Publications de Marie-Catherine Beuth (74)

On a appris avec tristesse, fin juin, que l’application de news mobile Circa allait cesser son activité. Circa s’est lancé en 2012 et proposait de consommer l’information différemment : on la consultait uniquement sur son téléphone mobile. A partir…
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La révolution numérique a relancé la chasse au nouveaux formats journalistiques. On cherche, par exemple, à informer avec des infographies, en vidéo, par SMS et sur les réseaux sociaux. Mais raconter l’actualité dans d’autres formats n’est pas…
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Le projet de loi sur le renseignement français était peu présent dans les conversations quotidiennes alors que la question de la liberté d’expression à la française et la lutte contre le terrorisme avaient suscité beaucoup de débat et…
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L'American Press Institute a publié cette semaine une étude sur les comportements de consommation d'information des Américains âgés de 18 à 34 ans, cette "première génération numérique" que découvre l'Amérique. Elle contient de nombreuses…
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Fin janvier, l'application de messagerie éphémère Snapchat a lancé "Discover". Une fonction qui permet d'accéder à une sorte de mini-kiosque à journaux au sein de l'application (pour y accéder : balayer l'écran 2 fois vers la gauche). Depuis,…
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C’était la polémique de la semaine chez les journalistes outre-Atlantique : je l’ai découverte en début de semaine, en me connectant sur Twitter : nombre de journalistes américains y partageaient - ironiques - des « conseil pour jeunes journalistes…
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Comment innover dans les médias ? Les grandes institutions - notamment de la presse en ligne - se posent toutes la question. Elles pourraient peut-être prendre quelques idées dans un secteur un peu particulier, celui des médias plus petits, nombreux…
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Le service de messagerie instantanée Snapchat vient de dévoiler (en partenariat avec Square, une plateforme de paiement mobile) un nouveau service de transfert d’argent entre contacts baptisé Snapcash. Envoyer de l'argent devient alors aussi simple qu'envoyer un SMS.

Le service Snapcash a été conçu en partenariat avec la société Square qui avait mise au point une technologie de paiement par email en envoyant simplement le montant dans l’objet de ce dernier.

Pour Snapcash le fonctionnement est à peu près le même : lorsque vous écrivez un message le système de chat (présent sur Snapchat) reconnaît automatiquement quand l’utilisateur tape une somme grâce au signe «$». Le destinataire a alors 24 heures pour accepter le paiement avant qu’il ne soit annulé.


Présentation de Snapcash by hitekfr

L'acquisition de Snapcash se fait via une mise à jour l'application Snapchat. Donc il est possible que vous ayez déjà Snapcash dans votre smartphone et que vous puissiez déjà transférer de l’argent à vos amis. Il faut cependant d'abord enregistrer les références de votre carte bancaire, tout en sachant que vos données seront stockées par la société Square.

La première idée derrière cela pourrait être de vouloir tirer de la puissance de la recommandation sociale pour vendre plus de produits. Autrement dit, de jouer les "Amazon" ou les "Ebay" 2.0 en permettant à des utilisateurs qui discutent pendant toute la journée de connecter leurs conversations à de la transaction monétaire.

Mais à mon avis ça n'est pas la seule intention puisque ces transactions passent par la fonction de messagerie et pas uniquement par le simple fait d'acheter quelque chose.

Un des acteurs qui a très bien compris cela c'est l'application mobile Venmo qui permet de régler des sommes allant de rembourser un apéro à payer votre loyer entre particuliers et entre amis.

On peut suivre l'ensemble des transactions qui ont lieu dans notre réseau. Je peux donc voir quelles transactions mes amis font entre eux.

Ce ne sont encore que des expérimentations mais en tout cas ce sont de nouveaux usages, pas forcément attendus, qui sont en train de se dessiner .

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La saison électorale s'est terminée la semaine dernière aux Etats-Unis. A l'occasion des midterms, les Américains ont été amenés à choisir de nouveaux sénateurs, un certain nombre de gouverneurs et à s'exprimer sur divers sujets (cannabis, avortement, salaire minimum etc).

Les médias sociaux ont joué évidemment leur rôle dans cette élection, en particulier pour encourager les électeurs à se déplacer aux urnes. 

Les médias sociaux incitent à voter

  • Il y avait d’un côté les célébrités qui prenaient des selfies avec leur bulletin de vote comme Beyonce ou Lil Jon (photo ci-dessus).
  • Sur Twitter il y avait un hashtag qui disait "j’ai voté" (#IVoted).
  • Sur Facebook, les internautes basés aux Etats-Unis ont vu une bannière rappelant que c'était jour d'élection. Cette bannière permettait de trouver son bureau de vote et d'indiquait lorsqu'on avait voté.

  • Ce bouton de vote Facebook est apparu pour la première fois en 2010 lorsque Facebook a mené des expériences auprès de groupes limités d'utilisateurs pour mesurer l'impact sur la participation et l'engagement des utilisateurs avec ce type de bouton. 

    C’est intéressant car Facebook reste une plateforme de communication pour grand nombre de partis politiques qui achètent de la publicité pour faire passer leurs messages au près des internautes.


Une influence qui pose des questions

Ce bouton a soulevé de nombreuses questions :

1) Est-ce que Facebook peut faire basculer une élection en augmentant les taux de participation ?


2) Est-ce que Facebook peut aller au delà et influencer le vote ?

  • En effet, le réseau social (sachant que je suis une femme basée à San Francisco et abonnée à des médias de gauche) pourrait très bien faire pencher la balance du côté démocrate en me montrant ce bouton de vote et pas à d'autres.

Avec cette expérience autour des élections, Facebook nous rappelle sa puissance et son rôle de "rédacteur en chef", pas si neutre dans ce que nous voyons dans notre fil d'actualité.

Après les élections, on doit se demander quel sujet Facebook pourrait vouloir pousser : nous encourager à manger 5 fruits et légumes par jour ? Pourquoi pas, mais si c'était autre chose ? Et si - dans certaines localités - c'étaient les autorités qui disaient à Facebook de pousser tel ou tel agenda, législation locale à l'appui ? Il faut s'interroger...

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Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle vit depuis 2013 aux Etats Unis où elle a été Knight Fellow à Stanford. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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Ma journée dans un monde sans infos...

Cette semaine j'ai essayé d'imaginer une journée type dans un monde sans infos.

Voilà ce que cela a donné.

7h. je me réveille. J’allume la radio. J’entends de la musique…

Je reçois une notification de Facebook sur mon téléphone. Ah tiens, c’est mon amie Cecile qui vient de démarrer une partie de Candy Crush Saga. Je déroule ma page. Une photo de mouette. Un clip. Quelqu’un a l’air content. Une photo d’un plat. Tiens, une image de policiers casqués sur fonds de fumigènes. C’est peut-être devant chez moi. Ou loin. Je ne sais pas. Quelqu’un fait du vélo.

8h. Je sors. Un bus aux vitres teintées bloque la rue. Des gens bloquent le bus. Des gens essaient de bloquer les gens qui bloquent le bus. Je passe et ignore ce spectacle absurde. Ils n’ont pas de travail ces gens-là ou quoi ?

9h. Je regarde mon Twitter en arrivant au bureau. Quelqu’un est au cinéma. Quelqu’un est à une conférence. Quelqu’un a acheté un ticket pour un concert. Quelqu’un a pris un selfie. Rien ne semble me concerner. Je ferme la page.
Une notification encore! Ah, c’est encore Cecile qui a fait un truc dans Candy Crush.

12h. Je vais déjeuner. Un immense gobelet de soda va accompagner mon casse-croûte. Je m’apprête à payer quand on m’apprend que le prix a augmenté. A cause du gouvernement qu’on me dit. Je me demande bien en quoi boire du Coca concerne les politiques.

L’après-midi, je regarde à nouveau mon Facebook. Quelqu’un a mis une photo avec des jeunes qui tiennent leur smartphone éclairé en l’air en pleine nuit. C’est bizarre, je ne vois pas d’artiste chanter devant eux. La photo doit être mal cadrée…

En rentrant le soir, je croise mon ami Eric, il part pour l’aéroport. Emballé dans une combinaison blanche, il ressemble à un surimi de crabe. Il a entendu parler d’un virus qui s’attrape dans les avions. Il y a six mois, c’est son téléphone qu’il aimait emmitoufler dans 36 couches quand il passait me voir. Soit disant que des grandes oreilles le surveillaient de partout. Quel parano celui-là.

Il est l’heure de dîner. Je vais prendre un plat chez le Chinois du quartier, Les délices de Hong Kong. En entrant, je manque de trébucher sur un parapluie. Je me demande comment ça se passe en Chine à cette heure ci - est-ce qu’il irait prendre un dîner chez le Californien du quartier. Ou en fait non, je m’en fiche. Je veux juste mes nouilles sautées et filer.

Dans quelques jours ce sont les élections ici aux Etats-Unis. On va me demander de me prononcer sur le financement de l’accès à l’eau en Californie, la classification de crimes et de délits, les procès pour erreurs médicales etc. Je dois aussi choisir entre une dame et un monsieur. La dame ça fait un moment que je vois sa tête sur des affiches. Pour changer, je vais peut-être choisir l’autre type là. Y a un paquet d’autres noms pour un paquet d’autres fonctions. Et je dois choisir entre deux David aussi. Avec ou sans le même nom, je ne vois pas de différence de toute façon. ça promet...

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Après vous avoir partagé mon coup de cœur pour Quartz la semaine dernière j'avais envie de vous parler cette semaine du média en ligne Ozy ainsi que de deux initiatives médias innovantes que j'ai pu repérer chez le California Sunday et le Time Magazine.

OZY : "Smarter, fresher, different"

Ozy est un média en ligne qui fait pas mal parler de lui en ce moment aux Etats-Unis. On y trouve une sélection d'articles de la presse quotidienne, des productions originales, de la vidéo et une interface que je trouve formidable. Le tout étant façonné pour plaire à un public jeune (entre 18 et 30 ans).

Ozy a finalement réussi à attirer les grands médias européens. Le groupe de presse allemand Axel Springer vient en effet d'investir 20 millions de dollars dans le site. Je pense que Ozy ne devrait pas tarder à arriver en Europe.

Quand la presse papier innove 

Crédit photo: Molly (FlickR)

  • California Sunday a récemment fait l'actualité à San Francisco. D'une part parce que le California Sunday se veut l'équivalent du New Yorker pour la côte Ouest, donc un magazine avec des longs articles, des essais, que l'on prend le temps de lire avec un café en fin de semaine. Qu'est-ce que le California Sunday a fait pour parvenir à se lancer et à s'insérer dans les foyers californiens ? Ils ont réfléchi à une stratégie de distribution innovante plutôt maline et qui n'implique pas beaucoup de technologies. Ils ont payé des quotidiens déjà établis pour ajouter à leur édition un supplément du California Sunday. En un coup ils ont alors réussi à glaner énormément d'abonnés. Cela qui a permis au California Sunday de faire monter les prix publicitaires très rapidement et de dire aux annonceurs qu'ils étaient déjà lus alors qu'ils venaient à peine de se lancer.
    Cette histoire est symptomatique de l'innovation assez basique de l'on peut trouver tout simplement en réfléchissant un tout petit peu à la manière dont on peut arriver dans les mains de ses lecteurs.

  • Le Time :
    Je voyais très souvent des contenus du Time arriver dans mes flux RSS, mes fils Twitter et Facebook. J'ai voulu savoir pourquoi est-ce qu'ils étaient de partout. Et ce que j'ai trouvé est assez intéressant. Time Magazine a une petite équipe dédiée à la distribution des contenus sur les réseaux sociaux qui participe aux conférences de rédaction. Lorsqu'on évoque un sujet qui va être traité par le magazine le matin, tout de suite les éditeurs regardent quels sont les différents angles qui risquent de bien fonctionner sur les réseaux sociaux de générer beaucoup de trafic vers le site et donc ainsi donner de la notoriété à la marque "Time Magazine".

Un modèle facilement réplicable par d'autres médias qui veulent utiliser les réseaux sociaux pour arriver devant les yeux de leur lectorat.

Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle vit depuis 2013 aux Etats Unis où elle a été Knight Fellow à Stanford. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

 

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Pourquoi Quartz reste mon média favori

Vous allez trouver que je suis pleine de contradictions. Je vous parle à longueur de chronique d'innovation urgente, de réinvention permanente et de prototype rapide. Et pourtant, le site médias qui me plaît le plus aujourd'hui est un site qui me séduit depuis deux ans: il s'agit de Quartz.



Lancé en 2012 par plusieurs journalistes économiques, Quartz est affilié au magazine The Atlantic. Il couvre l'actualité économique pour un monde globalisé et continue de me ravir jour après jour. Quartz est un média de grande qualité, visuellement très épuré qu'on le lise sur un mobile ou sur un ordinateur. Plus remarquable encore, j'ai découvert il y a quelques mois que derrière cette élégance graphique, se cache une prouesse technologique. Quartz présente tous ses articles sous forme de flux continu, c'est une sorte de papyrus numérique. L'utilisateur ne change jamais de page mais l'url (l'adresse Internet) change selon les articles sur la même page. Ce qui permet d'un côté de partager facilement des articles sur les réseaux sociaux sans jamais déranger l'expérience de lecture. 

Quartz se démarque des autres sites médias car il ne se contente pas d'innover en termes de présentation. Ses contenus aussi sont nouveaux puisqu'on est toujours sûrs de trouver sur Quartz un angle traité nulle part ailleurs. On quitte Quartz en ayant appris quelque chose, en ayant compris une actualité tendance ou en portant un regard neuf sur un sujet qui domine dans les autres médias. Pour rester original, Quartz compte sur ses journalistes et sur leurs obsessions. 

Par ailleurs, lorsque la plupart des autres médias ont du mal à trouver leur modèle économique, Quartz semble avoir trouvé une belle formule publicitaire. Les bannières publicitaires se fondent dans le site et correspondent au mode de navigation que ce média a imaginé. Ensuite, on remarque des contenus sponsorisés par des marques qui sont éloignés du sujet mais proche du lectorat, de la cible. Ainsi, ce format permet d'apporter des revenus au média sans jamais déranger l'expérience de l'utilisateur.  

Enfin, si Quartz a réussi à conserver ma fidélité, c'est aussi grâce à sa newsletter bien écrite et surtout bien alimentée. Tous les matins, que je sois en Amérique, en Asie ou en Europe, je reçois une lettre qui me propose des articles originaux de Quartz mais aussi des trouvailles inédites qui correspondent toujours à la ligne éditoriale très particulière du média. 
Quartz et moi cela fait deux ans que ça dure et je vous encourage à le découvrir à l'adresse qz.com.  


Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle vit depuis 2013 aux Etats Unis où elle a été Knight Fellow à Stanford. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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Qu'est-ce qui marche et qui ne marche pas, ces jours-ci, dans les médias en ligne? La 
conférence ONA, qui réunit peu ou prou quiconque travaille dans la presse numérique aux Etats-Unis, se tenait le weekend dernier à Chicago et fut l'occasion de voir de près ce qui est tenté aux quatre coins de l'Amérique.

Trois tendances particulièrement intéressantes s'y sont distinguées :

  • Le design pousse la porte des salles de rédactions et des écoles de journalisme. Il n'est pas question de design graphique mais de design au sens de conception d'expériences. Un passionnant panel réunissant Justin Ferrell de la d.school de Stanford et Heather Chaplin de la New School a détaillé leur approche dans un cadre journalistique. "Nous préparons les gens à commettre des actes de journalisme", résume-t-elle. L'enjeu : identifier ce qui est important pour le journalisme et comment nous allons survivre demain. Cette conversation avait lieu peu après que, la fondation Knight, qui soutient l'innovation dans les médias et l'engagement civique de diverses manières, annonce plusieurs dons à des initiatives dans le domaine du design et des médias.

  • L'aventure entrepreneuriale et l'approche "startup" gagne les projets médiatiques. Melissa Bell, de Vox, et Lara Setrakian, fondatrice de Syria Deeply, ont expliqué comment et pourquoi il a fallu "excubé" leurs innovations journalistiques en dehors d'organisations majeures dont elles faisaient partie - respectivement Washington Post et NBC News. Une des barrières à soulever : les médias sont organisés et optimisés pour servir l'information "la plus récente", pas pour couvrir un sujet en particulier. Mais, "il existe un inventaire infini sur Internet, alors pourquoi chaque actualité n'a-t-elle pas sa page d'accueil?", demande Lara Setrakian, qui après avoir lancé Syria Deeply, promet un Ebola Deeply et envisage d'autres sites d'info monothématiques. Pour elle, la multiplication des sites monothématiques (Marshall Project, News Deeply...) est une façon de simuler à quoi ressemble une rédaction en forme de startup.

  • L'intelligence au service d'une meilleure information reste à imaginer. Amy Webb, réputée pour son rapport de tendances technologiques, a invité à réfléchir comment formater l'information différemment selon le contexte dans lequel se trouve l'utilisateur, à partir d'informations et de signaux que les smartphones permettent aujourd'hui de capter : si je me déplace à 10 km/h, je suis sans doute en train de faire un footing et il convient de me proposer de l'information audio plutôt qu'une vidéo. En revanche, à 250 km/h, je suis peut-être dans un train et disposée à consulter un article de magazine sur ma tablette.

Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle vit depuis 2013 aux Etats Unis où elle a été Knight Fellow à Stanford. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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Pourquoi les internautes ne voient-ils pas tous les mêmes informations sur les réseaux sociaux ? Tout simplement parce que Facebook ou Twitter choisissent, par des méthodes de filtrage ou d'algorithmes, de mettre en avant certains contenus et d'en ignorer d'autres. Une responsabilité éditoriale nouvelle pour des sites qui se contentaient jusqu'à présent d'être des hébergeurs.

L'expérience qui suit, vous l'avez sûrement déjà vécue : vous êtes en train de discuter avec une personne qui vous parle d'une publication qu'elle a postée sur Facebook, lorsque vous réalisez que vous n'avez pas vu le message ou l'article en question. D'où l'interrogation que j'entends beaucoup en ce moment aux Etats-Unis : pourquoi lorsque je suis sur Facebook, je vois certaines publications et pas d'autres ?

Pour comprendre, les internautes ont fait quelques tests tout au long de l'été, essayant de tout cacher dans leur fil d'actualité, de tout "liker" ou au contraire de ne rien liker pendant un certain temps, histoire de voir ce qui se passait.

Sur Facebook, plus d'Ice Bucket Challenge que d'affaire Ferguson

La question du filtrage de certaines informations sur les réseaux sociaux a été soulevée cet été avec l'affaire Ferguson, du nom de cette ville du Missouri où un jeune noir non armé a été tué par des policiers mi-août, ce qui a généré des émeutes. Le sujet a été très largement débattu sur Twitter, alors qu'il était peu visible, voire quasiment absent de Facebook, où les internautes avaient en revanche le droit à beaucoup de vidéos de personnes se renversant un seau d'eau glacée sur la tête : le fameux Ice Bucket Challenge.

Cette différence a poussé un certain nombre d'observateurs américains à s'interroger sur le rôle que Facebook est en train de jouer sur notre accès à l'information, et sur le filtrage exercé par les réseaux sociaux qui commencent à privilégier certains critères - comme le like sur Facebook - pour valoriser des contenus, jetant aux oubliettes des sujets autrement plus sérieux.

Des hébergeurs qui s'éditorialisent

Cette affaire pose la question de la responsabilité éditoriale de ces plateformes qui se contentaient jusqu'à présent d'un rôle d'hébergeur. Une passivité qui a commencé à évolué cet été avec Twitter, son président Jack Dorsey ayant annoncé que le site de micro-blogging bloquerait la vidéo de la décapitation de James Foley, ce journaliste américain assassiné cet été en Syrie par l'Etat islamique. Pour beaucoup d'observateurs, c'était la première fois qu'un réseau social affirmait exercer une responsabilité éditoriale sur ce qui passait dans ses tuyaux.

La question est donc de savoir si d'autres plateformes vont à leur tour prendre position soit en étant transparent sur le filtrage qu'ils effectuent, soit en donnant aux utilisateurs la possibilité de décider de ce qui compte ou non pour eux dans l'actualité en mettant en place leur propre sélection. Une question intéressante actuellement aux Etats-Unis, un pays en plein débat sur la net-neutralité, c'est-à-dire l'accès équitable de tout le monde aux réseaux et aux mêmes contenus, à la même vitesse.

Il est possible cependant de limiter le filtrage des réseaux sociaux, puisque tous offrent la possibilité de s'abonner à un utilisateur ou une page et d'être systématiquement averti - par des notifications sur Facebook par exemple - des informations publiées par ces personnes. Une bonne manière de limiter le pouvoir des algorithmes, mais qui privilégie forcément les personnes qui connaissent très bien les particularités cachées des réseaux sociaux.

Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle vit depuis 2013 aux Etats Unis où elle a été Knight Fellow à Stanford. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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