarquable pour son honnêteté, cet amoureux de la race noire qui n’hésita pas une seconde à la défendre contre le raciste aveugle de Gobineau. L’auteur de l’Egalité des races humaines (déclaré livre d’or de l’UNESCO) a connu moult péripéties pour avoir seulement eu le tort de poser sa candidature à la présidence. C’est à croire qu’Haïti est condamné à n’être dirigé que par des cancres…

Il ne me reste maintenant qu’à saluer la mémoire d’Aimé Césaire, ce grand homme qui a fait l’honneur de la race noire et que ses œuvres  continuent  encore d’en faire l’honneur. Je ne peux m’empêcher de me souvenir de ces quelques lignes lues sur les murs de la Faculté des Sciences Humaines lors de du décès du poète : « Haïti est le pays où pour la première fois la Négritude se mit debout et proclama son humanité ». Un clin d’œil au docteur Jean-Price Mars ? En effet, Ainsi Parla l’Oncle du docteur Jean-Price Mars  est perçu par plus d’un comme le manifeste de la Négritude. Entre Haïti et Césaire, une histoire d’amour s’est tissée lors de son voyage sur l’île en 1947. Haïti a conquis une place de choix dans la pensée, l’œuvre de cet homme, universalisée et entrée à la postérité, via la Tragédie du Roi Christophe, entre autres.

En ce 26 juin, jour de l’anniversaire de naissance de l’enfant prodigue martiniquais, je n’ai qu’une recommandation à vous faire, quitte à ne pas toujours être d’accord avec ses idées politiques (moi-même je ne le suis pas toujours) : aimez ce grand homme, le Poète qu’il est le mérite amplement, Aimez Césaire ! 

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Dérive douce au Parlement haïtien

Ce mardi 4 juin 2013 aurait du être un grand jour dans l’histoire républicaine haïtienne. Un grand jour, dis-je, dans l’histoire toute récente de l’expérience démocratique en haïtienne qui date, peu ou prou, d’un quart de siècle. Car le Sénat de la République s’apprêtait à demander des comptes sur la gestion du gouvernement. Gouvernement, rappelons-le, qui a sa tête l’omnipotent, le nabab, le multimillionnaire, le magnat des télécommunications… (Que sais-je encore ?) Laurent Salvador Lamothe. En effet, tous les yeux étaient rivés sur le Palais Législatif.

Peu avant la mi-journée, les acteurs étaient déjà dans l’arène : 11 ministres sur 21 et 20 sénateurs sur 20. Un record quand on sait qu’un tiers des sièges est vacant et attend d’être renouvelé aux prochaines sénatoriales. Pour les autres membres du gouvernement absents, le chef du gouvernement a prétexté qu’ils étaient en voyage à la question expresse d’un sénateur à ce sujet. Tout ce beau monde, les plus hauts représentants de l’Etat haïtien, allait débattre, argumenter, questionner, se justifier et rendre des comptes sous la supervision de Dieuseul Simon Desras, président du Sénat et de l’Assemblée Nationale.

Pendant plus de onze heures, Laurent Lamothe et son gouvernement se sont prêtés à cet exercice contraignant et fastidieux de répondre aux questions des sénateurs. Démocratie oblige ! A mesure que les minutes s’égrenaient les honorables parlementaires se montraient de plus en plus suspicieux et la tension montait d’un cran. Les questions fusaient de toute part, elles se faisaient de plus en plus précises et tranchantes. Les réponses, par contre, devenaient de plus en plus évasives, les langues se dénouaient difficilement. Lamothe et ses pairs étaient de plus en plus dans l’impossibilité de justifier les dépenses engrangées par le gouvernement suite aux désastres post-Sandy. Ce gouvernement si friand de chiffres était réduit à balbutier. Les sénateurs pro-Lamothe étaient contraints de garder un profil bas. Car, ils ne pouvaient voler au secours de leurs protégés tant ils étaient acculés de toute part. Double nationalité de quelques ministres, dépenses non-justifiées engrangées par le gouvernement, notamment à l’occasion du 14 mai dernier lors de la célébration des deux ans de l’avènement du président Martelly au pouvoir, présomption de corruption, demande de mise à pied de certains directeurs généraux pour mauvaise gestion… vraiment la coupe n’était pas loin de déborder. La population n’en perdait pas une miette car la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) était en direct.

C’est alors que se produit l’impensable, l’inimaginable… prouvant une fois de plus que mon pauvre petit pays est celui de l’exception. Un pays-savane où tout est possible. Alors que les sénateurs Francky Exius, Jocelerme Privert, Steeven Benoît, Moïse Jean-Charles, entre autres, faisaient monter la pression en mitraillant les ministres de questions, le président du Sénat, tel un prestidigitateur, nous a fait un sale coup. Alors que le sénateur Moïse Jean-Charles s’apprêtait à lire l’acte d’interpellation du gouvernement, car lui et ses pairs demeuraient insatisfaits des explications bancales des ministres, le président de l’assemblée des sages a sans crier gare mis fin à la séance. Colère et frustration des sénateurs anti-Lamothe, jubilation du camp adverse. Leur poulain vient d’être sauvé in extremis par celui qui aurait du rester au-dessus de la mêlée. Mais une fois de plus le président Desras a écorné le prestige du pouvoir législatif. Les millions de Laurent Lamothe ont eu raison des sénateurs.

Si le sénateur Desras est celui par qui le scandale est arrivé et qu’il mérite amplement qu’on lui jette toutes les pierres du monde, il n’en demeure pas moins que les autres acteurs ne sont pas exempts de tout reproche. Pourquoi les sénateurs ont perdu tout ce temps à tourner autour du pot avant d’en venir à l’essentiel ? Il leur aura fallu plus de onze heures avant qu’ils passent à l’objet de la convocation proprement dit. C’est-à-dire questionner la gestion post-Sandy du gouvernement. Ils ont fait preuve d’un déficit de méthodologie en gaspillant tout le temps en se chamaillant pour de petits projets pour leur département. Omettant qu’ils sont des sénateurs de la République. Si on leur reproche assez souvent de faillir à leur mission de légiférer et de contrôler, ils avaient voulu se racheter maladroitement en se reportant à celle de représentation.

Somme toute, l’intégralité de la séance n’est pas à jeter à la poubelle. On aura surtout retenu que Lamothe et consorts ont été durement éprouvés. Cela leur a rappelé, je l’espère, qu’ils sont puissants mais non pas omnipotents. Ils sont redevables au parlement et à n’importe quel moment ce dernier peut les convoquer, les interpeller et les censurer. Souhaitons qu’à ce moment-là, ce sera fait dans l’intérêt du pays et de la majorité et non dans l’intérêt d’un clan ou d’un petit groupe.

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Dérive douce au Parlement haïtien

Ce mardi 4 juin 2013 aurait du être un grand jour dans l’histoire républicaine haïtienne. Un grand jour, dis-je, dans l’histoire toute récente de l’expérience démocratique en haïtienne qui date, peu ou prou, d’un quart de siècle. Car le Sénat de la République s’apprêtait à demander des comptes sur la gestion du gouvernement. Gouvernement, rappelons-le, qui a sa tête l’omnipotent, le nabab, le multimillionnaire, le magnat des télécommunications… (Que sais-je encore ?) Laurent Salvador Lamothe. En effet, tous les yeux étaient rivés sur le Palais Législatif.

Peu avant la mi-journée, les acteurs étaient déjà dans l’arène : 11 ministres sur 21 et 20 sénateurs sur 20. Un record quand on sait qu’un tiers des sièges est vacant et attend d’être renouvelé aux prochaines sénatoriales. Pour les autres membres du gouvernement absents, le chef du gouvernement a prétexté qu’ils étaient en voyage à la question expresse d’un sénateur à ce sujet. Tout ce beau monde, les plus hauts représentants de l’Etat haïtien, allait débattre, argumenter, questionner, se justifier et rendre des comptes sous la supervision de Dieuseul Simon Desras, président du Sénat et de l’Assemblée Nationale.

Pendant plus de onze heures, Laurent Lamothe et son gouvernement se sont prêtés à cet exercice contraignant et fastidieux de répondre aux questions des sénateurs. Démocratie oblige ! A mesure que les minutes s’égrenaient les honorables parlementaires se montraient de plus en plus suspicieux et la tension montait d’un cran. Les questions fusaient de toute part, elles se faisaient de plus en plus précises et tranchantes. Les réponses, par contre, devenaient de plus en plus évasives, les langues se dénouaient difficilement. Lamothe et ses pairs étaient de plus en plus dans l’impossibilité de justifier les dépenses engrangées par le gouvernement suite aux désastres post-Sandy. Ce gouvernement si friand de chiffres était réduit à balbutier. Les sénateurs pro-Lamothe étaient contraints de garder un profil bas. Car, ils ne pouvaient voler au secours de leurs protégés tant ils étaient acculés de toute part. Double nationalité de quelques ministres, dépenses non-justifiées engrangées par le gouvernement, notamment à l’occasion du 14 mai dernier lors de la célébration des deux ans de l’avènement du président Martelly au pouvoir, présomption de corruption, demande de mise à pied de certains directeurs généraux pour mauvaise gestion… vraiment la coupe n’était pas loin de déborder. La population n’en perdait pas une miette car la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) était en direct.

C’est alors que se produit l’impensable, l’inimaginable… prouvant une fois de plus que mon pauvre petit pays est celui de l’exception. Un pays-savane où tout est possible. Alors que les sénateurs Francky Exius, Jocelerme Privert, Steeven Benoît, Moïse Jean-Charles, entre autres, faisaient monter la pression en mitraillant les ministres de questions, le président du Sénat, tel un prestidigitateur, nous a fait un sale coup. Alors que le sénateur Moïse Jean-Charles s’apprêtait à lire l’acte d’interpellation du gouvernement, car lui et ses pairs demeuraient insatisfaits des explications bancales des ministres, le président de l’assemblée des sages a sans crier gare mis fin à la séance. Colère et frustration des sénateurs anti-Lamothe, jubilation du camp adverse. Leur poulain vient d’être sauvé in extremis par celui qui aurait du rester au-dessus de la mêlée. Mais une fois de plus le président Desras a écorné le prestige du pouvoir législatif. Les millions de Laurent Lamothe ont eu raison des sénateurs.

Si le sénateur Desras est celui par qui le scandale est arrivé et qu’il mérite amplement qu’on lui jette toutes les pierres du monde, il n’en demeure pas moins que les autres acteurs ne sont pas exempts de tout reproche. Pourquoi les sénateurs ont perdu tout ce temps à tourner autour du pot avant d’en venir à l’essentiel ? Il leur aura fallu plus de onze heures avant qu’ils passent à l’objet de la convocation proprement dit. C’est-à-dire questionner la gestion post-Sandy du gouvernement. Ils ont fait preuve d’un déficit de méthodologie en gaspillant tout le temps en se chamaillant pour de petits projets pour leur département. Omettant qu’ils sont des sénateurs de la République. Si on leur reproche assez souvent de faillir à leur mission de légiférer et de contrôler, ils avaient voulu se racheter maladroitement en se reportant à celle de représentation.

Somme toute, l’intégralité de la séance n’est pas à jeter à la poubelle. On aura surtout retenu que Lamothe et consorts ont été durement éprouvés. Cela leur a rappelé, je l’espère, qu’ils sont puissants mais non pas omnipotents. Ils sont redevables au parlement et à n’importe quel moment ce dernier peut les convoquer, les interpeller et les censurer. Souhaitons qu’à ce moment-là, ce sera fait dans l’intérêt du pays et de la majorité et non dans l’intérêt d’un clan ou d’un petit groupe.

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30%... c’est  le pourcentage décrété par le gouvernement haïtien actuel pour la participation des femmes dans la gestion de la res publica. Dès leur avènement au pouvoir le gouvernement Martelly/Lamothe n’a de cesse de faire la promotion pour une large participation des haïtiennes dans la vie politique du pays. Démocratie étant synonyme de participation, sans doute l’auraient-ils compris. Si l’ex-président Jean-Bertrand Aristide a pris l’initiative d’instaurer le ministère en charge de se pencher sur le sort de la gent féminine, Martelly peut se targuer d’être le premier à ouvrir largement les portes de son gouvernement à une large participation des femmes. Actuellement, elles sont détentrices des ministères prestigieux tels que la culture, la communication, la santé, le tourisme, et j’en passe. Jamais par le passé, un gouvernement n’a compté autant de femmes ministres dans ses rangs. Pouvons-nous d’ores et déjà crier victoire ? Un nombre important de femmes disposant de portefeuilles influence-il la réalité, ne serait-ce que la moitié, de leurs congénères à travers le pays ? Brandir ceci comme une réussite de la démocratie, le tremplin de l’Etat de droit, n’est-ce pas de la poudre aux yeux ?

Comme c’est souvent le cas en Haïti, et c’est dommage, les problèmes sont souvent traités de travers. Les solutions apportées ont toujours cette sensation de verre à moitié rempli. Toute cette campagne médiatique, tout ce ramdam, autour de la participation non-négligeable des femmes dans ce gouvernement ne prouve qu’une seule et une chose. La présidence se fourvoie gravement. C’est rageant de constater que l’épineux problème de genre n’est traité qu’en aval. Il aurait fallu encourager, de préférence, la participation des femmes dans les associations estudiantines, les organisations de base, les groupements populaires, les plateformes paysannes, les syndicats, etc. Selon le principe mère de la démocratie sur lequel repose le fonctionnement de tous ces regroupements, une personne = une voix, les femmes trouveraient le créneau idoine pour s’exprimer. Au lieu de subir les décisions prises pour elles mais elles, elles en seraient les instigatrices. Elles participeraient dans la prise des décisions avec lesquelles elles ne feraient qu’une. Une fois de retour dans le foyer ou sous le toit paternel, elles emporteraient avec elles, et pour toujours, cette flamme participative. Cette envie, cet engouement, ce désir de s’exprimer, de donner son avis et de se sentir incluses.

Sans s’en rendre compte, le pays entier verrait naître une nouvelle classe de femmes-leaders, de dirigeantes formées dans les structures de base. Dans les plus petites unités de prises de décisions en commun. Base, symbole même de la démocratie. En ce 21ème siècle, au plus profond de notre réalité du seul PMA (Pays Moins Avancé) de toute l’Amérique, nous ne pouvons plus nous permettre de nous voiler la face. Feindre la problématique du genre ne creuserait davantage que notre tombeau. Car, la famille haïtienne dans son ensemble est monoparentale et dirigée par une femme. Le genre féminin devient alors le meilleur indicateur social et économique dont on doit se servir pour prendre le pouls de l’état d’avancement de la société. Le brillant géographe haïtien-disparu hélas lors du funeste séisme du 12 janvier 2010- n’avait-il pas déclaré à propos : « quand va le féminin, tout va… et comment va le féminin, va le tout »

Je suis et resterai un farouche partisan de l’intégration du féminin à titre de partenaire dans le développement et la démocratie. Je déteste qu’on se serve d’elles comme objet sexuel et, dans une plus large mesure, comme épouvantail pour masquer une quelconque démagogie politique. Messieurs les dirigeants de mon pays, cessez de vous servir d’elles dans vos messages de propagande. Je ne peux adresser aucun message au Ministère de la Condition Féminine et aux Droits de la Femme car j’ignore en quoi consiste sa mission réelle. Aux dernières nouvelles, ce ministère aurait devenu l’instrument de campagne de la première dame déjà candidate à la succession de son mari. Serait-ce enfin l’arbre qui cache la forêt ? Cette nouvelle politique de participation féminine à 30% dissimulerait-elle une candidature féminine à la magistrature suprême ? 30%, baromètre de la démocratie ou intox ?

Les réponses à ses interrogations risquent de se faire attendre encore longtemps, un bon bout de temps !

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Cela fait déjà un bon bout de temps que la question d’une autocritique, d’une introspection exhaustive du journalisme s’impose en Haïti. Avec tout ce qu’on reproche quotidiennement à la presse haïtienne, entre crises, béquilles et  manque d’éthique, je pense que l’heure n’est plus aux engueulades stériles. Même si à tort ou à raison on lui règle son compte, on tire sur lui tire à boulets rouges, il n’en demeure pas moins que le mariage indéfectible depuis toujours des haïtiens avec leurs médias ne dissoudra pas de sitôt. La preuve : la consommation effrénée de cet outil par la population haïtienne.  Pour avoir une idée de la situation omnipotente des médias au sein de cette société, sachez qu’ils font office de tribunaux à longueur de journée et aussi servent de lieux de revendication. Quasi tous les griefs à l’encontre du gouvernement, du dysfonctionnement des services publics passent par voie de presse. S’il y a un pays où l’expression de « 4ème pouvoir » de la presse vaut son pesant d’or, c’est bien en Haïti. Le petit peuple, la masse des déshérités et des sans fortune ont depuis belle lurette accordé leur confiance, parfois aveugle, aux médias au détriment de leurs dirigeants.

Or, fort de cet état de fait, les médias auraient pu et auraient du prendre conscience de leur force et de leur toute puissance pour devenir un instrument de pression au bien-être de la collectivité. Ainsi, auraient-ils pu adapter leurs nouvelles, leurs programmes tendant vers un élan de conscientisation de tout un chacun. Un élan d’union nationale qui fait défaut depuis plus de deux siècles. Ce, en traitant les informations honnêtement, en faisant des investigations et en accordant la priorité aux sujets d’intérêt public. Malheureusement, les médias qui ne sont pas vassalisés par le pouvoir et/ou par le secteur privé des affaires (corrompu et antinationaliste), s’attardent dans la diffusion des potins inutiles, des feuilletons et séries télévisées importés et bidon. Ils passent carrément à côté de leur mission de surveillance, de contrôle et d’alerte. De leurs fonctions de former, d’informer, ils ne s’en tiennent qu’à celle de divertir.

En guise d’illustration, « les grands médias » de Port-au-Prince – la Capitale haïtienne- n’ont fait qu’effleurer le drame survenu dans l’usine de sous-traitance de Bangladesh.  Le 24 avril dernier plusieurs centaines d’ouvriers (ères)  ont péri dans l’effondrement d’un immeuble commercial hébergeant plusieurs usines textiles - http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20130424-bangladesh-effondrement-meurtrier-immeuble…. Cette tragédie, si proche de notre réalité où des milliers de femmes haïtiennes travaillent comme des forçats dans usines de sous-traitance pour des puissantes multinationales pour un salaire indigne et infrahumain, aurait dû interpellée la presse haïtienne- http://www.ayitikaleje.org/11_1_fr

Au contraire, silence radio. Rien A Signaler (RAS). Alors que dans certains médias étrangers progressistes, on débat sur la refonte du système capitaliste génocidaire. Nous autres en Haïti, on s’occupe des broutilles, de commenter continuellement les frasques du président Martelly. Tandis que ce dernier, sous couvert de son slogan de campagne « Haiti is open for business », est en train de convertir le pays entier en une vaste zone franche peuplée d’usines de sous-traitance. Promettant ainsi de faire passer le nombre d’ouvrières qui vendent leur journée travail de plus de 8 heures pour moins de $ 5 US de 25 000 à 200 000. Toujours est-il que les médias, les commentateurs politiques les plus avisés n’en ont pas encore pipé mot. Auront-ils troqué leur liberté d’expression pour le rôle de chiens de garde du pouvoir en place et/ou du système ?  Je peine à le croire sachant combien ils ne lésinent pas sur leur liberté de parole. Alors que cache ce silence complice, coquin ? La presse haïtienne se serait-elle autocensurée, serait-elle devenue une presse dissimulatrice, une presse de marrons ? Aurait-elle choisie son camp dans le ballet des millions résultant de l’exploitation à outrance des ouvrières haïtiennes plutôt que le droit de la population à l’information? Tout compte fait, tant que ce mutisme des médias perdure, les propriétaires haïtiens des usines de textile continueraient à ne pas payer le montant du salaire minimum fixé par la loi et le gouvernement Martelly/Lamothe ne se gênera pas  de vendre la force de travail de nos compatriotes aux patrons des multinationales. 

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L'avenir des journaux papier...Par LeStudio1.com

Je ne peux m’empêcher- c’est avec un plaisir certain que je le fais d’ailleurs- de prendre du plaisir en consultant le mail que m’envoie à chaque fin de semaine l’équipe de l’émission Atelier des Médias de la Radio France Internationale (RFI). Ce mail a pour vocation d’annoncer à chaque personne inscrite à l’infolettre le contenu de l’émission. Aujourd’hui, il y a une question qui m’a particulièrement surprise (à noter que j’aurais pu être choquée…). Mais revenons à la question choc ! Elle est ainsi formulée : « Quelle liberté pour la presse en Libye ? ».


Jusque-là ça peut aller. Il n’y a pas de quoi crier au scandale. Du moins pas tout de suite. Et, ma première impression en faisant dérouler ce courriel sur mon smartphone est que cette interrogation ne manque pas d’aplomb en cette journée internationale de la liberté de la presse. A ne pas oublier que nous sommes aujourd’hui le 3 mai. Poursuivons notre lecture. Le reste du message est le suivant : « Près de deux ans après la chute de Khadafi, le journalisme libyen fait montre de dynamisme : des dizaines de télés, de radios, de journaux occupent désormais le paysage médiatique. »

Cela me fait penser à l’expérience haïtienne plus d’un quart de siècle plus tôt. Celle de la parole libérée après la chute des Duvalier le 7 février 1986. Je sais ce que vous vous dites en lisant ce billet, la comparaison du cas libyen à celui d’Haïti est pour le moins audacieuse. Croyez-moi, si je m’évertue dans ce rapprochement, je tiens compte à la fois de la réalité distincte des deux pays (La Libye qui vient de vivre ses quarante-deux dernières années sous la férule du clan Khadafi et Haïti qui patauge depuis plus d’un quart de siècle dans une espèce de démocratie de pacotille taillée sur mesure par ses amis créanciers et bailleurs multilatéraux). Mais revenons sur la situation d’Haïti 25 ans plus tôt.

A la chute du régime dictatorial des Duvalier, on avait assisté à ce moment-là à un boom des radios sur la bande FM et un peu plus tard à la prolifération des stations de télé. Soit dit en passant tous les proprios d’une station de radio- enfin ceux qui en ont les moyens- disposent aussi de leur propre chaine de télé. Les plus naïfs se sont laissés pris tête baissée à ce trompe-l’œil et n’hésitent pas à mesurer la démocratie à l’aune du nombre de radios, de télés existant dans le paysage médiatique haïtien. Mal leur en a pris. Ribambelle de médias ne riment pas toujours avec démocratie. Au moment où j’écris ces lignes, la bande FM est saturée pour la Capitale ainsi que pour certaines autres villes de provinces du pays. Cependant, aucune de ces stations de radio encore moins de télé ne peut relayer l’information émanant du Collège Transitoire du Conseil Electoral Permanent (CTCEP) concernant la date de la tenue du scrutin des prochaines élections législatives et des collectivités territoriales. L’Oncle Sam n’en a pas encore laissé filtrer l’info.

En outre, cette semaine la même RFI faisait état dans ces éditions de nouvelle d’un groupuscule d’opposants au régime de l’ex-dirigeant libyen qui occupaient les locaux de certains ministères afin d’exiger la mise à pied des employés, des diplomates ayant servi la Libye du temps du colonel.  Cela me fait penser au fameux slogan des anti-duvaliériens : « makout pa ladann ». Peut-on parler de démocratie en prêchant l’exclusion ? A mon humble avis, je pense que la vraie victoire démocratique aurait été celle de ramener au processus démocratique par les urnes les macoutes conciliants et de traduire devant les tribunaux les irréductibles. Ainsi tout le monde aurait eu son compte. D’un autre côté, ce serait méchant et bête de penser que l’espace d’un cillement que la transition démocratique dans ce pays du Maghreb se ferait sans heurts, sans casses. Quarante-deux ans de dictature, de censure ne s’oublient pas ainsi, pas dans un battement de cils. Trop de blessures sont encore ouvertes, et là où je me trouve actuellement, je peux sentir le sang encore frais qui en dégoulinent.

Alors, j’implore les puissances occidentales dépositaires de la « civilisation démocratiques » à se tenir à carreau et laisser au peuple libyen le libre choix de panser leurs plaies qu’elles-mêmes avaient ouvertes en renversant et assassinant le colonel Muammar Khadafi.

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Les week-ends 12, 13 et 19, 20 avril 2013 plusieurs centaines d’élèves en classe Terminale de la ville des Gonaïves (4ème ville au Nord d'Haïti) ont suivi, grâce à l’association Regwoupman Sitwayen pou Kilti ak Sosyete (RESIKIS), une Formation d’Orientation Professionnelle et Universitaire (FOPU). « Ak bon jan fòmasyon ak enfòmasyon nap fè bon chwa pou lavni nou », est le thème retenu par les organisateurs de cette formation qui entendent pallier les lacunes des jeunes bacheliers gonaïviens / ennes en matière d’information sur le milieu universitaire.

 

Gonaïves ou les premiers pas de RESIKIS

« Le projet de dispenser cette Formation d’Orientation Professionnelle et Universitaire (FOPU) aux élèves en classe terminale de la ville des Gonaïves répond à un mobile bien précis », confie Amos Thélus, le coordonnateur général de RESIKIS. Étudiant finissant en Service Social à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) et économiste diplômé à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques (FDSE) de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), il n’y va pas par quatre chemins pour répondre aux besoins précis qu’entend résorber ce projet. « L’idée même de réaliser ce projet part du constat que les jeunes même en philo ne savent toujours pas ce qui les attend tout juste après les examens officiels de BAC 2. » De ce fait, ils ne savent pas quelle carrière embrasser, comment s’orienter dans le labyrinthe que peut représenter le monde universitaire pour ces jeunes bacheliers et potentiels postulants par manque d’information et de d’orientation. Souvent, trop souvent même, les choix de carrière se font sous base de conformisme ou pour plaire aux parents mais aussi au hasard. Cette réalité est beaucoup plus criante pour les jeunes diplômés de fin d’études secondaires issus des villes de provinces venus chaque année tentés leur chance à Port-au-Prince, le siège de l’UEH, pour une place tant convoitée que précieuse. Un Saint-Graal ! Cet argument-massue justifie pleinement le choix de la Cité de l’Indépendance comme lieu devant accueillir en premier la FOPU. Outre le fait qu’elle est la ville natale de bon nombre de ces jeunes universitaires initiateurs du projet.

 

Quid de la FOPU ?

 

Véritable « Coup d’essai, coup de maître »  des formateurs de RESIKIS. Tellement ils ont dispensé cette formation avec adresse et dextérité. Outre de maitriser parfaitement leur sujet, les intervenants ont adopté une méthodologie simple, claire et limpide  divisant la formation en deux parties. Une première partie relative à l’initiation entre autres des élèves  aux concepts d’enseignement supérieur, d’universitaire et d’université. Ils ont pu étancher la soif de ces jeunes avides de connaissance en répondant aux questions suivantes : « qu’est-ce que l’université… d’où vient l’université… quels sont les types d’université existant dans le pays… quelles sont les options par facultés et aussi les débouchés inhérents à ces options… ». La seconde partie de cette formation a consisté en un test psychotechnique administré par un psychologue aux participants. Ce test a pour vocation de déceler les aptitudes chez ces jeunes universitaires en herbe afin de mieux les orienter, de mieux les canaliser.

 

Entre vendredi et samedi, en deux fois, les membres de RESIKIS se sont rendus dans les différents établissements scolaires de la ville des Gonaïves. Congréganistes, collèges et lycées, le public-cible de la FOPU estimé à plusieurs centaines d’élèves durant les deux heures de la formation n’en ont pas perdu une miette. Le Collège Immaculée Conception (CIC), le Lycée Fabre Nicolas Geffrard (LFNG), le Lycée Louis Diaquoi (communément appelé Lycée des jeunes filles), le Complexe Educatif la Ronde… sont entre autres les établissements scolaires touchés par cette formation. A l’issue de la FOPU, les élèves n’ont pas caché leur satisfaction d’avoir été désigné pour être les bénéficiaires de cette formation. Ils s’estiment désormais être en mesure d’effectuer leur choix de carrière de manière rationnelle et en connaissance de cause. Des déclarations, selon les dires de Jean Mary Simon l’un des formateurs, compatibles aux résultats attendus de ce projet qui sont entre autres : « Avoir des jeunes bacheliers sûrs de leur choix de carrière, voir les bénéficiaires de ce séminaire édifié sur le monde de l’université, permettre aux participants à cette formation de connaitre leur aptitude… »

 

Une association est née

Des associations de jeunes, il en existe abondamment à travers le pays. Uniquement  leurs visions, leurs initiatives et réalisations les diffèrent. Le fait que plusieurs jeunes universitaires décident de mettre sur pied une nouvelle association n’a rien de nouveau ni d’extraordinaire en soi. Mais l’association Regwoupman Sitwayen pou Kilti ak Sosyete (RESIKIS) se donne pour objectif de se démarquer voire de sortir du lot.

 

Regwoupman Sitwayen pou Kilti ak Sosyete : pourquoi ce choix de nommer l’association en créole ? Le coordonnateur adjoint Bernardin Jean-Baptiste soutient que dès le départ « c’est voulu…C’est un choix délibéré ». Tout comme le slogan de l’association : yon jenès responsab= chanjman pou Ayiti. Trois mots séparés de part et d’autre par le symbole égal qui pourrait alimenter bien des débats. Jusqu’ici il est clair que ces jeunes, tous des universitaires issus de diverses facultés  de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), s’engagent à devenir des universitaires-citoyens dans le vrai sens du terme et rendre service à leur communauté. Quelques-uns de leurs objectifs peuvent en témoigner. En effet, RESIKIS a pour objet de favoriser,  diffuser et réaliser des initiatives susceptibles de promouvoir et valoriser le socioculturel haïtien, l’éducation et la protection de l’environnement. Pourtant si RESIKIS est une association de jeunes, il n’en demeure pas moins qu’elle est également une jeune association. De là, tout le mérite de ces jeunes pour n’avoir pas attendu une éternité pour joindre les actes à la parole et accoucher leur premier projet : une Formation d’Orientation Professionnelle et Universitaire. Le très célèbre Pierre Corneille n’a-t-il pas dit un jour qu’ « aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années » ?

 

 

Patrick SAINT-PRE

Secrétaire Général de RESIKIS

(509)3724-1116/3350-7535

Email : resikis13@gmail.com

 

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j'ai fait la connaissance de Gramsci...

De tous les textes de Gramsci qui sont en ma possession, c’est celui intitulé « Ecoles de journalisme »  qui a beaucoup attiré mon attention. Dans ce texte, le révolutionnaire italien dresse un tableau du journalisme italien tout à fait similaire à celui d’Haïti. Les problèmes qu’il soulève, les réalités qu’il décrit nous sont très familières et font partie de notre quotidien. Cependant, ce texte de Gramsci faisant partie des Cahiers de Prison date du début du 20ème siècle. Une situation qui devrait attirer l’attention de toute la presse haïtienne pour la faire rendre compte de son retard d’environ un siècle. Les lacunes des journalistes, le problème des correspondants locaux, le journalisme intégral sont autant de points soulevés par l’écrivain italien qui ne sauraient nous laisser indifférents.

Grâce à une recherche biographique bien élaborée, j’ai eu la possibilité d’avoir une idée précise sur la vie de Gramsci du moins sur les grandes dates et  les faits marquants de sa vie. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas eu une enfance dorée et une existence de tout repos. Sa vie a été plutôt celle d’un rude travailleur et d’un grand voyageur. Qualité sans doute qui le prédisposait à son statut de révolutionnaire et, en homme politique également. De Gramsci journaliste politique en passant par le révolutionnaire et l’homme politique, on a l’impression qu’il n’y a qu’un pas. Tant ses écrits et ses actions coïncident. Il allie le dire et le faire pour mieux transcender ses compagnons de lutte par ses idées. En dépit  des revers de la vie, de son statut de révolutionnaire, il n’en demeure pas moins que Gramsci est un être sensible et un amoureux passionné.

Il a mené une vie de combats et d’engagements. Il a réorienté le journalisme politique. Il n’est plus question avec Gramsci de venir débiter à la radio ou de taper comme un dératé sur sa machine à écrire des nouvelles ayant rapport avec la politique et s’autoproclamer journaliste politique. Pour lui, c’est une lutte continue en vue du changement. Toujours dans son texte « Ecoles de journalisme », il stipule «  les écoles de journalisme doivent être des écoles de propagande politique au sens large ». La définition de son concept d’ « intellectuel organique »  ne diffère pas trop de ce courant d’idée. Toujours cette idée de servir la cause, le parti. C’est ainsi qu’il distingue les intellectuels organiques des intellectuels traditionnels.

Bien sûr, il me reste beaucoup à apprendre de cet illustre écrivain doté de nombreuses facettes mais l’essentiel a été fait car j’ai pu lier connaissance avec lui. Donc il m’appartient désormais d’approfondir et de creuser cette relation afin de la rendre intime.

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