Publications de Karine Gantin (13)

Hicham Mansouri a été arrêté de manière brutale le 17 mars à Rabat à son domicile dans des circonstances obscures dont les éléments suggèrent la mise en scène policière, avec allégation d'« organisation de la prostitution », motif invraisemblable…
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Amaury de Rochegonde nous a offert sur l'Atelier des Médias un billet résumant les interventions du grand débat qui a inauguré les Assises du Journalisme 2014. Un grand merci pour ce partage. Mais visiblement, hélas, le débat semble avoir brassé de nombreux thèmes et perspectives, - un peu trop peut-être, malgré l'intérêt des pistes de réflexion soulevées ?

« Responsable » : la polysémie du mot est étonnante, et le sujet si sensible, qu’on se demande pourquoi la problématique n’a pas été resserrée. La responsabilité déclinée au fil de ce débat des Assises... se dilue dans tous les sens. Où est sa consistance ? Seules les angoisses des médias du temps présent finalement transparaissaient, semble-t-il. 

Ce débat, qui aurait pu permettre pourtant de se définir collectivement selon des lignes de réflexion anciennes, n'a donc pas produit selon moi les fruits qu'on pouvait en espérer. Les intervenant-e-s auraient-ils cédé seulement au biais du « tout-actu » ?

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Petit mot en direction de nos amis journalistes francophones - notamment africains - de l'Atelier des Médias, qui sont plus d'un à se passionner pour les nouvelles aventures technologiques : le MOOC sur Coursera intitulé « Au-delà de la Silicon Valley : faire croître l'entreprenariat dans les économies en transition » (Beyond Silicon Valley: Growing Entrepreneurship in Transitioning Economies) est intégralement sous-titré en français (ainsi qu'en vietnamien, macédonien, anglais, chinois, grec, persan, et quelques autres langues). Le cours a débuté récemment et semble se concentrer notamment - d'après le programme annoncé et les premières vidéos mises en ligne - sur les bonnes pratiques institutionnelles et philanthropiques nécessaires... Sans doute de l'info utile pour aborder de manière critique les pratiques existantes et construire un argumentaire ciblé. https://www.coursera.org/course/entpecon

 

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Un article passionnant sur Mediaculture.fr et qui porte, entre autres, sur la nécessaire transformation des formes de contenus. L'enjeu : outre la survie économique de la presse, répondre à l'objectif premier de toucher de nombreux publics dans le temps présent. Concrètement : des formes innovantes qui soient aussi des formes populaires. 

Regard sur les Assises du Journalisme à Metz début novembre

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Je veux poursuivre, en cette veille de rentrée, mon récit autour de ce prof de lettres parisien qui avait suscité l’hilarité gênée de ses élèves et des polémiques médiatiques et Internet suite à la « farce éducative » qu’il avait élaborée : habitué bien malgré lui aux plagiats du web qu’il trouvait de plus en plus fréquemment dans les copies de ses élèves, il avait entrepris de concocter une belle pochade de début de 21e siècle, créant une fiche d’auteur erronée sur Wikipédia concernant Charles de Vion d’Alibray puis « pourrissant » deux sites de fiches payantes où s’abreuvent les élèves en panne de temps, de courage, d'inspiration. La polémique qui s'ensuivit fut marquée par la création nette de deux camps dont on ne peut dire lequel l'emporta vraiment, - peut-être certes plutôt celui des admirateurs et rieurs, à l'applaudimètre du moins. Les arguments « contre » étaient pourtant intellectuellement audibles aussi : un prof se doit de montrer l’exemple ; quant à l’école, elle doit être un sanctuaire où le vrai règne en maître... Les élèves, eux, quoique gênés d'être pris en situation de triche, ont, paraît-il, apprécié sans retenue. 

On ne peut oublier que les journalistes eux aussi, ces artisans de l’info, se posent la question de l’utilisation des sources. Cela donne lieu d’une part à réflexions et débats, d’autre part à l’élaboration de chartes, jusqu’au coeur des agences de presse elles-mêmes considérées historiquement comme des sanctuaires par la profession (ainsi celle de l’AFP, voire l’interview de la directrice adjointe de l’information sur le site d’Erwann Gaucher, et sa mise en scène sur le site d’Educavox tenu par l’enseignant Daniel Salles… signe qu’il y a bien des enjeux communs.)

Quant à moi, pour ma gouvernance personnelle, je retiens au final particulièrement cette conclusion du professeur qui fut l'auteur de cette mystification pédagogique, lorsqu’il insiste sur le fait que « les élèves n’osent pas réfléchir par eux-mêmes », du moins pas face à l’institution, ce qui rejoint mon propre sentiment.

Et j'ai découvert cette semaine également avec grand intérêt un article sur le blog « Hôtel Wikipédia » paru dans la même période. Il a été rédigé par Pierre-Carl Langlais, « contributeur et membre du comité d’arbitrage de la Wikipédia francophone ». Prenant au passage la défense de « l'encyclopédie en ligne » mise à mal dans l’histoire, il expose de manière intéressante combien ce sont nos modes de lecture et de traitement de l’information qui sont en première ligne, plutôt que la qualité intrinsèque du processus d'élaboration des articles...

Et alors que la communauté éducative, universitaire et scolaire, rappelle encore souvent que seuls les ouvrages à valeur scientifique avérée sont des sources autorisées, non les sources Internet, Pierre-Carl Langlais le Wikipédien cite surtout les nombreux usages, parfois à leurs propres dépens, que font de Wikipédia bien des autorités publiques actuelles !

Comment dès lors exiger des élèves qu’ils se détournent des pratiques devenues courantes ?

(ceci est une version abrégée d'un post plus long de mon blog, post centré sur l'éducation)

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Franche rigolade, blague nationale, leçon exemplaire d'un prof charismatique, ou encore affaire honteuse d'un enseignant déplacé ? La préparation de la rentrée 2012-2013 dans l'Education nationale en France est l'occasion de revenir sur un épisode remarquable de l'année précédente, qui concerne l'usage des sources Internet comme moyen d'information : un prof de lettres parisien, habitué bien malgré lui aux plagiats du Net qu'il trouvait de plus en plus fréquemment dans les copies de ses élèves, avait préparé sa rentrée 2011 en créant sur Wikipédia falsifiant une fiche d'auteur pour un écrivain né de son imagination, puis en « pourrissant » deux sites de fiches payantes de faux commentaires de textes...Il avait ensuite donné un commentaire de poème à faire à ses élèves, le poème étant signé, comme vous l'avez deviné, de l'auteur imaginaire inscrit désormais sur Wikipédia... Distribuant ensuite les copies corrigées dans sa classe, le prof s'était ensuite amusé de placer les nombreux tricheurs face à leur méfait et leur donner une bonne leçon... Son but était, notamment, de montrer que Wikipédia n'était pas une source fiable.

Ce prof, Loys Bonod, a raconté l'épisode sur son blog au mois de mars dernier sous le titre « Comment j'ai pourri le web: petite leçon amusante sur l'usage du numérique en lettres », - un épisode amplement repris et commenté sur divers médias web, presse et télé et dans le forum installé sur son propre site.

Bref, l'affaire avait fait du bruit. Je l'ai apprise de mon côté de la plus jolie façon, grâce à un récit d'élève du lycée même où s'est produit cette délicieuse calamité, et où j'avais enseigné durant cinq jours. Loin de la polémique qu'elle connaissait pourtant, l'élève (en classes prépas littéraires !) se montrait amusée et fière de l'épisode, - on devinait là de l'admiration pour ce prof provocateur et cette péripétie hors limite. Les réactions publiques, pendant ce temps, notamment dans la communauté enseignante, ont été partagées...

 

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Comment les spécialistes du numérique ont-ils préparé le CNOSF aux J.O. ? Et quelles consignes ont été données aux athlètes participants à propos de l'usage des réseaux sociaux ? Pour obtenir des éléments de réponse - passionnants - à ces questions, je recommande vivement la lecture de cet article paru sur le Huffington Post, intitulé « Tweeter pendant les JO, ça s'apprend : les coulisses de la communication digitale du CNOSF », écrit par Anne-Claire Ruel, une spécialiste du secteur. On y découvre des journalistes de grands médias tweeter côte-à-côte en silence pendant les épreuves, - « Autrefois, nous aurions fait une partie de tarots », plaisante l'un. On y voit communicants, journalistes et internautes se disputer le champ hypersensible de la sphère médiatique mondiale en temps réel. On y apprend comment les athlètes sont coachés par les organisateurs sur... la bonne façon de tweeter, entre autres. 

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L'Atelier des médias à Expolangues

J'ai été ravie cette semaine de rencontrer l'équipe de l'Atelier des Médias à Expolangues ! Le thème principal du Salon était cette année la francophonie. Il y est passé beaucoup de monde : de très nombreux enseignants et responsables formation en entreprise, des responsables de programmes éducationnels publics français et européens... Je retiens notamment que les générations à venir seront nettement plus multilingues que nous l'avons jamais été, et c'est tant mieux.

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Extrait du texte écrit par la romancière Christine Angot pour l'hebdomadaire français Télérama et publié dans l'édition du 9 février 2005 en hommage à la journaliste Florence Aubenas et à son fixeur Hussein Hanoun al-Saadi, alors retenus otages en Irak :

« Comment serait la vie si plus personne ne prenait de risques ? Si plus personne ne cherchait à regarder ce qu'il y a derrière les apparences ? Derrière les discours officiels ? Comment serait la vie si tous les journalistes passaient Noël chez eux en famille ? Si pour le Nouvel An, ils faisaient tous des fêtes avec leurs amis ou un voyage à l'étranger en buvant du champagne pour les vœux ? Comment vivrait-on ? Comment serait le monde si tout le monde avait peur ? Comment serait le monde si personne n'affrontait jamais le danger ? Comment serait le monde si jamais personne n'allait voir à quoi ressemble une guerre, à quoi ressemble un procès, à quoi nous ressemblons ? »

Un peu plus de ce texte ici. (Le texte intégral scanné peut être transmis à titre privé sur demande.) 

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Presse: la déontologie et le droit

Que ce soit par tempérament ou par déformation professionnelle, un journaliste sait retourner un problème dans tous les sens. Mais quand il en vient à se poser des questions existentielles sur sa propre activité et qu'au lieu d'être producteur de questionnements utiles, il se retrouve là paralysé et anxieux, c'est que quelque chose ne tourne pas rond...

J'ai eu l'honneur, et le bonheur, de donner trois demi-journées de formation à Rabat jeudi et vendredi sur le journalisme d'investigation, pour une quinzaine de journalistes et parfois rédacteurs en chefs ou responsables d'associations de journalistes, très majoritairement chevronnés, et venant de tous les médias marocains. J'intervenais en tant qu'enseignante étrangère dans le cadre d'une semaine complète de formation professionnelle à leur intention, organisée par le Centre Ibn Rochd d'Etudes et Communication (Maroc) ensemble avec Free Press Unlimited (Pays-Bas).

Les échanges furent passionnants. Les questionnements, eux, témoignaient de beaucoup d'anxiété. Un signe d'abord de professionnalisme. Une preuve aussi que les journalistes sont loin de l'arrogance que parfois on leur prête : bien faire leur métier leur importe, et pour commencer, il leur importe de définir ce que « bien faire » veut dire, et ensuite, vient la question du « comment ».

Un journaliste sait, tout à la fois par tempérament et par déformation professionnelle, retourner un problème dans tous les sens. Mais quand il en vient à se poser des questions existentielles sur sa propre activité sur un mode anxieux, et qu'au lieu d'être producteur de questionnements utiles, il se retrouve là comme paralysé, c'est que quelque chose ne tourne pas rond.

Certes, la rumeur dit que « ce sont les coordonniers les plus mal chaussés »... J'ai en tout cas été frappée par l'association de questions pourtant a priori autonomes : qu'est-il permis en droit dans le cadre d'une enquête journalistique ? Quelles sont les lignes rouges à connaître (sous-entendu : dont le franchissement entraîne un retour de bâton dommageable) ? Comment éviter le procès ? Et pourquoi diable - demandé à brûle-pourpoint depuis la salle - s'agirait-il forcément d'être dans la perspective de la « prise de risque », de la dénonciation, du scandale, du procès (sous-entendu : c'est ce que je viens peut-être professer depuis la France) ? Ces questions semblent se ressembler plus ou moins ? En pratique, pour un journaliste, elles sont pourtant très différentes !

Avant de détailler pourquoi et comment, je veux revenir sur la dernière question. Celle-ci présentait une contradiction avec les questions précédentes, lesquelles présupposaient à l'inverse la légitimité de l'investigation flirtant d'une manière ou d'une autre avec la prise de risque judiciaire ou politique : le journalisme d'investigation n'est-il pas un leurre/luxe d'occidental, une perspective idéale peut-être, mais piédestalisée dans tous les cas aussi pour un coup de pub et une mise en scène à l'intérieur de démocraties précisément « occidentales », c'est-à-dire à la fois mieux installées et rôdées institutionnellement, et qui prétendent « en plus » à une image modèle confondant idéal et pratique, dans laquelle le journalisme d'investigation, avec sa fière allure et ses coups d'éclats, participerait à la fois du bon fonctionnement... et d'un mythe collectif sans cesse à réaffirmer ?

Pourtant, les autres questions posées par les confrères marocains témoignaient d'un espoir plus ou moins fondé au contraire que l'enseignement journalistique « occidental », via un cours d'intervenante extérieure, leur fournirait des recettes toutes faites, absolues, professées « ailleurs », qui les sauveraient en toutes situations et leur donneraient le tempo des pratiques à suivre, - bref des pratiques modèles aux vertus inégalables, qui tout à la fois réguleraient et légitimeraient le journalisme mis en oeuvre, l'immuniseraient dans le même temps contre toute attaque, toute poursuite, le fonderaient et en droit et en intouchabilité et en respectabilité... Un mic-mac auquel aucun journaliste ne peut croire sérieusement, sauf qu'il était présent en arrière-plan à sa façon dans les espoirs portés, - preuve pour moi d'un malaise professionnel et d'un découragement latent.

D'abord, il faut distinguer la déontologie et le droit, ensuite, le droit effectif (par exemple le résultat d'un procès équitable) et l'usage procédurier du droit (le harcèlement judiciaire pour écraser un adversaire, procès ou menaces de procès qu'on ne peut pas forcément éviter, même en se conformant au droit a priori), enfin, le droit en tant qu'idéal de justice, référencé éventuellement à quelques textes internationaux, et le droit national en lien à une société et ses rapports de force, avec son évolutivité, et son application effective ou non également (ce qui ne dépend pas que des journalistes ! En revanche, les journalistes doivent ici user individuellement et collectivement de pédagogie, et sans doute de lobbying, pour faire évoluer le droit et son application effective, à l'intérieur des rapports de force sociétaux construits.

D'autre part, il y a l'idéal journalistique et le contexte de sa pratique, qui ne peut jamais, en aucun cas, permettre le développement du cas d'école posé en idéal : ce qu'il faut faire idéalement pour mener à bien une bonne enquête se heurtera à des obstacles en pratique et notamment extérieurs qui ne dépendent pas du journaliste, et qu'il doit affronter avec le maximum de sérénité, sans y puiser des sources de honte ou de culpabilité ou de découragement indus. Et les obstacles extérieurs peuvent se situer au simple niveau, pour commencer, de la rédaction de son journal elle-même et de ses choix et refus !

Pour finir et en continuité avec le point précédent, il ne faut pas non plus méconnaître le choix chaque fois renouvelé à faire par chaque journaliste ou rédaction entre la prise de risque (plus ou moins) assumée de la publication et le renoncement (au moins temporaire) également légitime. Renoncer à une prise de risque excessive n'est pas un renoncement en soi à son métier de journaliste! Il faut s'autoriser de temps à autre à penser de cette manière, et miser sur des objectifs de long terme, ce que nous avons détaillé pendant les deux jours, sinon il n'y aura bientôt plus de journalistes.... Or, leur tempérament atypique, leur capacité à brasser des thématiques complexes et leur distance critique sont des atouts dont la société a besoin par-dessus tout, pour la formation, l'information, les rouages démocratiques eux-mêmes, une organisation politique collective qui fonctionne effectivement, la survie même de sociétés vivantes composés d'individus vivants. Savoir renoncer à un moment donné n'est pas se compromettre ni faillir professionnellement en soi. Etre lucide à ce sujet est même la garantie au contraire que l'on ne versera pas au final dans une autocensure inconsciente et qui s'enracine, problème autrement dommageable, ni qu'on versera non plus dans la compromission d'un journalisme de connivence qui ne sait plus sur quel pied il doit encore danser, au son de quelle flûte, pour prétendre encore à une identité déjà en vérité désappropriée.... Après, il reste à s'armer de patience, de travail, de pédagogie, d'espoir et de tactique.

En attendant, j'ai lu avec intérêt et attention un post de blog par @laplumedaliocha paru samedi dernier sous Wordpress: « la déontologie dans tous ses états». Il y est question de notre difficulté à nous, journalistes français, d'asseoir une déontologie forte. Et il reprenait, rebrassait, quelques-uns des thèmes et textes que nous avions abordés à Rabat. Proprement passionnant. Je sais que cela aurait intéressé les stagiaires rencontrés au Maroc. Je vous invite à y jeter un oeil: « la déontologie dans tous ses états ».

 

 

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