Publications de Joe Antoine Jean Baptiste (5)

Entre le groupe des parlementaires du renouveau et alliés, signataires de la pétition du 8 juillet dernier, et le groupe minoritaire, considéré comme celui qui approuve le choix de l’ex-ministre de la Justice, Bernard Honorat Gousse comme Premier ministre désigné, les affrontements dialectiques se poursuivent. Les deux groupes se prétendent favorables à la cause de la collectivité.
Les discutions sur l’éventuelle ratification de Me Gousse se sont intensifiées. Alors que le dossier du Premier ministre désigné n’a même pas été déposé, le verdict est déjà prononcé. Le groupe majoritaire de sénateurs reste hostile face au choix du président de la république, Michel Joseph Martelly. « L’attitude des 16 élus du grand corps frise une certaine indécence », estime Andris Riché, sénateur de la Grand’ Anse. Cependant, le président Martelly persiste à croire qu’il obtiendra satisfaction et n’entend pas s’inscrire dans la « politique de marchandage » que des parlementaires tenteraient de lui imposer en vue de le décourager, le conduire à abandonner la lutte pour le changement, via l’installation de son gouvernement.

Pour briguer le poste de Premier ministre, la loi constitutionnelle ne fait pas de détour : Etre d’origine haïtienne et n’avoir jamais renoncé à sa nationalité ; être âgé de 30 ans au moins ; jouir de ses droit civils et politiques et n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive ou infamante ; être propriétaire en Haïti et résider dans le pays pendant les cinq dernières années consécutives ; avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers publics. Ces conditions sont consignées dans l’article 157 de la Constitution de mars 1987. Le Premier ministre désigné Bernard Gousse répond-il à tous ces critères ?

Loin des prescrits de l’article 157, la position des 16 parlementaires de la Chambre haute, signataires d’une pétition contre le choix de Me Gousse, ne change pas. Ils ont adressé leur pétition au président du Sénat, Rodolph Joazile, en lui faisant part de leur décision de voter contre M. Gousse. « Le Premier ministre désigné n’a même pas besoin de faire le dépôt de ses pièces. Il n’obtiendra pas mon vote », laisse entendre le sénateur Evalière Beauplan qui ne souhaite accorder, sous aucun prétexte, un vote contraire à sa conviction.

Pour soutenir sa position, le sénateur Beauplan remonte l’histoire. Il raconte : « Au cours de la période de transition (2004-2006), des militants politiques étaient persécutés, humiliés et arrêtés dont le sénateur Jocelerme Privert ». Des arguments qui se répètent et laisseraient comprendre, selon des parlementaires, que le chef de l’Etat compte renouer avec cette tradition arbitraire et dictatoriale.

Face à cette situation, le président du Sénat, Rodolphe Joazile, estime qu’il n’a pas de solution et ne souhaite pas proposer le remaniement de la commission chargée d’étudier les pièces de l’ancien juriste.

Défendre Gousse du bec et des ongles

Le groupe minoritaire au Parlement ne voit pas de bon œil la position des 16 parlementaires. Il critique ouvertement le comportement de leurs collègues et projette de défendre M. Gousse du bec et des ongles. A l’instar du président des deux Chambres, Rodolphe Joazile et Sorel Jacinthe, le sénateur Andris Riché (Grand’Anse) affirme que « cette démarche politique non conforme aux prescrits de la constitution ne peut, en aucun cas, entraver le processus de ratification du Premier ministre désigné ». « J’estime que ces sénateurs veulent prendre le Sénat d’assaut. Vouloir rejeter la candidature du Premier ministre désigné avant même qu’il ait déposé son dossier me porte à comprendre que mes collègues frisent une certaine indécence », a déclaré le sénateur.

« Face aux problèmes de l’insécurité de l’époque, il était difficile pour M. Gousse, en tant que ministre de la Justice, de rester sans rien faire. Il devait donner une réponse et agir en conséquence », explique le sénateur Riché. Il accuse ses collègues d’avoir fermé les yeux sur toute une série d’événements similaires qui perturbaient le calme la société avant l’arrivée de Gousse au ministère de la Justice. « Pourquoi s’acharnent-t-ils sur lui alors que le pays frôle la dérive ? », se questionne Andris Riché.

A un moment où tout s’articule autour du processus de ratification du Premier ministre désigné, « le président Martelly, si vraiment il manifeste une volonté à sortir le pays dans cette impasse difficile, doit se jeter à l’eau », estime Andris Riché.
Joe Antoine Jean Baptiste

jjoeantoine@yahoo.fr
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« En Haïti actuellement, l’heure n’est pas à la vengeance, l’heure n’est pas à la révolte ».  C’est ce qu’a affirmé, mercredi, l’écrivain Vivianne Gauthier qui, compte tenu de la conjoncture actuelle, intervenait sur l’inculpation de l’ex-président haïtien, Jean Claude Duvalier, de retour au pays après 25 ans d’exil.

Considérant que l’ex-dictateur surnommé « Baby doc » est un citoyen haïtien frappé par la nostalgie du pays, Mme Gauthier avoue qu’il a le droit de rentrer au pays quand bon lui semble, même si son règne a causé beaucoup de tort à la nation. « De ce fait, profité de son retour pour intenter un procès en justice contre lui « est une démagogie du gouvernement », question de jouer sur la carte du temps qui n’est pas favorable à la réalité du peuple haïtien », a avancé la femme politique.

 

« On tue le temps sur la réalité vivante de la population. Le problème du pays n’est pas au retour de Jean Claude Duvalier. Ces batailles sont des batailles économiques et matérialistes. Tout est programmé dans le pays. Même la justice », a-t-elle fait savoir.

 

Madame Gauthier a profité de son intervention pour inviter la population haïtienne à cultiver le pardon et offrir la possibilité à Jean Claude Duvalier de contribuer à la construction du pays, ravagé par le séisme de janvier 2010. Elle ne nie pas l’intérêt et l’intention de la justice de la nation à entrer en vigueur. « C’est un bel exemple », a souligné Mme Gauthier. Cependant elle estime que la population n’a rien à gagner dans la vengeance. Il faut apprendre à pardonner », a-t-elle conseillé. / HN2000-JAJB


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La plaie qu’à provoquer le séisme dévastateur de janvier 2010 reste béante et est loin d’être cicatrisée dans l’âme de chaque haïtien. On en parle comme si c’était hier. Tandis qu’une année vient d’être écoulée. Les mêmes inquiétudes persistent. On continue à se poser les mêmes questions. Le même décor s’impose mais avec de légère modifications. Et, les 1 500 000 déplacés de Port-au-Prince, rencontrés dans les différents camps d’hébergement supposés provisoires, malgré cyclone, tempête, vol, viole, naissance de nouvelles familles, crises politiques, continuent d’espérer à une amélioration de leur condition de vie.

Ti Henry, c’est ainsi qu’on l’appelle depuis son plus jeune âge. Il a douze ans. Cependant, il a l’air d’en avoir 6. Maigre et chétif, cheveux rougi par le soleil et la misère, tous les matins, il traverse des centaines de mètres pour pouvoir retrouver les autres enfants du camp de « Faitree » avec lesquels travaillent plusieurs animateurs sociaux. Depuis son enfance, il partage une chaumière excessivement modeste avec ses huit frères et sœurs, une tante et un cousin en plein cœur de Cité Soleil, le plus vaste et grand bidonville de Port-au-Prince.  Echappé de justesse, après le drame, il s’est vu obliger de s’adapter à sa nouvelle vie qui n’est pas trop différente de son ancienne. Il ne s’en plein pas. Mais, dans sa voix porteuse de douleur, d’abandon et de solitude, il est malheureux.

Adeline a 17 ans. Depuis la tragédie, elle a construit sa propre famille sous  une tente placée à quelques mètres de celle sa maman. Son père est resté sous les décombres d’un chantier. A présent, cette jeune femme attend un enfant, fruit de sa complicité avec Mario, un jeune homme de 23 ans. Pourtant, faute d’argent, ce dernier n’arrivait pas à boucler ses études classiques. Il n’a pas une profession pour pouvoir se raser dans le noir. Pour trouver un plat chaud par jour, il se voie obliger de faire des compromis. « Une chose est sur, raconte –t-il d’un air résigné, une fois l’enfant est né, je ferai l’essentiel. D’ailleurs, je ne suis pas le premier de l’histoire à avoir un môme à cet âge. Si je ne fait rien aujourd’hui, je n’en suis pas la cause. La faute est à nos dirigeants. Ils pensent à nous quand ses ambitions politiques pèsent lourd sur la nation, a-t-il martelé sous un ton de colère ».  

Anita habite Cité Soleil depuis 23 ans. Assise à l’entrée de sa tente, véritable passoire pour la pluie, devant son petit commerce, elle berce un petit garçon qui cri parce qu’il a faim. Sur le visage arrondi du petit, perlent deux ruisseaux de larmes. De ses narines coulait un rhume épais. Son corps squelettique, à moitie nu, est couvert de poussière. Au coté sud de ce taudis où l’air est alourdi par l’humidité, la puanteur que déferlent les toilettes et le ravin qui traverse l’espace, boue, sous un feu de bois, une soupe de pain, le premier repas de la famille pour la journée.  Alors qu’il est déjà 13 heures trente. A quelques mètres de l’abri de cette dame frisant la quarantaine, l’environnement n’est pas moins commode : sous une large nappe d’eau boueuse et remplie de calcaire, flottent des tonnes d’immondices. Pourtant, Anita n’a pas peur du choléra. Elle y vit calmement avec ses douze enfants.

Ti Henry, Adeline et Anita ne sont pas les seuls à vivre dans de telle condition. Le nombre est considérablement élevé. Alors que, de forte somme d’argent a été décaissée,  afin de pouvoir aider ces gens après le séisme. Sur environ 854 enfants du camp de « Cass Bami », 30% d’entre eux connaissent de telle déception. 10% des jeunes filles en âge de procréer portent actuellement un enfant dans le camp de « Teska ». 70% des familles du camp de « Sohamo » se disent être à la merci de Dieu. Car, trois mois après le tremblement de terre, raconte « Ti Mari » l’Etat, ainsi que les ONG ne font rien pour les assister économiquement. Bon nombre de leurs enfants ne vont pas à l’école faute de moyen. Pas d’accès à l’eau potable. Trouver les substances anti bactérie devient un casse-tête.

Cette réalité que présente la majeure partie des camps de Cité Soleil n’est pas trop différente des autres érigés dans presque tous les coins de la capitale. Ils subissent tous des situations similaires. La population est abandonnée à elle-même. Pour survivre, les résidents des places et des camps hébergements s’organisent tant bien que mal. Face à de tels soucis, bon nombre de ces sites sont transformés en de véritable marché public où tout est confondu : promiscuité, indifférence, insouciance, salubrité et exploitation sous presque toutes les formes.

Cette catastrophe, selon les chiffres officiels, a couté la vie à environ trois cent mil personnes et a causé de lourds dégâts estimés à des milliards de dollars. Le gouvernement haïtien, pour perpétuer la mémoire  de nombreux disparus du drame, a décrète la journée du mercredi 12 janvier 2011, jour férié et de deuil national. Est-il vraiment nécessaire de penser aux autres, s’interroge  un membre du comité du camp de Boulos, pendant que les survivants mènent un train de vie au dessous de la moyenne ? La présence abondante des ONG pèse lourd sur la société depuis les premières semaines du drame. Il a lieu de comprendre que sortir le peuple de ses calamités ne constitue pas la priorité des dirigeants du pays. Est-ce qu’on doit s’attendre à commémorer une deuxième année avec des tonnes de gravats qui jonchent encore les artères de la capitale et le processus de la reconstruction qui tarde  à être entamé ? Un fait est certain : il y a des noms dans le pays dont on ne s’en souviendra jamais, soutient Emmanuela, un riverain de Cité Soleil.

 

Joe Antoine Jean Baptiste

jjoeatoine@yahoo.fr

 

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En sortira-t-on un jour ?

« Seule lavérité est révolutionnaire ». Antonio Gramsci

Plus besoin de se mentir. La situation du peuple haïtien devient de plus en plus complexe ces jours ci. Bien avant la réalisation des joutes électorales du 28 novembre 2010, des questions fusaient de partout ; particulièrement des lèvres de la grande catégorie : celle qui partage, depuis le douze janvier, son quotidien entre la misère et la déception, la honte et la peur, l’incertitude et la désillusion. Cependant un seul fait ponctuait  la réalité. Aujourd’hui encore, tout le monde parle d’élection même s’il s’apprête à commémorer la mémoire des victimes de la catastrophe de janvier 2010. Et, de tous ces discours s’articulant autour de la course, la question reste imminente : en sortira-t-on un jour?

Depuis la publication du décret présidentiel en date du 24 juin 2010, habilitant le conseil électoral provisoire (C.E.P) à réaliser les élections présidentielles et législatives sur toute l’étendue du territoire national, c’était le calme plat. A peine avait-t-on enregistré certaines manifestations organisées dans la zone métropolitaine par certains secteurs de la vie nationale pour dire non au mépris du gouvernement à l’endroit de la population haïtienne aux abois. Des actions revendicatives qui n’inquiétaient et ne faisaient trembler personne. Pendant ce temps, les politologues, les ministres et même l’exécutif pensaient avec la tête froide. Les membres de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) se contentaient d’approuver des projets. Les envoyés de la communauté internationale observaient. Les candidats, venant de divers partis et regroupements politiques, faisaient campagne. C’étaient la priorité de l’heure. Tout le monde pouvait comprendre. Et, le peuple, quant à lui, n’a pas cessé d’attendre et d’espérer.

La rentrée des classes s’annonçait en beauté cette année là. Elle offrait à plus d’uns la possibilité de revoir leurs amis, de dire, de raconter où ils avaient passé les vacances, rencontrer des amis-camarades perdus de vue pendant environ un mois. C’était également la grande occasion pour des directeurs de construire un capital économique au dépend des parents. Des parents soucieux, rêvant d’assurer l’avenir de leurs enfants. Qu’il pleuve, tonne, grêle et neige, les élèves devaient rentrer en classe puisqu’il faut respecter les décisions étatiques. Il faudrait qu’ils s’y rendent même lorsqu’ils ne trouvaient que des trottoirs encombrés de décombres, d’immondices, de marchands, de tentes etc.… Les élèves ont été à l’école, question de trouver une activité capable de leur  faire oublier le réel.

Sur ce même territoire, où, également toutes les conditions étaient déjà réunies pour se faire pendre, un autre groupe rêvait de reprendre cette expérience. Il voulait se rendre à l‘école. Car, estimait-il, c’est sa seule porte de sortie. Mais, il n’y arrivait pas. Il s’était plutôt vuobliger de faire corps avec la misère, d’entonner un hymne à la résignation et de danser la danse macabre que le réel haïtien propose et impose quotidiennement. Tandis que, gouvernés et gouvernants parlent de liberté, d’égalité et de fraternité. Ils leur arrivaient même de parler de démocratie. Jamais ils n’osent évoquer la question de la souveraineté. Des mots qui, conformément à la réalité factuelle, renvoient à un flou conceptuel.

Face à de telles crises existentielles et de luttes acharnées pour la survie, ne devrait-on pas questionner sérieusement l’ordre naturel établi depuis la nuit des temps ? Aurait-il été juste de penser hiérarchie si cette dernière ne peut, dans une certaine mesure, réfléchir pour la collectivité ?

Toujours dans le domaine de l’éducation, un professeur avait trouvé la mort le 9 octobre 2010, suite à la tension qui montait devant les locaux du Ministère de l’Education Nationale. Il faisait partie d’un groupe de syndicalistes qui, à maintes reprises, essayait de tabler avec le gouvernement autour de la précarité de la chose éducative et du mauvais traitement des enseignants. Ce jour là, il manifestait en compagnie de ses camarades syndicaux. Un agent de la Police Nationale, pour rendre plus tendue la situation, lui avait offert en cadeau une bombonne de gaz lacrymogène dans la tête. C’était une affaire classée !

 Contestée, mais attendue

 La journée du dimanche du 28 novembre arrive. Elle était très contestée, mais attendue.  Au début de la matinée, vers six heures, tout était calme. Malgré l’écho répandu à travers tout le pays surtout en ce qui concerne la non-crédibilité du Conseil Electoral Provisoire, la tension qui planait sur toute la nation, les nombreuses irrégularités, les cas de fraudes et quelques mouvements de protestations enregistrés au cours de la journée, massivement, la population s’était présentée aux urnes, dont chaque citoyen voulait remplir son devoir civique. Elle aspirait (la population) au changement.Aspiration qu’elle n’a de cesse quérir à chaque gouvernement qui accède au pouvoir depuis l’indépendance du pays, le premier janvier 1804.

Seize heures sonnaient à peine. C’était déjà la fin de la course pour le fauteuil présidentiel achevée sur fond de protestation et de manifestation. Le peuple a investi les rues de la ville tout en proclamant Michel Joseph Martelly comme successeur de René Préval. Pourtant, une seule entité avait la voix aux chapitres. Quatre heures plus tard, elle estimait que la journée électorale a été « bouclée et réussie », alors que, vers douze heures, une coalition de douze candidats exigeait l’annulation du scrutin.

Le suspens allait durer encore. Il a fallu attendre la publication officielle des résultats préliminaires du suffrage prévu pour le  7 décembre dernier. A la tombée de la journée, une seule voix retentissait dans tout le pays via les médias radios et télévisions du pays, celle du Porte Parole du CEP, Richardson Dumel. Sans perdre une seconde de plus, il s’est vite retiré du centre de presse. Depuis ce mardi soir, Haïti était devenue le théâtre de violents affrontements entre manifestant, forces de l’ordre et partisans du parti « inite ». Lesquels partisans de parti avaient donné la mort à plusieurs personnes habitant les aires du Champ de Mars des suites du séisme. Les portes d’Haïti ont été fermées à double tour. Les vols étaient suspendus. Des barricades de pneus enflammés, des poubelles, des pierres et d’immondices jonchaient les artères de la capitale. Des institutions sont parties en fumée, cassées et pillées. Le tout constituait le décor de ce pays qui proteste les résultats du vote.

Derrière leurs murs hautement sécurisés, les membres de la communauté internationale, sérieusement impliqués dans les affaires électorales estimées « réussies et bouclées » selon les propos du chef de la MINUSTAH, Edmond Mulet, en avaient pris leur distance en publiant une note stipulant que « le vote du peuple doit être respecté ».

La présidence ainsi que les différents candidats, ajoutés aux hommes politiques nationaux et internationaux n’ont pas manqué de dire leurs mots sur la crise. Même l’institution religieuse , pour calmer la tension, s’était mêlée de la partie comme entité morale du pays. Moralité. Un mot dont on ne peut percevoir facilement le sens. Un mot qui dit beaucoup.  Un mot qui devrait porter le peuple haïtien  à  voir la religion sous un autre angle. Aussi ne faudrait-il se demander de quelle moralité voulaient-elles parler, ces personnalités ?

Une réalité inégalable

En somme, c’est maintenant plus qu’une évidence. Rien ne peut égaler la réalité factuelle et actuelle du peuple haïtien. L’espoir ne fait que s’accroitre de jour en jour et, à chaque gouvernement qui arrive au pouvoir, c’est toujours le même refrain, les mêmes discours et les mêmes pratiques sociales politiques et économiques. Dommage, allant de coup d’état en coup d’état, au propre et au figuré, on attend toujours. Trouver une certaine amélioration de la condition de vie de l’haïtien reste une utopie. Plus de deux cents ans se sont écoulés de façon marginale. Monsieur « goudougoudou » arrive et offre une opportunité à la société  pour se reconstruire et sortir de son enlisement ethno-socio-historique. Jusqu’à présent, personne ne comprend ce qui se passe. Alors, faut-il, tout de même, continuer à espérer ?

 A cet effet, oser affirmer que l’espoir n’aura pas cessé de germer dans le cœur de cette population en errance, c’est peine perdue. En Haïti, les jours passent, se ressemblent et les mêmes inquiétudes persistent. La majeure partie de la population connait une misère atroce et brutale. Des millions et des millions ont été déjà investis. La présence massive et l’implication des ONG dans le pays confirme ces millions. Personne ne sait combien en investira-t-on prochainement. C’est sûr qu’il y a et en aura beaucoup plus surtout avec l’épidémiede choléra ayant déjà causé la mort à « 3 481 personnes », selon le site du ministère de la Santé publique, le 29 décembre de l'année dernière. L’incertitude plane encore. Dans les 15 années à venir, n’aura-t-on pas une Haïti faite uniquement de tentes et d’abris provisoire avec une population considérablement réduit? A quoi faut-il s’attendre exactement ?



Joe Antoine Jean Baptiste

jjoeantoine@yahoo.fr



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Quand l'histoire prédit l'avenir

“Celui qui oublie son histoire est condamné à la revivre”, écrit un historien. 96 ans après l’occupation américaine, les mêmes pratiques géostratégiques et politiques  perdurent en Haïti. Le peuple haïtien, aurait-il tout oublié de sa mémoire ? S’interrogent certains esprits avisés. Faudrait-on la lui enseigner autrement pour qu’il arrive à comprendre, accepter voire se convaincre que gouvernance et forces publiques  ne fassent pas toujours bon ménage en Haïti ? De 1804 à nos jours, ce sont les mêmes discours surl’Etat et la démocratie. Quelle issue ?

 

 M. Francis Charles, ancien colonel des forces  armées d’Haïti, a publié  chez Deschamps, il y a deux ans : « Essence du pouvoir martial, la domestication de l’armée ». Ce livre, depuis sa parution,  n’a de cesse perturber les imaginations fertiles en matière de gouvernance et de politique de gestion du territoire.  Ce texte qui s’inscrit dans une démarche socio historique propose une réflexion analytique des paramètres clefs de la situation ethno socio politique et économique  que connait le pays depuis plus deux  siècles. La pensée de l’auteur constitue, implicitement, une forme de prédiction  sur ce qui se produira et arrivera dans le pays de Dessalines. Ainsi l’ouvrage remet il en question la délicate présence  et la politique de main mise des puissances mondiales qui, depuis fort longtemps, diffuseraient chez nous une fausse conception de la démocratie surtout à un moment où tout s’articule autour de la crise qu’à provoquer les élections du 28 novembre dernier.

 

Il faut se fier à l’idée que l’histoire  d’un peuple constitue la principale référence conventionnellement acceptable pouvant l’amener à comprendre  les situations conflictuelles et actuelles  de sa sphère. Le colonel Francis Charles, dans sa réflexion, pour soutenir la compréhension de son livre et du contexte conjoncturel que subit le pays, fait un grand saut dans notre mémoire collective. Il  aurait  sans doute été animé par l’envie de porter la cité  à prendre conscience de l’origine et de la raison  de l’existence des forces armées sur le territoire national. Il a particulièrement mis l’accent sur celles qui existaient dans le pays depuis 1804 jusqu’au retour de l’exil de l’ex président  Jean Bertrand Aristide,le 15 oct. 1994.

 

Une perception confrontée à la réalité factuelle.

 

La somme des cinq chapitres composant le livre du colonel laisse croire et comprendre qu’aucune nation ne peut prétendre connaître d’éventuelle évolution si les théories politiques, économiques, judiciaires et géographiques, à un stade pratique, ne sont maîtrisées, animées et entrecoupées de visions différentes, venues de personnalités, de cultures et de tendances contraires. Des théories qui prônent, sous l’influence du capital, l’individualité au sein des groupes ethniques, rassemblés dans un même espace, mais divisés depuis leur origine tribale. Outre cela, il ne faut pas laisser passer inaperçu la formation reçue des fils de colons ayant parfait des études dans la métropole. Des fils de colons revenus sur l’ile avec des points de vue opposés et des stratégies divergentes sur la mise en place de la notion d’Etat, de la Collectivité et de cette histoire de souveraineté dont aucun haïtien ne peut, à présent, s’arroger le droit de clamer haut et fort.

 

Animés d’un désir à vouloir changer, ce qui arrive toujours aux divers gouvernements guidés d’un idéal patriotique et de la tendance à rejeter la formule de la démocratie sur mesure qu’impose l’occident,  les gouvernants sont souvent pris aux filets des subtilités diplomatiques. Une pratique qui, quand elle vise l’intérêt de la communauté dont les citoyens, malgré leur dissemblance épidermique, leur statut social et économique, ayant lutté pour une même cause, devraient reconnaître pour vrai et accepter de s’unir sous la bannière d’une  devise qui a marqué la mémoire collective et surpris plusieurs peuples du monde,  se laissent corrompus et anéantis.

 

Selon cette même perspective, l’auteur affirme, tout en essayant de concilier le pragmatisme déconcertant des forces armées d’Haïti, forces toujours présentes dans l’implication de la politique extérieure et de la gouvernance haïtienne, que, depuis plus de deux siècles, cette institution a fréquemment suivis des trajectoires déroutants et des objectifs diversifiés.

 

A l’époque coloniale, la présence de la « force publique » semble avoir été guidée d’un seul idéal : assurer la protection du territoire contre les forces extérieures voulant s’accaparer des biens de la colonie. Mais, après la proclamation de l’indépendance tout a changé. Au delà même de sa fonction protectrice contre les forces étrangères, l’armée participait amplement dans le partage et le maintien du pouvoir exécutif. Semblerait-il que c’est pour remédier au fréquent problème de coup d’Etat dans le pays, lequel estimé crucial, que, sous l’administration de l’ex président, Jean Bertrand Aristide, cette institution aura été dissoute.

 

Ces si flagrantes réalités dont les repères chronologiques soulignés dans les mémoires de la nation porte à comprendre que les problèmes de la République d’Haïti sont très délicats et à la fois complexes. Aujourd’hui, personne ne peut prétendre attraper le gros poisson n’importe où. Elle risquerait de connaître les plus affreuses et douloureuses déceptions du monde. D’où, la perception de M. Charles  exposée à ce que les faits lui ont soumis comme réel.

 

Une stupide absurdité haïtienne                                                     

 

D’intention de révolution en révolution, d’affrontement en affrontement, de trahison en trahison, entre présidence, forces publiques, classe aisée et la masse dont la dernière, dénuée de tout et toujours prête à tout sacrifier pour concrétiser ses rêves de peuple libre et poursuivre des objectifs bafoués par des élus ne défendant que l’intérêt de la catégorie la plus aisée, témoigne la barbarie du monde  faisant corps à la stupide absurdité haïtienne. Du train où vont les choses, stimule la pensée de M. Francis Charles, ainsi le prédit également le géographe américain, Diamond Diared, on a l’impression que les haïtiens se contentent, aujourd’hui encore, d’assister à l’effondrement de leur civilisation. Aucune résistance n’est faite. Le peuple haïtien se résigne et pour trouver d’autre énergie se contente à nourrir d’autres espoirs. Ne serait-ce pas cette forme de passivité que voulait décrire Albert Einstein en disant : « le monde est beaucoup trop dangereux pourqu’on y vive, non à cause des gens qui font le mal mais à cause de ceux qui les laissent faire sans bouger ».

 

La similitude d’une présence

 

 Pour bien comprendre ces phénomènes qui, de nos jours, ravagent l’île, il faut remonter à 1915, période marquant le débutde l’occupation américaine structurellement décrite dans le deuxième chapitre du livre. En fait, l’auteur a pris le soin de rappeler le contexte sociopolitique qui l’a motivé et l’intention qui s’y était dissimulée. On finit par comprendre, à la lumière des événements qui se produisent  ces jours ci en Haïti, que l’histoire se répète. Les mêmes faits se reproduisent. Encore et encore. Et l’histoire, pour penser à James Joyce, devient ce cauchemar dont l’haïtien ne cherche pas à se réveiller. Avec des idéologies différentes, des tendances plus structurées prenant forme dans le néo-colonialisme déguisé et, contribuant grandement à l’effondrement de l’homme et de son milieu ambiant, la réalité sociale et géographie du pays accable et ne laisse filtrer aucune lueur de survie favorable à une jeunesse en errance. Laquelle errance explique l’affaiblissement de sa conscience.

 

En somme, on peut comprendre que le livre du colonel ne pose pas seulement les problèmes géostratégiques de notre communauté mais la similitude d’une présence spéciale sur le terrain qui, sur le plan diplomatique, renvoie à l’application de la politique de 1915. Laquelle période soutient fermement l’aboutissement de la doctrine de Monroe jusqu’à ce début dece siècle : « l’Amérique aux Américains ». Tandis que, on continue à parler de liberté, d’Etat souverain et de démocratie.

 

JoeAntoine Jean Baptiste

jjoeantoine@yahoo.fr

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