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BERNARD FRAGNEAU, L'ANCIEN PREFET S'EST SUICIDE

Actualité > Société > L'ancien préfet Bernard Fragneau s'est suicidé L'ancien préfet Bernard Fragneau s'est suicidé En 2010, il avait signé un arrêté d'expulsion contre une Marocaine, interpellée alors qu'elle s'était rendue chez les gendarmes afin de porter plainte. Nicolas Sarkozy avait ordonné le retour en France de la jeune femme. Bernard Fragneau, sorti de l'ENA en 1979, avait fait quasiment toute sa carrière dans la préfectorale. (HADJ/SIPA) Bernard Fragneau, sorti de l'ENA en 1979, avait fait quasiment toute sa carrière dans la préfectorale. (HADJ/SIPA) Bernard Fragneau, ancien préfet de la région Centre, s'est donné la mort lundi 20 janvier dans la soirée à Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine, a-t-on appris de source policière. "Il a mis fin à ses jours en début de soirée dans le bureau de son épouse", a indiqué cette source sans plus de précisions, confirmant une information du "Point". Bernard Fragneau, sorti de l'ENA en 1979, avait fait quasiment toute sa carrière dans la préfectorale. Il avait notamment été préfet du Jura, de l'Eure, de l'Essonne et du Pas-de-Calais, avant d'être nommé préfet de la région Poitou-Charentes, puis de la région Centre et du Loiret. En 2010, le haut-fonctionnaire s'était senti désavoué par Nicolas Sarkozy. Le préfet avait signé un arrêté d'expulsion contre une Marocaine de 19 ans, interpellée alors qu'elle s'était rendue chez les gendarmes afin de porter plainte pour maltraitance contre son frère. Cette expulsion avait provoqué un tollé et l'ancien chef de l'Etat avait ordonné le retour en France de la jeune femme. Bernard Fragneau, personnalité au caractère bien trempé, avait alors demandé à être relevé de ses fonctions. Depuis cette affaire, le préfet avait été placé hors-cadre. Selon un proche cité par "Le Point", il était en discussion avec le ministère de l'Intérieur pour retrouver une affectation.

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LE DEFICIT DE GOUVERNANCE EN HAITI

Par Leslie Péan * Soumis à AlterPresse le 17 janvier 2014 Le déficit de gouvernance en Haïti Le drame sur lequel on doit revenir pour fixer les responsabilités et permettre de repartir d’un autre pied est l’euphorie de l’après-1986. Le mauvais diagnostic du système absolutiste en vigueur n’a pas permis de faire les alliances nécessaires pour construire un autre édifice national. Le rôle de l’appareil de pouvoir n’a pas été bien identifié dans le maintien du système. Les vaincus duvaliéristes ont fait un pas en arrière, tout en gardant à travers l’armée et certaines strates du secteur privé, des atouts considérables qu’ils ont utilisés avec maestria pour accoucher Michel Martelly en mai 2011. Avec arrogance et sans scrupule. Au point que, sous couvert de réconciliation nationale, ce dernier s’est présenté en grande pompe aux Gonaïves le 1er janvier 2014 avec Jean-Claude Duvalier et Prosper Avril à ses côtés. Comble de la provocation, il y avait en arrière-plan une banderole rouge portant l’inscription « Mouvement des Jeunes Duvaliéristes Indépendants (MJDI) – Tèt kale tou wòz ». De l’aberration duvaliériste à l’aberration Martelly, toute la détresse du monde s’abat sur Haïti. Comme l’exprime Jacky Dahomay, « le président Martelly veut clairement montrer que la tradition de l’Etat haïtien est celle du gouvernement despotique [1]. » Sous les armures du pouvoir, les cœurs ne battent pas. La dureté des conditions socio-économiques et politiques avoisine le zéro absolu. Surtout quand les fantômes des pires spectacles et de la danse persistent à troubler la vue des citoyens. La fuite des Haïtiens à l’étranger sur des embarcations de fortune est la réaction de centaines de jeunes désespérés qui préfèrent mourir noyés ou dévorés par des requins que de se laisser tuer à petit feu par un régime complètement insensible à leur misère. Les hoquets du dégoût sont multiples. Le naufrage de 17 Haïtiens près des iles Turks et Caicos [2] le mercredi 25 décembre 2013 révèle l’étrange tragédie d’un pays qui se perd et se déchire. Dans la trame du temps, la musique de notre suicide accompagne nos misères et notre désespoir. C’est le cas avec les huit femmes qui ont trouvé la mort au cours d’une bousculade pour trouver un peu de nourriture à la Fondation Eric Jean Baptiste le 25 décembre 2013, devant le local des Sœurs Salésiennes à Cote Plage 16, commune de Carrefour. Plus de 70% de notre population vivent dans l’insécurité alimentaire, tandis que, dans ce groupe, 1.5 million de personnes (le double de l’année dernière) sont dans une situation extrêmement grave [3]. En recherchant les moyens de faire bonne figure en toutes circonstances sans aborder les problèmes de base, la société haïtienne pense pouvoir enrayer le mal sans de voir s’attaquer à ses racines. Le Forum économique mondial (FEM), dans un rapport intitulé « The Global Energy Architecture Performance Index Report 2014 » rendu public le 11 décembre 2013, classe Haïti à la 116e place sur un total de 124 pays. Aucune économie ne peut être compétitive avec une situation énergétique aussi calamiteuse. La destitution comme sanction Pour le gouvernement, tout va bien. Il y a des réalisations, des chantiers, des constructions, qui avancent un peu partout. Les dirigeants ne comprennent pas que la question n’est pas de faire, mais à quel prix et comment. L’inflation a été maintenue à un niveau acceptable (4.5% en 2013), deux points en moins que l’an dernier. Le taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) est de 4%. Des réponses ont été apportées au niveau des cinq E (Etat de droit, éducation, environnement, emploi et énergie) selon les circonstances de temps et de moyens. La solidarité ministérielle existe en dépit des démissions et des cafouillages. Dans l’éclairage du gouvernement, l’optimisme est de rigueur. Toutefois, en réalité, les choses sont plus complexes. Le taux de croissance doit être mis en relation avec la progression démographique, c’est-à-dire qu’il importe de considérer le PIB per capita. Avec un taux de croissance de la population de 1.5% et un taux de croissance des richesses de 4%, le PIB per capita est plus faible, soit de 2.5%. Les pesanteurs observées traditionnellement et qui bloquent le développement de l’agriculture continuent dans les politiques budgétaires, monétaires, et commerciales appliquées par le gouvernement. Le niveau de l’indice Général des Prix à la Consommation (base 100 en Août 2004) a subi une forte hausse, passant de 184.7 en mai 2011 à 210.3 en novembre 2013. Les prix des produits de première nécessité augmentent tous les mois. À la prise de pouvoir le 14 mai 2011 par le gouvernement Martelly, le taux de change pour 1 US$ était de 40,26 gourdes. Au 31 décembre 2013, le taux de change est de 44.15 gourdes, soit une dépréciation de 9.6%, près de 10%, au cours de deux ans et demi avec une nette tendance à la baisse. Le taux d’intérêt moyen des prêts des banques commerciales, qui était de 18.8% en mai 2011, affiche une tendance à la hausse, atteignant jusqu’à 23% avec une moyenne autour des 20%. Ces faits sont seulement la pointe de l’iceberg d’un environnement intérieur qui est loin d’être concurrentiel. On peut en ajouter d’autres, dont la grève des avocats qui a débuté le 24 octobre 2013 et paralysé pendant plus d’un mois les activités du barreau de la capitale qui demandait la démission de Francisco René, commissaire du gouvernement. Ce dernier avait procédé à « l’arrestation jugée " illégale et arbitraire " de Me André Michel, le 22 octobre 2013 suite à une banale fouille d’un véhicule dont l’avocat s’est retrouvé un passager. Paradoxalement, le chauffeur est parti et Me Michel arrêté [4]. » Le gouvernement utilisait la justice pour sévir contre un avocat connu pour ses positions critiques. La grève des avocats a été suivie le 6 novembre d’une manifestation pacifique de ces hommes et femmes en toge dans les rues de la capitale, armés de la Constitution ou d’un manuel de droit en mains. Les barreaux des villes de province telles que Saint-Marc, Petit-Goâve, Croix-des-Bouquets, Mirebalais, Hinche, Miragoâne, Cayes et Gonaïves ont prêté main forte à leurs collègues de Port-au-Prince. Sur la banderole en tête de la marche était écrit « Pas d’investissements garantis sans des avocats libres de pratiquer ». En effet, Haïti ne peut pas être la terre d’accueil d’investisseurs étrangers sans une refonte générale de son système de gouvernance basé sur l’absolutisme présidentiel. Le débat a été alimenté avec d’autres banderoles réclamant un État de droit et disant « Non à l’arrestation arbitraire et illégale d’un avocat ». Le message est passé, et le pouvoir exécutif a capitulé devant le réveil du pouvoir judiciaire en congédiant Francisco René le 27 novembre. L’établissement de l’État de droit est impossible avec l’absolutisme qui donne tous les pouvoirs au Président de la République. Par exemple, on a vu aux Etats-Unis le Congrès contester la nomination de juges par le président Obama sans le consentement du Sénat. La Cour suprême doit décider si les nominations effectuées sont conformes à la Constitution. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’une façade. Elle reste toutefois un rempart contre la tentation totalitaire et les attaques répétées des forces de l’argent et du statu quo. Embrasser l’irrationnel au nom de la raison La compétitivité de l’économie haïtienne dépend beaucoup plus de sa gouvernance que des variables telles que les taux d’intérêt, le taux de change et les déficits publics. Il ne s’agit nullement de sous-estimer ces variables, en particulier les déficits publics qui ont atteint huit milliards de gourdes. Mais le vrai problème est le déficit de gouvernance qui ne peut être résolu sans les ressources humaines adéquates. Nous souffrons d’un déficit de vision caractérisée par une absence d’idéal collectif, ce, tout en affichant des ambitions personnelles démesurées. Nous continuons de payer très cher les inconséquences de cette décision. Dès qu’il s’agit de prendre le pouvoir, nous mettons de côté tout bon sens, toute cohérence et toute vision claire. Ajoutons immédiatement que la vision claire ne saurait signifier, comme on l’entend parfois, l’exclusion de la population qui parle créole. Déjà Edmond Paul écrivait en 1863, « Parler en créole pour exprimer une juste pensée vaudra toujours mieux que parler en beau français pour exprimer une pensée fausse [5]. » La vision claire à ce niveau doit s’articuler sur une stratégie économique intégrant toute la population et non un petit groupe. Remarquons que depi nan tan bembo, la classe politique se caractérise par une absence totale de stratégie économique et une culture d’ambivalence qui est l’essence de nos comportements. Nou toujou gen 2 bouji limen nan men nou, youn pou on bagay e lot la pou jis le kontrè de sa nap mande ya. Culture esclavagiste qui, de l’enfant au vieillard, nous fait embrasser l’irrationnel au nom de la raison. Culture qui alimente la mauvaise gouvernance conduisant à la fuite de plus de 80% des cadres haïtiens à l’étranger [6]. Combien des 731 médecins haïtiens formés à Cuba depuis 2005 travaillent en Haïti par rapport à ceux qui ont dû émigrer en Espagne et en Amérique Latine ? Même si les transferts monétaires de la diaspora constituent 52.7% du PIB d’Haïti [7], ils constituent une maigre compensation pour cette terrible saignée. Le fait qu’Haïti n’offre pas de cadre pour l’intégration de ses compétences constitue une perte sèche et favorise la médiocrité. Comme l’écrit dans Rankit [8] le poète Georges Castera : « Nou pèdi lakat,wa di se you letanpki make-nou.Nou bare lan chimen. » (Nous devenons dingues. On dirait que nous sommes marqués à l’étampe du malheur. Notre route est barrée.) Tout le reste découle de ce déboussolement, de cette perte du sens des symboles. Cela va des relations entre patrons et ouvriers au sein des entreprises qui se sont détériorées à cause du salaire minimum à l’absence de transparence dans la gestion du Fonds National d’Éducation. Le gouvernement est incapable de rendre des comptes à la population au jour le jour sur l’argent collecté à partir de la taxe sur les transferts et les appels téléphoniques. Nombre de routes reçoivent des revêtements d’asphalte sans que le travail préalable de drainage soit fait. Cela conduit à des affaissements du sol qui occasionnent des inondations en cas de pluie. Le contraste est net entre les discours sur la priorité théoriquement accordée à l’éducation et les déboires observés dans la gestion du Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO). Une vraie mare de la corruption dans laquelle baignent les députés associés au pouvoir qui créent des écoles bidon en province pour recevoir de l’argent public. Haïti n’a connu aucune amélioration dans le classement par rapport à l’année 2012 et est à la 163e place sur 177 pays en 2013 selon Transparency International. La dénonciation des pratiques de corruption impliquant la famille présidentielle a provoqué l’arrestation de l’avocat André Michel et la mort suspecte du juge Jean Serge Joseph qui enquêtait sur la plainte portée par l’avocat contre la famille présidentielle [9]. Bien imprégné de la culture duvaliériste, qu’il évoque d’ailleurs avec nostalgie, le président Martelly perpétue à loisir les pratiques scandaleuses qui lui servent de modèles et qu’il reproduit à l’infini. Avec de telles références, Haïti est condamnée à être continuellement aspirée par le vide et à ne plus répondre à ce qu’elle fût. La décision des États-Unis de retirer Haïti de la liste des six pays les plus dangereux de la terre est sans doute une bonne nouvelle, mais il est difficile de comprendre en quoi cette décision constitue une victoire pour le président Martelly. Il importe de réaliser un réarmement éthique pour tordre le cou une fois pour toutes au déficit de gouvernance qui affecte Haïti. N’allez surtout pas répondre qu’on n’y peut rien. Ce que nous vivons aujourd’hui est le résultat de la décadence des tontons macoutes. Haïti paiera encore davantage dans cinquante ans si triomphe la coupable mentalité d’assistés encouragée par cette nouvelle race de malfaiteurs. Alors, ce qui reste de la maison Haïti sera entrainée dans la chute. Le cynisme de la bande à Martelly est de se dire : « On peut investir dans la bêtise, se faire un capital de popularité et engranger ensuite grâce à la publicité et aux techniques de communication de masse [10]. » Les démocrates se doivent d’indiquer aux jeunes que cette réponse est illusoire et fausse. Leur avenir est aujourd’hui. L’impunité des gens au gouvernement ne peut continuer indéfiniment. L’opposition démocratique se doit de dire au pouvoir qu’il doit payer un prix pour ses violations de la Constitution. L’heure de la justice a sonné. Sortir du déficit de gouvernance c’est permettre que le vice ne soit pas récompensé et que la vertu gagne. ………….. * Économiste, écrivain [1] Jacky Dahomay, « Le retour de Duvalier », Madinin’Art, Martinique, 8 janvier 2014. [2] David Odalle, « More than a dozen Haitians die in boat tragedy off Turks and Caicos », Miami Herald, December 25, 2013. [3] AKJ (Haïti Grassroot Watch), Les causes de la faim en Haïti, P-au-P, 10 octobre2013. [4] « Haïti-Justice : Manifestation des avocats du barreau de Port-au-Prince le 6 novembre », AlterPresse, 4 novembre 2013. [5] Edmond Paul, Œuvres posthumes, Paris, Dunod, 1896, p. 326. [6] Pablo Fajnzylber et J. Humberto López, Close to Home The Development Impact of Remittances in Latin America, World Bank, 2007, p. 11. [7] Ibid. p. 4. [8] Georges Castera, « Rankit », Platte Valley Review, Volume 32.1, Winter 2010-2011. [9] « Attorney in Haiti who brought government corruption cases detained », Associated Press, October 23, 2013. Lire aussi Kevin Edmonds, « Haitian Senate Committee Calls for President Martelly to be Charged with High Treason », NACLA, August 15, 2013 [10] Leslie Péan, « Diriger un pays au rythme de « Fè Wana mache », 2e partie, Radio Kiskeya, 20 janvier 2013.

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USA EN CRISE

Aux Etats-Unis, la moitié des élus au Congrès Américain sont Millionnaires. Alors que les Américains s'appauvrissent constamment depuis 2004, la tendance est inverse au Capitole où les élus sont de plus en plus riches. C'est ce que révèle une enquête publiée par le New York Times, basée sur des données du Centre pour une politique réactive (Center for Responsive Politics), et qui montre que 250 des 535 membres du Congrès américains sont millionnaires. Si l'endroit a toujours été peuplé par des personnes plutôt aisées, l'écart avec le reste du peuple n'a en revanche jamais été aussi marqué. Le revenu net médian des représentants et sénateurs culmine à 913.000 de $ (705.000 €) et ne cesse d'augmenter, quand celui des Américains dans son ensemble, continuellement en baisse, avoisine aujourd'hui les 100.000 $ (77.000 €). Plus surprenant, le revenu du Congrès a augmenté de 15% en sept ans, période durant laquelle celui des Américains les plus fortunés a pour sa part stagné. Pour tous les autres, le revenu médian a baissé de 8% pour cette même période. Si cet écart de richesse aurait pu passer inaperçu en temps normal, en pleine crise économique, il choque. Parmi ces représentants américains millionnaires, dix d'entre eux ont même une fortune évaluée à plus de 100 millions de $. Il y a Darrel Issa, un représentant républicain de Californie, qui possède près de 300 millions de dollars, d'après un article de CBSNews. Il est talonné de près par John Kerry, le candidat démocrate à la présidentielle de 2004 défait par George Bush. Son porte monnaie pèse près de 240 millions de $. Car si certains gagnent plus que bien leurs vies, d'autres, à l'instar de Pete Stark, représentant démocrate élu en Californie, qui doit 11 millions de $, ont des dettes à combler. C'est une des raisons qui a poussé plusieurs démocrates membres du Congrès à s'opposer violemment à la proposition de Nancy Pelosi, leur chef de file chez les représentants: elle-même à la tête de 196 millions de $, elle voulait imposer un gel des revenus pour les membres du Congrès. Pour tenter d'expliquer comment les parlementaires font pour continuer de s'enrichir en ces temps de morosité économique, plusieurs pistes sont évoquées. Certains analystes, cités par le New York Times, estiment que c'est tout simplement parce que la politique s'adresse avant tout aux personnes aisées. Lors des élections de 2010, le coût d'une campagne victorieuse pour le Sénat s'élevait en moyenne à 10 millions de $ et à 1,4 million pour une place au sein de la Chambre des représentants. De facto, seules des personnes avec déjà des moyens conséquents sont à même de se lancer en politique. Une fois entré au Congrès, le parlementaire touche un salaire annuel de base de 174.000 $ (qui a augmenté de 10% depuis 2004, soit un peu moins que l'inflation). À ce salaire s'ajoutent plusieurs avantages auquel le citoyen lambda n'a pas accès: des primes d'ancienneté, des pensions de retraite et une sécurité sociale en or. Le Washington Post explique aussi qu'une fois en place, les sénateurs et les représentants jouissent d'un réseau et de nouveaux moyens qui leurs permettent d'augmenter leurs pécules. Les données récoltées par le Center for Responsive Politics montrent que les parlementaires feraient d'excellents résultats sur les marchés boursiers. D'après des chercheurs de l'université de Géorgie, qui ont étudié la question, ces performances seraient le fruit d'un «important avantage d'informations» dû à leurs positions. (Le Figaro)

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Gérard Soete : L'homme qui a découpé Lumumba

GERARD SOETE, L'HOMME QUI A «DÉCOUPÉ» LUMUMBA (AFP) • 5 janvier 2014 •

«J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba . En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper en morceaux, à la tronçonneuse, avant d’y verser de l’acide. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare». Ces mots sont ceux du Gérard Soete, prononcés le 15 mai 2002, soit quarante ans après la disparition du leader congolais Patrice Lumumba. – Près de quarante ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, le Belge Gérard Soete vient enfin de se défaire d’un lourd secret : une nuit de janvier 1961, dans une puanteur d’acide sulfurique et de cadavres écartelés, il fit disparaître le corps du martyr congolais. « Est-ce que la législation me le permettait ? », se demande-t-il aujourd’hui, à 80 ans et en bonne santé, dans son pavillon d’un faubourg résidentiel de Bruges (nord-ouest) où l’AFP l’a rencontré. « Pour sauver des milliers de personnes et maintenir le calme dans une situation explosive, je pense que nous avons bien fait », ajoute-t-il, en dépit de « la crise morale » qu’il doit avoir traversée après cette nuit « atroce ». Le 17 janvier1961, sept mois après l’accession du Congo à l’indépendance, Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement du pays, était assassiné près d’Elisabethville (actuellement Lubumbashi, sud), capitale de la province alors sécessionniste du Katanga. Criblé de balles, son corps n’a jamais été retrouvé, pas plus que ceux de deux proches tués avec lui, Joseph Okito et Maurice Mpolo. Selon l’auteur, le but de l’élimination était, en pleine guerre froide, de maintenir le Congo dans la sphère d’influence occidentale. La thèse a connu un tel écho qu’une commission d’enquête parlementaire belge, chargée d’éclaircir « l’implication éventuelle des responsables politiques belges » dans l’assassinat, a entamé ses travaux le 2 mai. Une commission qui auditionnera Gérard Soete, commissaire de police chargé à l’époque de mettre en place une « police nationale katangaise ». Le Brugeois dut d’abord transporter les trois corps à 220 kilomètres du lieu d’exécution, pour les enfouir derrière une termitière, en pleine savane boisée. De retour à Elisabethville, il reçut cependant « l’ordre » du ministre de l’intérieur Katangais Godefroi Munongo de faire littéralement disparaître les cadavres. La popularité de Lumumba était telle que son cadavre restait en effet gênant. Le « pèlerinage » sur sa tombe pouvait raviver la lutte de ses partisans. « Petit Gérard Soete de Bruges, je devais me débrouiller tout seul avec trois corps internationalement connus », résume-t-il aujourd’hui. « Toutes les autorités belges étaient sur place, et elles ne m’ont pas dit de ne rien faire », ajoute-t-il, avec un fort accent flamand. Accompagné d’un autre blanc » et de quelques congolais, épuisés « d’une scie à métaux, de deux grandes dames-jeannes et d’un fut d’acide sulfurique », il leur fallut toute la nuit, du 22 au 23 janvier, pour accomplir leur besogne. « En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper avant de verser l’acide », explique l’octogénaire. « Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare », ajouté-t-il. De retour en Belgique après 1973, Gérard Soete qui conserve toujours un doigt, une dent (empaillés) et l’Alliance de P. Lumumba, contera cette terrible nuit dans un roman, « pour (se) soulager », mais sans livrer son nom. Emmanuel Delouloy Un article de Direct.cd Lisez la version originale ici: Voici l’homme qui a « découpé » Lumumba | Direct.cd

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Bilan 2013 en Haïti

Bilan 2013   

(Michel Soukar)

L’année 2013 est marquée par la dislocation des trois (3) Pouvoirs de l’Etat, par une série de crises, de scandales et par quelques réalisations gouvernementales.

I. PLAN POLITIQUE

Les trois (3) Pouvoirs de l’Etat sont en désaccord sur bien des points. A la base, la sempiternelle question des élections et l’épineuse question de la formation du Conseil Electoral Permanent (CEP).

  A.La Sempiternelle question des Élections

 L’année 2013 était en principe une année électorale. Depuis l’accession du Président Michel Martelly au Pouvoir en mai 2011, les mandats des cartels des Mairies et du 1/3 du Sénat arrivaient à expiration. Le Pouvoir avait préféré remplacer les cartels élus par des agents intérimaires, une façon d’entretenir sa clientèle politique. Alors, 2013 débutait avec un accord bancal signé le 24 décembre 2012 entre un des conseillers du Président Martelly, Mr. Grégory Mayard-Paul et des représentants du Pouvoir Législatif, en vue de la mise en place du Conseil Transitoire du Conseil Électoral Permanent (CTCEP), grâce à la médiation de « Religion Pour la Paix ».

Ce Conseil serait chargé d’organiser, à la fin de l’année 2013, les élections en retard depuis deux (2) ans pour le renouvellement du tiers (1/3) du Sénat et des Collectivités Territoriales au niveau des communes et des Sections Communales. Car, le remplacement des cartels élus à la tête des Mairies par des Agents intérimaires agaçait les Parlementaires, les Partis politiques et les organisations de la Société Civile. En dépit des préoccupations sur la validité juridique du dit Accord, la Communauté Internationale et la Société Civile se félicitaient de sa signature.

1.Conseil Électoral Provisoire ou Permanent (CEP)

La première crise éclatait avec la contestation ayant suivi la désignation des représentants du Pouvoir Exécutif, de ceux du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), la constitution et l’installation d’un CEP à six (6) membres par le Président de la République. Alors que le choix des représentants de l’Exécutif était critiqué pour n’avoir pas reçu la sanction du Conseil des Ministres, ceux du CSPJ, présidé par Me. Anel Alexis Joseph également Président de la Cour de Cassation de la République, l’était parce qu’il résultait d’un vote sans majorité, contesté et dénoncé par quatre (4) des neuf (9) Membres du CSPJ.

En conséquence, la Fédération des Barreaux d’Haïti et les Organisations des Droits Humains avaient procédé au retrait de leurs représentants, Me Néhémy Joseph et Me Dilia Lemaire, au sein du CSPJ et conditionnaient leur retour à la reprise du vote dans des conditions régulières et transparentes.

Coup de théâtre, suite à une correspondance du Ministre de la Justice, la Fédération des Barreaux d’Haïti remettait en question la légitimité du mandat de Me Néhémy Joseph au sein du CSPJ, dont le mandat comme Bâtonnier de l’Ordre des Avocats des Gonaïves avait expiré. Les échanges et les débats radiophoniques sur la question de la fin du mandat de Me Néhémy Joseph se terminaient par le retrait de ce dernier. La Fédération des Barreaux d’Haïti désignait alors un autre Bâtonnier pour le remplacer au sein du CSPJ en la personne de Me. Jacques Letang.

De son côté, le Sénat de la République faisait monter les enchères en contestant, à travers une Résolution, le choix des Magistrats Anel Alexis Joseph et Michel Kesner Thermezi comme juges à la Cour de Cassation de la République ; le premier en raison de son âge avancé et le second ne figurant pas apparemment sur la liste initiale des noms de Magistrats soumis par le Sénat à l’Exécutif pour compléter la composition de ladite Cour.

Aussi, le Pouvoir Législatif conditionnait-il le choix de ses représentants au retrait de ceux du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), Yves Benoit Jean-Mary, Salnave Exantus et Patrick Metellus, installés au Conseil Electoral Permanent à six (6) membres. Ces derniers juraient qu’ils ne démissionneraient pour rien au monde et mettaient le Pouvoir Exécutif dans ses petits souliers.

Subitement, on se souvint qu’Il fallait intégrer des femmes dans le CTCEP.

Le premier scandale éclatait, suite à la plainte portée contre un des représentants du Pouvoir Exécutif, en l’occurrence Me. Josué Pierre-Louis, Président du CEP contesté, pour viol présumé sur la personne de son assistante, Mlle Marie Danielle Bernardin. Cette plainte était supportée, à grand renfort de publicité, par deux des principales organisations de promotion et de défense des Droits Humains dans le pays, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et la Solidarité Famm Ayisien (SOFA). Des lors, l’image et la réputation du Président du CTCEP contesté s’en trouvaient sérieusement entamées.

Suite à des pressions de toutes sortes, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) avait fini par designer de nouveaux représentants au cours d’un vote régulièrement organisé. Les noms des nouveaux représentants du CSPJ, Léopold Berlanger, Marie Carole Innocent Duclervil et Applys Félix, étaient communiqués au Pouvoir Exécutif aux fins de publication. Après maintes tractations, le Pouvoir Exécutif s’était résolu à designer de nouveaux représentants au CTCEP. Il suffisait simplement de dédommager les 6 membres du CEP contesté. Ce qui était fait.

Avec la désignation des représentants du Pouvoir Législatif, Marie Clunie Dumay Miracles, Pierre Simon Georges et Néhémy Joseph, le CTCEP affichait complet. Cependant, leur installation avait lieu, quatre mois après la signature de l’accord du 24 décembre 2012, en l’absence du Président de la République et du Premier Ministre, alors en voyage à l’étranger. Le CTCEP est présidé, sans surprise, par l’un des représentants de l’Exécutif en la personne de Me. Emmanuel Ménard, ancien Directeur de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH).

Après un rapide état des lieux, le CTCEP n’avait pas tardé à lancer les débats autour de l’élaboration d’une nouvelle loi électorale pour remplacer celle de 2008. Un avant-projet de loi électorale a été préparé et soumis à l’Exécutif pour être soumis à la sanction du Parlement. Cependant, apparemment déterminé à réduire d’un an le mandat du deuxième tiers du Sénat et à constater la caducité du Parlement le deuxième lundi de janvier 2014, en application de l’article 211 de la loi électorale de 2008, le Président de la République faisait passer le temps avant de transmettre l’avant-projet de loi électorale au Parlement.

2.La Fin du Mandat du 2e Tiers du Sénat

Une deuxième crise allait assombrir l’horizon politique à partir du débat lancé sur la fin du mandat du deuxième tiers du Sénat. Fallait-il privilégier, dans ce cas, la loi électorale de 2008 dans ses dispositions transitoires ou la Constitution de 1987 amendée qui fixe à six (6) ans le mandat des Sénateurs?

Apres deux mois de tergiversation, le Pouvoir Exécutif soumettait le projet de loi électorale revue, augmentée, corrigée, à la sanction du Parlement. Cette fois, le débat portait, entres autres, sur l’existence au sein du CTCEP soit d’une Direction générale dont le titulaire serait nommé par le Président de la République, soit d’une Direction Exécutive dont le titulaire serait nommé par le CEP.

La Chambre des députés s’était empressée de voter le projet de loi avant son ajournement le deuxième lundi du mois d’août 2013. Arrivé au Sénat, le projet de loi avait subi de sérieuses modifications. Pour devenir une loi, ce projet de loi devait non seulement être voté dans les mêmes termes par les deux branches du Parlement mais aussi être transmis à l’Exécutif pour être revêtu du sceau de la République avant sa publication dans le Journal officiel « Le Moniteur ».

Ayant d’autres chats à fouetter, l’Exécutif prenait tout son temps avant de convoquer la Chambre des Députés en session extraordinaire. Entre temps, la situation politique s’envenimait. L’opposition, regroupée au sein du Mouvement Patriotique de l’Opposition Démocratique (MOPOD) réclamait l’organisation des élections à la fin de l’année 2013 ou la démission du Président de la République. Elections ou démission était le slogan. La contestation ne tardait pas à prendre la forme de manifestations de rues dans plusieurs villes du pays. C’est dans cette atmosphère mouvementée que le Président Martelly allait commémorer le deuxième anniversaire de son accession à la Présidence de la République.

B.Deuxième Année au Pouvoir

C’est dans un contexte de crise politique aigue que le Président Martelly commémorait au Champ de Mars, le 14 mai 2013, le deuxième anniversaire de son accession à la Présidence. Quel est le bilan de l’action gouvernementale?

1.De petits « ».

Pour dresser le bilan des deux années du Président Martelly au Pouvoir, il suffit de revisiter les cinq (5) E de son programme initial. A la fin de 2012, ils étaient vides. A la fin de 2013, ils commencent avec peine à éclore.

Education :

C’est toujours la confusion sur le nombre exact d’enfants qui fréquentent l’école dans le cadre du Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO). Les écoles reçoivent avec des mois de retard la paye promise par l’Etat pour les enfants qui fréquentent gratuitement les cours de la 1ère à la 6ème année fondamentale. Direction et enseignants en souffrent. Ces derniers ont de plus en plus tendance à abandonner ce métier. La qualité de la formation des maîtres et de celle dispensée aux élèves reste questionnable. Quel citoyen veut-on former pour fonctionner dans quel cadre socio-économique ? Ne risque-t-on pas de produire davantage de médiocres ? Des enquêtes menées par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) révélaient l’existence de 766 écoles-bidons ainsi que des cas de détournements des fonds alloués au programme. Deux (2) pasteurs, directeurs d’écoles aux Gonaïves ont été arrêtés dans le cadre du PSUGO. En outre, le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) gagnerait à faire le jour sur la provenance des fonds qui financent le PSUGO, en l’absence du vote de la loi créant le Fonds National de l’Education (FNE), alimenté par les retenues sur les transferts d’argent de la Diaspora et les appels téléphoniques rentrant dans le pays. Enfin, une décantation est nécessaire entre le Programme Education Pour Tous (EPT), financé par la Banque Mondiale et le PSUGO. La campagne d’encouragement à la lecture et la poursuite des centres d’animation culturelle restent des initiatives positives.

Emploi:

Le Président Martelly, le Premier Ministre Lamothe et le Ministre de l’Economie et des Finances Wilson Laleau se contredisent sur le nombre d’emplois créés dans l’économie au cours des deux (2) premières années du Président Martelly au Pouvoir. Le Président dit avoir créé 400 mille emplois. Jusqu'à présent, les économistes haïtiens cherchent les secteurs dans lesquels ils sont créés, vu le niveau de chômage et de misère qui affecte les couches pauvres et moyennes de la population haïtienne. Une simple arithmétique permettrait d’additionner les emplois créés par la réfection de trottoirs, la construction de parcs sportifs, de routes, de places publiques, les travaux de correction de ravins, tous entrepris un peu partout à travers le pays.

Environnement :

 En l’absence d’une politique et d’un programme clair en matière environnementale, le flou persiste quant aux résultats atteints dans ce domaine. Le taux de couverture forestière du pays est à son niveau le plus bas depuis l’indépendance. Les matières plastiques jonchent les rues, les ravines, le bord de mer malgré l’interdiction gouvernementale concernant l’importation, la commercialisation et l’utilisation des produits en polyéthylène (assiettes en froam et sachets en plastic noir). Le ministère annonce des alternatives qui se font trop attendre. Elles auraient du précéder l’interdiction. De plus, le Gouvernement poursuit une politique de façade en investissant des millions de dollars américains dans la peinture des maisons du grand bidonville dénommé « Jalousie », surplombant Pétion-Ville.

Etat de Droit :

Malgré la création et la mise en fonctionnement du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), l’indépendance du Pouvoir judiciaire est compromise par l’intrusion du Ministère de la Justice dans la nomination des juges.

Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) dénonce, par exemple, la nomination du juge Fermo Jude Paul au Tribunal de Première Instance de la Croix-des-Bouquets. Ce dernier, accusé de vol de chèque, de faux et usage de faux au préjudice de la Commission Européenne, a procédé à la libération de Mercidieu Calixte Valentin, un Conseiller du Président de la République qui avait froidement tué par balles Octanol Derissaint à Fonds Parisien, non loin de la frontière de Malpasse.

L’Expert Indépendant des Nations Unies, Mr. Michel Forst s’inquiète de la détérioration de la situation des droits humains dans le pays. La détention préventive prolongée demeure une préoccupation majeure. A l’ouverture de l’année judiciaire, le bâtonnier des Avocats du Barreau de Port-au-Prince, également Président de la Fédération des Barreaux d’Haïti, dressait un tableau sombre du fonctionnement de la justice dans le Pays.

Me André Michel et Me Newton Louis Saint-Juste sont persécutés pour avoir entrepris une action en justice contre la Première Dame, Mme Sophia Martelly et son fils M. Olivier Martelly, pour détournements de fonds et usurpation de fonction. Le Juge Jean Serge Joseph qui instruisait l’affaire est décédé dans des conditions jugées suspectes par certains. Le diagnostic des médecins de l’Hôpital Bernard Mews, où il été transporté en urgence, révélait un accident cérébral et vasculaire (ACV).

Selon les déclarations de Me Samuel Madistin, son décès serait survenu, suite aux menaces proférées par le Président de la République et son Premier Ministre. Cette affaire a valu la mise en accusation du Président de la République, de son Premier Ministre et de son Ministre de la Justice, Me Jean Renel Sanon par une Commission sénatoriale enquêtant sur la question.

Le Ministre de la Justice dénonce un complot en vue de l’assassinat du journaliste de Radio Caraïbes, Jean Monard Metellus. Ce complot serait ourdi à l’avenue Pouplard par des opposants politiques qui ne veulent pas l’organisation des élections. Le Ministre devait simplement demander au Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince de mettre l’action publique en mouvement contres ses auteurs présumés.

Le Parquet de Port-au-Prince est devenu un siège éjectable. Pas moins de neuf (9) Commissaires de Gouvernement se sont succédés à sa tête au cours des deux (2) premières années du mandat du Président Martelly, soit un Commissaire du Gouvernement tous les deux (2) mois et demi. Il s’agit tour à tour de Mes Felix Leger, Lionel Bourgouin, Sonel Jean-Francois, Elco Saint-Amand (nommé mais non installé), Gerald Norgaisse, Jean Renel Sainatus, Lucmane Delille, Francisco René et Darius Gerson Charles.

Suite à l’arrestation de Me André Michel et celui d’un Avocat au Tribunal de Paix de Delmas par Me Francisco René, la justice était paralysée. Les Avocats ont observé un arrêt de travail de 35 jours pour réclamer et obtenir sa révocation.

Aux Cayes, le Commissaire du Gouvernement s’est vu sermonné par le Ministre de la Justice pour avoir fait procéder à l’arrestation de Monsieur Evinx Daniel, impliqué dans une affaire de découverte de drogue à Port-Salut. Mr. Daniel est, parait-il, un proche du Président Martelly qui séjourne souvent dans son Hôtel lors de ses tournées sur la côte Sud d’Haïti.

Energie :

Le Ministre chargé de l’Energie et délégué auprès du Bureau du Premier Ministre, au lieu de définir la politique nationale en la matière, a préféré mettre en place une compagnie d’énergie parallèle à l’Ed’H pour financer l’installation de lampadaires solaires un peu partout à travers le pays, dans le cadre du programme « Banm Lumiè, Banm lavi ». Ce programme, financé par les fonds Petro Caribe, investit des millions de dollars américains dans l’achat de batteries dont la durée de vie moyenne est de trois ans maximum.

Qu’en sera-t-il après l’expiration de leur délai d’utilisation ? Gaspillage et perte sèche de fonds publics qu’il faudra rembourser en argent ou en nature. Le programme nécessite l’installation de nouveaux pylônes électriques  dont l’achat enrichit des propriétaires des Entreprises de vente de lampadaires, de panneaux solaires et de batteries ainsi que leurs associés.

Parallèlement, l’Ed’H est débranchée pour dettes par l’une des trois (3) compagnies productrices d’énergie électrique, E-Power. Quid de la promesse de courant 24 sur 24, prévu pour juillet 2013 ? Andresse Apollon a été congédiée. Le Conseil de Modernisation des Entreprises Publiques (CMEP) relance la question de la Privatisation de l’Ed’H, relayée par son nouveau Directeur Général Jean-Erol Morose. Entre temps, les turbines installées sous le barrage de Peligre s’essoufflent. Le black-out continue. L’Allemagne semble venir à la rescousse.

La commémoration des deux premières années du Président Martelly au Pouvoir tourne au Carnaval. Des autobus de l’Etat, remplis de manifestants en provenance des communes avoisinantes de l’aire métropolitaine, déferlaient sur le Champ de Mars sur fond de musique de danse.

En guise de bilan, des Députés du groupe Parlementaire pour la Stabilité et le Progrès (PSP) chantent les louanges du Président pour ses réalisations. Il s’agit, selon la malice populaire, de Parlementaires dont les circonscriptions ont bénéficié des 10 millions de gourdes prévus dans le budget pour chacune des 140 communes du pays. Le député de Ouanaminthe remportait la palme, en se jetant à genoux au pied du Président Martelly pour ses réalisations dans sa circonscription électorale.

C’est la grogne dans le camp des Parlementaires pour le Renforcement Institutionnel (PRI). Frustrés, ils accueillent le bilan du Premier Ministre à la rentrée parlementaire à coup de sifflets et de quolibets. Un spectacle désopilant offert par des parlementaires qui, quand ils ne se battent pas à coups de pieds lors du vote de la loi contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, s’adonnent à des combats de boxe, lors du vote de la Loi des Finances 2013-2014.

En plus de travaux d’infrastructure, des résultats positifs sont obtenus dans l’organisation du Carnaval. Le pouvoir a remporté quatre (4) succès consécutifs aux Cayes, deux (2) fois en été à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien.

Que fait l’opposition ?

3. Comportement de l’opposition

Elle est divisée. Non préparée pour affronter les joutes électorales, quelle que soit la date de leur organisation, l’opposition choisit la fuite en avant. De tout temps, l’opposition haïtienne est plus forte quand elle lutte pour le renversement d’un pouvoir. Mais, cette fois, elle se perd en maladresses et en dérives.

Son action aurait fait recette, si la population n’était pas fatiguée de voir les mêmes visages occupés la scène politique depuis plus d’un quart de siècle, si le discours avait changé, surtout quand il s’agit de critiques de ceux qui ont déjà dirigé en ne faisant pas mieux et dont la mauvaise gouvernance a valu la présidence à Martelly. Aucune autocritique. Pas d’examen de conscience. Les mêmes techniques de combats, faites de manifestations de rues, de pneus enflammés sur la chaussée, de casses de véhicules et de jets de pierres, sont réprimées par la police par des tirs de grenades de gaz lacrymogènes, nocifs pour la santé de ceux ou celles qui les inhalent.

Les partis politiques de l’opposition s’accusent de recevoir des millions de dollars américains de l’étranger pour financer les manifestations. Depuis le 17 octobre 2013, les manifestations de rues véhiculent des relents de lutte de classes ou de couleur. Dessalines, symbolisant les noirs et les pauvres visitent Pétion à Pétion-Ville, symbolisant les nantis et les mulâtres. Eternelle rengaine quand on n’a rien de positif à proposer.

Ce message pernicieux et dangereux, en plein 21e siècle, affaiblit la démarche de l’opposition. L’aile extrémiste de Lavalas, conduite par le Sénateur Moise Jean-Charles, éclabousse l’aile apparemment modérée conduite par le docteur Maryse Narcisse. Les deux (2) factions n’ont pu s’entendre sur le parcours d’une manifestation, organisée le 29 novembre 2013, date anniversaire du massacre des électeurs en 1987 à la Ruelle Vaillant, lors des premières élections démocratiques noyées dans le sang par les Forces Armées d’Haïti (FAd’H). Tiens ! Pendant toutes leurs années de pouvoir total (1994-2004), les lavalassiens qui n’avaient jamais pensé aux victimes du 29 novembre 1987, s’en souviennent brusquement et réclament justice. Il nous faut croire tous imbéciles ou amnésiques pour afficher tant d’audace et d’hypocrisie. Quand on n’a pas de discours neuf et constructif, on cherche des cadavres à brandir.

Dans cette guerre de clans, une figure se détache. Celle du Sénateur Dieuseul Desras Simon, Président du Sénat et de l’Assemblée Nationale, qui, semble-t-il, a décidé de prendre la tête de l’opposition politique au Pouvoir du Président Martelly. Ses sorties, lors de la convocation du Parlement en Assemblée Nationale en novembre dernier ou à travers les correspondances adressées maladroitement à son Homologue Chilien, sont contestées par des chefs de groupuscules politiques qui eux aussi ont des velléités présidentielles.

Cette ambiance délétère affecte le décollage économique d’un pays en mal d’élites véritables.

  • PLAN ÉCONOMIQUE

Cette ambiance éloigne de nos rives les lueurs d’espoir créées par l’accession de Michel Martelly au pouvoir. Le pays va-t-il perdre le bénéfice de nombreux événements internationaux, susceptibles de lui donner une certaine visibilité sur la scène régionale et internationale ?

Haïti a assuré la présidence tournante du CARICOM au cours du premier semestre de l’année 2013 et accueilli la Conférence des Chefs d’Etat et des Premiers Ministres. Haïti a été le siège de l’organisation de la 11e Conférence de l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). Haïti a participé avec succès à la Cari fiesta au Surinam.

Cependant, le pays continue de battre les records de mauvais classement dans les rapports annuels sur l’environnement des affaires, le développement humain et la perception de la corruption. Haïti occupe le 8e rang sur 178 parmi les 10 pays les plus faillis du monde, selon le « Rapport annuel du Foreign Policy », édité aux Etats-Unis d’Amérique du Nord. Les critères retenus sont les problèmes économiques récurrents, l’absence de service public, l’insécurité, la corruption et l’intervention étrangère. Haïti est classé 177e sur 189 pays dans le Rapport « Doing Business » de la Banque Mondiale. Le Rapport de Transparency International 2013 classe Haïti parmi les 15 pays dont la perception de la corruption est la plus élevée dans le monde avec 19 points sur 100.

Le chômage, la faim et la vie chère continuent de tenailler une grande partie de la population haïtienne, estimée aujourd’hui à plus de 10 millions d’habitants. Dans un pays ou plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la Fondation Rose a empoché plus de 200 mille dollars de recettes au cours de la soirée commémorative des 25 ans du groupe musical « Sweet Micky ».Preuve éclatante de disparité sociale. Ces fonds seront-ils affectés au financement du programme de lutte contre la Pauvreté extrême dirigé par le Ministre Rose Anne Auguste ou à celui du Programme d’Assistance sociale « Edé Pèp », exécuté par le Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES) ? Cette dernière institution, créée par la Banque Mondiale et la Banque Interaméricaine de Développement (BID) se détourne-t-elle de sa Mission fondamentale de construction d’infrastructures de base dans les domaines de l’éducation et de la santé ?

Le Gouvernement s’offusque parce que la Représentante de la Banque Mondiale critique l’utilisation abusive et non transparente des fonds alloués dans le cadre du Programme Petro Caribe. Effectivement, on ne peut promouvoir l’Etat Providence avec l’argent d’autrui. Le pays qui fournit cette assistance, le Venezuela, est en proie à des problèmes sociaux gravissimes. Quelle est la durabilité de programmes dont le financement ne provient pas de fonds endogènes inscrits au Budget de la République?

La reconstruction des bâtiments publics traîne. Des enclos de tôles colorées gênent la circulation automobile dans plusieurs endroits de la capitale. Que se passe-t-il derrière ? Les promesses se multiplient. Les unes sont tenues, d’autres non ou pas encore, selon certains. La sécurité est mise à mal par les nombreux cas d’assassinats de policiers et de civils malgré un léger progrès dans ce domaine. Des groupes armés s’affrontent par endroits ou attaquent les transporteurs maritimes vers La Gonâve.

Ces situations compromettent la stabilité tant indispensable à rendre ce pays ouvert aux affaires. Le Président Martelly crée souvent ses propres situations de crise et d’instabilité, affectant le programme de son Ministre du Tourisme, une Ministre cohérente dans ce gouvernement toujours menacé de renvoi par un Sénat en mal de majorité.

Le Pouvoir Exécutif n’est pas encore parvenu à faire adopter une loi des Finances au parlement. Depuis deux années fiscales consécutives, le pays vit sans Budget régulièrement voté au Parlement. Malgré les restrictions sur les importations de produits avicoles de la République Dominicaine, le déficit de la balance commerciale se creuse davantage dans les échanges commerciaux entre les deux pays qui se partagent l’ile d’Hispaniola. Le pays importe presque tout ce qu’il consomme.

Les transferts de fonds de la Diaspora, évalués à près de 2 milliards de dollars américains l’an n’arrivent pas à estomper les manques à gagner du marché touristique et le repli de l’aide humanitaire gérée par des Organisations Non Gouvernementales. La valeur de la gourde s’en ressent sur le marché des changes. Elle s’échange à 44 gourdes 15 pour un dollar américain.

Le Cadre de Coopération de l’Aide au Développement (CAED), créé par le Gouvernement pour remplacer la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), co-présidée par le Premier Ministre et l’ex-Président américain Clinton est une structure mort-née. Les démarches du Gouvernement en vue de la réactivation de l’aide directe butent sur la mauvaise gestion des fonds du Programme Petro Caribe et la perception élevée de la prévalence de la corruption en Haïti.

Le Premier Ministre et certains Parlementaires, faisant partie d’une délégation qui a visité certains pays de l’Union Européenne, se sont laissés berner à Bruxelles par des promesses de déblocage de centaines de millions d’Euros, pendant que l’Europe est en crise économique.

La grève de la Douane a affecté la collecte de ressources nécessaires au financement des dépenses de l’Etat. La baisse du pouvoir d’achat de la population est criante en cette période de fin d’année 2013. C’est dans ce contexte économique morose que le Conseil Supérieur des Salaires (CSS) a pris la décision de porter le salaire minimum des employés du secteur de la sous-traitance à 225 gourdes par jour. Ce qui provoque la colère d’ouvriers le jugeant nettement insuffisant.

  • PLAN SOCIAL

Plus de 4 millions d’haïtiens vivent avec moins de 40 gourdes par jour. Ils sont des centaines à prendre le chemin de la mer tous les mois. Par centaines, ils sont rapatriés par les gardes côtes américains au large des Bahamas, quand ils ne périssent pas en mer par dizaines.

L’haïtien n’est bienvenu nulle part dans l’hémisphère. Sa prolifération, la couleur de sa peau, sa qualité comme main d’œuvre non formée inquiètent les pays de la région. Ils sont estimés à près de 20.000 à avoir franchi les frontières du Brésil, dont près de 12,000 sont clandestins. Des pays comme l’Equateur, le Pérou et la Bolivie sont inquiets de cette migration insupportable.

En Haïti, des déplacés vivent encore sous des tentes de fortune, près de 4 ans après le séisme du 12janvier 2010. Les dizaines de milliers de logements sociaux promis par le candidat Martelly tardent à sortir de terre. Les 3000 logements construits au pied du morne à cabris et baptisés « Village Lumane Casimir » ne sont pas encore occupés. Toute maison inoccupée et inhabitée est sujette à détérioration. Heureusement, à la fin de 2013, le Président Martelly a commencé à remettre des clefs à des futurs habitants.

Des composantes du programme « Edé Pep », comme Aba Grangou, Ti Manman Chéri, Koré Etudyan, Koré Peyizan, Koré Andikapé, Koré Granmoune, Panyé Solidarité, Kantine Mobile et Bon Solidarité enrichissent des importateurs de produits alimentaires et leurs associés, soulagent la faim de quelques milliers mais ne solutionneront pas le problème. Qui pourrait le croire ?

Haïti est la cible d’une conspiration internationale, menée par la République Dominicaine. La nouvelle division du travail, créée par la mondialisation de l’économie, consécutive à la chute du Mur de Berlin et de l’effondrement du communisme, avait consacré Haïti comme un marché pour l’économie de la République Dominicaine.

C’était l’un des objectifs de l’embargo (1991-1994) et des deux occupations militaires, survenues à dix ans d’intervalle, en 1994 et en 2004. Le gouvernement voudrait reconstituer l’armée, s’attaque aux intérêts de multinationales en République Dominicaine en s’opposant à tort ou à raison à la vente des produits avicoles en provenance de la République Dominicaine. Que se passe-t-il au sujet de l’exploitation de nos ressources minières ?

La décision de la Cour Constitutionnelle Dominicaine, de ravir les droits acquis de centaines de milliers de descendants d’haïtiens après 1929, s’inscrit dans une logique de déstabilisation du pouvoir politique haïtien. C’est peut-être ce qui est perçu comme une aide de millions de dollars américains pour financer la subversion en Haïti.

CONCLUSION

L’année 2014 sera pour Haïti celle de tous les espoirs ou celle de tous les dangers.

De tous les espoirs :

  • Si le Chef de l’Etat accepte de faire le ménage dans son entourage, modifie ses méthodes de gestion du Pouvoir (transparence et rigueur, meilleure allocation des dépenses exclusivement au profit du nécessaire et du durable), remanie son gouvernement, rétablit la cohésion et l’harmonie dans le fonctionnement des trois (3) Pouvoirs de l’Etat, par le dialogue et la concertation.
  • Si le Chef de l'État accepte d'organiser un dialogue avec tous les secteurs vitaux de la vie nationale en vue de dégager un consensus sur: 1. la désignation d'un comité de gestion du CEP chargé d'organiser les prochaines élections pour le renouvellement des 2/3 du Sénat, des Cartels municipaux et de la Chambre des députés; 2. sur une réforme en bonne et due forme de la Constitution de 1987 amendée; 3. la formation éventuelle d'un gouvernement de consensus pour le reste de son mandat.
  • Si les Elites haïtiennes, toutes catégories confondues, prennent enfin leurs responsabilités, s’élèvent à la hauteur des exigences de ce premier quart du XXIe siècle.
  • Si les Partis politiques se regroupent suivant leurs tendances et affinités, corrigent leur déficit de crédibilité, désignent moins de candidats aux élections.
  • Si les étudiants haïtiens cessent d’être les otages d’idéologies dépassées, surannées et défaillantes.
  • Si le Peuple haïtien décide de prendre enfin son destin en main.

 Dans le cas contraire, l'année 2014 sera celle de tous les malheurs. Les manifestations de rues s’intensifieront, les investissements s'éloigneront de nos rives, le chômage et la misère augmenteront, la gourde se dépréciera davantage, le cout de la vie s’aggravera surtout si les prix des carburants augmentent, la violence et l'insécurité feront rage dans le pays, le tout risquera même de compromettre le mandat du Président Martelly et de faire basculer le pays dans plus d’instabilité, avec son lot de boat people et de refugiés déferlant sur les côtes américaines voire celles des pays voisins.

Dans une telle situation, le grand perdant serait évidemment Haïti. Seule la MINUSTAH sortirait gagnante de cette vision apocalyptique. Son Mandat continuera d’être renouvelé chaque année.

D’importantes institutions locales comme internationales auront raison de rechercher un régime de substitution pour qu’Haïti ne devienne pas définitivement une entité chaotique ingouvernable.

Michel Soukar.

 

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La République Dominicaine a tué Haïti

Le Tribunal constitutionnel dominicain, la plus haute juridiction dominicaine, a décidé que les enfants nés de parents étrangers depuis 1929 ne pouvaient plus prétendre à la nationalité dominicaine.
Une disposition qui touche plus de 250 000 descendants d'Haïtiens.

Le jus soli, le droit du sol, était en vigueur en République dominicaine jusqu'à la Constitution de 2010 : Tous les enfants nés sur le sol dominicain avaient droit à la nationalité, à l'exception des enfants de diplomates et d'étrangers "en transit", d'une durée ne pouvant excéder dix jours. En droit l’on ne peut appliquer un texte de loi et son contraire. Les Dominicains, par leur souveraineté, étaient libres d’accorder ou non la nationalité aux enfants d’étrangers nés sur son territoire, selon le jus soli. Ils sont aujourd’hui tenus de supporter les conséquences de leurs décisions antérieures.

Le tort d’être noir dans l’autre République de Kiskéia. C’est dans ce contexte qu’intervient l’arrêt du Tribunal constitutionnel dominicain. Mesure raciste. Condamnée par la Commission interaméricaine des droits de l’homme, organe de l’OEA, les Nations unies, la Caricom, le Sénat américain, le Black Caucus, des gouvernements étrangers, des associations citoyennes, des milliers de "diasporas" dominicains. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme souligne : « La décision pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les descendants d'Haïtiens en République dominicaine, plongeant des dizaines de milliers d'entre eux dans un vide constitutionnel qui en feraient des apatrides privés d'accès aux services de base. » L’acte n’étonne, pas car le caractère raciste de la République voisine n’est plus à prouver et entièrement affirmée. Le tollé provoqué par l’affaire est dû au fait que cet arrêt viole les principes actuels gouvernant l’ordre public international. Cette mesure a ravivé la problématique haïtiano-dominicaine et fait ressortir les vieux démons racistes, l’anti-haïtianisme, la ségrégation, la discrimination et l’anti-dominicanisme pratiqué en Haïti du haut jusqu’au bas de l’échelle sociale. L’intensité des divergences d’opinions entre les deux pays rend cette situation extrêmement délicate et volatile.

L’arrêt a été pris pour des raisons de politique interne par certaines instances dominicaines suite aux préoccupations suscitées par une éventuelle influence étrangère dans le processus politique. Il se trouve que parmi ces étrangers il y a 210 000 Dominicains d’origine haïtienne considérés comme étrangers et 15 000 autres Dominicains d’origines étrangères diverses. Il subsiste toujours une sensibilité et des chicaneries entre les deux Républiques et leur problématique est remontée à la surface. D’autant plus que récemment un conflit commercial surgissait et résultait en une interdiction de l’État haïtien d’importer des produits carnés à cause de la présence dénoncée de la grippe aviaire en République dominicaine.

Les Espagnols d’Espagne arrivés après la guerre de 1936-1939 ne sont pas en principe visés par la disposition. Ils ne sont pas inquiétés par l’application de la mesure. Aussi les Cocolos (Ils sont descendants des Noirs libres anglophones venus des colonies de la Caraïbe orientale et arrivent en République dominicaine, à Cuba et dans certains Etats d’Amérique central, dont le Costa Rica et le Honduras, vers la fin du XIXe et début XXe siècles pour travailler dans les plantations et les chemins de fer.) Cubains, Portoricains, Vénézuéliens et les autres minorités d’étrangers. Les gouvernants et l’élite ultranationaliste dominicains, dans leur obsession de régler le problème haïtien par une sorte de nettoyage ethnique de type légal, ne se sont pas rendu compte des limites de la souveraineté des Etats ni du fait que, par cette décision, ils violaient carrément à la face du monde les principes fondamentaux régissant l’ordre international actuel.

(Tiré de l'article publié au Journal le Nouvelliste, Le tort d'être noir dans l'autre République de Kiskéia par Savannah Savary.)

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MICHEL SOUKAR: Le Bilan de 2013

Bilan 2013 Par Michel Soukar

L’année 2013 est marquée par la dislocation des trois (3) Pouvoirs de l’Etat, par une série de crises, de scandales et par quelques réalisations gouvernementales.
I. PLAN POLITIQUE

Les trois (3) Pouvoirs de l’Etat sont en désaccord sur bien des points. A la base, la sempiternelle question des élections et l’épineuse question de la formation du Conseil Electoral Permanent (CEP).
A.La Sempiternelle question des Élections

L’année 2013 était en principe une année électorale. Depuis l’accession du Président Michel Martelly au Pouvoir en mai 2011, les mandats des cartels des Mairies et du 1/3 du Sénat arrivaient à expiration. Le Pouvoir avait préféré remplacer les cartels élus par des agents intérimaires, une façon d’entretenir sa clientèle politique. Alors, 2013 débutait avec un accord bancal signé le 24 décembre 2012 entre un des conseillers du Président Martelly, Mr. Grégory Mayard-Paul et des représentants du Pouvoir Législatif, en vue de la mise en place du Conseil Transitoire du Conseil Électoral Permanent (CTCEP), grâce à la médiation de « Religion Pour la Paix ».

Ce Conseil serait chargé d’organiser, à la fin de l’année 2013, les élections en retard depuis deux (2) ans pour le renouvellement du tiers (1/3) du Sénat et des Collectivités Territoriales au niveau des communes et des Sections Communales. Car, le remplacement des cartels élus à la tête des Mairies par des Agents intérimaires agaçait les Parlementaires, les Partis politiques et les organisations de la Société Civile. En dépit des préoccupations sur la validité juridique du dit Accord, la Communauté Internationale et la Société Civile se félicitaient de sa signature.
1.Conseil Électoral Provisoire ou Permanent (CEP)

La première crise éclatait avec la contestation ayant suivi la désignation des représentants du Pouvoir Exécutif, de ceux du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), la constitution et l’installation d’un CEP à six (6) membres par le Président de la République. Alors que le choix des représentants de l’Exécutif était critiqué pour n’avoir pas reçu la sanction du Conseil des Ministres, ceux du CSPJ, présidé par Me. Anel Alexis Joseph également Président de la Cour de Cassation de la République, l’était parce qu’il résultait d’un vote sans majorité, contesté et dénoncé par quatre (4) des neuf (9) Membres du CSPJ.

En conséquence, la Fédération des Barreaux d’Haïti et les Organisations des Droits Humains avaient procédé au retrait de leurs représentants, Me Néhémy Joseph et Me Dilia Lemaire, au sein du CSPJ et conditionnaient leur retour à la reprise du vote dans des conditions régulières et transparentes.

Coup de théâtre, suite à une correspondance du Ministre de la Justice, la Fédération des Barreaux d’Haïti remettait en question la légitimité du mandat de Me Néhémy Joseph au sein du CSPJ, dont le mandat comme Bâtonnier de l’Ordre des Avocats des Gonaïves avait expiré. Les échanges et les débats radiophoniques sur la question de la fin du mandat de Me Néhémy Joseph se terminaient par le retrait de ce dernier. La Fédération des Barreaux d’Haïti désignait alors un autre Bâtonnier pour le remplacer au sein du CSPJ en la personne de Me. Jacques Letang.

De son côté, le Sénat de la République faisait monter les enchères en contestant, à travers une Résolution, le choix des Magistrats Anel Alexis Joseph et Michel Kesner Thermezi comme juges à la Cour de Cassation de la République ; le premier en raison de son âge avancé et le second ne figurant pas apparemment sur la liste initiale des noms de Magistrats soumis par le Sénat à l’Exécutif pour compléter la composition de ladite Cour.

Aussi, le Pouvoir Législatif conditionnait-il le choix de ses représentants au retrait de ceux du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), Yves Benoit Jean-Mary, Salnave Exantus et Patrick Metellus, installés au Conseil Electoral Permanent à six (6) membres. Ces derniers juraient qu’ils ne démissionneraient pour rien au monde et mettaient le Pouvoir Exécutif dans ses petits souliers.

Subitement, on se souvint qu’Il fallait intégrer des femmes dans le CTCEP.

Le premier scandale éclatait, suite à la plainte portée contre un des représentants du Pouvoir Exécutif, en l’occurrence Me. Josué Pierre-Louis, Président du CEP contesté, pour viol présumé sur la personne de son assistante, Mlle Marie Danielle Bernardin. Cette plainte était supportée, à grand renfort de publicité, par deux des principales organisations de promotion et de défense des Droits Humains dans le pays, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et la Solidarité Famm Ayisien (SOFA). Des lors, l’image et la réputation du Président du CTCEP contesté s’en trouvaient sérieusement entamées.

Suite à des pressions de toutes sortes, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) avait fini par designer de nouveaux représentants au cours d’un vote régulièrement organisé. Les noms des nouveaux représentants du CSPJ, Léopold Berlanger, Marie Carole Innocent Duclervil et Applys Félix, étaient communiqués au Pouvoir Exécutif aux fins de publication. Après maintes tractations, le Pouvoir Exécutif s’était résolu à designer de nouveaux représentants au CTCEP. Il suffisait simplement de dédommager les 6 membres du CEP contesté. Ce qui était fait.

Avec la désignation des représentants du Pouvoir Législatif, Marie Clunie Dumay Miracles, Pierre Simon Georges et Néhémy Joseph, le CTCEP affichait complet. Cependant, leur installation avait lieu, quatre mois après la signature de l’accord du 24 décembre 2012, en l’absence du Président de la République et du Premier Ministre, alors en voyage à l’étranger. Le CTCEP est présidé, sans surprise, par l’un des représentants de l’Exécutif en la personne de Me. Emmanuel Ménard, ancien Directeur de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH).

Après un rapide état des lieux, le CTCEP n’avait pas tardé à lancer les débats autour de l’élaboration d’une nouvelle loi électorale pour remplacer celle de 2008. Un avant-projet de loi électorale a été préparé et soumis à l’Exécutif pour être soumis à la sanction du Parlement. Cependant, apparemment déterminé à réduire d’un an le mandat du deuxième tiers du Sénat et à constater la caducité du Parlement le deuxième lundi de janvier 2014, en application de l’article 211 de la loi électorale de 2008, le Président de la République faisait passer le temps avant de transmettre l’avant-projet de loi électorale au Parlement.
2.La Fin du Mandat du 2e Tiers du Sénat

Une deuxième crise allait assombrir l’horizon politique à partir du débat lancé sur la fin du mandat du deuxième tiers du Sénat. Fallait-il privilégier, dans ce cas, la loi électorale de 2008 dans ses dispositions transitoires ou la Constitution de 1987 amendée qui fixe à six (6) ans le mandat des Sénateurs?

Apres deux mois de tergiversation, le Pouvoir Exécutif soumettait le projet de loi électorale revue, augmentée, corrigée, à la sanction du Parlement. Cette fois, le débat portait, entres autres, sur l’existence au sein du CTCEP soit d’une Direction générale dont le titulaire serait nommé par le Président de la République, soit d’une Direction Exécutive dont le titulaire serait nommé par le CEP.

La Chambre des députés s’était empressée de voter le projet de loi avant son ajournement le deuxième lundi du mois d’août 2013. Arrivé au Sénat, le projet de loi avait subi de sérieuses modifications. Pour devenir une loi, ce projet de loi devait non seulement être voté dans les mêmes termes par les deux branches du Parlement mais aussi être transmis à l’Exécutif pour être revêtu du sceau de la République avant sa publication dans le Journal officiel « Le Moniteur ».

Ayant d’autres chats à fouetter, l’Exécutif prenait tout son temps avant de convoquer la Chambre des Députés en session extraordinaire. Entre temps, la situation politique s’envenimait. L’opposition, regroupée au sein du Mouvement Patriotique de l’Opposition Démocratique (MOPOD) réclamait l’organisation des élections à la fin de l’année 2013 ou la démission du Président de la République. Elections ou démission était le slogan. La contestation ne tardait pas à prendre la forme de manifestations de rues dans plusieurs villes du pays. C’est dans cette atmosphère mouvementée que le Président Martelly allait commémorer le deuxième anniversaire de son accession à la Présidence de la République.
B.Deuxième Année au Pouvoir

C’est dans un contexte de crise politique aigue que le Président Martelly commémorait au Champ de Mars, le 14 mai 2013, le deuxième anniversaire de son accession à la Présidence. Quel est le bilan de l’action gouvernementale?
1.De petits « ».

Pour dresser le bilan des deux années du Président Martelly au Pouvoir, il suffit de revisiter les cinq (5) E de son programme initial. A la fin de 2012, ils étaient vides. A la fin de 2013, ils commencent avec peine à éclore.
Education :

C’est toujours la confusion sur le nombre exact d’enfants qui fréquentent l’école dans le cadre du Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO). Les écoles reçoivent avec des mois de retard la paye promise par l’Etat pour les enfants qui fréquentent gratuitement les cours de la 1ère à la 6ème année fondamentale. Direction et enseignants en souffrent. Ces derniers ont de plus en plus tendance à abandonner ce métier. La qualité de la formation des maîtres et de celle dispensée aux élèves reste questionnable. Quel citoyen veut-on former pour fonctionner dans quel cadre socio-économique ? Ne risque-t-on pas de produire davantage de médiocres ? Des enquêtes menées par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) révélaient l’existence de 766 écoles-bidons ainsi que des cas de détournements des fonds alloués au programme. Deux (2) pasteurs, directeurs d’écoles aux Gonaïves ont été arrêtés dans le cadre du PSUGO. En outre, le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) gagnerait à faire le jour sur la provenance des fonds qui financent le PSUGO, en l’absence du vote de la loi créant le Fonds National de l’Education (FNE), alimenté par les retenues sur les transferts d’argent de la Diaspora et les appels téléphoniques rentrant dans le pays. Enfin, une décantation est nécessaire entre le Programme Education Pour Tous (EPT), financé par la Banque Mondiale et le PSUGO. La campagne d’encouragement à la lecture et la poursuite des centres d’animation culturelle restent des initiatives positives.
Emploi:

Le Président Martelly, le Premier Ministre Lamothe et le Ministre de l’Economie et des Finances Wilson Laleau se contredisent sur le nombre d’emplois créés dans l’économie au cours des deux (2) premières années du Président Martelly au Pouvoir. Le Président dit avoir créé 400 mille emplois. Jusqu'à présent, les économistes haïtiens cherchent les secteurs dans lesquels ils sont créés, vu le niveau de chômage et de misère qui affecte les couches pauvres et moyennes de la population haïtienne. Une simple arithmétique permettrait d’additionner les emplois créés par la réfection de trottoirs, la construction de parcs sportifs, de routes, de places publiques, les travaux de correction de ravins, tous entrepris un peu partout à travers le pays.
Environnement :

En l’absence d’une politique et d’un programme clair en matière environnementale, le flou persiste quant aux résultats atteints dans ce domaine. Le taux de couverture forestière du pays est à son niveau le plus bas depuis l’indépendance. Les matières plastiques jonchent les rues, les ravines, le bord de mer malgré l’interdiction gouvernementale concernant l’importation, la commercialisation et l’utilisation des produits en polyéthylène (assiettes en froam et sachets en plastic noir). Le ministère annonce des alternatives qui se font trop attendre. Elles auraient du précéder l’interdiction. De plus, le Gouvernement poursuit une politique de façade en investissant des millions de dollars américains dans la peinture des maisons du grand bidonville dénommé « Jalousie », surplombant Pétion-Ville.
Etat de Droit :

Malgré la création et la mise en fonctionnement du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), l’indépendance du Pouvoir judiciaire est compromise par l’intrusion du Ministère de la Justice dans la nomination des juges.

Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) dénonce, par exemple, la nomination du juge Fermo Jude Paul au Tribunal de Première Instance de la Croix-des-Bouquets. Ce dernier, accusé de vol de chèque, de faux et usage de faux au préjudice de la Commission Européenne, a procédé à la libération de Mercidieu Calixte Valentin, un Conseiller du Président de la République qui avait froidement tué par balles Octanol Derissaint à Fonds Parisien, non loin de la frontière de Malpasse.

L’Expert Indépendant des Nations Unies, Mr. Michel Forst s’inquiète de la détérioration de la situation des droits humains dans le pays. La détention préventive prolongée demeure une préoccupation majeure. A l’ouverture de l’année judiciaire, le bâtonnier des Avocats du Barreau de Port-au-Prince, également Président de la Fédération des Barreaux d’Haïti, dressait un tableau sombre du fonctionnement de la justice dans le Pays.

Me André Michel et Me Newton Louis Saint-Juste sont persécutés pour avoir entrepris une action en justice contre la Première Dame, Mme Sophia Martelly et son fils M. Olivier Martelly, pour détournements de fonds et usurpation de fonction. Le Juge Jean Serge Joseph qui instruisait l’affaire est décédé dans des conditions jugées suspectes par certains. Le diagnostic des médecins de l’Hôpital Bernard Mews, où il été transporté en urgence, révélait un accident cérébral et vasculaire (ACV).

Selon les déclarations de Me Samuel Madistin, son décès serait survenu, suite aux menaces proférées par le Président de la République et son Premier Ministre. Cette affaire a valu la mise en accusation du Président de la République, de son Premier Ministre et de son Ministre de la Justice, Me Jean Renel Sanon par une Commission sénatoriale enquêtant sur la question.

Le Ministre de la Justice dénonce un complot en vue de l’assassinat du journaliste de Radio Caraïbes, Jean Monard Metellus. Ce complot serait ourdi à l’avenue Pouplard par des opposants politiques qui ne veulent pas l’organisation des élections. Le Ministre devait simplement demander au Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince de mettre l’action publique en mouvement contres ses auteurs présumés.

Le Parquet de Port-au-Prince est devenu un siège éjectable. Pas moins de neuf (9) Commissaires de Gouvernement se sont succédés à sa tête au cours des deux (2) premières années du mandat du Président Martelly, soit un Commissaire du Gouvernement tous les deux (2) mois et demi. Il s’agit tour à tour de Mes Felix Leger, Lionel Bourgouin, Sonel Jean-Francois, Elco Saint-Amand (nommé mais non installé), Gerald Norgaisse, Jean Renel Sainatus, Lucmane Delille, Francisco René et Darius Gerson Charles.

Suite à l’arrestation de Me André Michel et celui d’un Avocat au Tribunal de Paix de Delmas par Me Francisco René, la justice était paralysée. Les Avocats ont observé un arrêt de travail de 35 jours pour réclamer et obtenir sa révocation.

Aux Cayes, le Commissaire du Gouvernement s’est vu sermonné par le Ministre de la Justice pour avoir fait procéder à l’arrestation de Monsieur Evinx Daniel, impliqué dans une affaire de découverte de drogue à Port-Salut. Mr. Daniel est, parait-il, un proche du Président Martelly qui séjourne souvent dans son Hôtel lors de ses tournées sur la côte Sud d’Haïti.
Energie :

Le Ministre chargé de l’Energie et délégué auprès du Bureau du Premier Ministre, au lieu de définir la politique nationale en la matière, a préféré mettre en place une compagnie d’énergie parallèle à l’Ed’H pour financer l’installation de lampadaires solaires un peu partout à travers le pays, dans le cadre du programme « Banm Lumiè, Banm lavi ». Ce programme, financé par les fonds Petro Caribe, investit des millions de dollars américains dans l’achat de batteries dont la durée de vie moyenne est de trois ans maximum.

Qu’en sera-t-il après l’expiration de leur délai d’utilisation ? Gaspillage et perte sèche de fonds publics qu’il faudra rembourser en argent ou en nature. Le programme nécessite l’installation de nouveaux pylônes électriques dont l’achat enrichit des propriétaires des Entreprises de vente de lampadaires, de panneaux solaires et de batteries ainsi que leurs associés.

Parallèlement, l’Ed’H est débranchée pour dettes par l’une des trois (3) compagnies productrices d’énergie électrique, E-Power. Quid de la promesse de courant 24 sur 24, prévu pour juillet 2013 ? Andresse Apollon a été congédiée. Le Conseil de Modernisation des Entreprises Publiques (CMEP) relance la question de la Privatisation de l’Ed’H, relayée par son nouveau Directeur Général Jean-Erol Morose. Entre temps, les turbines installées sous le barrage de Peligre s’essoufflent. Le black-out continue. L’Allemagne semble venir à la rescousse.

La commémoration des deux premières années du Président Martelly au Pouvoir tourne au Carnaval. Des autobus de l’Etat, remplis de manifestants en provenance des communes avoisinantes de l’aire métropolitaine, déferlaient sur le Champ de Mars sur fond de musique de danse.

En guise de bilan, des Députés du groupe Parlementaire pour la Stabilité et le Progrès (PSP) chantent les louanges du Président pour ses réalisations. Il s’agit, selon la malice populaire, de Parlementaires dont les circonscriptions ont bénéficié des 10 millions de gourdes prévus dans le budget pour chacune des 140 communes du pays. Le député de Ouanaminthe remportait la palme, en se jetant à genoux au pied du Président Martelly pour ses réalisations dans sa circonscription électorale.

C’est la grogne dans le camp des Parlementaires pour le Renforcement Institutionnel (PRI). Frustrés, ils accueillent le bilan du Premier Ministre à la rentrée parlementaire à coup de sifflets et de quolibets. Un spectacle désopilant offert par des parlementaires qui, quand ils ne se battent pas à coups de pieds lors du vote de la loi contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, s’adonnent à des combats de boxe, lors du vote de la Loi des Finances 2013-2014.

En plus de travaux d’infrastructure, des résultats positifs sont obtenus dans l’organisation du Carnaval. Le pouvoir a remporté quatre (4) succès consécutifs aux Cayes, deux (2) fois en été à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien.

Que fait l’opposition ?
3. Comportement de l’opposition

Elle est divisée. Non préparée pour affronter les joutes électorales, quelle que soit la date de leur organisation, l’opposition choisit la fuite en avant. De tout temps, l’opposition haïtienne est plus forte quand elle lutte pour le renversement d’un pouvoir. Mais, cette fois, elle se perd en maladresses et en dérives.

Son action aurait fait recette, si la population n’était pas fatiguée de voir les mêmes visages occupés la scène politique depuis plus d’un quart de siècle, si le discours avait changé, surtout quand il s’agit de critiques de ceux qui ont déjà dirigé en ne faisant pas mieux et dont la mauvaise gouvernance a valu la présidence à Martelly. Aucune autocritique. Pas d’examen de conscience. Les mêmes techniques de combats, faites de manifestations de rues, de pneus enflammés sur la chaussée, de casses de véhicules et de jets de pierres, sont réprimées par la police par des tirs de grenades de gaz lacrymogènes, nocifs pour la santé de ceux ou celles qui les inhalent.

Les partis politiques de l’opposition s’accusent de recevoir des millions de dollars américains de l’étranger pour financer les manifestations. Depuis le 17 octobre 2013, les manifestations de rues véhiculent des relents de lutte de classes ou de couleur. Dessalines, symbolisant les noirs et les pauvres visitent Pétion à Pétion-Ville, symbolisant les nantis et les mulâtres. Eternelle rengaine quand on n’a rien de positif à proposer.

Ce message pernicieux et dangereux, en plein 21e siècle, affaiblit la démarche de l’opposition. L’aile extrémiste de Lavalas, conduite par le Sénateur Moise Jean-Charles, éclabousse l’aile apparemment modérée conduite par le docteur Maryse Narcisse. Les deux (2) factions n’ont pu s’entendre sur le parcours d’une manifestation, organisée le 29 novembre 2013, date anniversaire du massacre des électeurs en 1987 à la Ruelle Vaillant, lors des premières élections démocratiques noyées dans le sang par les Forces Armées d’Haïti (FAd’H). Tiens ! Pendant toutes leurs années de pouvoir total (1994-2004), les lavalassiens qui n’avaient jamais pensé aux victimes du 29 novembre 1987, s’en souviennent brusquement et réclament justice. Il nous faut croire tous imbéciles ou amnésiques pour afficher tant d’audace et d’hypocrisie. Quand on n’a pas de discours neuf et constructif, on cherche des cadavres à brandir.

Dans cette guerre de clans, une figure se détache. Celle du Sénateur Dieuseul Desras Simon, Président du Sénat et de l’Assemblée Nationale, qui, semble-t-il, a décidé de prendre la tête de l’opposition politique au Pouvoir du Président Martelly. Ses sorties, lors de la convocation du Parlement en Assemblée Nationale en novembre dernier ou à travers les correspondances adressées maladroitement à son Homologue Chilien, sont contestées par des chefs de groupuscules politiques qui eux aussi ont des velléités présidentielles.

Cette ambiance délétère affecte le décollage économique d’un pays en mal d’élites véritables.

PLAN ÉCONOMIQUE

Cette ambiance éloigne de nos rives les lueurs d’espoir créées par l’accession de Michel Martelly au pouvoir. Le pays va-t-il perdre le bénéfice de nombreux événements internationaux, susceptibles de lui donner une certaine visibilité sur la scène régionale et internationale ?

Haïti a assuré la présidence tournante du CARICOM au cours du premier semestre de l’année 2013 et accueilli la Conférence des Chefs d’Etat et des Premiers Ministres. Haïti a été le siège de l’organisation de la 11e Conférence de l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). Haïti a participé avec succès à la Cari fiesta au Surinam.

Cependant, le pays continue de battre les records de mauvais classement dans les rapports annuels sur l’environnement des affaires, le développement humain et la perception de la corruption. Haïti occupe le 8e rang sur 178 parmi les 10 pays les plus faillis du monde, selon le « Rapport annuel du Foreign Policy », édité aux Etats-Unis d’Amérique du Nord. Les critères retenus sont les problèmes économiques récurrents, l’absence de service public, l’insécurité, la corruption et l’intervention étrangère. Haïti est classé 177e sur 189 pays dans le Rapport « Doing Business » de la Banque Mondiale. Le Rapport de Transparency International 2013 classe Haïti parmi les 15 pays dont la perception de la corruption est la plus élevée dans le monde avec 19 points sur 100.

Le chômage, la faim et la vie chère continuent de tenailler une grande partie de la population haïtienne, estimée aujourd’hui à plus de 10 millions d’habitants. Dans un pays ou plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la Fondation Rose a empoché plus de 200 mille dollars de recettes au cours de la soirée commémorative des 25 ans du groupe musical « Sweet Micky ».Preuve éclatante de disparité sociale. Ces fonds seront-ils affectés au financement du programme de lutte contre la Pauvreté extrême dirigé par le Ministre Rose Anne Auguste ou à celui du Programme d’Assistance sociale « Edé Pèp », exécuté par le Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES) ? Cette dernière institution, créée par la Banque Mondiale et la Banque Interaméricaine de Développement (BID) se détourne-t-elle de sa Mission fondamentale de construction d’infrastructures de base dans les domaines de l’éducation et de la santé ?

Le Gouvernement s’offusque parce que la Représentante de la Banque Mondiale critique l’utilisation abusive et non transparente des fonds alloués dans le cadre du Programme Petro Caribe. Effectivement, on ne peut promouvoir l’Etat Providence avec l’argent d’autrui. Le pays qui fournit cette assistance, le Venezuela, est en proie à des problèmes sociaux gravissimes. Quelle est la durabilité de programmes dont le financement ne provient pas de fonds endogènes inscrits au Budget de la République?

La reconstruction des bâtiments publics traîne. Des enclos de tôles colorées gênent la circulation automobile dans plusieurs endroits de la capitale. Que se passe-t-il derrière ? Les promesses se multiplient. Les unes sont tenues, d’autres non ou pas encore, selon certains. La sécurité est mise à mal par les nombreux cas d’assassinats de policiers et de civils malgré un léger progrès dans ce domaine. Des groupes armés s’affrontent par endroits ou attaquent les transporteurs maritimes vers La Gonâve.

Ces situations compromettent la stabilité tant indispensable à rendre ce pays ouvert aux affaires. Le Président Martelly crée souvent ses propres situations de crise et d’instabilité, affectant le programme de son Ministre du Tourisme, une Ministre cohérente dans ce gouvernement toujours menacé de renvoi par un Sénat en mal de majorité.

Le Pouvoir Exécutif n’est pas encore parvenu à faire adopter une loi des Finances au parlement. Depuis deux années fiscales consécutives, le pays vit sans Budget régulièrement voté au Parlement. Malgré les restrictions sur les importations de produits avicoles de la République Dominicaine, le déficit de la balance commerciale se creuse davantage dans les échanges commerciaux entre les deux pays qui se partagent l’ile d’Hispaniola. Le pays importe presque tout ce qu’il consomme.

Les transferts de fonds de la Diaspora, évalués à près de 2 milliards de dollars américains l’an n’arrivent pas à estomper les manques à gagner du marché touristique et le repli de l’aide humanitaire gérée par des Organisations Non Gouvernementales. La valeur de la gourde s’en ressent sur le marché des changes. Elle s’échange à 44 gourdes 15 pour un dollar américain.

Le Cadre de Coopération de l’Aide au Développement (CAED), créé par le Gouvernement pour remplacer la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), co-présidée par le Premier Ministre et l’ex-Président américain Clinton est une structure mort-née. Les démarches du Gouvernement en vue de la réactivation de l’aide directe butent sur la mauvaise gestion des fonds du Programme Petro Caribe et la perception élevée de la prévalence de la corruption en Haïti.

Le Premier Ministre et certains Parlementaires, faisant partie d’une délégation qui a visité certains pays de l’Union Européenne, se sont laissés berner à Bruxelles par des promesses de déblocage de centaines de millions d’Euros, pendant que l’Europe est en crise économique.

La grève de la Douane a affecté la collecte de ressources nécessaires au financement des dépenses de l’Etat. La baisse du pouvoir d’achat de la population est criante en cette période de fin d’année 2013. C’est dans ce contexte économique morose que le Conseil Supérieur des Salaires (CSS) a pris la décision de porter le salaire minimum des employés du secteur de la sous-traitance à 225 gourdes par jour. Ce qui provoque la colère d’ouvriers le jugeant nettement insuffisant.

PLAN SOCIAL

Plus de 4 millions d’haïtiens vivent avec moins de 40 gourdes par jour. Ils sont des centaines à prendre le chemin de la mer tous les mois. Par centaines, ils sont rapatriés par les gardes côtes américains au large des Bahamas, quand ils ne périssent pas en mer par dizaines.

L’haïtien n’est bienvenu nulle part dans l’hémisphère. Sa prolifération, la couleur de sa peau, sa qualité comme main d’œuvre non formée inquiètent les pays de la région. Ils sont estimés à près de 20.000 à avoir franchi les frontières du Brésil, dont près de 12,000 sont clandestins. Des pays comme l’Equateur, le Pérou et la Bolivie sont inquiets de cette migration insupportable.

En Haïti, des déplacés vivent encore sous des tentes de fortune, près de 4 ans après le séisme du 12janvier 2010. Les dizaines de milliers de logements sociaux promis par le candidat Martelly tardent à sortir de terre. Les 3000 logements construits au pied du morne à cabris et baptisés « Village Lumane Casimir » ne sont pas encore occupés. Toute maison inoccupée et inhabitée est sujette à détérioration. Heureusement, à la fin de 2013, le Président Martelly a commencé à remettre des clefs à des futurs habitants.

Des composantes du programme « Edé Pep », comme Aba Grangou, Ti Manman Chéri, Koré Etudyan, Koré Peyizan, Koré Andikapé, Koré Granmoune, Panyé Solidarité, Kantine Mobile et Bon Solidarité enrichissent des importateurs de produits alimentaires et leurs associés, soulagent la faim de quelques milliers mais ne solutionneront pas le problème. Qui pourrait le croire ?

Haïti est la cible d’une conspiration internationale, menée par la République Dominicaine. La nouvelle division du travail, créée par la mondialisation de l’économie, consécutive à la chute du Mur de Berlin et de l’effondrement du communisme, avait consacré Haïti comme un marché pour l’économie de la République Dominicaine.

C’était l’un des objectifs de l’embargo (1991-1994) et des deux occupations militaires, survenues à dix ans d’intervalle, en 1994 et en 2004. Le gouvernement voudrait reconstituer l’armée, s’attaque aux intérêts de multinationales en République Dominicaine en s’opposant à tort ou à raison à la vente des produits avicoles en provenance de la République Dominicaine. Que se passe-t-il au sujet de l’exploitation de nos ressources minières ?

La décision de la Cour Constitutionnelle Dominicaine, de ravir les droits acquis de centaines de milliers de descendants d’haïtiens après 1929, s’inscrit dans une logique de déstabilisation du pouvoir politique haïtien. C’est peut-être ce qui est perçu comme une aide de millions de dollars américains pour financer la subversion en Haïti.
CONCLUSION

L’année 2014 sera pour Haïti celle de tous les espoirs ou celle de tous les dangers.

De tous les espoirs :

Si le Chef de l’Etat accepte de faire le ménage dans son entourage, modifie ses méthodes de gestion du Pouvoir (transparence et rigueur, meilleure allocation des dépenses exclusivement au profit du nécessaire et du durable), remanie son gouvernement, rétablit la cohésion et l’harmonie dans le fonctionnement des trois (3) Pouvoirs de l’Etat, par le dialogue et la concertation.
Si le Chef de l'État accepte d'organiser un dialogue avec tous les secteurs vitaux de la vie nationale en vue de dégager un consensus sur: 1. la désignation d'un comité de gestion du CEP chargé d'organiser les prochaines élections pour le renouvellement des 2/3 du Sénat, des Cartels municipaux et de la Chambre des députés; 2. sur une réforme en bonne et due forme de la Constitution de 1987 amendée; 3. la formation éventuelle d'un gouvernement de consensus pour le reste de son mandat.
Si les Elites haïtiennes, toutes catégories confondues, prennent enfin leurs responsabilités, s’élèvent à la hauteur des exigences de ce premier quart du XXIe siècle.
Si les Partis politiques se regroupent suivant leurs tendances et affinités, corrigent leur déficit de crédibilité, désignent moins de candidats aux élections.
Si les étudiants haïtiens cessent d’être les otages d’idéologies dépassées, surannées et défaillantes.
Si le Peuple haïtien décide de prendre enfin son destin en main.

Dans le cas contraire, l'année 2014 sera celle de tous les malheurs. Les manifestations de rues s’intensifieront, les investissements s'éloigneront de nos rives, le chômage et la misère augmenteront, la gourde se dépréciera davantage, le cout de la vie s’aggravera surtout si les prix des carburants augmentent, la violence et l'insécurité feront rage dans le pays, le tout risquera même de compromettre le mandat du Président Martelly et de faire basculer le pays dans plus d’instabilité, avec son lot de boat people et de refugiés déferlant sur les côtes américaines voire celles des pays voisins.

Dans une telle situation, le grand perdant serait évidemment Haïti. Seule la MINUSTAH sortirait gagnante de cette vision apocalyptique. Son Mandat continuera d’être renouvelé chaque année.

D’importantes institutions locales comme internationales auront raison de rechercher un régime de substitution pour qu’Haïti ne devienne pas définitivement une entité chaotique ingouvernable.

Michel Soukar.

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Le Président du Sénat convaincu que les troupes chilienne feraient le bon choix (Maj 14h00)
02/12/2013 08:17:56

Haïti - Politique : Le Président du Sénat convaincu que les troupes chilienne feraient le bon choix (Maj 14h00)
Suite à une mauvaise interprétation de nos confrères de la presse latino, de la correspondance du Sénateur Simon Dieuseul Desras, le Président du Sénat, adressée au parlement du Chili, notamment au Sénateur Jorge Pizarro Soto, Président du Sénat de ce pays. Le Président du Sénat, vient de nous faire parvenir une copie de sa correspondance (avec beaucoup de retard...). Aussi, afin de rétablir les faits nous publions l’intégralité de cette lettre, afin que nos lecteurs puissent se faire une meilleure opinion de sa démarche.

« Sénateur Jorge Pizarro Soto
Président de l'Assemblée Nationale du Chili en ses bureaux,-
Honorable Président,

Le Président du Sénat et de l'Assemblée Nationale de la République· d'Haïti vous présente ses salutations distinguées au nom de la solidarité interparlementaire et de l'universalité de la Démocratie. Il se fait le devoir d'alerter une fois de plus le Parlement frère du Chili sur la situation qui prévaut actuellement en Haïti.

Depuis quelques temps, en effet, il est évident pour tous les observateurs avisés, nationaux et internationaux que notre pays glisse inexorablement vers l'ingouvernabilité sous l'impulsion des pratiques inconstitutionnelles, illégales et arbitraires de l'Exécutif. Ce pouvoir atypique fait fi des valeurs républicaines, vassalise la justice et mène depuis son avènement une guerre ouverte contre le Parlement qu'il projette de dissoudre.

Depuis deux ans et quatre mois le Président de la République exerce le pouvoir sans se soucier d'honorer les échéances électorales pour le renouvellement du tiers du Sénat et des Membres des Collectivités territoriales, en transgression de la loi-mère.

Or dans tout État démocratique, les pouvoirs publics ne peuvent tenir leur légitimité que de la volonté du Peuple exprimée à la faveur d'élections sincères, libres et régulières réalisées périodiquement sur la base du suffrage universel.

Dans le cas qui nous occupe, il y a des ombres épaisses au tableau de la gouvernance. À preuve, les autorités de l'Exécutif foulent aux pieds le pouvoir de contrôle dévolu au Parlement en s'opposant farouchement à l'installation des nouveaux juges administratifs élus souverainement par le Sénat de la République en remplacement des anciens dont le mandat est arrivé à terme depuis le 30 septembre 2013. Or, c'est à la Cour supérieure des Comptes et du contentieux administratif que la Constitution assigne la mission de contrôler la gestion rationnelle et efficace des ressources publiques et de distribuer une saine justice administrative.

On comprend que les partis politiques, la société civile et les organisations militantes ne puissent que sanctionner ce comportement dictatorial par des appels à la mobilisation contre le pouvoir en place qualifié de rebelle à la Constitution et au régime de droit.

Honorable Président,

Votre pays est partie prenante à la Mission des Nations-Unies pour la stabilisation d'Haïti par la présence sur place d'une composante de votre armée et/ou de votre police. Dans l'éventualité de troubles relatifs aux luttes du Peuple haïtien pour la défense des droits et des libertés publiques, la restauration de la souveraineté nationale, le Parlement haïtien vous fait part de ses préoccupations quant aux comportements et aux actions futures de vos soldats sur notre territoire.

Somme toute, il est à retenir que le déficit de confiance des populations dans les deux branches du Pouvoir Exécutif et d'autres griefs aggravants contre le mode de conduite des affaires publiques rendent prévisible une précipitation de la crise ambiante susceptible de faire basculer le pays dans le chaos durant les mois à venir.

Honorable Président,

Le Parlement haïtien est convaincu que les troupes de votre pays choisiraient, si la tournure des événements l'impose, de défendre le peuple haïtien assoiffé de démocratie contre les excès d'un pouvoir arbitraire et totalitaire.

Par mon organe, le Parlement s'empresse de tirer la sonnette d'alarme sur cette catastrophe annoncée, en espérant de votre part toutes démarches dissuasives, toutes mesures prohibitives qui concordent avec les meilleurs élans de la solidarité parlementaire.

Misant sur vos convictions et vos traditions démocratiques, le Parlement vous prie d'agréer, Honorable Président, l'expression de sa très haute considération.

Simon Dieuseul Desras
Président du Sénat de la République »

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Discours de Hugo CHAVEZ à Washington

Discours de Hugo Chavez à l'ONU Discours de Hugo Chavez à la 61ème assemblée générale de l’ONU - 20 septembre 2006 Représentants des gouvernements du monde, bonjour à tous. Tout d’abord, je voudrais très respectueusement inviter ceux qui n’ont pas lu ce livre à le lire. Noam Chomsky, l’un des Américains et des intellectuels du monde les plus prestigieux, Noam Chomsky, et ceci est l’un de ces tout derniers ouvrages, « Hegemony or Survival : The Imperialist Strategy of the United States. » [L’hégémonie ou la survie : La stratégie impérialiste des Etats-Unis] [Chavez brandit le livre et l’agite en face de l’Assemblée Générale.] C’est un excellent livre qui nous aide à comprendre ce qui s’est passé dans le monde au cours du 20ème siècle, sur ce qui se passe aujourd’hui et sur la plus grande menace qui plane sur notre planète. Les prétentions hégémoniques de l’Empire américain mettent en danger la survie-même de l’espèce humaine. Nous continuons de vous alerter sur ce danger et nous en appelons au peuple des États-Unis et au monde à faire cesser cette menace, qui est une épée de Damoclès. J’avais pensé, un moment, vous faire la lecture de ce livre, mais pour des raisons de temps, [il fait tourner les pages du livre, qui sont nombreuses] je me contenterai de vous le recommander. Il se lit facilement, c’est un très bon livre, et je suis sûr, Madame la Présidente, que vous le connaissez. Il a été publié en anglais, en russe, en arabe et en allemand. Je pense que les premiers qui devraient le lire sont nos frères et nos sœurs des Etats-Unis, parce que la menace se trouve exactement dans leurs propres foyers. Le diable s’est introduit chez eux. Le diable, le diable lui-même, est dans leur maison. Et Hier, le diable est venu ici. Ici, le diable est entré. Juste ici. [Il fait le signe de croix] Et ça sent encore le soufre aujourd’hui. Hier, Mesdames et Messieurs, de cette tribune, le président des Etats-Unis, le monsieur que j’appelle le Diable, est venu ici parler comme s’il possédait le monde entier. Vraiment. Comme s’il était le propriétaire du monde. Je pense que nous pourrions appeler un psychiatre pour analyser la déclaration que le président des Etats-Unis a faite hier. En tant que porte-parole de l’impérialisme, il est venu pour faire partager ses remèdes de charlatan afin d’essayer de préserver le modèle actuel de domination, d’exploitation et de pillage des peuples du monde. Alfred Hitchcock aurait pu utiliser [cette déclaration] comme scénario pour un de ses films. Je peux même proposer un titre : « La Recette du Diable ». Comme Chomsky le dit [dans son livre] de façon claire et détaillée, l’empire américain fait tout ce qu’il peut pour consolider son système de domination. Et nous ne pouvons pas lui permettre de faire cela. Nous ne pouvons autoriser que la dictature mondiale se consolide. La déclaration du dépositaire du monde — cynique, hypocrite, emplie de cette hypocrisie impérialiste provenant de leur besoin de tout contrôler. Ils disent qu’ils veulent imposer un modèle démocratique. Mais c’est cela leur modèle démocratique ! C’est le modèle fallacieux des élites et, je dirais, une démocratie très originale qui s’impose par les armes, les bombes et l’artillerie. Quelle étrange démocratie ! Aristote pourrait bien ne pas la reconnaître — ou les autres qui sont aux racines de la démocratie. Quelle sorte de démocratie imposez-vous avec les marines et les bombes ? Hier, le président des Etats-Unis nous a dit, ici-même, dans cette salle, et je cite : « Partout où vous regardez, vous entendez des extrémistes vous dire que vous pouvez échapper à la pauvreté et retrouver votre dignité par la violence, la terreur et le martyre ». Partout où il regarde, il voit des extrémistes. Et vous, mes frères — il regarde la couleur de votre peau et il dit, oh ! il y a un extrémiste. Evo Morales, le valeureux président de Bolivie est, pour lui, un extrémiste. Les impérialistes voient des extrémistes partout. Ce n’est pas que nous soyons des extrémistes. C’est que le monde se réveille. Il se réveille partout. Et les gens se lèvent. J’ai le sentiment, cher dictateur du monde, que vous allez vivre le reste de votre vie comme un cauchemar, parce que le reste d’entre nous se lève, tous ceux qui se soulèvent contre l’impérialisme américain, qui réclament l’égalité, le respect, la souveraineté des nations. Oui, vous pouvez nous appeler des extrémistes, mais nous sommes en train de nous soulever contre l’empire, contre ce modèle de domination. Alors, le président a dit — et c’est lui qui l’a dit — : « Je suis venu parler directement aux populations du Moyen-Orient, pour leur dire que mon pays veut la paix ». C’est vrai. Si nous marchons dans les rues du Bronx, si nous nous promenons dans New York, Washington, San Diego, dans n’importe quelle ville, San Antonio, San Francisco et que nous demandons aux gens, aux citoyens des Etats-Unis, que veut ce pays ? Veut-il la paix ? Ils diront oui. Mais ce gouvernement ne veut pas la paix. Le gouvernement des États-Unis ne veut pas la paix. Il veut exploiter son système d’exploitation, de pillage, d’hégémonie par la guerre. Il veut la paix ? Mais que se passe-t-il en Irak ? Que se passe-t-il au Liban ? En Palestine ? Que se passe-t-il ? Que s’est-il passé ces 100 dernières années en Amérique latine et dans le monde ? Et à présent il menace le Venezuela — de nouvelles menaces contre le Venezuela, contre l’Iran ? Il a parlé au peuple libanais. Beaucoup d’entre vous, leur a-t-il dit, ont vu comment leurs maisons et leurs communautés ont été prises dans les tirs croisés. Comment peut-on être cynique à ce point ? Quelle capacité à mentir d’un air penaud ! Les bombes sur Beyrouth d’une précision millimétrée ? Ce sont des feux croisés ? Il pense à un western, lorsque les gens dégainent de la hanche et tirent et que quelqu’un se trouve pris dans les feux croisés. Ceci est impérialiste, fasciste, assassin, génocide. L’empire et Israël qui tirent sur les Palestiniens et les Libanais. C’est ce qu’il s’est passé. Et à présent, nous entendons « Nous souffrons parce que nous voyons nos maisons détruites ». Le président des Etats-Unis est venu parler aux peuples — aux peuples du monde. Il est venir leur parler — j’ai apporté quelques documents avec moi, parce que ce matin je lisais quelques déclarations — et je vois qu’il s’est adressé au peuple d’Afghanistan, au peuple du Liban, au peuple de l’Iran. Et il s’est adressé directement à ces peuples. Et vous pouvez vous demander, alors que le président des États-Unis s’adresse à ces peuples du monde, ce que ces peuples du monde lui diraient si on leur donnait la parole ? Qu’auraient-ils à dire ? Et je pense avoir une petite idée de ce que les peuples du Sud, les oppressés pensent. Ils diraient « Impérialiste yankee, rentre chez toi ! » Je pense que c’est ce que ces peuples diraient si on leur donnait le micro et s’ils pouvaient parler d’une seule voix aux impérialistes américains. Et voici pourquoi, Madame la Présidente, mes chers collègues, mes amis, l’année dernière nous sommes venus ici dans cette même salle, comme nous l’avons fait ces huit dernières années, et nous avons dit quelque chose qui s’est à présent confirmée — entièrement, entièrement confirmée. Je ne pense pas que quiconque dans cette pièce pourrait défendre ce système. Voyons les choses en face ! Soyons honnêtes ! Le système de l’ONU, né après la Deuxième Guerre mondiale, a fait faillite. Il est inutile. Oh, oui ! Il est bon de nous réunir tous ensemble une fois par an, de nous rencontrer, de faire des déclarations et de préparer toutes sortes de longs documents et d’écouter de bons discours, comme celui que de (inaudible), hier, celui du Président Lula. Oui c’est bon pour cela. Et il y a beaucoup de discours et nous en avons entendu beaucoup, du président du Sri Lanka, par exemple, et de la Présidente du Chili. Mais nous, l’assemblée, avons été transformés en un organe à peine délibérant. Nous n’avons aucun pouvoir, aucun pouvoir d’avoir le moindre impact sur la terrible situation mondiale. Et c’est pourquoi le Venezuela propose une nouvelle fois, ici, aujourd’hui, le 20 septembre [2006] que nous ré-établissions les Nations unies. L’année dernière, Madame, nous avons fait quatre propositions modestes que nous ressentions comme étant d’une importance cruciale. Nous devons en assumer la responsabilité, nos chefs d’États, nos ambassadeurs, nos représentants, et nous devons en discuter. La première est l’extension [du Conseil de Sécurité], et Lula en parlé hier ici-même. Le Conseil de Sécurité comporte à la fois une catégorie permanente et une catégorie non-permanente, (inaudible) les pays en développement et les pays sous-développés doivent accéder à des sièges de membres permanents. C’est la première étape. Deuxièmement, des méthodes efficaces pour s’occuper et résoudre les conflits mondiaux, des décisions transparentes. Point trois, la suppression immédiate — et c’est une chose à laquelle tout le monde appelle — du mécanisme antidémocratique connu sous le nom de veto, le veto sur les décisions du Conseil de Sécurité. Permettez-moi de vous donner un exemple récent. Le veto immoral des Etats-Unis qui a permis aux Israéliens, en toute impunité, de détruire le Liban. Exactement devant nous tous alors que nous étions debout à regarder, une résolution du conseil fut empêchée. Quatrièmement, nous devons renforcer, comme nous l’avons toujours dit, le rôle et les pouvoirs du secrétaire général des Nations-Unies. Hier, le secrétaire général nous a pratiquement livré son discours d’adieu. Et il a reconnu que pendant ces dix dernières années, les choses sont tout simplement devenues plus compliquées ; la faim, la pauvreté, la violence, les violations des droits de l’homme se sont aggravées. C’est la conséquence extrême de l’effondrement du système des Nations Unies et des prétentions hégémoniques des États-Unis. Madame, le Venezuela, il y a quelques années, a décidé de livrer cette bataille au sein des Nations unies en reconnaissant l’ONU. En tant que membres, et nous prêtons nos voix, nos réflexions. Notre voix est une voix indépendante pour représenter la dignité et la recherche de la paix et ré-élaborer le système international ; pour dénoncer la persécution et l’agression par les forces hégémoniques de la planète. Voici comment le Venezuela s’est présenté. La patrie de Bolivar a cherché à obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité. Voyons ! Bon, il y a eu une attaque en règle par le gouvernement étasunien, une attaque immorale, pour essayer d’empêcher le Venezuela d’être élu librement à un poste au Conseil de Sécurité. L’imperium a peur de la vérité, il a peur des voix indépendantes. Il nous appelle extrémistes, mais ce sont eux les extrémistes. Et j’aimerais remercier tous les pays qui ont aimablement annoncé leur soutien au Venezuela, même si le scrutin est secret et qu’il n’est pas nécessaire d’annoncer ces choses. Mais étant donné que l’imperium a attaqué, ouvertement, ils ont renforcé les convictions de nombreux pays. Et leur soutien nous renforce. Le Mercosur, en tant que bloc, a exprimé son soutien. Nos frères du Mercosur. Le Venezuela, avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, est un membre à part entière du Mercosur. Et de nombreux autres pays d’Amérique Latine, CARICOM et la Bolivie ont exprimé leur soutien au Venezuela. La Ligue Arabe, l’ensemble de la Ligue arabe a exprimé son soutien, nos frères des Caraïbes, l’Union Africaine. Presque toute l’Afrique a exprimé son soutien pour le Venezuela et des pays comme la Russie et la Chine et beaucoup d’autres. Je vous remercie chaleureusement de la part du Venezuela, de la part de notre peuple et de la part de la vérité, parce que le Venezuela, avec un siège au Conseil de Sécurité, n’exprimera pas seulement la pensée du Venezuela, mais il sera aussi la voix de tous les peuples du monde et nous défendrons la dignité et la vérité. Au-delà et au-dessus de tout cela, Madame la Présidente, je pense que nous avons des raisons d’être optimistes. Un poète aurait dit « désespérément optimistes », parce qu’au-dessus et au-delà des guerres et des bombes et de la guerre agressive et préventive et la destruction de peuples entiers, on peut voir qu’une nouvelle ère se dessine. Ainsi que Silvio Rodriguez le dit, cette ère donne naissance à un cœur. Il y a des moyens alternatifs de penser. Il y a des jeunes gens qui pensent différemment. Et ceci s’est déjà vu en l’espace d’une simple décennie. Il a été démontré que la fin de l’histoire était une affirmation totalement fausse et la même chose a été démontrée à propos de la Pax Americana et de l’établissement du monde capitaliste néolibéral. Il a été démontré que ce système engendre la pauvreté. Qui le croit maintenant ? Ce que nous avons à faire maintenant est de définir le futur du monde. L’aube se lève partout. Vous pouvez vous en rendre compte en Afrique et en Europe et en Amérique Latine et en Océanie. Je veux insister sur cette vision optimiste. Nous devons nous renforcer, notre volonté de livrer bataille, notre conscience. Nous devons construire un monde nouveau et meilleur. Le Venezuela se joint à cette lutte et c’est pourquoi nous sommes menacés. Les Etats-Unis ont déjà planifié, financé et mis en place un coup d’Etat au Venezuela et ils continuent de soutenir les tentatives de coup d’Etat au Venezuela et ailleurs. La Président Michelle Bachelet nous a rappelé, il y a juste un instant, l’assassinat horrible de l’ancien ministre des Affaires Etrangères, Orlando Letelier. Et je voudrais ajouter une chose : Ceux qui ont perpétré ce crime sont libres. Et cet autre événement où un citoyen américain est mort, tué par les Américains eux-mêmes. Ils étaient des tueurs de la CIA, des terroristes. Et nous devons rappeler dans cette pièce que dans exactement trois jours il y aura un autre anniversaire. Trente ans auront passé depuis cette attaque terroriste horrible contre l’avion cubain de la ligne Cubana de Aviacion, où 73 innocents ont trouvé la mort. Et où se trouve le plus grand terroriste de ce continent qui a pris la responsabilité de faire sauter cet avion ? Il a passé quelques années en prison au Venezuela. Mais grâce à la CIA et aux responsables du gouvernement [vénézuélien] de l’époque, il fut autorisé à s’échapper et il vit dans ce pays, protégé par le gouvernement [des Etats-Unis]. Mais il a été condamné. Il avait avoué son crime. Mais les normes du gouvernement étasunien sont à géométrie variable. Il protège les terroristes lorsqu’il le veut. Et ceci, pour dire que le Venezuela est entièrement engagé à combattre le terrorisme et la violence. Et nous sommes l’un des peuples qui combattent pour la paix. Luis Posada Carriles est le nom de ce terroriste qui est protégé ici. Et d’autres personnes extrêmement corrompues qui se sont échappées du Venezuela vivent aussi ici sous protection : un groupe qui a posé des bombes dans diverses ambassades, qui a assassiné des gens pendant le coup d’Etat. Ils m’ont kidnappé et ils allaient me tuer, mais je pense que Dieu est descendu et notre peuple est sorti dans les rues et l’armée y était aussi et ainsi je suis ici devant vous, aujourd’hui. Mais ces personnes qui ont dirigé ce coup d’Etat sont ici, aujourd’hui, dans ce pays, protégés par le gouvernement américain. Et j’accuse le gouvernement américain de protéger ces terroristes et d’avoir un discours complètement cynique. Nous avons mentionné Cuba. Oui, nous y étions, il y a encore quelques jours. Nous sommes revenus de là-bas très heureux. Et là-bas, vous voyez qu’une nouvelle ère est née. Le Sommet des 15, le Sommet des non-alignés, ont adopté une résolution historique. Ceci est le document qui en a résulté. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous le lire. Mais vous avez toute une série de résolutions ici qui ont été adoptées d’une façon transparente après un débat ouvert – par plus de 50 chefs d’Etats. Pendant quelques semaines, La Havane était la capitale du Sud et nous avons donné, une fois encore, un nouvel élan au groupe des non-alignés. Et s’il y a quelque chose que j’aimerais vous demander à tous ici, mes compagnons, mes frères et mes sœurs, c’est de bien vouloir prêter votre bonne volonté pour permettre un nouvel élan au Mouvement des Non-Alignés afin de donner naissance à une nouvelle ère, pour empêcher l’hégémonie et empêcher de nouvelles avancées de l’impérialisme. Et comme vous le savez, Fidel Castro est le président des non-alignés pour les trois prochaines années et nous pouvons lui faire confiance pour qu’il dirige cette charge efficacement. Malheureusement, ils ont pensé « Oh ! Fidel est en train de mourir. » Mais ils vont être déçus parce qu’il n’est pas mort. Et non seulement il est en vie, il est de retour dans son uniforme vert et il préside désormais les non-alignés. Donc, mes chers collègues, Madame la Présidente, un nouveau mouvement, fort, est né, un mouvement du Sud. Nous sommes des hommes et des femmes du Sud. Avec ce document, avec ces idées, avec ces critiques. Je referme à présent mon dossier. Je prends le livre avec moi. Et, n’oubliez pas, je le recommande très fortement et très humblement à vous tous. Nous voulons des idées pour sauver notre planète, pour sauver la planète de la menace impérialiste. Et espérons que dans ce siècle-même, dans pas trop longtemps, nous verrons cette, nous verrons cette nouvelle ère. Et pour nos enfants et nos petits-enfants, un monde de paix basé sur les principes fondamentaux des Nations-Unies, mais de Nations-Unies rénovées. Et peut-être devrons-nous déménager leur siège. Peut-être devons nous le mettre ailleurs ; peut-être dans une ville du Sud. Nous avons proposé le Venezuela. Vous savez que mon médecin personnel a dû rester dans l’avion. Le chef de la sécurité a dû rester enfermé dans un avion verrouillé. Aucuns de ces deux messieurs n’ont été autorisés à venir assister à la réunion de l’Onu. Ceci est un autre abus et un autre abus de pouvoir de la part du Diable. Cela sent le soufre ici, mais Dieu est avec nous et je vous embrasse tous.

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LE DISCOURS DE COPE

Discours de Jean-François Copé à Chateaurenard

Discours de Châteaurenard

Dimanche 25 août 2013

Chers amis,

Vous revoir un beau dimanche d’août sous le soleil de Provence,

Vous revoir si joyeux, si chaleureux, si nombreux à Chateaurenard,

Vous revoir chez Bernard Reynès qui nous accueille une fois de plus avec son indéfectible amitié,

Voilà qui ravive les souvenirs formidables de l’année dernière.

Il y a un an, ici-même, avec vous, mes amis, j’annonçais ma candidature à la présidence de l’UMP.

Il y a un an, ici-même, je proposais pour notre famille une ligne politique forte, au service de la France.

Il y a un an, ici-même, nous lancions ensemble une fantastique campagne.

En un an, j’ai accompli un long voyage. J’ai parcouru un long chemin, dans toute la France. A la rencontre de toutes celles et de tous ceux qui partagent nos valeurs et notre envie de préparer l’avenir.

J’ai entendu les inquiétudes et les interrogations. J’ai aussi vu beaucoup d’émotions, d’enthousiasmes, de passions.

Tout cela reste gravé dans mon cœur. Merci de votre amitié, de votre soutien, de votre loyauté.

N’ayons pas peur des mots. Je vous ai toujours dit les choses franchement : la crise qui a suivi l’élection a été un désastre pour notre famille politique et pour chacun d’entre nous.

Et je vous le confie, à cette occasion, j’ai beaucoup appris sur la nature humaine. Sur le caractère de chacun. Sur ceux qui, dans les tempêtes, sont courageux, solides, fidèles. Et puis sur ceux qui le sont moins.

Dans ces moments si difficiles, où j’ai entendu tant de mensonges, tant de calomnies, tant de choses si contraires à la vérité, je pensais à vous. A vos colères. A vos incompréhensions. Et c’est cela qui m’a permis de tenir. Je voulais vous le dire. Et vous remercier encore une fois de la force que vous me donnez.

Votre mobilisation aujourd’hui, encore plus importante qu’il y a un an, en apporte une nouvelle démonstration.

Durant cette période, je n’ai eu qu’un objectif, un seul : préserver l’unité de notre famille politique.

Pour cela, j’ai d’abord fait le choix de ne jamais répondre aux polémiques et aux accusations blessantes. Et Dieu sait s’il y en a eu !

Ce choix était difficile. Vous connaissez mon tempérament… Il était d’ailleurs particulièrement difficile aussi pour ceux qui m’avaient soutenu et qui ont été blessés ou mis en cause injustement à travers moi.

Je vous remercie de l’avoir compris. C’était la seule voie pour sortir de la spirale infernale. Répondre aux outrages n’aurait fait qu’envenimer les querelles.

J’ai ensuite fait le choix de rassembler autour de moi dans l’équipe dirigeante toutes les sensibilités de l’UMP. Ceux qui m’avaient soutenu, comme ceux qui ne m’avaient pas soutenu. Parce qu’il n’a jamais été question de considérer qu’il y avait au sein de notre famille politique, une victoire des uns contre les autres…

Enfin, troisième décision : j’ai voulu redonner la parole aux militants, parce que l’UMP, c’est vous. Personne n’avait le droit de confisquer votre vote.

Le 30 juin, vous vous êtes mobilisés en masse – presque autant que le 18 novembre. A une écrasante majorité - plus de 93% -, vous avez manifesté votre volonté que l’équipe dirigeante que je préside poursuive son mandat jusqu’en novembre 2015, comme prévu. Ce vote, cette marque de confiance m’a infiniment touché et m’engage.

Mes chers amis, on me dit parfois que ce type de crise serait un classique de la vie politique. Qu’on la retrouve, sous une forme ou sous une autre, à chaque changement de génération. Et bien moi, je m’engage, devant vous, en tant que président de l’UMP, à tout faire pour que nous n’ayons plus jamais à revivre de tels déchirements.

Je ne me laisserai plus jamais piéger par les querelles intestines.

Je veux de toutes mes forces m’élever au-dessus de la politique politicienne qui n’est pas à la hauteur de ce que nos compatriotes attendent de nous, ni de l’idée que je me fais de l’engagement politique. Je ne me suis pas engagé pour cela.

Je me suis engagé pour mon pays. Je me suis engagé pour mes compatriotes. Je me suis engagé par vous et pour vous. Et je me suis fait le serment, pendant cette crise si lamentable, tellement inutile, tellement absurde, de ne plus me laisser entraîner vers le bas, vers ces passions viles qui nous font tant de mal.

Avec le vote du 30 juin, n’en déplaise aux grincheux, la page a été tournée. Désormais, l’UMP est prête pour une nouvelle étape : l’action. La reconquête.

Et ceux qui prétendaient ou espéraient que l’UMP ne se relève pas de sa défaite en 2012, ceux-là doivent regarder la réalité telle qu’elle est :

· L’UMP est aujourd’hui la 1ère force militante de ce pays,

· Depuis un an, scrutin après scrutin, nous gagnons toutes les élections partielles.

· Et lorsque le conseil constitutionnel a décidé, hélas, d’invalider les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy le 4 juillet dernier, lorsque j’ai décidé de lancer une grande souscription nationale pour surmonter cet obstacle financier, les Français ont répondu massivement à l’appel.

Aujourd’hui, je suis en mesure de vous annoncer que plus de 10,5 millions d’euros ont été recueillis en 6 semaines. Au cœur de l’été. C’est la plus importante collecte jamais réalisée par un parti politique dans l’histoire de la Vème République.

Certes, elle ne met pas l’UMP à l’abri des contingences financières. Loin de là… Pour agir et défendre nos convictions, nous avons toujours besoin de soutiens. Mais je le dis et je l’assume, c’était notre devoir d’être aux côtés de Nicolas Sarkozy dans cette épreuve et les Français ont répondu en très grand nombre à notre appel.

Je veux remercier tous les militants, tous les élus qui ont contribué à cette souscription. Vous donnez déjà du temps, de l’énergie, de l’imagination à notre mouvement. Vous lui avez aussi donné les moyens de poursuivre son action au service de la France.

Je veux aussi dire ma gratitude à tous nos sympathisants, tous nos électeurs qui ont voulu manifester leur soutien en allant au-delà d’un bulletin de vote les dimanches d’élection.

Beaucoup sont devenus donateurs et plus de 45 000 ont même décidé de nous rejoindre en adhérant à l’UMP. Ce qui est inédit, en si peu de temps, dans l’histoire de notre mouvement.

Je veux enfin remercier tous les Français qui, sans partager forcément nos idées, ont compris qu’il était dangereux de réduire le débat politique à une opposition de façade entre la gauche et les extrêmes. Oui, à travers cette souscription, les Français ont marqué leur attachement à une opposition républicaine solide.

Et grâce à vous tous, je peux dire aujourd’hui que la voix de l’UMP ne s’éteindra pas.

Certes, quand je parle de la voix de l’UMP, il arrive qu’on me reprenne, avec un air critique : « Pourquoi n’arrivez-vous pas à faire parler l’UMP d’une seule voix ? »

Parler d’une seule voix ? C’est humainement impossible et de plus, cela n'aurait aucun sens. L’UMP, c’est aujourd’hui le parti qui incarne toutes les sensibilités et les personnalités de la droite et du centre. Et je veille scrupuleusement à ce que toutes les voix s'expriment dans leur diversité. C'est cela, la richesse d'un grand parti !

Il est normal qu’il y ait une grande liberté d'expression. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais proposé la création des mouvements au sein de l'UMP, que vous avez largement soutenue : la droite forte, la droite sociale, France Moderne et Humaniste, les gaullistes, la droite populaire…

Alors bien sûr, je ne suis pas dupe. Tel ou tel peut être tenté de – comment dire ? – « jouer perso ». Mais où est le drame tant que cela contribue à enrichir le débat ? Où est le drame si lorsque vient le temps de la décision, tout le monde s’accorde pour travailler ensemble au service des Français ?

Je le dis simplement : l’avenir ne peut pas s’écrire les uns sans les autres. Et encore moins les uns contre les autres. L’avenir s’écrira ensemble… Ou il s’écrira sans nous

C’est ma responsabilité de rassembler. C’est mon engagement.

Et surtout, c’est le point de départ pour le nouvel horizon que nous devons viser : nous devons désormais devenir le parti de tous les Français. Devenir le point de ralliement de tous ceux qui veulent préparer la relève de notre pays, quel que soit leur engagement originel.

Après 15 mois de présidence de François Hollande, la déception est si grande que nous devons devenir pour tous les Français le parti de référence. Même pour ceux qui n’ont pas voté pour nous en 2012 en considérant qu’une alternance était nécessaire.

François Hollande leur avait promis de réenchanter le rêve. On voit les résultats : l’explosion du chômage, des impôts, de la délinquance.

On est passé de la grande illusion à la grande désillusion. Avec son goût amer et la colère qui gronde…

L’été que nous venons de vivre en a été la triste illustration.

L’escalade fiscale s’est poursuivie alors que jamais les Français n’ont été autant écrasés de taxes, d’impôts et de charges. C’est désormais le premier frein à la croissance.

On a vécu un grand moment il y a trois jours !

Pierre Moscovici vient de reconnaître « le ras-le-bol fiscal » des Français. Mais de qui se moque-t-il ? Sous la dictée de François Hollande, c’est lui qui a déjà décidé d’augmenter les impôts de 34 milliards d’euros l’année passée. C’est lui qui va en remettre une dose : encore 6 milliards d’euros supplémentaires. Sans compter l’augmentation à venir de la CSG pour financer l’absence de courage de François Hollande sur les retraites… et la petite dernière : la taxe carbone annoncée cette semaine pour faire plaisir aux Verts.

Avec ce traitement de choc, comment voulez-vous que nos entreprises se développent, que les délocalisations s’arrêtent, que le chômage recule vraiment ?

Pour sauver notre économie et nos emplois, il n’y a qu’une seule solution : il faudra revenir sur toutes les hausses d’impôts et de charges décidées par François Hollande. Et pour cela, baisser de 10% la dépense publique, - 130 milliards d’euros en moins. Baisser la dépense, comme le font tous les autres pays européens. Tous les ménages, toutes les entreprises en difficulté.

On me dit qu’à La Rochelle, les socialistes parlent beaucoup de ma proposition de baisser les impôts. Il faut dire qu’ils ne voient l’action publique qu’à travers l’augmentation d’impôts. « Les riches paieront », disent-ils. Sauf qu’en réalité, ce sont tous les Français qui payent et je prédis que nos concitoyens vont s’étrangler en recevant dans quelques jours leur avis d’imposition.

Malheureusement, les problèmes ne se cantonnent pas à la sphère économique. Elle est loin, la France apaisée que nous promettait le candidat Hollande…

Voyez ce qui s’est passé à Trappes lorsque des émeutes ont éclaté parce que des provocateurs refusaient de respecter l’interdiction de la burqa. Cette loi pour laquelle avec mes amis députés, je me suis tant battu. Quel malheur de voir qu’une partie de la gauche est prête à céder aux extrémistes qui provoquent la République en demandant qu’on revienne sur cette loi ! Il faut dire que François Hollande lui-même n’avait pas eu le courage de la voter…

Dans ce contexte d’exaspération, le rendez-vous des élections municipales de mars prochain ne sera pas un rendez-vous comme les autres. Il revêt une importance capitale.

Il faut dire aux Français que la seule chance de voir François Hollande renoncer à cette politique suicidaire pour notre pays, c’est de lui infliger une sanction massive au moment des élections.

Voilà pourquoi l’UMP doit devenir dès 2014 le parti de tous les Français.

Et ceux qui pensent qu’on peut gagner 2017 sans gagner 2014 se trompent lourdement.

L’objectif qui doit mobiliser toute l’UMP aujourd’hui, ce n’est pas 2017. C’est 2014. Les municipales, puis les européennes. Et 2015, les élections régionales et cantonales.

Oui, c’est avec 2014 que tout va se jouer.

Regardons les choses en face : depuis 2004, la droite et le centre ont perdu toutes les élections locales. Et c’est en perdant du terrain, territoire après territoire, que nous avons fini par laisser la gauche prendre tous les pouvoirs…

Et bien, en retour, c’est ville par ville, village par village, quartier par quartier, que nous allons reconquérir le cœur des Français.

Oui, c’est en nous mettant au service de nos concitoyens, c’est en facilitant leur vie au quotidien, c’est en leur montrant notre efficacité sur le terrain, que nous arriverons demain à regagner leur confiance pour les élections nationales.

Il faut montrer aux Français qu’on vit mieux dans une ville administrée par l’UMP que par la gauche, qui fait exploser les impôts locaux et fuir les entreprises.

Ou par le Front National qui, il est bon de la rappeler, a toujours fait la preuve de son incompétence et de ses turpitudes dans les villes qu’il avait gagnées. Demandez aux habitants de Toulon ou de Vitrolles le souvenir qu’ils en gardent…

Sur ce point, je veux prévenir les Français à propos du Front national.

Vous le savez, nous sommes unanimes à l’UMP pour dire qu’il n'y aura aucun accord, aucune alliance électorale avec le Front national. Jamais.

Il faut donc expliquer sans relâche à celui ou celle qui veut sanctionner la gauche que s’il vote pour l’extrême-droite, il enlève une voix à l’UMP. Et si dans certaines villes, le Front National fait des scores élevés au premier tour, il pénalisera l’UMP, au risque de faire gagner la gauche. Pour le plus grand bonheur de François Hollande, digne héritier, en la matière, de François Mitterrand.

Mais, en contrepartie, je veux dire aux Français qui seraient tentés de voter Front National par exaspération, que notre famille politique n’a pas l’intention de faire de l'eau tiède ou de la langue de bois sur les sujets qui les préoccupent ou les angoissent.

La gauche m'a beaucoup reproché de mettre les pieds dans le plat sur les sujets qui fâchent.

Elle oublie ou elle feint de ne pas voir que les Français attendent des responsables politiques qu’ils aient le courage de regarder la réalité en face et de proposer des solutions.

Qu’est-ce qui fait à chaque fois monter l’extrême-droite ? Ce n’est pas de dire les choses telles qu’elles sont. C’est de les nier. C’est le déni du réel face à la violence dans les quartiers ou la montée du communautarisme. C’est l’impuissance de l’Etat à maîtriser l’immigration. C’est l'incapacité du gouvernement à proposer un chemin de croissance et d’emploi pour la France.

Les Français doivent savoir qu’une nouvelle génération UMP est en train de naître, bien consciente de ces défis et instruite des leçons du passé. Vous verrez lors des prochaines municipales, d'innombrables nouveaux visages

Une nouvelle génération UMP, animée par un amour profond de la Nation, de son histoire, de sa culture, de ses valeurs.

Une nouvelle génération qui a soif de servir le bien commun et qui a la ferme volonté de ne plus subir la domination idéologique de la gauche.

Une nouvelle génération, riche de sa diversité, avec des jeunes et des moins jeunes, avec des personnes de toutes origines, de toutes conditions sociales, qui partagent le désir de porter avec nous un élan de reconstruction dans toute la France.

J’ai décidé de me mettre au service de cette nouvelle génération pour renouveler en profondeur la vie politique de notre pays. Nous avons déjà investi plus de 80% des têtes de listes pour les municipales. Et nous allons accompagner partout les candidats pour leur donner les moyens de se former et de gagner !

Pour renouer la confiance avec les Français, il nous faut donc reconquérir leur cœur sur le terrain. Mais nous devons aussi revoir en profondeur le contenu programmatique de l’UMP.

Nous ne sommes pas là pour refaire l’histoire ; nous sommes là pour préparer l’avenir.

Nous ne sommes pas là pour devenir un mouvement purement contestataire, une sorte de Tea Party à l’américaine ; nous sommes un parti de gouvernement qui doit incarner les aspirations du Peuple de France.

Nous ne sommes pas là pour nous enferrer dans les querelles de personnes ou les attaques ad hominem à l’égard de ceux que nous avons servi ; nous sommes là pour commencer à préparer, dans la sérénité et sans langue de bois, l’alternance démocratique. C’est-à-dire une vision. Un projet. Un avenir.

Mes chers amis, je voudrais partager avec vous une conviction très forte. Une conviction qui peut ouvrir de nouveaux chemins pour la France. Après cinq ans de joug socialiste, les Français auront envie d’une chose. Une seule. Retrouver le goût de la liberté ! Liberté !

Notre pays porte aujourd’hui des chaînes que l’œil ne voit pas. Notre mission sera d’aider les Français à s’en débarrasser pour libérer les énergies et les talents.

Je pense d’abord à la liberté de créer, de prendre des risques, de réussir, d’échouer et de repartir vers l’avant… La liberté d’entreprendre.

Oui, il faut refaire de la France une terre de réussite pour tous ceux qui se donnent du mal et qui travaillent. Pour tous ceux qui innovent. Pour tous ceux qui se battent pour un avenir meilleur.

Tous ces Français qui créent de la richesse et de l’emploi, tous ces Français qui inventent et qui labourent. Ces ouvriers, ces salariés, ces agriculteurs, ces entrepreneurs, ces commerçants, ces artisans, ces chercheurs, ces créateurs, ces professeurs… Ceux que j’appelle « le front des producteurs ».

Or, jour après jour, la gauche les entrave. Par des taxes. Des normes. Et pire, par une culpabilisation permanente de ceux qui ont envie d’agir. Voyez le traitement scandaleux que le gouvernement réserve aux auto-entrepreneurs…

Malgré tout cela, les Français continuent d’avancer : ce sont eux qui font la croissance. Pas Monsieur Hollande. Sa politique n’est pas un moteur. C’est une bride. Et bien, mes amis, il va falloir couper la bride !

La liberté de créer, de travailler, d’entreprendre, c’est vital pour notre pays. Mais il va aussi falloir reconquérir la liberté de dire ce que l’on pense, sans avoir à subir les foudres du politiquement correct. La liberté d’assumer ce que l’on croit, ce que l’on veut. La liberté d’aimer notre Nation et de le dire. D’aimer notre langue, notre drapeau, notre histoire, notre culture. La liberté d’aimer et de défendre notre art de vivre et nos valeurs !

J'ai bien vu, tout au long de cette année la violence qui s'est déchainée contre ceux qui défendaient un certain nombre d'idées, comme je le faisais. Sur la montée de l'intégrisme religieux. Sur des comportements qui défient l'autorité de l'Etat.

Sur ces bizarres contradictions qui conduisent un jeune manifestant contre la loi Taubira en prison dans des conditions épouvantables, alors que dans le même temps, des voyous qui détroussent un train de banlieue sont relâchés avec un simple rappel à la loi!

Le combat pour la liberté, c’est enfin de protéger la liberté d’aller et de venir en sûreté. D’avoir un bien, un terrain, sans craindre de se faire voler, attaquer ou squatter. Combien de fois faudra-t-il rappeler à la gauche qu’un pays sans sécurité, c’est un pays sans liberté ?

Je veux sur ce point vous parler d’une affaire extrêmement grave. Il s’agit de la réforme pénale de Madame Taubira.

Derrière la querelle mise en scène cet été par Manuel Valls, il y a une vraie question : quelle politique pénale pour la France ?

Une fois de plus, François Hollande tergiverse alors que le Président de la République doit incarner sur ces sujets l’autorité et la fermeté.

Ce qui importe, ce ne sont pas les gesticulations du ministre de l’Intérieur, préoccupé par sa seule côte de popularité. Ce sont les faits !

Les faits, c’est que Madame Taubira n’a pas construit une seule place de prison et qu’elle refuse de le faire.

Elle suit une ligne idéologique extrêmement claire : pour elle, la prison créé de la délinquance.

Pourtant, la vérité, c’est que c’est l’impunité qui créé la délinquance.

Alors quand on veut supprimer les peines planchers pour les récidivistes,

quand on refuse de sanctionner les comportements graves de certains mineurs délinquants,

quand on réduit automatiquement les peines,

quand on assume de relâcher des condamnés, par idéologie…

il ne faut pas s’étonner ensuite de lire tous les jours dans les journaux les tragédies commises par des délinquants « bien connus des services de police ». Des délinquants multirécidivistes qui terrorisent nos concitoyens. Dans les quartiers comme dans les zones rurales.

Et je veux redire à Jean-Claude Gaudin, mon indignation après les attaques scandaleuses du ministre de l’Intérieur à son encontre. Pour masquer ses échecs, Manuel Valls cible le maire de la 2ème ville de France

La ficelle est un peu grosse : pouvez-vous m’expliquer pourquoi, à Paris, Monsieur Delanoë ne serait pour rien dans l’explosion de la délinquance que tout le monde constate, alors qu’à Marseille, tout serait la faute de Jean-Claude Gaudin ?

Serait-ce parce que Monsieur Delanoë est dans la majorité et Monsieur Gaudin est dans l’opposition ? Serait-ce parce que les élections municipales approchent ?

La vérité, c’est que le premier responsable de l’échec dans la lutte contre la délinquance et les réseaux mafieux, c’est Manuel Valls.

Jean-Claude, tu as notre soutien. Nous ne laisserons pas le ministre de l’Intérieur faire la campagne municipale des socialistes à Marseille à coup de mensonges d’Etat.

Et je m’y engage, à l’Assemblée nationale et au Sénat, nous serons mobilisés jour et nuit contre les dangers de cette réforme pénale.

Pour chaque délit, une sanction rapide, ferme et juste. Voilà ce qu’il faut pour restaurer la sécurité, première des libertés !

Mes amis, dans un pays asphyxié par la doctrine socialiste, nous avons devant nous un formidable chemin d’alternance à ouvrir avec les Français en menant ce combat pour la liberté.

Le combat pour la liberté, c’est redire que chaque Français compte, chaque Français est important, avec ses forces et ses faiblesses.

C’est donner à chacun, y compris au plus modeste, les moyens de révéler ses talents, plutôt que de privilégier la bureaucratie et les idéologies qui écrasent les initiatives.

C’est comprendre que la réussite de la France, c’est la conjugaison de toutes les réussites des Français. Dans tous les domaines.

N’ayons jamais honte de défendre la liberté de la personne humaine, et notamment des plus vulnérables.

La liberté contre les oppressions communautaristes ou le conformisme des bien-pensants.

La liberté contre les dérives d’un Etat ou d’une Europe qui étouffe au lieu de servir.

La liberté, c’est considérer que ce n’est pas un monsieur dans son bureau à Paris ou à Bruxelles, aussi intelligent soit-il, qui va décider pour tout le monde, ce qui est bon pour nous, à notre place.

La liberté, c’est redonner aux Français la maitrise de leur destin. C’est faire confiance aux familles, aux acteurs de terrain, aux corps intermédiaires, en leur confiant des responsabilités et en leur demandant ensuite de rendre des comptes et d’assumer leur choix.

La liberté, c’est de lutter toujours contre la tentation des plus forts d’imposer leur loi au détriment des plus fragiles.

Je sais que ce mot de « liberté » est un mot polémique. Cela fait bien des années qu’il n’a pas été revendiqué haut et fort dans notre famille politique. Il est pourtant au cœur de nos valeurs. Encore une victoire idéologique que nous avons laissée à la gauche… Prononcez le mot « Liberté » et aussitôt, on vous accusera d’être ultralibéral. Quelle erreur !

La liberté, c’est un mot magnifique. Un combat qui est au cœur du génie français. Il a inspiré nos philosophes, nos écrivains, nos poètes, nos peintres, nos économistes, nos hommes d’Etat…

Des libéraux, bien sûr : de Montesquieu à Turgot, de Chateaubriand à Tocqueville… Mais pas seulement ! La liberté, ce n’est pas un parti. C’est l’âme de la France.

De Delacroix qui la peignait guidant le peuple, étendard à la main, sur les barricades des Trois Glorieuses, à de Gaulle qui parlait de ce pacte multiséculaire entre la grandeur de la France et la liberté du Monde, sans oublier Eluard qui écrivait son nom, en 1942, alors que la France était occupée.

Et combien de nos aînés sont morts à travers les siècles, pour la défendre, la liberté !

Est-ce un hasard si nos aînés l’ont choisi pour figurer dans notre devise nationale à la première place ? Non, dans l'esprit de ceux qui ont fait 1789, la liberté était une valeur majeure. Comme l’égalité.

Or, les idéologues, à gauche, ont imposé une bien-pensance : pour eux, on n’en fait jamais assez pour l’égalité et toujours trop pour la liberté.

Pour eux, l’ultra-égalitarisme est un paradis et l’ultra-libéralisme un enfer. C’est absurde ! Les deux doivent être combattus.

L’ultra égalitarisme, c’est le refus de l’effort. C’est le refus du mérite. C’est le refus de toute réussite et de toute différence. C’est la morale de l’envie. Le triomphe de la jalousie. La victoire du ressentiment.

Chaque tête qui dépasse doit devenir un bouc émissaire méticuleusement guillotiné. Et si possible, en place publique. Pour que tout le monde se partage les dépouilles.

Ce n’est vraiment pas la France que l’on aime ! Et l’intégrisme obsessionnel des socialistes dans ce domaine depuis un an en est la terrible illustration.

L’ultra-libéralisme n’est pas un projet plus enviable. C’est la liberté sans limite. L’idée que la loi du plus fort serait toujours la meilleure. L’ultra-libéralisme devient alors l’ennemi de la liberté…

Moi, je veux défendre une éthique de la liberté. Elle a pour nom responsabilité.

La liberté, ce n’est sûrement pas le droit de faire n’importe quoi. C’est assumer ses actes et leurs conséquences. C’est accepter l’équilibre des droits et des devoirs.

La liberté, ce n’est pas davantage l’ultra-individualisme et la culture de l’égoïsme. Le chacun pour soi, non merci ! C’est d’ailleurs ce que nous voulons montrer avec la « Révolution civique. »

Si on fait croire aux citoyens qu’il faut tout attendre de l’Etat, on les déresponsabilise.

Ceux pour qui tout va bien finissent par ne plus se soucier du plus fragile, en se disant que le service public s’en occupera pour eux…

Ceux qui sont dans la difficulté sont enfermés dans l’assistanat, au mépris de leur dignité.

Inversement, quand on fait confiance aux personnes, aux familles, aux associations, on libère alors des trésors illimités de générosité et de fraternité chez les Français.

Mais la liberté, ce n’est pas non plus le rejet de l’Etat et d’un projet politique partagé. Au contraire, je vous le dis clairement, la liberté au 21ème siècle, elle passe par un Etat fort et efficace.

Par une puissance publique modernisée et recentrée sur ses missions essentielles, dont la première est justement de garantir les libertés !

Nous avons besoin d’un Etat efficace pour assurer la sécurité et la propriété.

Nous avons besoin d’un Etat efficace pour garantir l’égalité des chances et la reconnaissance du mérite. Pour offrir à chaque jeune Français, quelle que soit son origine ou sa condition sociale une formation adaptée et un droit à une seconde chance. Pour lutter contre les discriminations qui enferment et qui pénalisent.

Nous avons besoin d’un Etat efficace pour lutter contre les extrémistes qui veulent imposer leur loi au-dessus des lois de la République. Pour lutter contre les terroristes qui veulent museler la liberté de la presse.

Nous avons besoin d’un Etat efficace pour briser les diktats de certains acteurs économiques qui exploitent leurs positions de force par rapport aux PME ou aux consommateurs.

Et surtout, nous avons besoin d’un Etat efficace pour attirer les investisseurs, pour mener une politique favorable à l’emploi en diminuant les impôts, les charges, les normes. Pour assurer une stabilité législative et fiscale. Pour réduire l’impact désastreux de ces contrôles incessants de l’URSSAF et de l’inspection du travail.

En un mot, pour remplacer une société de défiance par une société de confiance.

Mes chers amis, le combat pour la liberté, c’est aussi le combat pour que la France garde la maîtrise de son destin dans le monde. Qu’elle garde une voix audible pour peser sur le cours de l’Histoire

Un pays qui refuse de poursuivre ses investissements dans le nucléaire, un pays qui interdit toute recherche sur le gaz de schiste, au risque de perdre son indépendance énergétique, est-ce encore un pays libre ?

Un pays qui dépend des marchés financiers à force de dépenser toujours plus qu’il ne gagne, est-ce encore un pays libre ?

Un pays qui coupe les vivres à son armée, en baissant toujours ses effectifs et ses équipements, au risque de remettre notre sécurité entre les mains d’autres puissances, est-ce encore un pays libre ?

Un pays qui n’est plus écouté sur la scène internationale, lorsqu’il faut trouver des réponses aux massacres en Syrie, aux violences en Egypte, aux attaques contre les chrétiens d’Orient, est-ce encore un pays libre ?

Et bien moi, je vous le dis, j’aime la France quand elle incarne la liberté ! Et je me battrai pour restaurer cette liberté.

Reprendre ce combat pour la liberté de l’homme, c’est renouer avec les fils de notre histoire et c’est ouvrir de nouveaux chemins pour la jeunesse de France. C’est une urgence !

Vous ayant dit cela, j’ai bien conscience que le principal obstacle au renouveau politique dans notre pays, c’est le manque de crédibilité de la parole publique.

Parfois, j’entends après un meeting : « c’est bien joli tout ce que vous nous dites. On a envie de vous croire mais qu’est-ce qui nous prouve que vous allez le faire ? »

Cette objection ne peut pas rester sans réponse : voilà pourquoi, dès notre retour au pouvoir, il faudra réformer vite et fort. Sans trembler, ni tergiverser.

Pas de commission, pas de grands débats sans queue ni tête. Comme les affectionne François Hollande.

Ce sera le but de la campagne présidentielle de faire valider par les Français les grandes réformes indispensables pour relever notre pays.

Lorsque le général de Gaulle revint au pouvoir en juin 1958, il consacra sans attendre une nouvelle méthode de gouvernement : le gouvernement par ordonnance.

En 6 mois, il scella ainsi le destin économique de la France pour les quinze années suivantes. Inspirons-nous de cette démarche.

En 6 mois, adoptons les grandes réformes par ordonnance. Et nous aurons alors tout le reste du mandat pour les faire appliquer, pour les expliquer, pour les évaluer.

Je vois déjà 5 grands chantiers à conduire pour redonner plus de liberté aux Français.

· Libérer l’école, avec plus d’autonomie pour les équipes de terrain, afin de les responsabiliser et qu’elles rendent des comptes.

· Libérer le travail, pour faciliter l’embauche et sortir définitivement des 35 heures.

· Libérer les Français d’une fiscalité oppressante, en baissant drastiquement la dépense publique, je vous en ai parlé à l’instant.

· Libérer les générations à venir du fardeau de la dette, en réformant en profondeur notre modèle social, avec la dégressivité des allocations chômage ; avec une obligation de travail hebdomadaire pour ceux qui touchent le RSA, avec des sanctions renforcées contre la fraude, et bien sûr, avec une vraie réforme des retraites, qui acte le report à 65 ans de l'âge de départ à la retraite, et une fusion progressive du régime général et de celui de la fonction publique. Sans oublier cette idée que j’avais défendue devant vous l’année dernière de supprimer, hormis pour les cas d’urgence sanitaire, l’Aide Médicale d’Etat, qui entraîne la prise en charge à 100% des dépenses médicales pour les étrangers en situation irrégulière.

· Enfin, libérer la France de la bureaucratie.

C’est ce dernier point que je voudrais développer aujourd’hui avec vous.

Je vous disais tout à l’heure que nous avions besoin d’un Etat efficace. Et c’est vrai. Mais nous ne voulons pas d’un Etat obèse. D’un Etat qui se mêle de tout et ne règle rien. Qui embrasse trop et mal étreint.

Nous ne voulons pas d’un Etat qui contrôle tout le monde et que personne ne contrôle. Qui donne des leçons à tout le monde et n’accepte aucune remise en cause.

Dans ce domaine, le « choc de simplification » évoqué un moment par François Hollande est une de ces plaisanteries dont il est coutumier. En réalité, nous avons chaque jour une nouvelle contrainte absurde, un nouveau contrôle imbécile.

Cela fait des mois que je dis, reprenant une formule du président Pompidou qui ne m’a jamais paru plus heureuse : « Arrêtons d’emmerder les Français. »

Les réglementations sont devenues kafkaïennes. Notre code du travail compte 3 000 articles contre 54 en Suisse. Notre feuille de paie compte au moins 22 lignes, contre 8 en Allemagne. Nous avons 40 sortes de contrats de travail. Il y a 18 000 règles de droit applicables aux différentes prestations familiales.

Nous avons 600 régimes de retraite de base et 6 000 régimes complémentaires, contre 2 ou 3 dans toute l’Europe du Nord.

Notre code des impôts, c’est 3 500 pages et pas loin de 2 000 articles auxquels il faudrait ajouter les 5 000 pages de doctrine fiscale de l’administration… C’est de la folie pure !

Il est temps de retrouver la raison ! Réduisons de moitié le code du travail, le code des impôts, le code de l’urbanisme.

Si la Suisse, si l’Allemagne, si le Royaume-Uni vivent avec des réglementations beaucoup moins complexes, pourquoi serions-nous incapables de le faire ?

Vous verrez, avec des codes réduits de moitié, non seulement nous ne vivrons pas plus mal, mais nous vivrons mieux !

Il faut aussi réduire le nombre de ceux qui produisent des normes.

C’est un mécanisme humain : si vous nommez des gens dans les bureaux, ils travaillent, donc ils inventent des règles nouvelles, ils diligentent des contrôles nouveaux.

A leur échelle, ils font leur devoir et ils ont raison. Parce qu’ils ne font pas la somme de toutes les règles et contrôles inventés en parallèle par leurs collègues d’autres bureaux. Et voilà, comment on se retrouve là où nous sommes.

Attention aux caricatures : c’est un honneur de servir l’Etat et je ne laisserai personne discréditer sans raison ceux qui font ce choix, dans nos services publics, nos hôpitaux, nos écoles, nos gendarmeries….

Mais, je vous le dis, il faut absolument réduire le nombre de fonctionnaires. Nous avons besoin de fonctionnaires travaillant au-delà de 35 heures, bien formés, bien rémunérés et moins nombreux.

Nous avons 20 fonctionnaires pour 100 actifs au travail. En Allemagne, c’est 13. Au Royaume-Uni 10.

Je propose que nous réduisions l’écart avec l’Allemagne de moitié dans un premier temps. Vous voyez, je suis raisonnable. Cela fait environ 1 million de fonctionnaires.

Pour cela, il faut reprendre le non-remplacement d’un départ à la retraite sur 2, et l’appliquer pas seulement au niveau de l’Etat mais aussi dans les collectivités territoriales et les organismes de sécurité sociale. A ce propos, je veux dire qu’il faudra évidemment fusionner les services des départements et des régions. Ce que les socialistes ont lâchement renoncé à faire.

Il faudra aussi développer la contractualisation de la fonction publique. Et qu’on ne me dise pas que c’est une atteinte à la sûreté de l’Etat. C’est le statut employé pour la majorité de nos soldats, qui sont au cœur des missions régaliennes, et qui sont prêts à donner leur vie pour notre pays.

Mes chers amis, cela va peut-être vous surprendre puisque je vous ai surtout parlé d’avenir ce matin, mais pour finir, je voudrais évoquer avec vous notre Histoire.

Un épisode qui me tient particulièrement à cœur. Qui a marqué à jamais la ville de Meaux, dont je suis maire.

Et que j’ai voulu raconter dans un livre, alors que nous célébrerons dans un an le centenaire de la guerre de 1914/18.

Il s’agit de la bataille de la Marne.

Un événement décisif, qui a changé le cours de la Grande guerre. Un de ces basculements formidables qui nouent le destin des peuples. Une victoire surprise qui nous apprend beaucoup sur notre pays, sur ses forces et ses faiblesses. Je voudrais que personne ne l’oublie.

Depuis le début de la guerre, le 3 août 14, l’armée française allait d’échec en échec. Jour après jour, elle reculait sous l’offensive allemande et l’ennemi approchait de Paris, menaçant de déborder nos soldats.

Le Gouvernement avait dû fuir à Bordeaux et du côté allemand, le Kaiser croyait tenir la victoire.

Mais Joffre, à la tête de nos armées, a l’intuition géniale et la force de caractère – alors que tout semble perdu – de saisir la dernière chance offerte à la France pour son salut.

Alors, le matin du 6 septembre, il demande à ses soldats de repartir vers l’avant. De repousser l’ennemi coûte que coûte. De ne plus reculer d’un pas.

Ces soldats viennent de toutes les régions de France, de la Bretagne à la Provence, sans oublier l’Armée d’Afrique, ces Algériens, ces Marocains si héroïques…

Ils ont une vingtaine d’années, et depuis des semaines, ils reculent à pied, sous un soleil de plomb, harassés, décimés.

Pour défendre leur patrie, ce 6 septembre à l’aube, ils repartent vers l’avant. Ils bravent la peur et la mitraille. Et au prix de combats sanglants, de pertes innombrables, ils repoussent les Allemands jusqu’à l’Aisne et sauvent la France.

La victoire de la Marne, ce ne fut pas la fin de la guerre. Loin de là. Une bataille, seulement. Mais par ce « miracle de la Marne », la France évita la débâcle, l’humiliation, la capitulation.

Pourquoi je vous parle de tout cela, ce dimanche matin paisible alors que Dieu merci, nous sommes épargnés par les horreurs de la guerre ? Parce que c’est l’histoire d’un sursaut français.

L’histoire d’une Nation capable de se rassembler et de faire « l’Union sacrée », quand les circonstances l’exigent, malgré des divisions peut-être encore plus profondes que celles d’aujourd’hui.

L’histoire d’un peuple, qui repart vers l’avant, alors qu’il avait une guerre de retard, et que tout avait si mal commencé.

L’histoire d’un pays dont les chefs arrivent enfin à sortir des schémas du passé pour s’adapter à la réalité d’un monde qui a totalement changé.

L’histoire de la France, refusant la fatalité, sauvée par sa jeunesse et portée par le grand souffle de la liberté.

Mes chers amis, la Marne, c’est un sursaut français. Il y en eut d’autres à travers notre Histoire. Et j’en suis certain, le destin nous en réserve encore.

Alors, je voudrais que l’UMP s’engage à créer aujourd’hui les conditions d’un sursaut français. Qu’elle redonne aux Français le goût de la liberté. Le goût de l’avenir.

C’est notre combat. Je sais que nous allons affronter beaucoup de conservatismes et de frilosités. Mais nous y arriverons. Avec de la passion, du courage et de la générosité.

C’est pour le bien de notre pays et pour les enfants de France !

Vive la Liberté ! Vive la République et vive la France !

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En Egypte, l'armée appelle à la "réconciliation", les islamistes à manifeste

les égyptiens demandent aux partisans de Mohamed Morsi de renoncer à "la vengeance", alors que ceux-ci ont prévu de manifester en masse vendredi. Deux jours après le renversement de Mohamed Morsi par l'armée, les militaires ont appelé à la "réconciliation", demandant, dans un communiqué publié dans la nuit de jeudi 4 à vendredi 5 juillet, aux partisans de l'ancien dirigeant de renoncer à "la vengeance", alors que ceux-ci ont prévu de manifester en masse vendredi. Les militaires assurent qu'ils ne prendront de "mesure exceptionnelle ou arbitraire" contre aucun groupe politique et respecteront la liberté d'expression et de manifestation tant que les rassemblements ne menaceront pas la sécurité nationale. Ils préviennent néanmoins que "l'usage excessif de ce droit sans raison pourrait avoir des implications négatives, dont le blocage des routes, le retard du versement des salaires et la destruction d'institutions, ce qui menacerait la paix sociale, l'intérêt national et affecterait la sécurité et l'économie de notre précieuse Egypte". Plusieurs hauts responsables des Frères musulmans, notamment Mohamed Badie, le guide suprême de la confrérie, et son adjoint, Khaïrat Al-Chater, ont été arrêtés par la police militaire jeudi, faisant craindre des arrestations en masse. D'après le quotidien Al-Ahram, pas moins de 300 mandats d'arrêt ont été lancés. Lire le récit Comment Mohamed Morsi a perdu l'Egypte ATTAQUE DANS LE SINAÏ Vendredi matin, des islamistes armés ont ouvert le feu contre l'aéroport d'El Arish, dans la région agitée du Sinaï, selon la télévision publique égyptienne. Des grenades ont été lancées dans la direction de barrages militaires devant l'aéroport, non loin de la frontière avec la bande de Gaza et Israël, précisent des sources sécuritaires. On ignore à ce stade si ces attaques, fréquentes dans le Sinaï, sont directement liées au renversement du président Morsi. Dans un chat sur LeMonde.fr, Benjamin Barthe, envoyé spécial au Caire, estime que les salafistes, qui ont renoncé à la violence pour le jeu politique, pourraient s'estimer floués par la destitution de Morsi.

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Le Conseil constitutionnel a confirmé aujourd'hui le rejet du compte de la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy, une décision qui prive l'ex-candidat UMP du remboursement par l'Etat de quelque dix millions d'euros de frais de campagne.

Dans un communiqué, le Conseil constitutionnel a jugé que "c'est à bon droit que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a rejeté le compte de campagne de M. Sarkozy" le 19 décembre 2012. Il a déclaré que le montant des dépenses électorales du candidat UMP "excéd(ait) de 466.118 euros, soit 2,1%, le plafond autorisé".

Pour l'élection présidentielle de 2012, le plafond maximum des dépenses autorisées au premier tour était de 16,851 millions d'euros, et de 22,51 millions d'euros au second tour.

Source:LE FIGARO

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Qui sont les trois nouveaux maîtres « temporaires » de l’Egypte ? Pascal Riché | Cofondateur Mis à jour le jeudi 4 juillet 2013 à 12h30 Mohamed Morsi est aux arrêts, au sein du ministère de la Défense. L’armée, après son coup d’Etat, est maître du jeu et promet des élections. En attendant, qui sont les hommes qui ont repris les rênes du pays le plus peuplé du monde arabe ? 1 Sissi Chef de l’armée, meneur du coup d’Etat Sissi, portrait officiel (Wikimedia Commons) Agé de 58 ans, le général Abdel Fattah al-Sissi est le chef de l’armée, il a été nommé l’été dernier par Mohamed Morsi. Mais on est toujours trahi par les siens : c’est le même Sissi qui a destitué ce dernier et c’est lui qui avait lancé l’ultimatum de 48 heures, lui enjoignant de trouver une solution à la crise politique actuelle. Sissi est à la fois le commandant en chef de l’armée, le président du Conseil suprême des forces armées et le ministre de la Défense. C’est un homme pieux, qui a longtemps été soupçonné d’être trop proche des Frères musulmans, des rangs desquels Morsi est issu. Mais Sissi est aussi un admirateur du nationaliste Nasser, adversaire des mêmes Frères. Sissi a suivi une carrière militaire rectiligne, mais n’a jamais participé à un combat. Il a fait ses études dans l’académie militaire égyptienne à la fin des années 70 et a suivi plus tard une formation en Grande-Bretagne, dans le Joint Services Command and Staff College (1992), et à l’US Army War College de Pennsylvanie (2006). Il entretient depuis des relations étroites avec l’armée américaine. Pour puis contre les « tests de virginité » Sissi a été en poste à l’ambassade égyptienne à Riyad, en Arabie Saoudite, comme attaché militaire avant de grimper les échelons du commandement de l’armée. Lorsque l’armée en 2011 a renversé Hosni Moubarak, il a été nommé à la tête du renseignement militaire et a siégé au sein du CSFA, le conseil militaire qui a organisé la transition politique. Il s’est alors distingué en justifiant les « tests de virginité » que l’on faisait subir aux manifestantes égyptiennes, sous prétexte que cela permettrait de laver les soupçons portés contre les militaires. Par la suite, il a plaidé pour la suppression de ces tests humiliants et inutiles. 2 Mansour Chef de l’Etat par intérim Capture d’écran d’Adly Mansour, sur la télévision d’Etat égyptienne, au Caire, le 4 juillet 2013 (AP/SIPA) Le juge Adly Mansour, 67 ans et père de trois enfants, est un parfait inconnu pour la quasi-totalité des Egyptiens. Il a été désigné par l’armée comme chef d’Etat par intérim. Il y a deux mois, il a été nommé par Mohamed Morsi à la tête du Conseil constitutionnel, et a pris ses nouvelles fonctions début juillet : il ne les aura exercées que deux jours, le temps de ranger ses crayons dans ses tiroirs... Faut-il alerter les Egyptiens ? Ils ont à leur tête un énarque. Mansour a fait deux ans d’études en France, au sein de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Il a ensuite mené une carrière de juge dans les tribunaux religieux d’Etat, avant de rejoindre la Cour constitutionnelle en 1992. Il a participé à la rédaction des lois qui ont encadré l’élection présidentielle de 2012, au terme de laquelle Mohamed Morsi a été propulsé à la présidence de l’Egypte. 3 Mohamed el-Baradei Possible premier ministre par intérim ? Mohamed el-Baradei au Caire, le 30 avril 2013 (Khalil Hamra/AP/SIPA) C’est le plus connu et le plus « occidental » des trois nouveaux visages. Mohamed el-Baradei pourrait être chargé de préparer la transition politique après la destitution de Mohamed Morsi. Il est apparu parmi quelques autres hommes aux côtés du Général el-Sissi, lors du discours de ce dernier à la télévision d’Etat, le 3 juillet. El-Baradei, un diplomate de 71 ans, est l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de la lutte contre la prolifération nucléaire. Pour le travail qu’il a accompli à ce titre, il a reçu le prix Nobel de la paix. Il avait mis des bâtons dans les roues de Washington au moment de la préparation de la guerre en Irak. Son portrait brandi dans les manifs Il est revenu en 2010 en Egypte, pour participer aux manifestations qui ont conduit à la chute de Moubarak. El-Baradei n’a pas énormément de charisme, mais ses convictions démocratiques, qui sont constantes et sincères, sont connues. En Egypte, son portrait était brandi dans les manifestations. Très apprécié parmi la jeunesse estudiantine, Mohamed el-Baradei s’est opposé d’abord à Hosni Moubarak puis au conseil militaire qui a pris le pouvoir pendant plus d’un an, puis à Mohamed Morsi. Il avait renoncé à se présenter à la présidence en 2012, au motif que l’armée ne menait pas la transition de manière démocratique. En avril 2012, il a lancé un nouveau parti, al-Dostour, considérant que les frères musulmans avaient « changé l’esprit de l’Egypte », en détournant le pays de sa tradition de raison, de modération et de tolérance

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Egorgeur de Londres : son enseignant "fier de lui"

Egorgeur de Londres : son enseignant "fier de lui"

Par Christophe Boltanski
Michael Adebolajo, qui a égorgé un soldat britannique le 22 mai, était l'élève d'Omar Bakri, imam radical, réfugié à Tripoli. Ce dernier se dit fier de son étudiant.

Le 22 mai dernier, Michael Adebolajo, a égorgé un soldat britannique à Londres. (Sipa)

De notre envoyé spécial à Tripoli

Omar Bakri (Sipa)

"Voilà cheikh Oussama !" Quand son fils, âgé de deux ans, entre d’un pas timide dans le salon, Omar Bakri le prend dans ses bras et déclare : "Il tuera le Obama de son temps". Il voulait le prénommer Farouk. "Mais il est né le jour de l’assassinat par les Américains de Ben Laden. Alors j’ai décidé de l’appeler comme lui". On avait presque oublié ce prêcheur radical. Depuis son bannissement du Royaume Uni, en 2005, il vit à Tripoli, le grand port du nord du Liban, privé d’une grande partie de ses anciens fidèles.

Cette ancienne figure du Londonistan, qui attirait régulièrement l’attention des médias du royaume avec ses propos enflammés, vient de se rappeler au souvenir des Britanniques, par l’intermédiaire d’un de ses ex élèves, Michael Adebolajo. Avec un complice, le jeune homme, d’origine nigériane, a égorgé un soldat de sa Majesté, le 22 mai dernier, dans une rue de Londres, au nom "d’Allah Tout-Puissant".
"Il voulait savoir ce qu’il advenait de ceux qui n’embrassaient pas l’islam"

"Je ne me souviens pas très bien de lui, dit Omar Bakri, car j’avais 4.000 étudiants. Il faisait partie de ceux qui assistaient à mes prêches. Il avait plein de questions à me poser. Il voulait savoir ce qu’il advenait de ceux qui n’embrassaient pas l’islam, je lui ai répondu qu’ils étaient voués aux feux de l’enfer. Le choix t’appartient. Et il est devenu musulman".

A propos de son crime, le prédicateur se dit "fier de ce qu’il a fait. Il n’a pas cherché à s’enfuir. Il a reconnu son geste. Il n’a pas non plus abattu une danseuse du ventre, mais un soldat britannique qui avait tué des musulmans au cours de ses opérations en Afghanistan. Même si je n’approuve pas les vidéos qui appellent à égorger d’autres humains, il faut chercher la cause de tels actes".
"Quand vous rencontrez (des Occidentaux), tranchez leur le cou"

Selon le quotidien "The Independent", Omar Bakri apparaît pourtant sur une vidéo clandestine, retrouvée après l’arrestation d’un groupe de britanniques d’origine pakistanaise qui voulaient kidnapper et décapiter un soldat britannique. Dans le film, on entend distinctement ce prêcheur déclarer : "Quand vous rencontrez (des Occidentaux), tranchez leur le cou. Répandez leur sang et l’ennemi finira par se fatiguer, maintenant, commencez à prendre des prisonniers."

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Le grand entretien 08/06/2013 à 13h26
« Les skinheads, un des rares succès de l’extrême droite chez les prolétaires »
Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Alors que le gouvernement a décidé de dissoudre les JNR, retour sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite.

Un skinhead (MATTHIAS HIEKEL/AFP)

Le gouvernement a lancé ce samedi la procédure de dissolution des JNR, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. « D’autres associations ou groupements » pourraient subir le même sort, prévient Jean-Marc Ayrault.

Il nous a semblé utile de revenir sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite, et de retracer l’histoire de la mouvance « nationaliste révolutionnaire ».

Entretien avec Nicolas Lebourg, 38 ans, historien, spécialiste de l’extrême droite, chercheur associé au Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes à Perpignan.

De quel milieu viennent ces skinheads d’extrême droite que l’on croise dans de nombreuses villes en France ?

Ce sont des jeunes issus des classes populaires, avec une vraie conscience de classe. Ils s’affirment comme des prolétaires blancs – ce qui les conduit à assimiler la question sociale à la question raciale. Ils dirigent leur colère vers les mouvements de gauche, considérant que ceux-ci s’occupent des immigrés ou des homosexuels, mais pas de l’intégration des jeunes prolétaires blancs. Ils assimilent la gauche au sionisme, c’est assez classique, même si leur racisme est désordonné – contre les juifs, les arabes, etc. Leur néonazisme est souvent assez folklorique, c’est un néonazisme d’influence américaine, qui est en fait un suprémacisme blanc.

Le lien avec le nazisme, le vrai, n’est-il pas directement lié à l’histoire de l’extrême droite européenne ?

Ces skins ont subi l’influence des skins anglais au début des années 80, et des néonazis américains dans les années 90 : on le voit par exemple à travers la musique qu’ils écoutent, avec une évolution de la Oi ! [punk-rock anglais, ndlr] vers des musiques plus proches du Metal ou de l’Indus.

Dans les années 1980, c’est lorsqu’ils étaient sous l’influence anglaise que s’est opérée la politisation vers l’extrême droite d’une partie des skinheads français.

Dans les années 1990, ils reprenaient de préférence des slogans américains contre « ZOG » par exemple [le fantasmatique gouvernement d’occupation sioniste, ndlr]. Quand Maxime Brunerie avait tiré sur Jacques Chirac, il avait ainsi expliqué que le Président était un agent de ZOG. A l’époque, les « Carnets de Turner » (un roman américain suprémaciste) avaient un gros succès.

Au niveau politique, le néonazisme des skinheads se limite à l’antisémitisme et au suprémacisme blanc. Il est très peu élaboré. Le folklore néonazi relève plus de la provoc que d’une affirmation idéologique construite. Ce sont des gamins assez destructurés.

A partir de cette petite bande, qui n’avait pas de structure politique, Serge Ayoub a réussi à partir de 1987 à bâtir le premier mouvement politique skin. Il avait alors donné à ces jeunes une espèce d’horizon, en leur disant :

« OK, vous buvez de la bière, OK, vous faites la fête, OK vous faites n’importe quoi, mais vous savez, les SA étaient comme vous. On n’est pas des SS méthodiques, mais on peut être révolutionnaires comme les SA. Il ne s’agit pas juste de faire le coup de poing contre l’arabe d’à côté, cela ne sert à rien. Il faut se structurer politiquement comme le firent les SA... »

D’autant que les SA venaient de milieux plus populaires que les SS...

Oui, ils étaient plus « socialistes ». Les SA prônaient deux révolutions, la révolution nationaliste et la révolution socialiste. C’est pour cela qu’on en est arrivé à la nuit des longs couteaux [les assassinats politiques de SA en 1934, ndlr] : il fallait éliminer cette tendance là de manière à apaiser les conservateurs.

On retrouve chez les skins d’extrême droite cette revendication d’un fascisme social, un fascisme des travailleurs, qui s’inspirerait des débuts du fascisme italien et de la SA.

Donc, dans les années 80, Ayoub a réussi à convaincre des skins. Il a une forme de charisme qui fonctionne bien auprès de ces jeunes-là, qui manquent de repères, qui sont souvent peu cadrés familialement. Ils ont trouvé chez lui une forme d’autorité qui leur convenait.

C’est un des rares exemples où l’extrême droite a eu un succès auprès de la jeunesse populaire. Il n’y avait pas de jeunes prolos à l’extrême droite au début des années 80 : à l’époque, les extrémistes venaient des classes plus aisés : c’étaient des petits bourgeois ou même des enfants de grands bourgeois.

On pense au GUD de cette époque, par exemple, implanté à l’université d’Assas...

Exactement : le GUD était composé de bourgeois. Mais au fil des années 1980, on a vu de jeunes prolétaires être attirés par ce mouvement nationaliste révolutionnaire. On a vu naître une extrême droite de ressenti, de déclassement social, liée au rejet de plus en plus fort de l’immigration.

Ce tournant commence à la fin des années 1970, une période de désindustrialisation accélérée. Ces jeunes sont souvent issus de familles dont le père n’a plus de boulot... Ce sont des petits prolos en colère, ils auraient pu d’ailleurs tomber dans le camp d’en face.

Le nationalisme révolutionnaire dont se réclame Serge Ayoub n’est-il pas plus ancien que les années 80 ?

Idéologiquement, oui. Ce qu’on appelle le nationalisme révolutionnaire, c’est l’effort, à partir des années 60, de repenser le fascisme, en sortant de l’expérience des Etats fascistes, en Italie ou en Allemagne, pour repuiser dans l’expérience des années 20 ou 30 et essayer de dessiner un fascisme modernisé et, surtout, un fascisme qui soit un anti-impérialisme. Avec cette idée que l’Europe est colonisée par les puissances russes, américaines, israélienne... et qu’on est dans une lutte de libération nationale, comme le sont les pays du tiers monde.

Mais les années 60, ce sont aussi les années de la fin de la guerre d’Algérie, une guerre colonialiste soutenue par l’extrême droite...

En fait, le nationalisme révolutionnaire se développe dans l’après coup de la guerre d’Algérie. Après la fin de l’empire, ces mouvements d’extrême droite se demandent ce qu’ils peuvent faire, alors que la France a tout perdu. C’est la réflexion en particulier de François Duprat. L’idée est alors de sortir d’un nationalisme impérial pour devenir anti-impérialistes, ce qui permet au passage de retrouver un antisionisme virulent...

Pendant ces années, un effort de modernisation idéologique est engagé. On allait repuiser des idées et des concepts chez George Sorel (qui a été un des marqueurs idéologique de Mussolini), ou chez les frères Strasser [Otto et Gregor, les grands idéologues de la gauche du parti nazi, ndlr] ou chez les franges européistes et socialisantes du parti fasciste italien...

En redécouvrant les tendances qui avaient été réprimées par Hitler ou Mussolini, il s’agissait de retrouver un fascisme subversif, social, et qui n’avait pas les mains dans les cendres de l’extermination.

A vous écouter, ils semblent s’être inspirés, pour ce qui est de la méthode, du mouvement trotskyste, qui s’est de cette façon démarqué du stalinisme et de « l’Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré “...

C’est exactement ça. Allemagne et Italie étaient considérés comme des Etats fascistes dégénérés, mais cela ne voulait pas dire que la théorie fasciste était mauvaise. Le nationalisme révolutionnaire s’est développé. Dans les années 80, le mouvement Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis, qui compte alors 350 gars, est bien structuré.

Puis le nationalisme révolutionnaire a disparu : en 2002, Unité Radicale, le dernier groupuscule NR encore présent, a été dissout. Il avait d’ailleurs abandonné tout ce qui faisait le nationalisme révolutionnaire : il était devenu obsédé par les thématiques identitaires, anti-islam etc. Les nationalistes identitaires, eux, étaient initialement pro-islam, ils avaient beaucoup d’admiration pour la révolution de Khomeiny, par exemple.

En 2010, Ayoub a refondé les jeunesses nationalistes révolutionnaires. Mais cela reste un groupuscule très peu développé. Des réflexions idéologiques des années 60, il ne reste pas grand chose. Tout a été très simplifié.

Aujourd’hui, le Front national développe un discours plus social que lorsqu’il était dirigé par Jean-Marie Le Pen, plus libéral sur le plan économique. Reste-t-il de la place, sur le terrain idéologique, pour ces groupuscules nationalistes révolutionnaires ?

Cette réorientation a poussé des groupuscules à durcir leur discours mais aussi à se démarquer différemment, quitte à passer pour plus réacs sur les questions sociétales.

Prenez Fabrice Robert [aujourd’hui responsable du Bloc identitaire, ndlr]. Quand il militait à Troisième voie ou à Nouvelle Résistance, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’homosexualité n’était pas un drame. On éditait des brochures sur l’homosexualité dans le nazisme ! Le FN était alors pointé comme le parti réac.

Aujourd’hui, le même Fabrice Robert est dans la ‘Manif pour tous’ et c’est lui qui fustige la mollesse de Marine Le Pen sur le sujet de l’homosexualité : c’est lui qui est dans la posture du réac.

Les skinheads que l’on croise dans les villes sont-ils forcément rattachés à une organisation, où peuvent-ils être complètement autonomisés ?

On voit se développer un phénomène d’autonomes d’extrême droite, sur le modèle des autonomes d’ultragauche dans les années 70. On a vu ce phénomène se développer à l’extrême droite en Allemagne, en Italie, et on le voit maintenant en France. Dans les bastons qui ont suivi la dernière ‘Manif pour tous’, il y avait, semble-t-il, beaucoup d’autonomes de ce type. Ils n’ont plus besoin d’être rattachés à une organisation : ils forment des tout petits groupes, et quand il y a une action coup de poing, on voit subitement tous ces gens débarquer et se connecter.

Le personnage désormais familier du crâne rasé, avec croix gammées tatouées, est-il en voie de disparition ?

Les idéologies dont il se réclame, le fascisme, le nazisme, sont liées à l’époque industrielle. Elles reposent sur des idées liées aux valeurs industrielles, la massification, le parti-Etat qui absorbe toute la société, etc.

Le fait qu’un truc comme le Bloc identitaire se développe n’est pas illogique : il correspond bien mieux à notre époque, globalisée, postmoderne, fluide, web, postmatérialiste et beaucoup plus tournée sur la représentation de soi-même. La logique, c’est le développement du Bloc identitaire et la marginalisation de ces groupuscules liés à une histoire passée.

Cependant, le personnage que vous décrivez peut cependant survivre encore un long moment, parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux que les références au fascisme pour s’automarginaliser. Le type avec la croix gammée dans le cou est sûr de ne jamais être embauché. Il s’autocondamne au chômage, mais il peut justifier sa marginalité et son exclusion du marché du travail en se disant : ‘C’est parce que je suis un héros politique’.

Avec ces groupes de skins, on est au croisement de la marge sociale et de la marge politique. Ce sont des gens destructurés, qui vont retrouver une structure dans une bande, un phénomène que les sociologues connaissent bien. On créée un petit entre-soi très compact qui justifie le fait qu’on soit séparé de la société. Cela attirera toujours quelques personnes, mais fondamentalement, dès qu’on est un peu plus structuré, un truc comme le Bloc identitaire est bien plus efficace au niveau de l’interaction sociale.
Extraits de ‘La déclaration de guerre’ du Bloc identitaire

‘Nous sommes la génération de la fracture ethnique, de la faillite totale du vivre-ensemble, du métissage imposé [...] Nous sommes la génération victime de celle de Mai 68 [...] Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère, la planète notre village [...] Notre seul héritage c’est notre terre, notre sang, notre identité [...] Nous n’avons pas besoin de votre politique de la jeunesse. La jeunesse est notre politique.’

Et les identitaires ont une idéologie d’une radicalité politique qui vaut bien celle des skins, il suffit pour s’en convaincre de regarder leur dernière vidéo, la fameuse ‘déclaration de guerre’. C’est une apologie incroyable de l’idéologie de la race et du sang, mais exprimée dans les mots d’aujourd’hui, avec un montage très moderne, très dynamique [lire l’encadré, ndlr].

Combien y-a-t-il de skinheads en France ?

Difficile à dire. On donne généralement, pour l’ensemble de l’extrême droite radicale, le nombre de 3000 personnes, mais c’est une estimation à la louche qu’on répète depuis. Elle n’a pas grande valeur. Pour ce qui est des Skins, il y a en a quelques centaines éparpillés sur le territoire, mais il est impossible d’être plus précis.

Sont-ils forcément violents ?

Individuellement, non. Un skin, pris isolément, n’est pas forcément attiré par la violence. Mais le groupe, lui, a le culte de la baston.

Il est étonnant de constater qu’ils partagent des éléments de code vestimentaire avec des militants antifascistes : les polos Fred Perry, par exemple.

Cela s’explique simplement. A la base, le mouvelment skinhead n’est pas connecté à l’extrême droite : il représentent la working class anglaise et il s’inscrit dans le sillage de la subculture des Mods. A la fin des années 70, une partie du mouvement va basculer à l’extrême droite. D’autres skinheads vont refuser cette évolution, et on les retrouvera chez les antifa. Ils vont dire : ‘les vrais skinheads, c’est nous, les autres sont des boneheads’. Ils revendiquent la marque et le look. Mais ce n’est pas le skinhead antifa qui va l’emporter, car c’est le mouvement skinhead d’extrême droite qui va être médiatisé. Et aujourd’hui, le look skinhead est un marqueur d’extrême droite très ancré.

Mais si vous écrivez un article sur les skinheads, vous êtes certain qu’il y aura des commentateurs pour dire : ce journaliste est nul, il est inculte, il confond skinhead et bonehead...

Effectivement, nous avons vécu cette expérience !

C’est systématique !

Le grand entretien 08/06/2013 à 13h26
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Pascal Riché | Cofondateur Rue89

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Alors que le gouvernement a décidé de dissoudre les JNR, retour sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite.

Un skinhead (MATTHIAS HIEKEL/AFP)

Le gouvernement a lancé ce samedi la procédure de dissolution des JNR, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. « D’autres associations ou groupements » pourraient subir le même sort, prévient Jean-Marc Ayrault.

Il nous a semblé utile de revenir sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite, et de retracer l’histoire de la mouvance « nationaliste révolutionnaire ».

Entretien avec Nicolas Lebourg, 38 ans, historien, spécialiste de l’extrême droite, chercheur associé au Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes à Perpignan.

De quel milieu viennent ces skinheads d’extrême droite que l’on croise dans de nombreuses villes en France ?

Ce sont des jeunes issus des classes populaires, avec une vraie conscience de classe. Ils s’affirment comme des prolétaires blancs – ce qui les conduit à assimiler la question sociale à la question raciale. Ils dirigent leur colère vers les mouvements de gauche, considérant que ceux-ci s’occupent des immigrés ou des homosexuels, mais pas de l’intégration des jeunes prolétaires blancs. Ils assimilent la gauche au sionisme, c’est assez classique, même si leur racisme est désordonné – contre les juifs, les arabes, etc. Leur néonazisme est souvent assez folklorique, c’est un néonazisme d’influence américaine, qui est en fait un suprémacisme blanc.

Le lien avec le nazisme, le vrai, n’est-il pas directement lié à l’histoire de l’extrême droite européenne ?

Ces skins ont subi l’influence des skins anglais au début des années 80, et des néonazis américains dans les années 90 : on le voit par exemple à travers la musique qu’ils écoutent, avec une évolution de la Oi ! [punk-rock anglais, ndlr] vers des musiques plus proches du Metal ou de l’Indus.

Dans les années 1980, c’est lorsqu’ils étaient sous l’influence anglaise que s’est opérée la politisation vers l’extrême droite d’une partie des skinheads français.

Dans les années 1990, ils reprenaient de préférence des slogans américains contre « ZOG » par exemple [le fantasmatique gouvernement d’occupation sioniste, ndlr]. Quand Maxime Brunerie avait tiré sur Jacques Chirac, il avait ainsi expliqué que le Président était un agent de ZOG. A l’époque, les « Carnets de Turner » (un roman américain suprémaciste) avaient un gros succès.

Au niveau politique, le néonazisme des skinheads se limite à l’antisémitisme et au suprémacisme blanc. Il est très peu élaboré. Le folklore néonazi relève plus de la provoc que d’une affirmation idéologique construite. Ce sont des gamins assez destructurés.

A partir de cette petite bande, qui n’avait pas de structure politique, Serge Ayoub a réussi à partir de 1987 à bâtir le premier mouvement politique skin. Il avait alors donné à ces jeunes une espèce d’horizon, en leur disant :

« OK, vous buvez de la bière, OK, vous faites la fête, OK vous faites n’importe quoi, mais vous savez, les SA étaient comme vous. On n’est pas des SS méthodiques, mais on peut être révolutionnaires comme les SA. Il ne s’agit pas juste de faire le coup de poing contre l’arabe d’à côté, cela ne sert à rien. Il faut se structurer politiquement comme le firent les SA... »

D’autant que les SA venaient de milieux plus populaires que les SS...

Oui, ils étaient plus « socialistes ». Les SA prônaient deux révolutions, la révolution nationaliste et la révolution socialiste. C’est pour cela qu’on en est arrivé à la nuit des longs couteaux [les assassinats politiques de SA en 1934, ndlr] : il fallait éliminer cette tendance là de manière à apaiser les conservateurs.

On retrouve chez les skins d’extrême droite cette revendication d’un fascisme social, un fascisme des travailleurs, qui s’inspirerait des débuts du fascisme italien et de la SA.

Donc, dans les années 80, Ayoub a réussi à convaincre des skins. Il a une forme de charisme qui fonctionne bien auprès de ces jeunes-là, qui manquent de repères, qui sont souvent peu cadrés familialement. Ils ont trouvé chez lui une forme d’autorité qui leur convenait.

C’est un des rares exemples où l’extrême droite a eu un succès auprès de la jeunesse populaire. Il n’y avait pas de jeunes prolos à l’extrême droite au début des années 80 : à l’époque, les extrémistes venaient des classes plus aisés : c’étaient des petits bourgeois ou même des enfants de grands bourgeois.

On pense au GUD de cette époque, par exemple, implanté à l’université d’Assas...

Exactement : le GUD était composé de bourgeois. Mais au fil des années 1980, on a vu de jeunes prolétaires être attirés par ce mouvement nationaliste révolutionnaire. On a vu naître une extrême droite de ressenti, de déclassement social, liée au rejet de plus en plus fort de l’immigration.

Ce tournant commence à la fin des années 1970, une période de désindustrialisation accélérée. Ces jeunes sont souvent issus de familles dont le père n’a plus de boulot... Ce sont des petits prolos en colère, ils auraient pu d’ailleurs tomber dans le camp d’en face.

Le nationalisme révolutionnaire dont se réclame Serge Ayoub n’est-il pas plus ancien que les années 80 ?

Idéologiquement, oui. Ce qu’on appelle le nationalisme révolutionnaire, c’est l’effort, à partir des années 60, de repenser le fascisme, en sortant de l’expérience des Etats fascistes, en Italie ou en Allemagne, pour repuiser dans l’expérience des années 20 ou 30 et essayer de dessiner un fascisme modernisé et, surtout, un fascisme qui soit un anti-impérialisme. Avec cette idée que l’Europe est colonisée par les puissances russes, américaines, israélienne... et qu’on est dans une lutte de libération nationale, comme le sont les pays du tiers monde.

Mais les années 60, ce sont aussi les années de la fin de la guerre d’Algérie, une guerre colonialiste soutenue par l’extrême droite...

En fait, le nationalisme révolutionnaire se développe dans l’après coup de la guerre d’Algérie. Après la fin de l’empire, ces mouvements d’extrême droite se demandent ce qu’ils peuvent faire, alors que la France a tout perdu. C’est la réflexion en particulier de François Duprat. L’idée est alors de sortir d’un nationalisme impérial pour devenir anti-impérialistes, ce qui permet au passage de retrouver un antisionisme virulent...

Pendant ces années, un effort de modernisation idéologique est engagé. On allait repuiser des idées et des concepts chez George Sorel (qui a été un des marqueurs idéologique de Mussolini), ou chez les frères Strasser [Otto et Gregor, les grands idéologues de la gauche du parti nazi, ndlr] ou chez les franges européistes et socialisantes du parti fasciste italien...

En redécouvrant les tendances qui avaient été réprimées par Hitler ou Mussolini, il s’agissait de retrouver un fascisme subversif, social, et qui n’avait pas les mains dans les cendres de l’extermination.

A vous écouter, ils semblent s’être inspirés, pour ce qui est de la méthode, du mouvement trotskyste, qui s’est de cette façon démarqué du stalinisme et de « l’Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré “...

C’est exactement ça. Allemagne et Italie étaient considérés comme des Etats fascistes dégénérés, mais cela ne voulait pas dire que la théorie fasciste était mauvaise. Le nationalisme révolutionnaire s’est développé. Dans les années 80, le mouvement Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis, qui compte alors 350 gars, est bien structuré.

Puis le nationalisme révolutionnaire a disparu : en 2002, Unité Radicale, le dernier groupuscule NR encore présent, a été dissout. Il avait d’ailleurs abandonné tout ce qui faisait le nationalisme révolutionnaire : il était devenu obsédé par les thématiques identitaires, anti-islam etc. Les nationalistes identitaires, eux, étaient initialement pro-islam, ils avaient beaucoup d’admiration pour la révolution de Khomeiny, par exemple.

En 2010, Ayoub a refondé les jeunesses nationalistes révolutionnaires. Mais cela reste un groupuscule très peu développé. Des réflexions idéologiques des années 60, il ne reste pas grand chose. Tout a été très simplifié.

Aujourd’hui, le Front national développe un discours plus social que lorsqu’il était dirigé par Jean-Marie Le Pen, plus libéral sur le plan économique. Reste-t-il de la place, sur le terrain idéologique, pour ces groupuscules nationalistes révolutionnaires ?

Cette réorientation a poussé des groupuscules à durcir leur discours mais aussi à se démarquer différemment, quitte à passer pour plus réacs sur les questions sociétales.

Prenez Fabrice Robert [aujourd’hui responsable du Bloc identitaire, ndlr]. Quand il militait à Troisième voie ou à Nouvelle Résistance, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’homosexualité n’était pas un drame. On éditait des brochures sur l’homosexualité dans le nazisme ! Le FN était alors pointé comme le parti réac.

Aujourd’hui, le même Fabrice Robert est dans la ‘Manif pour tous’ et c’est lui qui fustige la mollesse de Marine Le Pen sur le sujet de l’homosexualité : c’est lui qui est dans la posture du réac.

Les skinheads que l’on croise dans les villes sont-ils forcément rattachés à une organisation, où peuvent-ils être complètement autonomisés ?

On voit se développer un phénomène d’autonomes d’extrême droite, sur le modèle des autonomes d’ultragauche dans les années 70. On a vu ce phénomène se développer à l’extrême droite en Allemagne, en Italie, et on le voit maintenant en France. Dans les bastons qui ont suivi la dernière ‘Manif pour tous’, il y avait, semble-t-il, beaucoup d’autonomes de ce type. Ils n’ont plus besoin d’être rattachés à une organisation : ils forment des tout petits groupes, et quand il y a une action coup de poing, on voit subitement tous ces gens débarquer et se connecter.

Le personnage désormais familier du crâne rasé, avec croix gammées tatouées, est-il en voie de disparition ?

Les idéologies dont il se réclame, le fascisme, le nazisme, sont liées à l’époque industrielle. Elles reposent sur des idées liées aux valeurs industrielles, la massification, le parti-Etat qui absorbe toute la société, etc.

Le fait qu’un truc comme le Bloc identitaire se développe n’est pas illogique : il correspond bien mieux à notre époque, globalisée, postmoderne, fluide, web, postmatérialiste et beaucoup plus tournée sur la représentation de soi-même. La logique, c’est le développement du Bloc identitaire et la marginalisation de ces groupuscules liés à une histoire passée.

Cependant, le personnage que vous décrivez peut cependant survivre encore un long moment, parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux que les références au fascisme pour s’automarginaliser. Le type avec la croix gammée dans le cou est sûr de ne jamais être embauché. Il s’autocondamne au chômage, mais il peut justifier sa marginalité et son exclusion du marché du travail en se disant : ‘C’est parce que je suis un héros politique’.

Avec ces groupes de skins, on est au croisement de la marge sociale et de la marge politique. Ce sont des gens destructurés, qui vont retrouver une structure dans une bande, un phénomène que les sociologues connaissent bien. On créée un petit entre-soi très compact qui justifie le fait qu’on soit séparé de la société. Cela attirera toujours quelques personnes, mais fondamentalement, dès qu’on est un peu plus structuré, un truc comme le Bloc identitaire est bien plus efficace au niveau de l’interaction sociale.
Extraits de ‘La déclaration de guerre’ du Bloc identitaire

‘Nous sommes la génération de la fracture ethnique, de la faillite totale du vivre-ensemble, du métissage imposé [...] Nous sommes la génération victime de celle de Mai 68 [...] Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère, la planète notre village [...] Notre seul héritage c’est notre terre, notre sang, notre identité [...] Nous n’avons pas besoin de votre politique de la jeunesse. La jeunesse est notre politique.’

Et les identitaires ont une idéologie d’une radicalité politique qui vaut bien celle des skins, il suffit pour s’en convaincre de regarder leur dernière vidéo, la fameuse ‘déclaration de guerre’. C’est une apologie incroyable de l’idéologie de la race et du sang, mais exprimée dans les mots d’aujourd’hui, avec un montage très moderne, très dynamique [lire l’encadré, ndlr].

Combien y-a-t-il de skinheads en France ?

Difficile à dire. On donne généralement, pour l’ensemble de l’extrême droite radicale, le nombre de 3000 personnes, mais c’est une estimation à la louche qu’on répète depuis. Elle n’a pas grande valeur. Pour ce qui est des Skins, il y a en a quelques centaines éparpillés sur le territoire, mais il est impossible d’être plus précis.

Sont-ils forcément violents ?

Individuellement, non. Un skin, pris isolément, n’est pas forcément attiré par la violence. Mais le groupe, lui, a le culte de la baston.

Il est étonnant de constater qu’ils partagent des éléments de code vestimentaire avec des militants antifascistes : les polos Fred Perry, par exemple.

Cela s’explique simplement. A la base, le mouvelment skinhead n’est pas connecté à l’extrême droite : il représentent la working class anglaise et il s’inscrit dans le sillage de la subculture des Mods. A la fin des années 70, une partie du mouvement va basculer à l’extrême droite. D’autres skinheads vont refuser cette évolution, et on les retrouvera chez les antifa. Ils vont dire : ‘les vrais skinheads, c’est nous, les autres sont des boneheads’. Ils revendiquent la marque et le look. Mais ce n’est pas le skinhead antifa qui va l’emporter, car c’est le mouvement skinhead d’extrême droite qui va être médiatisé. Et aujourd’hui, le look skinhead est un marqueur d’extrême droite très ancré.

Mais si vous écrivez un article sur les skinheads, vous êtes certain qu’il y aura des commentateurs pour dire : ce journaliste est nul, il est inculte, il confond skinhead et bonehead...

Effectivement, nous avons vécu cette expérience !

C’est systématique !
v
Le grand entretien 08/06/2013 à 13h26
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Pascal Riché | Cofondateur Rue89

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Un skinhead (MATTHIAS HIEKEL/AFP)

Le gouvernement a lancé ce samedi la procédure de dissolution des JNR, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. « D’autres associations ou groupements » pourraient subir le même sort, prévient Jean-Marc Ayrault.

Il nous a semblé utile de revenir sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite, et de retracer l’histoire de la mouvance « nationaliste révolutionnaire ».

Entretien avec Nicolas Lebourg, 38 ans, historien, spécialiste de l’extrême droite, chercheur associé au Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes à Perpignan.

De quel milieu viennent ces skinheads d’extrême droite que l’on croise dans de nombreuses villes en France ?

Ce sont des jeunes issus des classes populaires, avec une vraie conscience de classe. Ils s’affirment comme des prolétaires blancs – ce qui les conduit à assimiler la question sociale à la question raciale. Ils dirigent leur colère vers les mouvements de gauche, considérant que ceux-ci s’occupent des immigrés ou des homosexuels, mais pas de l’intégration des jeunes prolétaires blancs. Ils assimilent la gauche au sionisme, c’est assez classique, même si leur racisme est désordonné – contre les juifs, les arabes, etc. Leur néonazisme est souvent assez folklorique, c’est un néonazisme d’influence américaine, qui est en fait un suprémacisme blanc.

Le lien avec le nazisme, le vrai, n’est-il pas directement lié à l’histoire de l’extrême droite européenne ?

Ces skins ont subi l’influence des skins anglais au début des années 80, et des néonazis américains dans les années 90 : on le voit par exemple à travers la musique qu’ils écoutent, avec une évolution de la Oi ! [punk-rock anglais, ndlr] vers des musiques plus proches du Metal ou de l’Indus.

Dans les années 1980, c’est lorsqu’ils étaient sous l’influence anglaise que s’est opérée la politisation vers l’extrême droite d’une partie des skinheads français.

Dans les années 1990, ils reprenaient de préférence des slogans américains contre « ZOG » par exemple [le fantasmatique gouvernement d’occupation sioniste, ndlr]. Quand Maxime Brunerie avait tiré sur Jacques Chirac, il avait ainsi expliqué que le Président était un agent de ZOG. A l’époque, les « Carnets de Turner » (un roman américain suprémaciste) avaient un gros succès.

Au niveau politique, le néonazisme des skinheads se limite à l’antisémitisme et au suprémacisme blanc. Il est très peu élaboré. Le folklore néonazi relève plus de la provoc que d’une affirmation idéologique construite. Ce sont des gamins assez destructurés.

A partir de cette petite bande, qui n’avait pas de structure politique, Serge Ayoub a réussi à partir de 1987 à bâtir le premier mouvement politique skin. Il avait alors donné à ces jeunes une espèce d’horizon, en leur disant :

« OK, vous buvez de la bière, OK, vous faites la fête, OK vous faites n’importe quoi, mais vous savez, les SA étaient comme vous. On n’est pas des SS méthodiques, mais on peut être révolutionnaires comme les SA. Il ne s’agit pas juste de faire le coup de poing contre l’arabe d’à côté, cela ne sert à rien. Il faut se structurer politiquement comme le firent les SA... »

D’autant que les SA venaient de milieux plus populaires que les SS...

Oui, ils étaient plus « socialistes ». Les SA prônaient deux révolutions, la révolution nationaliste et la révolution socialiste. C’est pour cela qu’on en est arrivé à la nuit des longs couteaux [les assassinats politiques de SA en 1934, ndlr] : il fallait éliminer cette tendance là de manière à apaiser les conservateurs.

On retrouve chez les skins d’extrême droite cette revendication d’un fascisme social, un fascisme des travailleurs, qui s’inspirerait des débuts du fascisme italien et de la SA.

Donc, dans les années 80, Ayoub a réussi à convaincre des skins. Il a une forme de charisme qui fonctionne bien auprès de ces jeunes-là, qui manquent de repères, qui sont souvent peu cadrés familialement. Ils ont trouvé chez lui une forme d’autorité qui leur convenait.

C’est un des rares exemples où l’extrême droite a eu un succès auprès de la jeunesse populaire. Il n’y avait pas de jeunes prolos à l’extrême droite au début des années 80 : à l’époque, les extrémistes venaient des classes plus aisés : c’étaient des petits bourgeois ou même des enfants de grands bourgeois.

On pense au GUD de cette époque, par exemple, implanté à l’université d’Assas...

Exactement : le GUD était composé de bourgeois. Mais au fil des années 1980, on a vu de jeunes prolétaires être attirés par ce mouvement nationaliste révolutionnaire. On a vu naître une extrême droite de ressenti, de déclassement social, liée au rejet de plus en plus fort de l’immigration.

Ce tournant commence à la fin des années 1970, une période de désindustrialisation accélérée. Ces jeunes sont souvent issus de familles dont le père n’a plus de boulot... Ce sont des petits prolos en colère, ils auraient pu d’ailleurs tomber dans le camp d’en face.

Le nationalisme révolutionnaire dont se réclame Serge Ayoub n’est-il pas plus ancien que les années 80 ?

Idéologiquement, oui. Ce qu’on appelle le nationalisme révolutionnaire, c’est l’effort, à partir des années 60, de repenser le fascisme, en sortant de l’expérience des Etats fascistes, en Italie ou en Allemagne, pour repuiser dans l’expérience des années 20 ou 30 et essayer de dessiner un fascisme modernisé et, surtout, un fascisme qui soit un anti-impérialisme. Avec cette idée que l’Europe est colonisée par les puissances russes, américaines, israélienne... et qu’on est dans une lutte de libération nationale, comme le sont les pays du tiers monde.

Mais les années 60, ce sont aussi les années de la fin de la guerre d’Algérie, une guerre colonialiste soutenue par l’extrême droite...

En fait, le nationalisme révolutionnaire se développe dans l’après coup de la guerre d’Algérie. Après la fin de l’empire, ces mouvements d’extrême droite se demandent ce qu’ils peuvent faire, alors que la France a tout perdu. C’est la réflexion en particulier de François Duprat. L’idée est alors de sortir d’un nationalisme impérial pour devenir anti-impérialistes, ce qui permet au passage de retrouver un antisionisme virulent...

Pendant ces années, un effort de modernisation idéologique est engagé. On allait repuiser des idées et des concepts chez George Sorel (qui a été un des marqueurs idéologique de Mussolini), ou chez les frères Strasser [Otto et Gregor, les grands idéologues de la gauche du parti nazi, ndlr] ou chez les franges européistes et socialisantes du parti fasciste italien...

En redécouvrant les tendances qui avaient été réprimées par Hitler ou Mussolini, il s’agissait de retrouver un fascisme subversif, social, et qui n’avait pas les mains dans les cendres de l’extermination.

A vous écouter, ils semblent s’être inspirés, pour ce qui est de la méthode, du mouvement trotskyste, qui s’est de cette façon démarqué du stalinisme et de « l’Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré “...

C’est exactement ça. Allemagne et Italie étaient considérés comme des Etats fascistes dégénérés, mais cela ne voulait pas dire que la théorie fasciste était mauvaise. Le nationalisme révolutionnaire s’est développé. Dans les années 80, le mouvement Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis, qui compte alors 350 gars, est bien structuré.

Puis le nationalisme révolutionnaire a disparu : en 2002, Unité Radicale, le dernier groupuscule NR encore présent, a été dissout. Il avait d’ailleurs abandonné tout ce qui faisait le nationalisme révolutionnaire : il était devenu obsédé par les thématiques identitaires, anti-islam etc. Les nationalistes identitaires, eux, étaient initialement pro-islam, ils avaient beaucoup d’admiration pour la révolution de Khomeiny, par exemple.

En 2010, Ayoub a refondé les jeunesses nationalistes révolutionnaires. Mais cela reste un groupuscule très peu développé. Des réflexions idéologiques des années 60, il ne reste pas grand chose. Tout a été très simplifié.

Aujourd’hui, le Front national développe un discours plus social que lorsqu’il était dirigé par Jean-Marie Le Pen, plus libéral sur le plan économique. Reste-t-il de la place, sur le terrain idéologique, pour ces groupuscules nationalistes révolutionnaires ?

Cette réorientation a poussé des groupuscules à durcir leur discours mais aussi à se démarquer différemment, quitte à passer pour plus réacs sur les questions sociétales.

Prenez Fabrice Robert [aujourd’hui responsable du Bloc identitaire, ndlr]. Quand il militait à Troisième voie ou à Nouvelle Résistance, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’homosexualité n’était pas un drame. On éditait des brochures sur l’homosexualité dans le nazisme ! Le FN était alors pointé comme le parti réac.

Aujourd’hui, le même Fabrice Robert est dans la ‘Manif pour tous’ et c’est lui qui fustige la mollesse de Marine Le Pen sur le sujet de l’homosexualité : c’est lui qui est dans la posture du réac.

Les skinheads que l’on croise dans les villes sont-ils forcément rattachés à une organisation, où peuvent-ils être complètement autonomisés ?

On voit se développer un phénomène d’autonomes d’extrême droite, sur le modèle des autonomes d’ultragauche dans les années 70. On a vu ce phénomène se développer à l’extrême droite en Allemagne, en Italie, et on le voit maintenant en France. Dans les bastons qui ont suivi la dernière ‘Manif pour tous’, il y avait, semble-t-il, beaucoup d’autonomes de ce type. Ils n’ont plus besoin d’être rattachés à une organisation : ils forment des tout petits groupes, et quand il y a une action coup de poing, on voit subitement tous ces gens débarquer et se connecter.

Le personnage désormais familier du crâne rasé, avec croix gammées tatouées, est-il en voie de disparition ?

Les idéologies dont il se réclame, le fascisme, le nazisme, sont liées à l’époque industrielle. Elles reposent sur des idées liées aux valeurs industrielles, la massification, le parti-Etat qui absorbe toute la société, etc.

Le fait qu’un truc comme le Bloc identitaire se développe n’est pas illogique : il correspond bien mieux à notre époque, globalisée, postmoderne, fluide, web, postmatérialiste et beaucoup plus tournée sur la représentation de soi-même. La logique, c’est le développement du Bloc identitaire et la marginalisation de ces groupuscules liés à une histoire passée.

Cependant, le personnage que vous décrivez peut cependant survivre encore un long moment, parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux que les références au fascisme pour s’automarginaliser. Le type avec la croix gammée dans le cou est sûr de ne jamais être embauché. Il s’autocondamne au chômage, mais il peut justifier sa marginalité et son exclusion du marché du travail en se disant : ‘C’est parce que je suis un héros politique’.

Avec ces groupes de skins, on est au croisement de la marge sociale et de la marge politique. Ce sont des gens destructurés, qui vont retrouver une structure dans une bande, un phénomène que les sociologues connaissent bien. On créée un petit entre-soi très compact qui justifie le fait qu’on soit séparé de la société. Cela attirera toujours quelques personnes, mais fondamentalement, dès qu’on est un peu plus structuré, un truc comme le Bloc identitaire est bien plus efficace au niveau de l’interaction sociale.
Extraits de ‘La déclaration de guerre’ du Bloc identitaire

‘Nous sommes la génération de la fracture ethnique, de la faillite totale du vivre-ensemble, du métissage imposé [...] Nous sommes la génération victime de celle de Mai 68 [...] Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère, la planète notre village [...] Notre seul héritage c’est notre terre, notre sang, notre identité [...] Nous n’avons pas besoin de votre politique de la jeunesse. La jeunesse est notre politique.’

Et les identitaires ont une idéologie d’une radicalité politique qui vaut bien celle des skins, il suffit pour s’en convaincre de regarder leur dernière vidéo, la fameuse ‘déclaration de guerre’. C’est une apologie incroyable de l’idéologie de la race et du sang, mais exprimée dans les mots d’aujourd’hui, avec un montage très moderne, très dynamique [lire l’encadré, ndlr].

Combien y-a-t-il de skinheads en France ?

Difficile à dire. On donne généralement, pour l’ensemble de l’extrême droite radicale, le nombre de 3000 personnes, mais c’est une estimation à la louche qu’on répète depuis. Elle n’a pas grande valeur. Pour ce qui est des Skins, il y a en a quelques centaines éparpillés sur le territoire, mais il est impossible d’être plus précis.

Sont-ils forcément violents ?

Individuellement, non. Un skin, pris isolément, n’est pas forcément attiré par la violence. Mais le groupe, lui, a le culte de la baston.

Il est étonnant de constater qu’ils partagent des éléments de code vestimentaire avec des militants antifascistes : les polos Fred Perry, par exemple.

Cela s’explique simplement. A la base, le mouvelment skinhead n’est pas connecté à l’extrême droite : il représentent la working class anglaise et il s’inscrit dans le sillage de la subculture des Mods. A la fin des années 70, une partie du mouvement va basculer à l’extrême droite. D’autres skinheads vont refuser cette évolution, et on les retrouvera chez les antifa. Ils vont dire : ‘les vrais skinheads, c’est nous, les autres sont des boneheads’. Ils revendiquent la marque et le look. Mais ce n’est pas le skinhead antifa qui va l’emporter, car c’est le mouvement skinhead d’extrême droite qui va être médiatisé. Et aujourd’hui, le look skinhead est un marqueur d’extrême droite très ancré.

Mais si vous écrivez un article sur les skinheads, vous êtes certain qu’il y aura des commentateurs pour dire : ce journaliste est nul, il est inculte, il confond skinhead et bonehead...

Effectivement, nous avons vécu cette expérience !

C’est systématique !

Le grand entretien 08/06/2013 à 13h26
« Les skinheads, un des rares succès de l’extrême droite chez les prolétaires »
Pascal Riché | Cofondateur Rue89

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Alors que le gouvernement a décidé de dissoudre les JNR, retour sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite.

Un skinhead (MATTHIAS HIEKEL/AFP)

Le gouvernement a lancé ce samedi la procédure de dissolution des JNR, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. « D’autres associations ou groupements » pourraient subir le même sort, prévient Jean-Marc Ayrault.

Il nous a semblé utile de revenir sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite, et de retracer l’histoire de la mouvance « nationaliste révolutionnaire ».

Entretien avec Nicolas Lebourg, 38 ans, historien, spécialiste de l’extrême droite, chercheur associé au Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes à Perpignan.

De quel milieu viennent ces skinheads d’extrême droite que l’on croise dans de nombreuses villes en France ?

Ce sont des jeunes issus des classes populaires, avec une vraie conscience de classe. Ils s’affirment comme des prolétaires blancs – ce qui les conduit à assimiler la question sociale à la question raciale. Ils dirigent leur colère vers les mouvements de gauche, considérant que ceux-ci s’occupent des immigrés ou des homosexuels, mais pas de l’intégration des jeunes prolétaires blancs. Ils assimilent la gauche au sionisme, c’est assez classique, même si leur racisme est désordonné – contre les juifs, les arabes, etc. Leur néonazisme est souvent assez folklorique, c’est un néonazisme d’influence américaine, qui est en fait un suprémacisme blanc.

Le lien avec le nazisme, le vrai, n’est-il pas directement lié à l’histoire de l’extrême droite européenne ?

Ces skins ont subi l’influence des skins anglais au début des années 80, et des néonazis américains dans les années 90 : on le voit par exemple à travers la musique qu’ils écoutent, avec une évolution de la Oi ! [punk-rock anglais, ndlr] vers des musiques plus proches du Metal ou de l’Indus.

Dans les années 1980, c’est lorsqu’ils étaient sous l’influence anglaise que s’est opérée la politisation vers l’extrême droite d’une partie des skinheads français.

Dans les années 1990, ils reprenaient de préférence des slogans américains contre « ZOG » par exemple [le fantasmatique gouvernement d’occupation sioniste, ndlr]. Quand Maxime Brunerie avait tiré sur Jacques Chirac, il avait ainsi expliqué que le Président était un agent de ZOG. A l’époque, les « Carnets de Turner » (un roman américain suprémaciste) avaient un gros succès.

Au niveau politique, le néonazisme des skinheads se limite à l’antisémitisme et au suprémacisme blanc. Il est très peu élaboré. Le folklore néonazi relève plus de la provoc que d’une affirmation idéologique construite. Ce sont des gamins assez destructurés.

A partir de cette petite bande, qui n’avait pas de structure politique, Serge Ayoub a réussi à partir de 1987 à bâtir le premier mouvement politique skin. Il avait alors donné à ces jeunes une espèce d’horizon, en leur disant :

« OK, vous buvez de la bière, OK, vous faites la fête, OK vous faites n’importe quoi, mais vous savez, les SA étaient comme vous. On n’est pas des SS méthodiques, mais on peut être révolutionnaires comme les SA. Il ne s’agit pas juste de faire le coup de poing contre l’arabe d’à côté, cela ne sert à rien. Il faut se structurer politiquement comme le firent les SA... »

D’autant que les SA venaient de milieux plus populaires que les SS...

Oui, ils étaient plus « socialistes ». Les SA prônaient deux révolutions, la révolution nationaliste et la révolution socialiste. C’est pour cela qu’on en est arrivé à la nuit des longs couteaux [les assassinats politiques de SA en 1934, ndlr] : il fallait éliminer cette tendance là de manière à apaiser les conservateurs.

On retrouve chez les skins d’extrême droite cette revendication d’un fascisme social, un fascisme des travailleurs, qui s’inspirerait des débuts du fascisme italien et de la SA.

Donc, dans les années 80, Ayoub a réussi à convaincre des skins. Il a une forme de charisme qui fonctionne bien auprès de ces jeunes-là, qui manquent de repères, qui sont souvent peu cadrés familialement. Ils ont trouvé chez lui une forme d’autorité qui leur convenait.

C’est un des rares exemples où l’extrême droite a eu un succès auprès de la jeunesse populaire. Il n’y avait pas de jeunes prolos à l’extrême droite au début des années 80 : à l’époque, les extrémistes venaient des classes plus aisés : c’étaient des petits bourgeois ou même des enfants de grands bourgeois.

On pense au GUD de cette époque, par exemple, implanté à l’université d’Assas...

Exactement : le GUD était composé de bourgeois. Mais au fil des années 1980, on a vu de jeunes prolétaires être attirés par ce mouvement nationaliste révolutionnaire. On a vu naître une extrême droite de ressenti, de déclassement social, liée au rejet de plus en plus fort de l’immigration.

Ce tournant commence à la fin des années 1970, une période de désindustrialisation accélérée. Ces jeunes sont souvent issus de familles dont le père n’a plus de boulot... Ce sont des petits prolos en colère, ils auraient pu d’ailleurs tomber dans le camp d’en face.

Le nationalisme révolutionnaire dont se réclame Serge Ayoub n’est-il pas plus ancien que les années 80 ?

Idéologiquement, oui. Ce qu’on appelle le nationalisme révolutionnaire, c’est l’effort, à partir des années 60, de repenser le fascisme, en sortant de l’expérience des Etats fascistes, en Italie ou en Allemagne, pour repuiser dans l’expérience des années 20 ou 30 et essayer de dessiner un fascisme modernisé et, surtout, un fascisme qui soit un anti-impérialisme. Avec cette idée que l’Europe est colonisée par les puissances russes, américaines, israélienne... et qu’on est dans une lutte de libération nationale, comme le sont les pays du tiers monde.

Mais les années 60, ce sont aussi les années de la fin de la guerre d’Algérie, une guerre colonialiste soutenue par l’extrême droite...

En fait, le nationalisme révolutionnaire se développe dans l’après coup de la guerre d’Algérie. Après la fin de l’empire, ces mouvements d’extrême droite se demandent ce qu’ils peuvent faire, alors que la France a tout perdu. C’est la réflexion en particulier de François Duprat. L’idée est alors de sortir d’un nationalisme impérial pour devenir anti-impérialistes, ce qui permet au passage de retrouver un antisionisme virulent...

Pendant ces années, un effort de modernisation idéologique est engagé. On allait repuiser des idées et des concepts chez George Sorel (qui a été un des marqueurs idéologique de Mussolini), ou chez les frères Strasser [Otto et Gregor, les grands idéologues de la gauche du parti nazi, ndlr] ou chez les franges européistes et socialisantes du parti fasciste italien...

En redécouvrant les tendances qui avaient été réprimées par Hitler ou Mussolini, il s’agissait de retrouver un fascisme subversif, social, et qui n’avait pas les mains dans les cendres de l’extermination.

A vous écouter, ils semblent s’être inspirés, pour ce qui est de la méthode, du mouvement trotskyste, qui s’est de cette façon démarqué du stalinisme et de « l’Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré “...

C’est exactement ça. Allemagne et Italie étaient considérés comme des Etats fascistes dégénérés, mais cela ne voulait pas dire que la théorie fasciste était mauvaise. Le nationalisme révolutionnaire s’est développé. Dans les années 80, le mouvement Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis, qui compte alors 350 gars, est bien structuré.

Puis le nationalisme révolutionnaire a disparu : en 2002, Unité Radicale, le dernier groupuscule NR encore présent, a été dissout. Il avait d’ailleurs abandonné tout ce qui faisait le nationalisme révolutionnaire : il était devenu obsédé par les thématiques identitaires, anti-islam etc. Les nationalistes identitaires, eux, étaient initialement pro-islam, ils avaient beaucoup d’admiration pour la révolution de Khomeiny, par exemple.

En 2010, Ayoub a refondé les jeunesses nationalistes révolutionnaires. Mais cela reste un groupuscule très peu développé. Des réflexions idéologiques des années 60, il ne reste pas grand chose. Tout a été très simplifié.

Aujourd’hui, le Front national développe un discours plus social que lorsqu’il était dirigé par Jean-Marie Le Pen, plus libéral sur le plan économique. Reste-t-il de la place, sur le terrain idéologique, pour ces groupuscules nationalistes révolutionnaires ?

Cette réorientation a poussé des groupuscules à durcir leur discours mais aussi à se démarquer différemment, quitte à passer pour plus réacs sur les questions sociétales.

Prenez Fabrice Robert [aujourd’hui responsable du Bloc identitaire, ndlr]. Quand il militait à Troisième voie ou à Nouvelle Résistance, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’homosexualité n’était pas un drame. On éditait des brochures sur l’homosexualité dans le nazisme ! Le FN était alors pointé comme le parti réac.

Aujourd’hui, le même Fabrice Robert est dans la ‘Manif pour tous’ et c’est lui qui fustige la mollesse de Marine Le Pen sur le sujet de l’homosexualité : c’est lui qui est dans la posture du réac.

Les skinheads que l’on croise dans les villes sont-ils forcément rattachés à une organisation, où peuvent-ils être complètement autonomisés ?

On voit se développer un phénomène d’autonomes d’extrême droite, sur le modèle des autonomes d’ultragauche dans les années 70. On a vu ce phénomène se développer à l’extrême droite en Allemagne, en Italie, et on le voit maintenant en France. Dans les bastons qui ont suivi la dernière ‘Manif pour tous’, il y avait, semble-t-il, beaucoup d’autonomes de ce type. Ils n’ont plus besoin d’être rattachés à une organisation : ils forment des tout petits groupes, et quand il y a une action coup de poing, on voit subitement tous ces gens débarquer et se connecter.

Le personnage désormais familier du crâne rasé, avec croix gammées tatouées, est-il en voie de disparition ?

Les idéologies dont il se réclame, le fascisme, le nazisme, sont liées à l’époque industrielle. Elles reposent sur des idées liées aux valeurs industrielles, la massification, le parti-Etat qui absorbe toute la société, etc.

Le fait qu’un truc comme le Bloc identitaire se développe n’est pas illogique : il correspond bien mieux à notre époque, globalisée, postmoderne, fluide, web, postmatérialiste et beaucoup plus tournée sur la représentation de soi-même. La logique, c’est le développement du Bloc identitaire et la marginalisation de ces groupuscules liés à une histoire passée.

Cependant, le personnage que vous décrivez peut cependant survivre encore un long moment, parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux que les références au fascisme pour s’automarginaliser. Le type avec la croix gammée dans le cou est sûr de ne jamais être embauché. Il s’autocondamne au chômage, mais il peut justifier sa marginalité et son exclusion du marché du travail en se disant : ‘C’est parce que je suis un héros politique’.

Avec ces groupes de skins, on est au croisement de la marge sociale et de la marge politique. Ce sont des gens destructurés, qui vont retrouver une structure dans une bande, un phénomène que les sociologues connaissent bien. On créée un petit entre-soi très compact qui justifie le fait qu’on soit séparé de la société. Cela attirera toujours quelques personnes, mais fondamentalement, dès qu’on est un peu plus structuré, un truc comme le Bloc identitaire est bien plus efficace au niveau de l’interaction sociale.
Extraits de ‘La déclaration de guerre’ du Bloc identitaire

‘Nous sommes la génération de la fracture ethnique, de la faillite totale du vivre-ensemble, du métissage imposé [...] Nous sommes la génération victime de celle de Mai 68 [...] Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère, la planète notre village [...] Notre seul héritage c’est notre terre, notre sang, notre identité [...] Nous n’avons pas besoin de votre politique de la jeunesse. La jeunesse est notre politique.’

Et les identitaires ont une idéologie d’une radicalité politique qui vaut bien celle des skins, il suffit pour s’en convaincre de regarder leur dernière vidéo, la fameuse ‘déclaration de guerre’. C’est une apologie incroyable de l’idéologie de la race et du sang, mais exprimée dans les mots d’aujourd’hui, avec un montage très moderne, très dynamique [lire l’encadré, ndlr].

Combien y-a-t-il de skinheads en France ?

Difficile à dire. On donne généralement, pour l’ensemble de l’extrême droite radicale, le nombre de 3000 personnes, mais c’est une estimation à la louche qu’on répète depuis. Elle n’a pas grande valeur. Pour ce qui est des Skins, il y a en a quelques centaines éparpillés sur le territoire, mais il est impossible d’être plus précis.

Sont-ils forcément violents ?

Individuellement, non. Un skin, pris isolément, n’est pas forcément attiré par la violence. Mais le groupe, lui, a le culte de la baston.

Il est étonnant de constater qu’ils partagent des éléments de code vestimentaire avec des militants antifascistes : les polos Fred Perry, par exemple.

Cela s’explique simplement. A la base, le mouvelment skinhead n’est pas connecté à l’extrême droite : il représentent la working class anglaise et il s’inscrit dans le sillage de la subculture des Mods. A la fin des années 70, une partie du mouvement va basculer à l’extrême droite. D’autres skinheads vont refuser cette évolution, et on les retrouvera chez les antifa. Ils vont dire : ‘les vrais skinheads, c’est nous, les autres sont des boneheads’. Ils revendiquent la marque et le look. Mais ce n’est pas le skinhead antifa qui va l’emporter, car c’est le mouvement skinhead d’extrême droite qui va être médiatisé. Et aujourd’hui, le look skinhead est un marqueur d’extrême droite très ancré.

Mais si vous écrivez un article sur les skinheads, vous êtes certain qu’il y aura des commentateurs pour dire : ce journaliste est nul, il est inculte, il confond skinhead et bonehead...

Effectivement, nous avons vécu cette expérience !

C’est systématique !

Le grand entretien 08/06/2013 à 13h26
« Les skinheads, un des rares succès de l’extrême droite chez les prolétaires »
Pascal Riché | Cofondateur Rue89

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Alors que le gouvernement a décidé de dissoudre les JNR, retour sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite.

Un skinhead (MATTHIAS HIEKEL/AFP)

Le gouvernement a lancé ce samedi la procédure de dissolution des JNR, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. « D’autres associations ou groupements » pourraient subir le même sort, prévient Jean-Marc Ayrault.

Il nous a semblé utile de revenir sur le profil sociologique et idéologique des skinheads d’extrême droite, et de retracer l’histoire de la mouvance « nationaliste révolutionnaire ».

Entretien avec Nicolas Lebourg, 38 ans, historien, spécialiste de l’extrême droite, chercheur associé au Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes à Perpignan.

De quel milieu viennent ces skinheads d’extrême droite que l’on croise dans de nombreuses villes en France ?

Ce sont des jeunes issus des classes populaires, avec une vraie conscience de classe. Ils s’affirment comme des prolétaires blancs – ce qui les conduit à assimiler la question sociale à la question raciale. Ils dirigent leur colère vers les mouvements de gauche, considérant que ceux-ci s’occupent des immigrés ou des homosexuels, mais pas de l’intégration des jeunes prolétaires blancs. Ils assimilent la gauche au sionisme, c’est assez classique, même si leur racisme est désordonné – contre les juifs, les arabes, etc. Leur néonazisme est souvent assez folklorique, c’est un néonazisme d’influence américaine, qui est en fait un suprémacisme blanc.

Le lien avec le nazisme, le vrai, n’est-il pas directement lié à l’histoire de l’extrême droite européenne ?

Ces skins ont subi l’influence des skins anglais au début des années 80, et des néonazis américains dans les années 90 : on le voit par exemple à travers la musique qu’ils écoutent, avec une évolution de la Oi ! [punk-rock anglais, ndlr] vers des musiques plus proches du Metal ou de l’Indus.

Dans les années 1980, c’est lorsqu’ils étaient sous l’influence anglaise que s’est opérée la politisation vers l’extrême droite d’une partie des skinheads français.

Dans les années 1990, ils reprenaient de préférence des slogans américains contre « ZOG » par exemple [le fantasmatique gouvernement d’occupation sioniste, ndlr]. Quand Maxime Brunerie avait tiré sur Jacques Chirac, il avait ainsi expliqué que le Président était un agent de ZOG. A l’époque, les « Carnets de Turner » (un roman américain suprémaciste) avaient un gros succès.

Au niveau politique, le néonazisme des skinheads se limite à l’antisémitisme et au suprémacisme blanc. Il est très peu élaboré. Le folklore néonazi relève plus de la provoc que d’une affirmation idéologique construite. Ce sont des gamins assez destructurés.

A partir de cette petite bande, qui n’avait pas de structure politique, Serge Ayoub a réussi à partir de 1987 à bâtir le premier mouvement politique skin. Il avait alors donné à ces jeunes une espèce d’horizon, en leur disant :

« OK, vous buvez de la bière, OK, vous faites la fête, OK vous faites n’importe quoi, mais vous savez, les SA étaient comme vous. On n’est pas des SS méthodiques, mais on peut être révolutionnaires comme les SA. Il ne s’agit pas juste de faire le coup de poing contre l’arabe d’à côté, cela ne sert à rien. Il faut se structurer politiquement comme le firent les SA... »

D’autant que les SA venaient de milieux plus populaires que les SS...

Oui, ils étaient plus « socialistes ». Les SA prônaient deux révolutions, la révolution nationaliste et la révolution socialiste. C’est pour cela qu’on en est arrivé à la nuit des longs couteaux [les assassinats politiques de SA en 1934, ndlr] : il fallait éliminer cette tendance là de manière à apaiser les conservateurs.

On retrouve chez les skins d’extrême droite cette revendication d’un fascisme social, un fascisme des travailleurs, qui s’inspirerait des débuts du fascisme italien et de la SA.

Donc, dans les années 80, Ayoub a réussi à convaincre des skins. Il a une forme de charisme qui fonctionne bien auprès de ces jeunes-là, qui manquent de repères, qui sont souvent peu cadrés familialement. Ils ont trouvé chez lui une forme d’autorité qui leur convenait.

C’est un des rares exemples où l’extrême droite a eu un succès auprès de la jeunesse populaire. Il n’y avait pas de jeunes prolos à l’extrême droite au début des années 80 : à l’époque, les extrémistes venaient des classes plus aisés : c’étaient des petits bourgeois ou même des enfants de grands bourgeois.

On pense au GUD de cette époque, par exemple, implanté à l’université d’Assas...

Exactement : le GUD était composé de bourgeois. Mais au fil des années 1980, on a vu de jeunes prolétaires être attirés par ce mouvement nationaliste révolutionnaire. On a vu naître une extrême droite de ressenti, de déclassement social, liée au rejet de plus en plus fort de l’immigration.

Ce tournant commence à la fin des années 1970, une période de désindustrialisation accélérée. Ces jeunes sont souvent issus de familles dont le père n’a plus de boulot... Ce sont des petits prolos en colère, ils auraient pu d’ailleurs tomber dans le camp d’en face.

Le nationalisme révolutionnaire dont se réclame Serge Ayoub n’est-il pas plus ancien que les années 80 ?

Idéologiquement, oui. Ce qu’on appelle le nationalisme révolutionnaire, c’est l’effort, à partir des années 60, de repenser le fascisme, en sortant de l’expérience des Etats fascistes, en Italie ou en Allemagne, pour repuiser dans l’expérience des années 20 ou 30 et essayer de dessiner un fascisme modernisé et, surtout, un fascisme qui soit un anti-impérialisme. Avec cette idée que l’Europe est colonisée par les puissances russes, américaines, israélienne... et qu’on est dans une lutte de libération nationale, comme le sont les pays du tiers monde.

Mais les années 60, ce sont aussi les années de la fin de la guerre d’Algérie, une guerre colonialiste soutenue par l’extrême droite...

En fait, le nationalisme révolutionnaire se développe dans l’après coup de la guerre d’Algérie. Après la fin de l’empire, ces mouvements d’extrême droite se demandent ce qu’ils peuvent faire, alors que la France a tout perdu. C’est la réflexion en particulier de François Duprat. L’idée est alors de sortir d’un nationalisme impérial pour devenir anti-impérialistes, ce qui permet au passage de retrouver un antisionisme virulent...

Pendant ces années, un effort de modernisation idéologique est engagé. On allait repuiser des idées et des concepts chez George Sorel (qui a été un des marqueurs idéologique de Mussolini), ou chez les frères Strasser [Otto et Gregor, les grands idéologues de la gauche du parti nazi, ndlr] ou chez les franges européistes et socialisantes du parti fasciste italien...

En redécouvrant les tendances qui avaient été réprimées par Hitler ou Mussolini, il s’agissait de retrouver un fascisme subversif, social, et qui n’avait pas les mains dans les cendres de l’extermination.

A vous écouter, ils semblent s’être inspirés, pour ce qui est de la méthode, du mouvement trotskyste, qui s’est de cette façon démarqué du stalinisme et de « l’Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré “...

C’est exactement ça. Allemagne et Italie étaient considérés comme des Etats fascistes dégénérés, mais cela ne voulait pas dire que la théorie fasciste était mauvaise. Le nationalisme révolutionnaire s’est développé. Dans les années 80, le mouvement Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis, qui compte alors 350 gars, est bien structuré.

Puis le nationalisme révolutionnaire a disparu : en 2002, Unité Radicale, le dernier groupuscule NR encore présent, a été dissout. Il avait d’ailleurs abandonné tout ce qui faisait le nationalisme révolutionnaire : il était devenu obsédé par les thématiques identitaires, anti-islam etc. Les nationalistes identitaires, eux, étaient initialement pro-islam, ils avaient beaucoup d’admiration pour la révolution de Khomeiny, par exemple.

En 2010, Ayoub a refondé les jeunesses nationalistes révolutionnaires. Mais cela reste un groupuscule très peu développé. Des réflexions idéologiques des années 60, il ne reste pas grand chose. Tout a été très simplifié.

Aujourd’hui, le Front national développe un discours plus social que lorsqu’il était dirigé par Jean-Marie Le Pen, plus libéral sur le plan économique. Reste-t-il de la place, sur le terrain idéologique, pour ces groupuscules nationalistes révolutionnaires ?

Cette réorientation a poussé des groupuscules à durcir leur discours mais aussi à se démarquer différemment, quitte à passer pour plus réacs sur les questions sociétales.

Prenez Fabrice Robert [aujourd’hui responsable du Bloc identitaire, ndlr]. Quand il militait à Troisième voie ou à Nouvelle Résistance, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’homosexualité n’était pas un drame. On éditait des brochures sur l’homosexualité dans le nazisme ! Le FN était alors pointé comme le parti réac.

Aujourd’hui, le même Fabrice Robert est dans la ‘Manif pour tous’ et c’est lui qui fustige la mollesse de Marine Le Pen sur le sujet de l’homosexualité : c’est lui qui est dans la posture du réac.

Les skinheads que l’on croise dans les villes sont-ils forcément rattachés à une organisation, où peuvent-ils être complètement autonomisés ?

On voit se développer un phénomène d’autonomes d’extrême droite, sur le modèle des autonomes d’ultragauche dans les années 70. On a vu ce phénomène se développer à l’extrême droite en Allemagne, en Italie, et on le voit maintenant en France. Dans les bastons qui ont suivi la dernière ‘Manif pour tous’, il y avait, semble-t-il, beaucoup d’autonomes de ce type. Ils n’ont plus besoin d’être rattachés à une organisation : ils forment des tout petits groupes, et quand il y a une action coup de poing, on voit subitement tous ces gens débarquer et se connecter.

Le personnage désormais familier du crâne rasé, avec croix gammées tatouées, est-il en voie de disparition ?

Les idéologies dont il se réclame, le fascisme, le nazisme, sont liées à l’époque industrielle. Elles reposent sur des idées liées aux valeurs industrielles, la massification, le parti-Etat qui absorbe toute la société, etc.

Le fait qu’un truc comme le Bloc identitaire se développe n’est pas illogique : il correspond bien mieux à notre époque, globalisée, postmoderne, fluide, web, postmatérialiste et beaucoup plus tournée sur la représentation de soi-même. La logique, c’est le développement du Bloc identitaire et la marginalisation de ces groupuscules liés à une histoire passée.

Cependant, le personnage que vous décrivez peut cependant survivre encore un long moment, parce qu’on n’a pas encore trouvé mieux que les références au fascisme pour s’automarginaliser. Le type avec la croix gammée dans le cou est sûr de ne jamais être embauché. Il s’autocondamne au chômage, mais il peut justifier sa marginalité et son exclusion du marché du travail en se disant : ‘C’est parce que je suis un héros politique’.

Avec ces groupes de skins, on est au croisement de la marge sociale et de la marge politique. Ce sont des gens destructurés, qui vont retrouver une structure dans une bande, un phénomène que les sociologues connaissent bien. On créée un petit entre-soi très compact qui justifie le fait qu’on soit séparé de la société. Cela attirera toujours quelques personnes, mais fondamentalement, dès qu’on est un peu plus structuré, un truc comme le Bloc identitaire est bien plus efficace au niveau de l’interaction sociale.
Extraits de ‘La déclaration de guerre’ du Bloc identitaire

‘Nous sommes la génération de la fracture ethnique, de la faillite totale du vivre-ensemble, du métissage imposé [...] Nous sommes la génération victime de celle de Mai 68 [...] Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère, la planète notre village [...] Notre seul héritage c’est notre terre, notre sang, notre identité [...] Nous n’avons pas besoin de votre politique de la jeunesse. La jeunesse est notre politique.’

Et les identitaires ont une idéologie d’une radicalité politique qui vaut bien celle des skins, il suffit pour s’en convaincre de regarder leur dernière vidéo, la fameuse ‘déclaration de guerre’. C’est une apologie incroyable de l’idéologie de la race et du sang, mais exprimée dans les mots d’aujourd’hui, avec un montage très moderne, très dynamique [lire l’encadré, ndlr].

Combien y-a-t-il de skinheads en France ?

Difficile à dire. On donne généralement, pour l’ensemble de l’extrême droite radicale, le nombre de 3000 personnes, mais c’est une estimation à la louche qu’on répète depuis. Elle n’a pas grande valeur. Pour ce qui est des Skins, il y a en a quelques centaines éparpillés sur le territoire, mais il est impossible d’être plus précis.

Sont-ils forcément violents ?

Individuellement, non. Un skin, pris isolément, n’est pas forcément attiré par la violence. Mais le groupe, lui, a le culte de la baston.

Il est étonnant de constater qu’ils partagent des éléments de code vestimentaire avec des militants antifascistes : les polos Fred Perry, par exemple.

Cela s’explique simplement. A la base, le mouvelment skinhead n’est pas connecté à l’extrême droite : il représentent la working class anglaise et il s’inscrit dans le sillage de la subculture des Mods. A la fin des années 70, une partie du mouvement va basculer à l’extrême droite. D’autres skinheads vont refuser cette évolution, et on les retrouvera chez les antifa. Ils vont dire : ‘les vrais skinheads, c’est nous, les autres sont des boneheads’. Ils revendiquent la marque et le look. Mais ce n’est pas le skinhead antifa qui va l’emporter, car c’est le mouvement skinhead d’extrême droite qui va être médiatisé. Et aujourd’hui, le look skinhead est un marqueur d’extrême droite très ancré.

Mais si vous écrivez un article sur les skinheads, vous êtes certain qu’il y aura des commentateurs pour dire : ce journaliste est nul, il est inculte, il confond skinhead et bonehead...

Effectivement, nous avons vécu cette expérience !

C’est systématique !

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La mort d'un élu UMP

Dordogne: mort d'un élu UMP

Le chef de file de l'opposition UMP à Périgueux et conseiller régional d'Aquitaine Philippe Cornet, 50 ans, a été retrouvé mort aujourd'hui à son domicile, vraisemblable conséquence d'un suicide, selon fédération départementale du parti. Le corps du conseiller municipal de Périgueux a été retrouvé dans la matinée à son domicile de Marsaneix, un village proche de Périgueux, par un membre de sa famille.

Avocat spécialisé en droit des sociétés, Philippe Cornet, père de deux enfants, avait été adjoint des maires de Périgueux Yves Guéna et Xavier Darcos, puis chef de file de l'opposition depuis le passage de la mairie au PS aux élections municipales de 2008. Il était favori naturel pour l'investiture de l'UMP en vue des municipales de 2014.

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PALMARES- Les formations au journalisme ne cessent de se multiplier. Et les écoles reconnues également. Comment s’y retrouver parmi tous ces cursus ? Lesquels vous ouvrent plus facilement les portes de la profession ? Consultez le Palmarès exclusif Figaro Étudiant et Street Press.

» CONSULTER LE CLASSEMENT

Le nombre de journalistes titulaires de la carte de presse a baissé en 2011 pour la deuxième année consécutive. Depuis 2008, ils sont de plus en plus nombreux à être pigistes ou en CDD (7659), et de moins en moins en CDI (27.673). Une observation encore plus flagrante chez les moins de 26 ans: ils sont 35,4% à être payés à la pige et 36% en CDD, contre seulement 27,8% en CDI. (1)
Des formations toujours plus nombreuses

Ces données affichées par l’Observatoire des métiers de la presse ont de quoi dissuader les étudiants de vouloir se diriger vers un tel métier. Et pourtant, à l’image des formations en journalisme qui se multiplient, les jeunes sont toujours aussi nombreux à être attirés par la profession et à se présenter aux concours des écoles de journalisme. Depuis début avril, une quatorzième école vient d’ailleurs d’être accréditée par la Commission paritaire nationale pour l’emploi des journalistes (CPNEJ). L’IUT de Nice-Cannes rejoint ainsi les treize formations reconnues par la profession et fait son entrée dans le palmarès.

Pas facile de s’y retrouver parmi ces écoles 14 écoles, auxquelles s’ajoutent autant d’autres formations qui délivrent un diplôme reconnu par l’Etat, mais «non reconnu par la profession», c’est-à-dire la par la CPNEJ.
La méthodologie

StreetPress et Le Figaro Etudiant ont donc contacté ces établissements afin d’y voir plus clair sur leurs cursus. Si toutes les écoles reconnues ont accepté de se livrer à cet examen, certaines, non reconnues, n’ont pas répondu. Toutes les formations en journalisme n’ont pas été contactées, mais seulement les écoles reconnues et les établissement privés proposant un cursus en deux ans minimum. Les licences et masters professionnels universitaires, ainsi que les formations en alternance, font l’objet d’un article complémentaire dans notre dossier.

Pour classer ces écoles, nous avons retenu neuf critères, qui comprennent eux-mêmes plusieurs catégories. L’employabilité est par exemple basée sur l’insertion professionnelle des étudiants, ou encore sur la qualité des travaux réalisés durant leurs études.
Les formations privées en tête

Cette année, c’est l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille qui arrive en tête avec 84,7 points sur 100. Mais le Centre de Formation des Journalistes (CFJ) de Paris suit de très près: entre les deux écoles, c’est l’avis des recruteurs qui a fait la différence. Ces derniers ont en effet défendu l’ESJ Lille à l’unanimité. Suit l’Institut Pratique du Journalisme (IPJ) Paris en troisième position. L’école rattachée à l’université Paris-Dauphine se distingue notamment grâce à ses efforts en faveur de l’ouverture sociale, avec la présence d’une chargée de mission diversité et égalité des chances et l’accueil d’étudiants en situation de handicap.

Mais les formations publiques sont juste derrière, avec l’IFP qui talonne l’IPJ. L’IJBA (Bordeaux), l’IUT de Tours, le CUEJ (Strasbourg), Sciences Po Paris, le Celsa et l’IUT de Lannion sont également dans le top 10. L’IUT breton, en proie à de graves difficultés financières et à de nombreuses suppressions de postes, chûte toutefois nettement par rapport au classement de 2011. Les formations non reconnues, telles que celles proposées par l’ISCPA ou l’IEJ, arrivent plus bas dans le classement. Et pour cause: posséder un diplôme d’école reconnue est aujourd’hui un réel atout pour accéder au marché du travail.
L’importance croissante des écoles reconnues

Seulement 16% des journalistes titulaires de la carte de presse sont passés par une école reconnue. Mais ce chiffre est représentatif d’une population vieillissante, qui n’a pas (ou peu) connu la crise de l’emploi telle que nous la subissons aujourd’hui, particulièrement en journalisme. Et ce pourcentage croit chaque année. «La moyenne d’âge des journalistes encartés pour la première fois et issus d’un cursus reconnu est de 25,8 ans. Elle est de 31 ans pour ceux issus d’un autre cursus», détaille l’Observatoire des métiers de la presse. La détention d’un diplôme reconnu accélérerait donc également l’obtention d’un emploi.

Un critère confirmé par la plupart des recruteurs que nous avons contactés. Rédacteurs en chef sur Internet, en presse écrite, en télévision et en radio, ils ont donné leurs avis sur les formations en journalisme. Pour ce recruteur de la presse quotidienne nationale, la formation représente un critère primordial: même s’il accepte parfois des stagiaires issus d’autres cursus, en mettant toutefois en garde sur «les boîtes à fric» que peuvent être les formations privées non reconnues, «l’estampille école agréée est essentielle». «Pour les CDD d’été, on ne prend que des étudiants sortant d’écoles reconnues qu’on a testés en stage au printemps», ajoute-t-il.

Sur le web et dans les médias locaux, les recruteurs ne sont pas aussi catégoriques. «L’école joue… un peu», explique une rédactrice en chef d’un site internet. Elle conseille ainsi aux étudiants de passer par une école reconnue, même si elle préfère «les gens non formatés». «La personnalité, la fiabilité, le contact humain et l’enthousiasme» ont également beaucoup d’importance à ses yeux. Pour une de ses collègues, rédactrice en chef d’une radio régionale, «l’école n’est pas déterminante». Elle explique aimer «les profils différents, les approches journalistiques différentes». Pour elle, ce n’est pas tant le diplôme qui compte, mais la pratique et l’expérience du terrain: «On ne prend que des candidats qui ont déjà fait un premier stage». En plus de la formation, la culture générale, le dynamisme, l’expérience et la motivation sont donc essentiels, comme l’explique la rédactrice en chef d’un quotidien régional: «L’école n’influe pas sur la motivation. Ca, c’est intrinsèque.»

(1) «Les journalistes encartés en 2011», rapport 2012 réalisé par l’Observatoire des métiers de la presse et l’Observatoire des métiers et des qualifications de l’audiovisuel, en partenariat avec la CCIJP, Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels.

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ÉTATS-UNIS • La sale semaine d'Obama

ÉTATS-UNIS • La sale semaine d'Obama
La situation s'envenime à Washington, après une série de scandales politiques. Le président Barack Obama ne s'en relèvera peut-être pas, estiment plusieurs grands titres de la presse américaine.

erniers jours, il avance que les républicains tiennent peut-être enfin les éléments d'une histoire qu'ils tentent de vendre, sans succès, depuis des années : celle d'un président Obama obsédé par la politique, isolé de la réalité et trop porté sur l'action gouvernementale.

"Le changement barométrique à Washington est arrivé si rapidement qu'il est difficile de comprendre ce qu'il s'est passé", écrit de son côté New York Magazine, qui se demande comment l'accumulation de controverses relativement anodines a pu transformer l'atmosphère de manière si radicale.

"Il ne m'a jamais parlé quand les choses allaient bien"

En l'espace de cinq jours, trois révélations ont ébranlé le président et son entourage : les mises en garde avant l'attaque de l'ambassade américaine à Benghazi en septembre 2012, le ciblage fiscal de groupes politiques conservateurs et la mise sur écoute de journalistes d'AP. "Obama, le président indifférent", écrit l'influent chroniqueur conservateur Dana Milbank, du Washington Post, pour qui le chef de l'Etat "a créé un vide du pouvoir dans lequel des petits fonctionnaires se croient tout permis."

Non seulement la presse aurait lâché le président, écrit Politico, mais le barrage de la solidarité démocrate s'est lui aussi effondré. Il cite un démocrate haut placé à Washington qui explique qu'Obama n'a jamais entrepris de "séduire" ses propres partisans. "Il n'a jamais emmené des responsables du Parti démocrate à Camp David pour boire un coup ou pour discuter. Maintenant, ils disent : 'Il ne m'a jamais parlé quand les choses allaient bien'."

Source: Le Courrier international

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Jean-Paul Pougala
SINGE CONGOLAISE, NEGRE ANTI-ITALIENNE, GOUVERNANTE (domestique) PUANTE, MINISTRE BONGA-BONGA (singe et prostituée) etc...

C'est avec ces mots que les parlementaires italiens ont accueilli la nouvelle ministre italienne de l'intégration d'origine congolaise. Ces mots sont repris en boucles sur les radios, journaux italiens, forums et blogs. Certains comme le parti au pouvoir (avec elle) Lega Nord demandent même qu'on la tue, en qualifiant la journée de sa nomination comme une "journée" la plus noire de l'histoire d'Italie".

Les italiens sont-ils racistes? Non, c'est toute l'Europe qui n'aime pas les Africains. Les autres sont juste un peu plus hypocrites de nous sourire à pleines dents. Une Ministre africaine en Europe n'est que l'arbre qui cache la forêt du racisme. Pare que lorsqu'on a été le domestique de quelqu'un, il ne nous voit que comme domestique, quoi qu'on fasse, quoi qu'on devienne.

Tant que l'Afrique ne se bat pas pour être prospère et s'imposer sur le plan économique, je ne vois aucun discours d'humanisme d'où qu'il provienne capable d'obliger les Européens à nous respecter, mieux qu'une victoire économique de notre part. Car c'est le terrain où nous sommes capables de les battre, profitant de leur déclin inexorable.

Plutot que de nous indigner contre l'Italie pour cette agression pour l'instant verbale contre notre soeur Cécile, nous ferions mieux de nous questionner sur ce que nous faisons pour empêcher que nos jeunes continue de voir que l'enfer de l'Europe est toujours un paradis.

Sommes-nous capables de construire un continent qui fasse rêver ses propres enfants ? C'est tout là notre defi de nous questionner seconde après seconde de quelle Afrique nous voulons laisser à nos enfants. JPP01/05/2013

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Pour ceux qui lisent l'italien, lire le détails des insultes dans cet article de la Repubblica et un autre sur la réaction de la président de l'Assemblée nationale italienne en solidarité à la parlementaire et ministre d'origine congolaise.

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"Kyenge zulù": insulti razzisti
sui siti della galassia nazi

Le pesanti offese contro il neoministro di colore su Stormfront, Duce. net, Facebook. "Aprirà la strada a tanti fratelli d'Italia abbronzati". Il leghista Borghezio: lei è una bonga bonga, una scelta del c... di PAOLO BERIZZI

Lo leggo dopo
MILANO - "Scimmia congolese". "Governante puzzolente". "Negra". "Negra anti-italiana". "Vile essere". "Faccetta nera". E poi: "Il giorno Nero della Repubblica", con sotto la sua foto. Fino a un "ministro bonga bonga" (il copyright è del fine pensatore leghista Mario Borghezio che Cécile l'ha già ribattezzata "faccia da casalinga", "scelta del cazzo", una che è arrivata lì "perché si sarà arruffianata qualche gerarca del Pd").

Sembra il triste copione di un film già visto: in piazza, a scuola, negli stadi. In osteria. Ma siccome l'odio becero e razzista non dorme mai - richiede solo tempi tecnici per sedimentarsi - contro Cécile Kyenge, neoministro della Repubblica italiana per l'Integrazione, arriva ora l'anatema della rete nazifascista. Non la storia, non la capacità e le competenze. Il colore della pelle. La discriminante razziale che muove la follia formato web dei "leoni della tastiera".

Sul profilo Fb del "Movimento nazional socialista dei lavoratori" (il clone del partito di Hitler, 1.002 fan), tra un'immagine delle SS e il monito "l'Europa è bianca", campeggia la foto del medico oculista di origini africane. "La congolese offende l'Italia: dice che la nostra "è ormai una società meticcia, e bisogna prenderne atto". Noi invece - recita un post firmato mcm - prendiamo atto della dichiarazione
di guerra verso la nostra identità e diciamo a questi vili esseri che noi non ci arrenderemo...". Un altro link rimanda al portale "Identità. com". A un altro raffinato ragionamento. "Era inevitabile che il punto più basso della storia repubblicana fosse segnato dalla presenza del primo ministro non-italiano e negro della Storia d'Italia".

In principio era stato il "niet" della Lega contro "il ministro che favorisce i clandestini". Ma la deriva razzista doveva ancora esplodere. Eccola. E' vero, è affidata alla caducità stupida della rete: però è un segno del clima d'odio diffuso (che non fermenta solo nella mente del disoccupato Luigi Preiti, è anche razziale). La "scimmia congolese", come la chiama "Gamma camicia nera" sul forum "il Duce. net", aprirà la strada a "tanti nuovi fratelli d'Italia, ben abbronzati. Ma che cazzo è successo al Paese?". Risponde il "soldato San Marco". "Uno schifo... ci mancava la negra". "Ricordiamoci faccetta nera", è il consiglio di un altro utente del forum "benitomussolini. com" .

L'assioma del dibattito ospitato da "termometropolitico" è "il governo Letta è un vero lettamaio". La colpa è sua, della Kyenge. "Negra e anti-italiana". "Zulù". "Governante puzzolente". A tal punto che c'è chi sta già "preparando i biglietti per la Russia". Solo temporaneamente inaccessibile il sito della sezione italiana di "Stormfront" (il movimento che inneggia alla superiorità della razza bianca, quattro militanti nostrani condannati per istigazione all'odio razziale) tra i più scatenati ci sono i seguaci del "Movimento fascista italiano". "Che sia stata nominata come ministro di questo cosiddetto ministero una negra sposata con un italiano (deve essere un disperato) la dice lunga...", scrive sul suo blog (pezzo "linkato" dal Mfi) il professor Pietro Melis. Che va in affondo mettendo in dubbio, per supposta inferiorità razziale, la professionalità del neoministro. "Vi fareste operare da questa oculista "di colore"?", si chiede l'autore del testo "Scontro tra culture e metacultura scientifica".

Il pezzo forte, si fa per dire, è la chiosa finale, anticipata da una personale interpretazione della fotografia del giorno del giuramento nella quale "la ministra negra si trova coccolata e privilegiata tra Letta e Napolitano e ha la precedenza su tutti gli altri ministri". "Questa folle" - la bolla il Melis -, "è venuta a comandare in casa altri... Perché non è rimasta nel suo Congo in mezzo alla guerra civile?...". Ce n'è abbastanza per chiedere l'intervento della polizia, fa notare Gennaro Gatto dell'Osservatorio sulle nuove destre.

(30 aprile 2013)

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