Publications de KUIKEU (6)

La dégringolade des cours de l’or noir, à leur plus bas niveau en plus de cinq ans, ne révèlent plus que jamais qu’aucune économie ne s’est jamais développée et ne se développera jamais de l’exploitation des richesses issues du sol et du sous-sol, et que l’industrialisation s’impose comme une nécessité à réaliser. En effet, c’est de la contraction de la production manufacturière chinoise, le plus gros consommateur d’énergie au monde et le deuxième plus gros consommateur de pétrole derrière les Etats-Unis, qu’on attribue la dégringolade ainsi observée des cours de l’or noir.

Plusieurs faits permettent d’étayer notre raisonnement.

Au courant de la décennie 1980, qualifiée au sein de la littérature de décennie ou d’opportunité perdue, la plupart des économies africaines entrent en crise. En effet, le taux de croissance du revenu réel par habitant des PED (exclus la Chine et l’Inde) établi à 2.9% entre 1973-1980 passe à 0.2% sur la période 1980-1988, soit une baisse d’environ 13.5%. Il semble que les larges aubaines des indépendances aient eu tendance à déstabiliser la dépense gouvernementale, autrement dit, les gouvernements auraient engagé des dépenses importantes mais insoutenables dans le temps (à long terme). En tout cas, puisqu’on attribue le marasme des économies africaines, ainsi observé au courant de la décennie 1980, à, d’une part, la dégringolade du cours des principaux produits d’exportation (les matières premières), d’autre part, l’appréciation du dollar US, la principale monnaie de libellé des transactions, l’on comprend, dès lors, que le commerce occupe une place de choix pour le développement des africains.

Alors que les magrébins ont connu les printemps arabes, et qu’ils parlent de transition économique aujourd’hui, en vue de devenir des émergents, depuis l’aube du nouveau millénaire, les économies africaines nourrissent aussi, quant-à-elles, l’ambitieuse vision de devenir des émergentes ou à revenu intermédiaire, d’ici un horizon qui ne pourrait excéder la moitié de la décennie 2030. Y parviendront-elles? En tout cas, elles ont fait de la modernisation de l’économie, via les projets dits « structurants », le principal instrument (levier) de leur action, dans l’idée, longtemps martelée déjà, en particulier, par les initiateurs du NOPADA (plus connu, sous son vocable anglo-saxon, comme NEPAD), que l’amélioration des infrastructures constitue un puissant catalyseur pour le développement industriel; par exemple, au Cameroun, on peut citer, la construction du complexe industrialo-portuaire (dit port en eau profonde) de Kribi dans le département de l’Océan, du deuxième pont sur le Wouri, des barrages hydroélectriques de Lom-Pangar, Mekin et Menve’ele, des autoroutes Douala-Yaoundé et Nsimalen-Yaoundé. A l’image aussi de la construction du CATI (Centre africain des technologies de l’information) au Tchad, du nouvel immeuble de la BEAC (à Malabo) en Guinée-Equatoriale, du troisième pont d’Abidjan en Côte d’Ivoire, … .

Le plus souvent, les africains sont confrontés à des crises à répétition de la faim, à l’exemple des émeutes de la faim de 2008, dont les conséquences en pertes de vie humaine, du fait de la répression armée des gouvernements, font été assez sévères, à l’image du Cameroun. A ces crises alimentaires à répétition, autre paradoxe, c’est la cause principale, celle de l’insuffisance de la production agricole du continent face à la demande qui leur est adressée, ceci malgré l’étendue de ses terres et de ses paysages verdoyants, et, c’est ainsi que l’on parle, de plus en plus, sur le continent, d’agriculture de seconde génération, c’est-à-dire, de la mécanisation des techniques agricoles, en vue d’améliorer le rendement des terres cultivables, via l’usage d’intrants agricoles, et d’accroître la superficie des terres cultivées, via l’emploi des tracteurs, batteuses, ou autres machines agricoles, ceci, avec l’avantage d’offrir plus d’emplois et d’accroître les revenus du paysan.

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, avec la mention Très Honorable, de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (FRANCE)

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La marginalisation des africains

En la regrettée mémoire de Micheal Brow, Eric Garner, Antonio Martin

« Quelqu’un payé pour faire du bien a fait du mal », Mme Garner à propos de la police de New York

Le XIVème sommet de la francophonie s’est achevée sans qu’aucune des candidatures africaines, présentées pour remplacer Abdou Diouf, le sénégalais, au poste de Secrétaire Général, ne soit prise en compte.

La marginalisation de l’Afrique, ou sa place dans le concert des nations (c’est-à-dire, le commerce mondial) comme périphérie de la périphérie, peut être représentée par certains faits.

La plupart du temps, les économies africaines sont ravagées par des pandémies diverses, et c’est à se demander si à chaque époque son épidémie à combattre; à l’exemple des vedettes comme le SIDA (qualifié, par les médias, de pandémie du siècle), la tuberculose (et ses variantes comme les infections pulmonaires, dont les ravages sont proportionnels, voir même supérieurs au SIDA, dans de nombreuses contrées africaines, à l’exemple de Yaoundé, au regard de nombreux reportages réalisés sur la dite infection par des médias autorisés comme RFI), le paludisme (et ses variantes comme la typhoïde, dont, aujourd’hui encore, les immunologistes ou virologues travaillent sur de nouveaux traitements, du fait de l’apparition de formes résistantes du virus aux traitements actuels) ou le cholera (lequel continue de ravager de nombreuses métropoles africaines, dont, en particulier, celles sans adduction suffisante en eau potable, à l’exemple de la cité balnéaire de Yaoundé, au Cameroun, et environ, voir même la capitale économique, du pays, Douala), la fièvre hémorragique Ebola (lequel a été découvert au courant de la décennie 1970, mais qui continue de sévir jusqu’à l’heure actuelle, avec une épidémie récente en Afrique de l’Ouest, dont, en particulier, en Sierra Leone, pays le plus touché par l’épidémie, mais aussi, en Guinée/Conakry, au Nigeria…), et le temps nous manquerait pour parler du chikungunya, sans oublier toutes celles qui s’attaquent aussi au bétail, pourtant, source de richesse en Afrique (en effet, dans de nombreuses contrées sahéliennes africaines,  la richesse s’évalue aussi en termes de têtes du cheptel bovin, à l’exemple de la région septentrionale du Cameroun, où du fait des coutumes  religieuses, les riches propriétaires terriens dits Aladi se contentent de conserver un nombre impressionnant de bêtes, en vue des sacrifices rituels, comme lors de la fête du mouton, ou alors, pour les parades, notamment à chevaux, lors de fêtes traditionnelles,  nationales, ou alors de réjouissance  populaire, devant les autorités religieuses ou politiques comme le Lamido), à savoir, la maladie de la vache folle, ou alors de la fièvre aphteuse.

Ensuite, à l’image de la crise ivoirienne, dont le déroulement défraya la chronique, le président Mbagbo contestant la prise de pouvoir par Ouattara, chaque fois qu’il y a des élections en Afrique, on entend toujours parler de fraudes, de contestations de résultats, c’est à se demander s’il ne faudrait pas revenir, sur l’ensemble du continent africain, au système de castes, royaumes et chefferies, où le pouvoir ne dépend pas des urnes; en effet, en Afrique, à l’exemple du Maroc (le Royaume chérifien), certains Etats ont conservé l’appellation de Royaume. Par ailleurs, constitué d’une cinquantaine d’Etats, à l’image des Etats-Unis d’Amérique, le continent africain aurait pu voir naître le projet d’Etats-Unis d’Afrique, cher au Ghanéen Kwame Nkrumah (considéré comme le père spirituel de l’Unité africaine, l’actuel UA présidée par Nkosazana Dlamini-Zuma), mais malheureusement. Même si les causes sont multiples, c’est surtout les luttes intestines entretenues par les leaders du continent qui en sont la cause, par exemple, en Afrique centrale, alors que Obiang Nguema se fait récipiendaire d’un prix scientifique décerné par l’UNESCO, au Tchad, Deby Itno annonce la création du CATI (le Centre Africain des Technologies de l’Information) dont la tour devant l’abriter pourrait être l’une des plus hautes d’Afrique centrale, et, quant au Président Biya, il ne cesse de snober ses pairs, par ses absences multiples aux conférences de chefs d’Etat de l’UA, pour ne citer que ces quelques exemples. En bref, ce constat soulève le problème du bienfait de la colonisation, posé par le président Sarkozy lors de son séjour officiel en terre sénégalaise du 26 juillet 2007, ceci, au dépends des analyses qui mettent en exergue les légendes du continent: Chaka Zulu d’Afrique du Sud, Samory Touré de Guinée, Soundiata Keïta du Mali,…

Un autre élément de la marginalisation des africains, c’est leur dotation initiale. En effet, le continent africain est si riche, avec près de deux réserves naturelles (l’une au Cameroun et l’autre au Congo) classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais, à ce propos, on parle plutôt de malédiction, puisque, contrairement aux africains, ce sont des économies dépourvues qui ont émergé, à l’exemple des économies du sud est asiatique, en effet, dépourvues de matières premières, ces économies du sud est asiatique n’avaient d’autres choix que d’exporter des produits manufacturés, à sa façon, chacun de ces pays s’engagea vers l’exportation de produits simples à fabriquer (les vestimentaire, jouets, …), qui requièrent peu de capitaux et beaucoup de main d’œuvre, afin de tirer profit du surplus de main d’œuvre libéré par l’agriculture, puis progressivement (au bout de trente ans environ), sous l’impulsion de leur Etat et avec l’aide de firmes multinationales, elles se sont engagées sur la confection de produits plus élaborés qui requièrent d’avantage de capitaux et de maîtrise technique, c’est-à-dire, l’industrie lourde, avec l’avantage d’offrir des rémunérations plus avantageuses. Autrement dit, ces économies qui avaient un niveau de vie comparable à celui du Cameroun sont devenues, en l’espace de trente ans pratiquement, des mastodontes. En outre, pire encore, comme infirmation de l’idée de malédiction des africains par leur richesse, contre toute attente, les africains sont confrontés à des crises à répétition de la faim, à l’exemple des émeutes de la faim de 2008, dont les conséquences en pertes de vie humaine, du fait de la répression armée des gouvernements, font été assez sévères, à l’image du Cameroun. A ces crises alimentaires à répétition, autre paradoxe, c’est la cause principale, celle de l’insuffisance de la production agricole du continent face à la demande qui leur est adressée, ceci malgré l’étendue de ses terres et de ses paysages verdoyants, et, c’est ainsi que l’on parle, de plus en plus, sur le continent, d’agriculture de seconde génération, c’est-à-dire, de la mécanisation des techniques agricoles, en vue d’améliorer le rendement des terres cultivables, via l’usage d’intrants agricoles, et d’accroître la superficie des terres cultivées, via l’emploi des tracteurs, batteuses, ou autres machines agricoles, ceci, avec l’avantage d’offrir plus d’emplois et d’accroître les revenus du paysan.

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, avec la mention Très Honorable, de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (FRANCE)

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La faiblesse de l’intégration africaine

En la regrettée mémoire de Nelson Mandela

« En Afrique, vous vous rendez-compte de la nature », Manuel Valls

 

Aux frontières de l’Europe (le vieux continent), il y a l’Allemand Robert Schuman, ou alors le français Jacques Delors, les pères de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), précurseur de l’UE (Union européenne). Aux Etats-Unis d’Amérique, aux confins de la fédération (ou de l’union), il y a Abraham Lincoln. En Asie, derrière la grande muraille de Chine, il y a Mao Tse Toung, ou encore Confucius. Mais alors, en Afrique, à l’origine des regroupements économiques, qui y sont? Est-ce le Ghanéen Kwame Nkrumah, ou alors le Guinéen Sékou Touré?

 

Cette interrogation n’est-elle pas l’évidence (ou la preuve) à l’échec (ou la faiblesse) de l’architecture des plans d’intégration régionale du continent africain?

 

D’abord, il y a un contraste saisissant entre l’expérience africaine et l’expérience européenne, à ce propos de la constitution (ou de la formation) des blocs (ou espaces) régionaux. L’expérience africaine par la ZF (Zone franc) révèle en effet que, à l’opposé de l’UE, c’est l’intégration monétaire qui a précédé l’intégration économique, puisque avec le Traité de Maastricht, adopté en décembre 1991 par les chefs d’Etats de l’UE, les européens font du respect d’un certain nombre de critères, dits critères de la convergence nominale (ou le rapprochement des taux d’inflation et des positions fiscales), une condition préalable à l’entrée dans l’UE, et à l’usage de la monnaie unique européenne (l’euro), alors qu’en ZF, ce n’est que d’un commun accord pour, à la fois, prévenir la résurgence des déséquilibres macroéconomiques à l’origine de la dévaluation des francs cfa de janvier 1994, tout comme de réduire le risque élevé de désagrégation de l’union monétaire lié à cet ajustement du change, que ses Etats membres décident alors de renforcer/améliorer le processus d’intégration régionale, et cela aboutit alors à la signature des Traités qui instaurent l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) en Afrique de l’Ouest, puis la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale) en Afrique centrale.

 

Ensuite, l’hétérogénéité (ou la disparité) des positions fiscales semble être la règle, plutôt que l’exception, sur le continent. Les gouvernements africains semblent, en effet, avoir historiquement joué des rôles différents, puisque comparativement à d’autres, certains ont été épargnés de soulèvements armés (coups d’Etats, rebellions, guerres civiles, conflits armés, …), c’est le cas du Cameroun. En outre, à propos de la monnaie, aucun satisfecit, alors que certains ont été des exemples mêmes d’une inflation marquée (ou sévère), voire d’une hyperinflation, c’est le cas du Zimbabwe, du Ghana encore très récemment, certains gouvernements africains choisissent même de sacrifier l’objectif de stabilité des prix, comme au Cameroun, avec la décision de relever le prix du transport routier en taxi, après celle d’opérer une double réduction des salaires de la fonction publique en 1993.

 

En outre, constitué d’une cinquantaine d’Etats, à l’image des Etats-Unis d’Amérique, le continent aurait pu voir naître le projet d’Etats-Unis d’Afrique, cher au Ghanéen Kwame Nkrumah (considéré comme le père spirituel de l’Unité africaine, l’actuel UA présidé par Nkosazana Dlamini-Zuma), mais malheureusement. Même si les causes sont multiples, ce sont surtout les luttes intestines entretenues par les leaders du continent qui sont pointées du doigt, par exemple, en Afrique centrale, alors que Obiang Nguema se fait récipiendaire d’un prix scientifique décerné par l’UNESCO, au Tchad, Deby Itno annonce la création du CATI (Centre africain des technologies de l’information) dont la tour des locaux devrait être l’une des plus hautes d’Afrique centrale, et, quant au Président Biya, il ne cesse de snober ses pairs par ses absences multiples aux conférences des chefs d’Etats de l’UA, pour ne citer que ces quelques exemples.

 

Enfin, comment comprendre, ou alors, y aurait-il une tentative d’explication, au fait que des nations avec des langues communes, comme membres du Commonwealth ou de l’OIF, et des traditions (ou pratiques ancestrales) communes, à l’exemple des « bulu-fang », à la fois, au sud Cameroun, Gabon et Congo, des « moudangs » à l’extrême-nord du Cameroun et au Tchad, ne réussissent pas à établir un commerce florissant, de part et d’autre de leur frontière commune. Alors que dans le Miracle asiatique, le facteur culturel est généralement isolé, comme cause importante de l’extraordinaire progrès (percée ou hégémonie) des tigres d’Asie.    

 

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, mention Très Honorable, de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (FRANCE).

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Le Compte des Opérations: mythe ou réalité?

En la regrettée mémoire de Claude Verlon et Ghislaine Dupont, grands reporters à RFI, que la terre de nos ancêtres vous soit légère

« Il est difficile d’emplir une coupe qui est déjà pleine »

Face aux rumeurs d’une nouvelle dévaluation du franc cfa, suscités par les évolutions de la parité euro/dollar, par les crises financières du nouveau millénaire, en raison de leur visage encore nouveau, à l’image de la crise financière des « subprimes », dite crise des crédits immobiliers à risque, le contre argument généralement avancé est le fait que la dévaluation du franc cfa de janvier 1994 était consécutive de la politique de franc fort voulue par la France, autrement dit, en zone franc, la politique de change est dictée par la France; en effet, des représentants du Trésor français siègent au conseil d’Administration des Banques centrales de l’union (BEAC et BCEAO), avec droit de veto. En outre, la fameuse « France/Afrique » semble avoir été au cœur de nombreux scandales sur le continent, avec une forte corrélation à l’égard des dirigeants mécontents du fonctionnement de l’union, à l’exemple de l’affaire des « Biens Mal Acquis ou BMA » qui semble ne concerner que les dirigeants avec des propos publics jugés maladroits par la France, comme Denis Sassou-Nguesso du Congo, Theodoro Obiang de Guinée-équatoriale et son fils Theodorin Obiang, alors que l’enrichissement illicite est une pratique courante des dirigeants du continent. En effet, une richesse énorme qui est déconnectée du train de vie des concitoyens n’est-elle pas l’évidence à nos propos, par exemple, dans le classement, effectué par Forbes, des plus riches parmi les dirigeants du continent, comment imaginer qu’une économie comme celle du Zimbabwe puisse y figurer après avoir été l’exemple d’une hyperinflation sévère. Cependant, puisque ce contre argument ne dédouane en rien le fait que, d’une part, une monnaie surévaluée appauvrit la population au dépend de l’avantage procuré au niveau de la réduction des factures à l’importation, d’autre part, qu’une unité de compte est aussi l’emblème d’une nation, c’est-à-dire, un instrument qui permet d’accompagner les efforts de production nationale, deux concepts distincts du Compte des Opérations s’opposent alors.

Le Compte des Opérations est, en effet, l’assujettissement du Trésor français à fournir de l’euro à tout agent économique de la zone franc, soit la convertibilité illimitée du franc cfa, au taux de 1 euro pour 655.56 franc cfa, en contrepartie de l’assujettissement des Banques centrales de l’union à déposer une part de leurs réserves de change (ou avoirs en devises) auprès du Trésor français, dans un compte dénommé « Compte des Opérations ». C’est cette réciprocité qui partage les analyses en deux camps, pour l’un, il ne s’agît que d’un mythe où les Banques centrales africaines gèrent en toute souveraineté leur unité de compte commune, alors que pour l’autre, l’indépendance monétaire est encore une quête pour les africains; dans le premier camp, on peut citer Monsieur le Professeur Lionel Zinsou (franco/béninois), alors que, dans le second, dont j’en suis, moi-même, partisan, on dénombre, Messieurs les Professeurs, feu Tchuidjang Pouemi Joseph (camerounais), Kaku Nubupko (togolais), Nicolas Agbohu (ivoirien).

Le principal véhiculaire de l’argument proposé par Lionel Zinsou est le fait que, dans la pratique, le Compte des Opérations n’est pas approvisionné, comme en témoigne le prix facturé aux partenaires commerciaux, lors des opérations d’exportation, et dont le libellé correspond au cours du NYMEX, lorsqu’il s’agît de produits de base. Par contre, pour les partisans de l’indépendance monétaire sur le continent, le Compte des Opérations préserve l’union de toute dérive inflationniste ou alors d’une émission excessive de monnaie, puisque, sur le continent, les Banques centrales de l’union sont des exemples au sujet de la lutte contre l’inflation, en outre, contrairement à l’union, de nombreuses économies africaines ont connu des épisodes d’inflation marquée (ou sévère), voire même d’hyperinflation, à l’exemple du Zimbabwe, de l’ex Zaïre, du Ghana encore très récemment.

Un autre élément de l’argument proposé par Lionel Zinsou est le fait que, au cours de l’histoire, les gouvernements africains ont choisi de sacrifier l’objectif de stabilité des prix, comme au Cameroun, où le prix du transport routier en taxi a été relevé, sous le prétexte que la suppression des subventions Etatiques à la consommation de carburant a entraîné le relèvement des prix à la pompe. Par contre, un autre élément de la controverse soulevé par les partisans de l’indépendance monétaire sur le continent, ci-dessous dénommé « panafricanistes », est le fait que, au cours de l’histoire, des économies ont opté pour une sortie de l’union, à l’exemple de la Guinée de Sekou Touré et de la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo selon Monsieur le Professeur Nicolas Agbohu, et, à cet argument, le contre argument de Lionel Zinsou est le fait que l’élargissement de l’union est déjà proposé à de nouveaux Etats membres.

Un autre élément de l’argument proposé par Lionel Zinsou est le fait qu’un change fixe est souhaitable, vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux; et, en l’occurrence, pour l’union, avec l’Union européenne, dont c’est l’unité de compte (l’euro) qui est la monnaie ancre au franc cfa, et qui constitue son principal partenaire à l’échange. Comme contre argument avancé par les panafricanistes c’est le fait que, d’une part, les francs cfa d’Afrique Occidentale et d’Afrique centrale ne sont mêmes pas interchangeables, d’autre part, le passage du franc français à l’euro aura d’avantage déprécié le franc cfa, de 100 franc cfa pour 1 franc français à 655.56 franc cfa pour 1 euro. D’où alors cette interrogation, le Compte des Opérations est un mythe ou alors une réalité? Mais, à l’heure actuelle où un vent de panique semble cristalliser le continent avec l’éviction de Blaise Comparoé du pouvoir par la rue, et qu’on se pose la question de savoir si, sur le continent, un balbutiement d’un printemps ou d’un automne africain, à l’image du printemps arabe, serait en préparation (ou déjà en cours, aux grands damnes des contestataires du « panafricanisme »), cette interrogation ne mérite t’elle pas d’être soulevée?

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, avec la mention Très Honorable, de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (FRANCE).

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Interactions commerce-investissement: cas de la zone franc

La faible concentration des exportations d’économies d’Afrique subsaharienne dans les produits manufacturés est à l’origine d’un certain nombre de maux majeurs pour ces économies, dont, en particulier, la faible attractivité à l’égard de l’Investissement Direct Etranger (IDE). En effet, l’ASS (Afrique subsaharienne) est la région du monde qui a été le plus souvent victime de conflits armés, alors que les firmes multinationales (FM) demeurent extrêmement sélectives dans leurs décisions d’implantation dans les pays en développement. Leurs stratégies d’investissement se greffent généralement sur les dynamiques internes préexistantes, autrement dit, elles privilégient les pays où il existe un potentiel de croissance important dont un minimum de stabilité politique. Bien qu’il existe une diversité de causes susceptibles de déclencher une guerre civile, il existe un lien fort entre la spécialisation du pays à l’exportation de produits primaires et le risque de guerre civile. Comme nul n’est propriétaire des ressources naturelles d’un pays, la rente issue des produits primaires engendre des problèmes dans le partage de la valeur ajoutée, en outre, très aisément, les ressources naturelles peuvent être pillées, et, de ce fait, elles peuvent servir au financement des organisations rebelles. La spécialisation de l’ASS à l’exportation des produits primaires crée un cercle vicieux, et notamment l’instabilité politique en Afrique. Les FM ne s’y installent pas, alors que l’IDE des FM contribue fortement à l’industrialisation d’une région. De ce fait, la technologie n’est pas seulement incorporée aux systèmes de machines installés dans le pays récepteur, elle est aussi l’occasion d’un transfert de savoir-faire, d’un apprentissage, voir d’une appropriation des technologies étrangères. Pour preuve, lorsqu’à partir des années 1930, l’Amérique latine entreprit de développer son secteur industriel, par substitution des importations, la technologie nécessaire sera apportée par les FM sous la forme d’IDE (Adda, 2001, p.18).

Si l’effet du commerce sur la croissance s’appréhende aisément (en effet, la stratification des économies entre Nord-Sud s’est accompagnée d’une stratification du commerce de marchandises, entre produits primaires et produits manufacturés), ce sont les interactions commerce-investissement qui permettent de saisir le sens de la corrélation entre commerce et croissance. En effet, l’IDE peut être considéré comme l’une des voies par lesquelles le développement technologique s’acquiert , alors que, conformément au modèle « néoclassique de croissance », les écarts de richesse ou de niveau de vie se réduiront entre économies et, par conséquent, les économies pauvres rattraperont le niveau de richesse des plus riches, si seulement les économies, pauvres et riches, ont accès à la même technologie, c’est-à-dire, la même technique de production; il s’agit de l’idée dite de « convergence absolue des niveaux de vie » (Barro, 1991, p. 407).

C’est l’assujettissement à préserver le peg (autrement dit, l’ancrage nominal), tout comme le respect de la discipline imposée par les accords de coopération monétaire passés avec la France, qui constitue le principal facteur d’attractivité de la zone franc à l’égard de l’IDE. En effet, d’une part, la discipline imposée en zone franc a pour conséquence de préserver l’union de toute dérive inflationniste, d’autre part, le peg permet de limiter (ou alors d’éliminer, lorsqu’il s’agît de partenaires commerciaux membres de l’économie ancre, à savoir l’Union Européenne) le risque de change, enfin, alors que l’intégration régionale s’accompagne d’effets propices à l’activité productive (comme, par exemple, l’allocation efficace des ressources au sein de la région, la réduction des coûts de transaction dans les échanges commerciaux suite à l’élimination progressive des barrières tarifaires, l’augmentation des économies d’échelle, la relocalisation des activités de production entre pays membres), l’assujettissement à préserver le peg accroît l’attachement de ses Etats membres à l’égard de l’intégration régionale, à preuve, à l’issue de la dévaluation des francs cfa en janvier 1994, afin de prévenir la résurgence des déséquilibres macroéconomiques à l’origine de cet ajustement, tout comme de réduire le risque élevé de désagrégation de l’union monétaire lié à cet ajustement du change, les Etats membres de la zone franc décident, d’un commun accord, de renforcer le processus d’intégration régionale, cela aboutit à la signature, d’une part, au sein de la zone d’émission BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale), du Traité qui institue la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), le 16 mars 1994, à N’djamena au Tchad, d’autre part, au sein de la zone d’émission BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), du Traité qui institue l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), le 10 janvier 1994, à Dakar au Sénégal. Outre sa politique de change, l’attractivité de la zone franc à l’égard de l’IDE repose aussi sur le facteur dit « géographique », généralement appréhendé comme le coût d’acheminement des marchandises ou coût de transport, selon que l’économie soit, ou ne soit, pas insulaire, c’est-à-dire, enclavée, sans un accès direct à la mer (selon Limão et Venables (1999, p. 5), être enclavé accroît le coût de transport d’environ 3.45 %), en effet, les PAZF (Pays Africains membres de la Zone Franc) jouissent d’une certaine proximité par rapport aux principaux centres d’affaire mondiaux, à l’exemple du Cameroun, en zone CEMAC, proche voisin de l’une des économies les plus vigoureuses du continent africain, à savoir, le Nigéria.

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, avec la mention Très Honorable, de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (FRANCE).

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les élections en Afrique

Chaque fois qu'il y a des élections en Afrique, on parle toujours de fraude, il y a toujours des contestations des résultats, c'est à se demander, s'il ne faudrait pas revenir en Afrique aux royaumes et chefferies, où le pouvoir ne s'acquiert pas par la voie des élections.

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