Publications de Jean-Mobert N'SENGA (7)

Le Rwanda menace d'entrer ouvertement en RDC

La ministre rwandaise des affaires étrangères a, au cours d'un point de presse tenu hier (mardi 4 décembre 2012) à Kigali, laissé entendre que le Rwanda pourrait entrer de nouveau en RDC "pour y pourchasser les FDLR", si "leurs attaques" venaient à constituer une menace "sérieuse" pour la sécurité du Rwanda, en termes de fréquence ou d'intensité.

Madame Louise Mushikiwabo a déclaré : "Nous suivons la situation de très près. Nous ne voulons pas être forcés d'entrer en RDC à la poursuite de ces milices génocidaires. Si ces attaques persistent [...] nous allons y répondre sérieusement".

La veille, le chef d'Etat major des forces de défense du Rwanda (RDF), le général Charles Kayonga, avait tenu des propos similaires à Gisenyi, devant la population rwandaise établie le long de la frontière avec la RDC. "Nous allons les attraper ou les combattre s'ils s'ils essaient encore de destabiliser le pays", avait-il menacé.

Ces menaces à peine voilées de "retourner" en RDC si besoin était font suite aux allégations des autorités rwandaises au sujet d'incursions des FDLR "en provenance de la RDC et soutenues par le gouvernement et l'armée congolais" sur le territoire rwandais, le 27 novembre et le 2 décembre derniers. Allégations invraisemblables qui n'ont pas manqué d'intriguer les experts de la région et de stupéfier le autorités congolaises, étant donné le contexte dans lequel elles interviennent.

En effet, le Rwanda est constamment accusé par différents rapports de l'ONU, de la Monusco et d'ONG, de soutenir la rébellion du M23 qui s'emploie à déstabiliser la RDC depuis le premier trimestre de cette année. Le tout dernier rapport des experts des Nations-Unies va jusqu'à affirmer que le Rwanda a créé, entraîné, équipé, et directement commandé les rebelles, et a pris part active à leur récent assaut contre l'importante ville de Goma. Ces accusations jugées de ridicules par le Rwanda lui ont pourtant vallu de plus en plus de critiques, voire des sanctions économiques.

Le Rwanda fait tout pour déplacer le débât en instrumentalisant une milice qui n'a plus de capacités de nuisance contre sa sécurité que dans son imagination. En agitant le jocker "atteinte à la sécurité du Rwanda par des milices Hutu génocidaires soutenues par la RDC", il espère, soit se donner un motif plausible pour entrer ouvertement en RDC, soit revêtir sa parrure de victime déchirée par d'accablantes accusations d'auteur de guerre et d'agresseur. "Nous ne sommes pas là bas, mais nous y entrerons si ces attaques ne cessent pas, et personne ne pourra nous arrêter. Car lorsque ces gens massacraient un million de Tusti au Rwanda, vous n'êtes pas venus les arrêter, et nous avons fait le travail tous seuls". L'argument n'est pas nouveau, et il faisait taire certaines bouches il y a quelques années seulement. Peut-il opérer cette fois encore ? En tout cas, le Rwanda mise dessus... Etrange ressemblance avec ce qui se passe au moyen-orient entre Israel et ses voisins (Iran, Palestine, Liban...) ! Et le monde est souvent anéanti, réduit à observer, lorsqu'il approuve pas les actions de la partie "historiquement victime" carrément.

Le Rwanda maintient par la même occasion une pression permanente sur le gouvernement congolais, qui va entamer cette semaine des pourparlers avec le M23. Son message semble être tout simple : "faites pas le malin, car nous n'entendons pas lâcher la partie tout de suite ; nous pouvons intervenir n'importe quand, sous un autre motif - officiel - cette fois". Qui va l'emporter ? Wait and see ! 

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Les pourparlers directs avec le gouvernement congolais exigés par le M23 devaient commencer ce mercredi 5 décembre à Munyonyo, douze kilomètres au sud de Kampala. Ces pourparlers (ou négociations, ou dialogue, chacun choisira le terme qui lui conviendra) constituent une exigence constante du M23. Le gouvernement congolais les avaient toujours rejetés, jusqu'à ce que la pression s'accroisse sur elle avec les événements de ces dernières semaines et la chute entre les mains des rebelles de la ville de Goma, le 20 novembre. Le M23 a accepté de se retirer de ses nouvelles positions, à la demande de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (en réalité, il semble que ce soit sur injonction de l'Ouganda et surtout de Kigali), et en contrepartie il a été enjoint au gouvernement congolais d'écouter et d'adresser les "doléances légitimes" du M23. En quittant Goma, samedi dernier, le colonel Sultani Makenga, commandant officiel du M23, a pris le soin d'indiquer que si des négociations directes n'étaient pas entreprises dans les quarante-huit heures son mouvement allait "terminer le travail" qu'il avait commencé, laissant croire qu'ils reprendraient Goma.

Mais, alors que la délégation officielle congolaise a commencé à arriver à Munyonyo (Kampala) depuis ce lundi, et qu'elle était fin prête pour commencer le dialongue mercredi matin (une feuille de route serait même déjà élaborée à cette fin), le M23 vient d'annoncer qu'il ne pourra arriver sur place que jeudi. Ce qui signifie que les réunions officielles ne pourront débuter que jeudi soir, voire vendredi. Comment expliquer ce manque soudain d'empressement de la part du M23, pour un rendez-vous qui a pourtant constitué son credo depuis sa création en mars-avril 2012 ?

A mon avis, le M23 est confronté à des difficultés d'ordre à la fois formel et matériel. Il se pose la question de savoir qui va valablement représenter le M23 à ces pourparlers, ce qui ne manque pas de lien avec cette autre question, substentielle, elle : sur quels points précis vont porter les pourparlers; quels sont les points sur lesquels le M23 peut faire des concessions, et dans quelle mesure ? Les réponses ne sont pas aussi évidentes qu'il y paraît, surtout qu'elles ne dépendent pas des seuls acteurs "apparents" du M23. Son spéctaculaire retrait des importantes entités de Goma et Sake, à la fin de la semaine dernière cache mal un changement de donne dans la crise : les maîtres ougandais et surtout rwandais étant plus que jamais sur la scellette, la "position" du M23 sur la table des négociations risque de ne pas être aussi forte que les concepteurs et réalisateurs du plan d'occupation de Goma l'avaient espérée.

Avant de tenter de répondre à ces deux questions, il n'est pas inutile de rappeler que le M23 fait référence à un accord de paix signé le 23mars 2009 entre le gouvernement congolais et le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) de Laurent Nkunda, qui est devenu un parti politique depuis, et qui s'engageait entre autres, à ne plus jamais recourir aux armes pour obtenir des réponses à ses préoccupations. Le jeu est donc compliqué à l'avance : le M23, qui dit être un  nouveau mouvement, différent du CNDP, est-il habilité à demander l'application des accords auxquels il n'était pas partie, aux lieu et place de leurs protagonistes ? La question n'est pas pertinente, en politique, puisqu'il est certain que le M23 n'est que le CNDP camoufflé, à bien des égards en tout cas. Par contre, l'on peut se demander si un Jean-Marie Runiga (président "apparent" du M23) maîtrise le contenu, le contexte et les contours de cet accord pour en négocier l'application. C'est peut-êetre même pour toutes ces raisons que le M23 a, au fur et à mesure qu'il gagnait de l'importance sur le plan politique et militaire, tenté d'élargir l'assiètte de ses revendications à des questions d'ordre plus général comme la démocratie (la vérité des urnes...), la bonne gouvernance et le développement. Il doit regretter aujourd'hui d'avoir été si mal inspiré de se nommer "M23" !

Le gouvernement n'entend pas tout concéder aux rebelles...
 
Ces éléments font dire à certains officiels congolais, présents à Kampala, que "l'abcès va enfin être crevé", et que les vrais meneurs du M23 vont devoir se montrer, parce qu'ils sont seuls à savoir ce qu'ils veulent réellement. Je n'en suis pas si sûr... Et ça, ce n'est encore que la forme. Sur le fond, le M23 étant une réalité incontestable (il n'est qu'aux portes de Goma, et occupe depuis plusieurs mois une importante partie du territoire de Rutshuru), on va devoir l'écouter, quelles ques soient ses revendications ou les hommes qui vont les porter.

Néanmoins, il y a des points sur lesquels le gouvernement assure qu'il ne peut transiger, quelles qu'en soient les conséquences. C'est notamment l'éventualité d'une re-intégration d'un Sultani Makenga et d'un certain nombre d'autres officiers du M23 au sein de l'armée nationale. "Makenga en est à sa cinquième insurrection, il a suffisamment prouvé son inaptitude à être loyal à la République ; avec un peu de chance il peut aller faire autre chose, il n'est pas question de le re-intégrer au sein des FARDC", m'a assuré un membre important de la délégation officielle congolaise. Et d'ajouter : "de toutes façons, il est inutile de se montrer large envers des gens comme ce Monsieur. Vous avez beau lui tendre la main, vous ne savez pas quand il va la poignarder". Mais dans ce cas, que vont devenir ces officiers ? Vont-ils se retirer au Rwanda comme leurs prédécesseurs Nkunda, Mutebusti, Ntaganda et les autres ? Sont-ils prêts à accepter cela ? 

Quant aux autres questions, comme celles liées à la démocratie, à la bonne gouvernance et aux droits de l'homme, il n'est pas non plus certain que le M23 fasse un grand succès. Le Congo voudra se limiter à l'évaluation du contenu de l'accord du 23 mars, sans plus, et poser des actes dans le sens d'accomplir ceux de ses engagements qui n'avaient pas été tenus : rapatriement des réfugiés Tutsi du Rwanda, peut-être reconnaîssance des grades, ... Il pourrait aussi étendre l'amnistie de 2009 à certains faits de guerre qui remontent à cette année, ajourner l'arrestation de Bosco Ntaganda (encore qu'il ne l'a plus à sa disposition), assurer l'impunité de Sultani Makenga et ses compagnons, tolérer que les militaires Tutsi restent encore déployés au Kivu exclusivement, etc. A mon avis, le gouvernent congolais a raison de ne pas se montrer trop affaibli par les événements; de ne pas marcher à genou à Kampala. Mais il ne devrait pas non plus perdre de vue que si les pressions exercées sur le Rwanda peuvent bien le pousser à lâcher du leste et à cesser ou diminuer son soutien au M23, ce dernier a gagné dans ses dernières conquêtes des moyens financiers et surtout matériels assez importants qui pourraient le pousser à l'orgueil de poursuivre la lutte armée sans le Rwanda, au cas où on tentait de trop lui refuser. La meilleure issue sera de faire des concessions raisonnables. S'il était si malin que cela, le gouvernement aurait dû déjà trouver un autre endroit que l'Ouganda, et d'autres médiateurs que Kagame et Museveni, dont il est clair qu'ils jouent un double jeu dans cette crise...

On ne peut pas être incapable de gagner une guerre, et se montrer en même temp sintransigeant, sinon on vous y force. Faire quelques concessions donc, pourvu qu'une fois que les armes se seront bien tues et que l'intégrité du pays aura été recouvrée, engager des actions et des réformes tous azimuts susceptibles de couper définitivement les racines de la conflictualité dans le Kivu, de restaurer l'Etat (ses services de sécurité, son administration, la justice, ...), et d'induire la bonne gouvernance et le développement du pays. Cela devrait passer, à mon avis, par une Conférence Souveraine II de toutes les forces vives de la nation, pour se remettre en question et repenser l'Etat.

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Mardi 27 novembre dernier, un jour seulement après la réunion des Chefs d'Etats de la CIRGL à Kampala demandant aux rebelles du M23 de se retirer de la ville de Goma, les médias rwandais et toutes la plupart des agences internationales de presse annonçaient une "incursion des rebelles Hutu rwandais" dans le district de Rubavu, depuis leur maquis congolais. Bilan donné alors par les autorités rwandaises : six tués et deux capturés parmi les rebelles; un mort et trois civils blessés coté rwandais. Le lendemain, après plusieurs contradictions, on entendra sur les radios internationales un homme (De Forges Fils Bazeyi) se présentant comme le porte-parole des FDLR revendiquer cette "attaque", arguant la légitime défense. Les médias rwandais sont allés plus loin en interrogeant les deux "captifs" qui expliquaient leur plan d'attaque, leur provenance, etc. Ils avaient pris le soin de renseigner qu'ils recevaient de l'aide en armes et minutions de l'armée congolaise, confirmant ainsi les allégations des officiels rwandais (régulièrement reprises par le M23 et ses prédecesseurs de mouvements) qui ont toujours accusé les FARDC et le gouvernement congolais d'armer et de travailler en connivence avec ce groupe "terroriste et génocidaire".

Ce dimanche encore (2 décembre 2012), au lendemain du retrait officiel du M23 de la ville de Goma conformément aux recommandations de la CIRGL, le gouvernement rwandais a annoncé qu'une nouvelle incursion des FDLR a eu lieu en district de Musanze, dans le parc des volcans (prolongement du parc des Virunga en RDC), faisant cette fois un mort (un garde-parc rwandais) et un blessé. Comme précédemment, l'information a été largement relayée par les médias rwandais et occidentaux. Peut-être entendra-t-on ce soir, comme précédemment, un porte-parole des FDLR revendiquer l'attaque !

Tout ceci n'est pas sans susciter des questionnements pour quiconque suit attentivement la situation dans cette région trouble des grands-lacs, et en particulier ce qui se passe à l'est de la République Démocratique du Congo et les rapports pour le moins complexes qu'entretient ce vaste pays avec son miniscule voisin.

FDLR, inventer une sacrée aubaine pour inverser le sens du tourbillon régional ? 

En effet, selon tous les experts et tous les connaisseurs de la région, les FDLR ont été considérablement affaiblies durant les dernières années : sur le plan humain, leur nombre est passé d'une dizaine de milliers à seulement deux ou trois mille. Tandis que sur le plan matériel et politique, ils ne bénéficient plus ou prou du soutien du gouvernement congolais; leurs leaders en Europe ont été emprisonnés - et un autre est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI - ; la population congolaise s'est globalement dissolidarisée d'elles à cause de leurs exactions et de leurs liens supposés avec l' "agresseur" rwandais; leurs circuits d'exploitation et de commerce illicites de minerais ont été fortement restreints, etc.). Outre le processus de démobilisation et rapatriement de la Monusco qui en a rapatrié plusieurs milliers ces dix dernières années, plusieurs opérations militaires ont été menées contre elles, y compris d'ailleurs avec la participation active du Rwanda, avec pour effet (au moins) de réduire leur capacité d'organisation et d'opération> (Jusqu'il y a trois mois, des soldats rwandais censés "traquer" les FDLR étaient en opération dans le Rutshuru). Les rébellions de Laurent Nkunda et l'actuel M23 ainsi que l'activisme des milices congolaises anti-rwandaises ou anti-FDLR sont aussi passées par là...

Le contexte : l'autre sujet d'interrogation, c'est le moment pour le moins improbable où ces attaques ressurgissent. Il faut dire qu'aucune incursion armée des FDLR n'avait été rapportée depuis 2006, hormis (curieux, cela aussi) les quelques attaques à la grenade qui ont eu lieu dans certaines villes du Rwanda entre 2010 et 2011, et que le gouvernement rwandais a attribué tour à tour à ses officiers dissidents, à des opposants et aux FDLR. Les prétendus agresseurs du Rwanda auraient traversé la zone controle du M23, groupe rebelle créé (ou en tout cas soutenu) par le Rwanda, pour pénétrer sur le territoire du Rwanda. comment, d'un coup, un groupe rebelle que tout le monde dit moribond, renaît soudainement, au moment le moins propice qui soit pour lui, pour lancer des attaques contre une armée aussi redoutée dans la région que l'armée rwandaise ? Quel pourrait être le but d'une telle démarche sinon le suicide ? Si elles sont soutenues par les FARDC, comment les FDLR ont-elles attendu la défaite de leurs "sponsors" et leur éloignement de la frontière pour lancer leur incursion, sachant qu'elles n'auraient pas de base-arrière, et qu'elles seraient encerclées par deux armées alliées, en l'occurence le M23 et la Rwanda Defense Force ? Peuvent-elles être aussi insensées, ces FDLR ?

Attaques, ou simulacres d'attaques ? 

Une seule réponse me paraît évidente : ce sont des simulacres d'attaques mises en scène par le Rwanda, et qui ont des motivations politiques et diplomatiques plus ou moins faciles à dénicher. Le Rwanda est actuellement accusé de toutes parts de soutenir la rébellion du M23 qui est entrain de remettre à plat tous les efforts de stabilisation de la RDC. Il a beau démentir, son discours ne coule plus de soi, et même ses soutiens traditionnels et presque inconditionnels commencent à marquer leur agacement et leur désaccord des méthodes de Kagame et de son armée. Alors, pourquoi ne pas se remettre en position de victime ? Les FDLR, qualifiées de groupe terroriste et génocidaire par Kigali ont toujours été montrées comme constituant une menace sérieuse à la sécurité du Rwanda, ce qui a d'ailleurs servi à justifier ses nombreuses interventions armées (officielles ou non) en RDC.

En réussissant à démontrer que contrairement aux prétentions des experts, les FDLR continuent de constituer encore aujourd'hui une menace sérieuse pour sa sécurité, il ferait d'une pierre plusieurs coups : il préparerait les esprits sur son éventuelle nouvelle intervention en RDC au nom du "droit de suite"; contribuerait à donner raison aux rebelles du M23 qui prétendent que le retour des réfugiés Tusti congolais n'est pas possible puisque les FDLR qui les pourchassent sont encore présents et actifs; offrirait une autre actualité, nettement plus avantageuse, aux médias qui n'évoquent plus le Rwanda que pour parler de différents rapports le mettant en cause dans la destabilisation de la RDC; embarrasserait le gouvernement congolais constamment accusé de soutenir ou de travailler avec ces miliciens, etc. Bref, un coup politique, diplomatique et médiatique considérable. "On accuse de soutenir le M23, pourtant c'est la RDC qui soutient des génocidaires (le mot est lourd) qui lan cent des attaquent contre notre pays", clame en filigrane le Rwanda.

Et De Forge Bazeyi : a-t-il mordu à l'hameçon de Kigali ? 

Pourtant le porte-parole des FDLR a lui-même revendiqué l' "attaque" de dimnanche dernier ? C'est mal connaître le régime rwandais que de perdre son temps sur ce genre d' "évidences". Loin de moi la volonté d'imaginer la seule hypothèse d'un montage fait par Kigali pour les raisons dont je viens d'évoquer les plus probables. Non. Il y a les faits et leur analyse contextuelle, mais il y a surtout l'histoire récente, différents rapports qui ont fini par rendre notoire le mnodus operandi du régime rwandais et ses moyens de propagande politique, etc. Il est de notoriété publique qu'à différentes périodes de l'histoire récente, le Rwanda a manipulé les groupes rebelles opérant à l'Est de la RDC (y compris les FDLR) pour mener à bien ses différents projets : création de groupes armés, dédoublement d'autres, redéploiement de Hutu démobilisés sur le sol congolais, ... Les derniers rapports du panel des experts sur la RDC y reviennent abondamment; ceux de la Monusco et des organisations non-gouvernementales publiés au début de l'actuelle crise étaient allés dans le même sens, ... Plusieurs témoignages de rwandais ayant participé ou ayant été intéressés à ces fins abondent.

Gén. Paul Rwarakabije, ancien patron des FDLR devenu officier de l'armée rwandaise.

Qui ignore que d'anciens officiers et simples soldats FDLR ont été intégrés dans l'armée rwandaise, après plusieurs années d'activisme au Congo, sans jamais faire l'objet de poursuites pour les crimes qu'ils auraient commis au Congo ou au Rwanda après 1994 ? S'il y a un art que Kagame et son système maîtrisent bien, c'est la manipulation et la propagande. Dès lors, est-il impossible que le porte-parole des FDLR ait été acheté, ou à tout le moins utilisé par le Rwanda, pour accréditer les allégations officielles du gouvernement et de l'armée rwandais ? Je ne le pense pas... Car le Rwanda a tout à gagner à ce que, invraisemblables et improbables qu'elles sont, ces "attaques" soient prises pour vraies par la communauté internationale, l'opinion publique, et surtout les médias. Et Dieu sait qu'il serait prêt à sacrifier la vie de ses propres citoyens si cela était nécessaire ! Entre la raison d'Etat, et la vie d'un, voire plusieurs simples individus, Kagame n'est pas homme à faire de longs calculs...


Défaire les manoeuvres rwandaises, ou oublier la stabilité et la paix à l'Est de la RDC

En un mot, à la lumière des faits, du contexte et de l'histoire récente, il faut être dupe pour croire ce genre d'allégations de la part du Rwanda. Heureusement que personne ne semble plus l'être vraiment, bien que nombreux sont (parmi les occidentaux) ceux qui hésitent encore à blâmer aussi fort qu'il le faut le Rwanda. Il faut dire que si la carte de la menace FDLR ne fait pas le jeu, il n'en sera pas immédiatement de même des nombreux autres jockers dont disposent le Rwanda : génocide de 1994 et son lot de remords dans le chef de la communauté internationale, usage efficient de l'aide internationale, lutte contre la corruption, développement "exemplaire", mais surtout une armée disciplinée dont les Nations-Unies et les grandes puissances peuvent difficilement se passer désormais, au Darfour, au Sud-Soudan, en Somalie et ailleurs.

Le retrait du M23 de la ville de Goma et d'autres localités que ce mouvement rebelle avait occupés il y a moins de deux semaines (avec, semble-t-il, la participation directe et substentielle de l'armée rwandaise, selon un nouveau rapport qui sera vité discrédité comme ceux qui l'ont précédé) ne devrait pas mettre les gens en euphorie. A mon avis, le Rwanda et l'Ouganda, via la CIRGL, avaient intérêt à faire appliquer une "résolution" prise au niveau régional afin de marquer des points : faire créditer la thèse selon laquelle ils soutiennent sincèrement le retour de la paix en RDC, car sinon ils ne seraient pas aussi "exigeants" envers le M23, et, d'autre part, obtenir que la CIRGL et ces deux pays continuent d'être regardés comme sérieux et incontournables dans cette crise. Pompiers-pyromanes, c'est cela le terme ?

Les attaques lancées le soir même du retrait du M23 contre le camp des déplacés de Mugunga; ces allégations répétées d'incursions des FDLR sur le territoire rwandais et de leur soutien supposé par l'armée gouvernementale congolaise; les déclarations de Sultani Makenga sur son intention de terminer, si nécessaire, le travail qu'il a commencé; etc., voilà autant d'éléments qui attestent de la volatilité et l'imprévisibilité de la situation. Le Rwanda, me semble-t-il, n'a pas encore dit son dernier mot !

Le voeu des congolais et de tous ceux qui ont un souci réel pour la paix et la stabilité de cette région, c'est que les occidentaux ne tombent pas à nouveau dans le filet de la très probable manipulation rwandaise; qu'ils accroissent par contre leur pression sur ce bout de pays qui, trêve d'arrogances, ne peut survivre sans leur aide, et qu'ils posent en même temps des actions concrètes et fortes pour qu'adviennent et émergent, en RDC, un véritable Etat (avec un véritable gouvernement et une véritable armée). Ce sont des actions qui doivent être simultanées.

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M23 : un replis véritablement stratégique !

Il a mis plus de temps qu’il ne lui était donné; il a pris tout ce qu’il pouvait prendre, mais il a fini par se retirer. Le M23 a officiellement remis les positions qu’il occupait entre les mains de la Monusco et de l’Equipe conjointe de Vérification de la CIRGL. Samedi 1er décembre, sous le regard presque indifferent des habitants de Goma amassés le long des routes, les troupes rebelles ont quitté processuellement la ville qu’ils avaient conquise par les armes moins de deux semaines auparavant. 

Dans son escarcelle, le M23 emporte certes d’importantes armes et minutions, des véhicules, de l’argent et autres biens pris à l’Etat ou à des particuliers, mais il emporte surtout un important lot de petites ou grandes victories sur les plans tant militaire, politique, diplomatique que médiatique. 
-          Sur le plan militaire : l’humiliante défaite infligée aux FARDC – ou plutot au gouvernement congolais – avec la prise de la ville de Goma et de plusieurs localiés dans le territoire de Masisi. Avec leurs saisies d’armes et de munitions, les rebelles du M23 sont plus forts que jamais depuis le début de l’insurrection. Leur arrêt aux portes de Minova (localité du sud-Kivu où s’étaient retranchées les pauvres FARDC après la chute de Goma et Sake) était davantage dû aux pressions internationales exercées sur eux ainsi qu’au probleme – interne celui-là – des effectifs pour assurer le contrôle du vaste territoire qu’il venait de conquérir en aussi peu de temps, qu’à une quelconque capacité de résistance des FARDC. 
-          Sur les plans politique et diplomatique, le M23 a marquee tous les points, contrairement à ce que veut faire croire le soi-disant “gouvernement”  à Kinshasa. La déclaration de Kampala du 26 novembre dernier qui avait donné au M23 un délai de 48 heures pour “quitter la ville de Goma et les autres positions d’une importance stratégique” a aussi demandé au gouvernement congolais de “prendre en compte les doléances légitimes du M23. Ceci est énorme pour ce movement lorsqu’on sait que depuis le début de la crise en avril 2012 le gouvernement n’a jamais voulu reconnaître une quelconque légitimité au M23, et encore moins à ses revendications. Depuis un certain temps, d’ailleurs, le credo du gouvernement est que le M23 est une “fiction”, et que le véritable maître de la guerre est Kigali. En consacrant que le M23 avait des revendications légitimes auxauelles le gouvernement congolais devrait répondre, la CIRGL (et le président Joseph Kabila) a écarté l’hypothèse d’une agression, ou l’a en tout cas minimisée. Pour la première fois, une rencontre a eu lieu entre le président Kabila et le leader du M23 Sultani Makenga. Jusqu’ici, le gouvernement refusait toute négociation directe avec le M23, et suggérait même que si pourparlers il devrait y avoir, ce devait être entre lui et le gouvernement rwandais. Enfin, le M23 a profité de sa position de supériorité militaire évidente pour élargir encore plus son assiète de revendications, allant jusqu’à exiger la fin de l’impunité pour les victimes de la secte Bundu Dia Kongo, le militant des droits de l’homme Floribert Chebeya ainsi que le docteur Denis Mukwege (quelle ironie, lorsq’on sait que le M23 a germé dans une histoire d’impunité ! Pouvait-il évoquer le cas de Bosco Ntaganda et de ses autres officiers soupçonnés de graves crimes internationaux ? Bien sûr que non...). 
-          Sur le plan médiatique : le M23 a fait parler de lui pratiquement dans tous les médias du monde, comme un groupe rebelle qui a pu défaire non pas une armée, mais des armées : les FARDC, de loin supérieurs en nombre et en équipements, la MONUSCO, la lamentable force de “maintien de la paix” des Nations unies, ainsi que de nombreuses milices alliées à l’armée gouvernementale. Durant quinze jours d’affilée, la situation à l’Est de la RDC étaient à la une des médias nationaux et internationaux, et bien sûr les maîtres de la situation, en l’occurence Makenga, Kazarama, Runiga, etc. Je me souviens qu’avant ces événements de Goma, rares sont les juornalistes qui connaissaient le nom de Jean-Marie Runiga Lugerero, ou qui pouvaient le prononcer correctement... Les soldats du M23 ont été présentés, parfois à tort d’ailleurs, comme des militaires “aguerris et disciplinés” comparativement aux pauvres FARDC humiliées par leurs propres autorités (civiles et militaires) irresponsables et inciviques. On peut aussi inscrire sur le registre des succès médiatiques le retrait presque triomphal du M23 des villes de Sake et de Goma : devant les caméras du monde entier, les faux braves soldats étaient amenés vers le nord de Goma, après avoir pris tout leur temps, sans se préoccuper outre mesure des vociférations des dirigeants de la région et du monde. Voilà une rebellion qui accepte gentiment de se plier aux recommandations des dirigeants de la région, et qui, en dépit de sa supériorité militaire évidente, se retire sans contrainte des positions qu’elle a conquise au canon. La symbolique est grande, à mon avis. C’est comme si le M23 disait au monde : “nous pouvons continuer la guerre, nous en avons les moyens et les capacités, mais nous ne la ferons qu’en dernier recours, si l’on refuse de nous entendre et de répondre à nos desiderata”. Le message de Sultani Makenga avant son départ de Goma n’était-il pas que si le gouvernement n’a pas proposé le calendrier des négociations directes endéans 48 heures, ils allaient (le M23) “terminer le travail” qu’ils avaient commencé ! 

Quoiqu’il soit, tout n’a pas été rose non plus pour le M23. Il s’en va (trève unilatérale encore !) avec un nouveau lot d’accusations de pillages, d’extorsions et ‘exactions de toutes sortes, qui ne sont guère du genre à améliorer son image originairement ternie. Mais ce n’est pas la morale qui fait la guerre... Ils seront là, dans les hauteurs de Goma, prêts à redescendre au moindre malentendu, prêts à tout pour maintenir le niveau des enchères. Ceci est d’autant plus à craindre qu’on a en face un gouvernement qui refuse d’accepter la réalité (ou fait semblant dêtre tenace) au lieu de prendre les choses un peu plus au sérieux et d'essayer de sauver ce qui peut encore l'être. Car le M23, lui, ne risque pas de se reposer. Au contraire, il pourrait prendre quelque temps de plus pour réorganiser ses forces, peaufiner ses stratégies, et, qui sait, préparer l'assaut ultime qui pourrait s'arrêter plus loin encore que Goma ou Sake...

La trève est donc là, mais la menace de l'extension de la guerre au-delà du petit carré de Rusthuru n'est pas exclue. Le gouvernement faible sur tous les plans a sur la table des revendications auxquelles elle doit répondre, et sa marge de manoeuvre est quasiment nulle. Or, il y a des choses que les congolais ne sont plus prêts à accepter, comme par exemple la réintégration d'un Sultani Makenga ou un Baudoin Kaina au sein des FARDC. Y a-t-il moyen d'échapper à ce schéma ? Rien n'est moins sûr. 

La CIRGL et la "communauté internationale" continuent pour leur part à perdre le temps dans des dispositions qui sont loin d'aboutir à la solution de la crise. Pour la première (CIRGL), tout le monde - y compris un certain Matata Pomyo - sait qu'elle ne peut pas et ne va pas trouver une solution à cette crise; en tout cas pas une solution de nature à avantager la RDC. Tenez, par exemple, cette histoire de force neutre, d'unités "composites" qui seraient déployées à l'aéropoprt de Goma, etc. Comment veut-on faire vivre ensemble quatre forces aux intérêts et aux mandats opposés sur un même espace d'à peine quelque centaines de mètres carrés ? Est-ce sécurisant pour les usagers de cet aéroport(officiels ou pas) ? Comment veut-on assurer la sécurité d'une ville d'un million d'habitants avec seulement un bataillon de l'armée et de quelques unités de policiers ? (Je fais exprès de ne pas compter la Monusco, car, au-delà des déclarations gratuites de ses responsables au sujet de la "sécurisation des civils", rien n'a changé depuis deux semaines et la chute de la ville sous leur nez, de la mort d'une cinquantaine de civils et des blessures d'une centaine d'autres, en dépit de déclarations similaires).

Quant à la "communauté internationale", il est incompréhensible qu'en plus de son incapacité à engager des moyens humains et militaires susceptibles de mettre un terme au calvaire de millions de Kivutiens (je parle par exemple de revoir le mandat et même la composition de la Monusco, de prendre des sanctions contre l'Ouganda, et surtout contre le Rwanda), elle se limite à faire des recommandations et à prendre des "sanctions" complètement ridicules contre des officiers du M23 : gel des avoirs éventuels, interdiction de voyager contre des personnes pour qui voyager à l'étranger n'est sûrement pas le souci majeur pour le moment, etc. 

Le M23 peut valablement parler, lui, d'un replis stratégique. Pas les FARDC, qui ne sétaient pas retirées, mais s'étaient sauvées ! J'ai envie de demander à Joseph Kabila et son gouvernement : et vous, messieurs, c'est quoi à présent votre stratégie ? 

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Le rapport final du groupe des experts des Nations unies a été finalement publié officiellement (sur le site Internet du Conseil de sécurité) le mercredi 21 novembre 2012. Auparavant, il avait fait l'objet de fuite dans la presse, peu avant l'élection du Rwanda comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

 

Mis en place pour surveiller le respect de l’embargo sur les armes, le Groupe des Experts a été chargé par le Comité des sanctions des Nations Unies, d’enquêter sur l’achat de matériel militaire par les groupes armés opérant en République Démocratique du Congo, sur les réseaux financiers qui y sont associés, ainsi que sur leur participation à l’exploitation et au commerce des ressources naturelles. Le Groupe a aussi pour mandat de collecter des données à ce sujet. 

Le 18 mai 2012, le Groupe a saisi le Comité des sanctions d’un rapport intérimaire; suivi, le 26 juin 2012, d’un additif sur les violations par le Gouvernement rwandais de l’embargo sur les armes et du régime des sanctions. Il a également présenté au Comité la réponse circonstanciée qu’il a apportée aux réfutations que le gouvernement rwandais avait formulées à cet égard. 

Son rapport final, transmis au président du Conseil de sécurité depuis le 12 novembre dernier, mais qui n'a été rendu public qu'au lendemain de la prise de la ville de Goma par le M23 (hasard de calendrier ?) met en évidence le soutien constant et substentiel du Rwanda et de l’Ouganda à la rébellion du M23. En toute logique, l’on devait donc s’attendre à des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies contre toutes les parties mises en cause dans ce rapport. Sauf que la logique n'est pas le fort des Nations unies et de la diplomatie internationale.

La Charte des Nations unies confère au Conseil de sécurité l charge principale du mintien de la paix et de la sécurité internationales. La communauté internationale est de nouveau placée devant ses responsabilités. Elle peut décider, pour une fois, d'anticiper les événements et d'empêcher que le sang des congolais continue de couler; que la sécurité et la stabilité de la RDC et de la région soient assurées. Elle peut aussi, par contre, faire comme elle a toujours fait, et laisser pourrir la situation, pour faire semblant de le regretter plus tard (souvenez-vous du Rwanda, en 1994). Le fait pour elle de continuer à éviter d'évoquer clairement et explicitement le Rwanda (ne serait-ce que cela !) me fait craindre que le monde, en particulier les nations puissantes, ne veulent pas admettre la gravité de ce qui se passe en RDC et agir en conséquence. Lors de la récente réunion du Comité des sanctions, celui-ci s'est contenté de condamner formellement Sultani Makenga, une décision aussi impertinente que ridicule, qui est loin d'influer sur le cours des choses. D'ailleurs, il n'a pas mis deux semaines, après ces soi-disant sanctions, pour marcher sur Goma. Aujourd'hui encore, j'entends avec agacement des personnalités demander au M23 de se retirer de Goma et de "déposer les armes de façon permanente", comme on s'adresserait à un enfant docile. Où est la raison ? Où est donc l'humanité ?

Ci-après, le résumé officiel de ce rapport. (Les mises en évedence sont le fait de l'auteur du blog): 

L’Est de la République démocratique du Congo demeure la proie de dizaines de groupes armés congolais et étrangers. L’instabilité s’est accentuée depuis la mutinerie d’anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et la création subséquente, cette année, du Mouvement du 23 mars (M23). Les rebelles ont, en juillet 2012 et avec une aide considérable de l’étranger, étendu leur emprise sur le territoire de Rutshuru et ils ont récemment profité d’un cessez-le-feu informel pour consolider leurs alliances et pour faire mener par des supplétifs des opérations dans d’autres zones.

Le Gouvernement rwandais continue de violer l’embargo sur les armes; il fournit directement une aide militaire aux rebelles du M23, facilite le recrutement de combattants pour le compte du Mouvement, incite et facilite la désertion de soldats des forces armées congolaises, fournit au M23 des armes, des munitions et des renseignements, et le conseille sur le plan politique. La chaîne de commandement de facto dont fait partie le général Bosco Ntaganda a à sa tête le général James Kabarebe, ministre rwandais de la Défense.

Après la publication de l’additif à son rapport intérimaire (S/2012/348/Add.1), le Groupe s’est entretenu avec le Gouvernement rwandais et a pris en considération sa réponse écrite, mais il juge qu’aucun élément fondamental des constatations qu’il a faites antérieurement ne mérite d’être modifié.

De hauts responsables ougandais ont également prêté appui au M23 : renforts militaires en RDC, livraison d’armes, assistance technique, planification commune, conseils d’ordre politique et appui dans les relations extérieures. Des unités des forces armées ougandaises et des forces armées rwandaises ont conjointement porté appui au M23 lors de la série d’attaques que le Mouvement a lancées en juillet 2012 pour s’emparer des principales villes du Rutshuru et bouter les forces armées congolaises hors du camp de Rumangabo. Les deux États, qui ont toujours défendu la cause des rebelles, ont également coopéré pour favoriser la création et l’expansion de la branche politique du M23. Le M23 et ses alliés comptent six personnes faisant l’objet de sanctions internationales, dont certaines résident en Ouganda ou au Rwanda, ou s’y rendent régulièrement.

Profitant d’une accalmie sur les lignes de front officielles, le M23 a cherché à constituer des coalitions avec d’autres groupes armés dans les deux provinces du Kivu ainsi que dans le district d’Ituri et au Kasaï Occidental. Le colonel Sultani Makenga s’est affirmé comme étant le « coordonnateur » des groupes armés alliés du Mouvement. En août et septembre, il a donné l’ordre aux Raia Mutomboki de lancer des attaques meurtrières motivées par des considérations d’ordre ethnique, qui se sont soldées par l’incendie de plus de 800 habitations et la mort de centaines de civils issus des communautés hutues congolaises de Masisi, dont les milices avaient refusé de s’allier au M23.

L’exploitation et le recrutement d’enfants soldats par des groupes armés, notamment le M23, se sont amplifiés. En particulier, plusieurs commandants du M23 connus pour avoir déjà recruté des enfants ont supervisé le recrutement et la formation de centaines de jeunes garçons et de jeunes filles. En outre, certains commandants du M23 ont ordonné l’exécution sommaire de dizaines de recrues et de prisonniers de guerre.

Les nombreuses tentatives du M23 de forger un front commun avec les groupes armés des ethnies hema et lendu, en Ituri, ainsi qu’avec les Banyamulenge du Sud-Kivu se sont heurtées à une forte résistance. Pour contrer les alliances souhaitées par le M23, le Gouvernement congolais s’est employé à favoriser l’intégration de groupes armés, notamment en Ituri et au Masisi.

Alors que leurs effectifs sont au plus bas, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui continuent cependant à commettre des exactions contre les populations civiles, reçoivent encore moins d’appui de l’extérieur qu’auparavant. Elles s’emploient essentiellement à résister aux attaques des forces armées congolaises et des alliés du M23. Des officiers subalternes des FDLR ont cherché à s’allier avec le gouvernement congolais contre le M23 et certains réseaux criminels des forces armées congolaises continuent de leur vendre des munitions en petites quantités. Cependant, il n’existe pas de preuve d’une coopération stratégique entre les FDLR et le Gouvernement congolais.

En ce qui concerne les groupes rebelles burundais, les Forces nationales de libération (FNL) restent divisées et font appel à des groupes armés congolais sur le terrain, tandis que le Front national pour la révolution au Burundi se dénomme désormais Front du peuple murundi (FPM) et s’est allié au M23 dans le Sud-Kivu.

Les Forces démocratiques alliées (FDA), sous contrôle ougandais, ont renforcé leurs moyens militaires en coopérant avec la mouvance Al-Chabab en Afrique de l’Est.

Les forces armées congolaises continuent d’être la proie de réseaux criminels qui permettent aux officiers supérieurs de s’enrichir par l’emprise sur les ressources naturelles et la contrebande, notamment par le trafic d’ivoire mené par des groupes armés. Le général Gabriel Amisi, chef d’état-major des forces terrestres, contrôle un réseau de distribution de munitions de chasse à des braconniers et des groupes armés, dont les Raia Mutomboki. 

Le désarmement et la gestion des stocks d’armes sont également entravés par la progression de la demande d’armes en rapport avec le M23 : sur le marché des armes légères, les prix ont été multipliés par quatre.

L’application des directives du Gouvernement congolais enjoignant aux exportateurs de minerai d’exercer leur devoir de diligence conformément aux lignes directrices de l’ONU et de l’Organisation de coopération et de développement économiques a quasiment mis un terme aux exportations d’étain, de tantale et de tungstène en provenance de l’est de la RDC; seules les exportations en provenance du nord du Katanga, où l’origine des minerais est certifiée depuis 2011, se poursuivent.

La contrebande vers le Rwanda et le Burundi est en progression. La crédibilité du système rwandais de certification des minerais est menacée par le blanchiment de produits miniers congolais, les certificats d’origine étant couramment vendus par les coopératives minières. Plusieurs négociants ont financé le M23 au moyen des bénéfices qu’ils tirent de la contrebande de minerais d’origine congolaise au Rwanda. Alors que la production de minerai d’étain a régressé dans les Kivus, celle de minerai de tantale et de tungstène se poursuit malgré la certification exigée par la communauté internationale, ces deux produits étant plus faciles à exporter en contrebande. Les exportations rwandaises de tantale et de tungstène ont donc progressé d’autant en 2012, tandis que celles d’étain ont reculé.

La baisse des cours et le recul de la production ont eu, dans certains bassins miniers, des incidences préjudiciables sur le plan socioéconomique. Toutefois, de nouveaux débouchés sont apparus là où ces bassins se sont adaptés à d’autres secteurs de l’économie. La sécurité s’est améliorée dans la plupart des grands bassins d’extraction de l’étain et du tantale, de sorte que le financement des conflits s’y est amenuisé, et la surveillance ainsi que les contrôles exercés par les autorités civiles et les organisations non gouvernementales s’y sont approfondis.

Les groupes armés, les réseaux criminels des forces armées congolaises et les mineurs se déplacent aisément vers les bassins aurifères, où le devoir de diligence n’a pas eu d’incidences sur les échanges. Le minerai d’or extrait dans l’Est de la RDC est en quasi-totalité exporté en contrebande; quelques grands négociants de Kampala et de Bujumbura en réexportent ainsi plusieurs tonnes par an, qui représentent des centaines de millions de dollars des États-Unis. La plus grande partie de l’or d’origine congolaise qui se retrouve dans les Émirats arabes unis est fondu et revendu à des bijoutiers. Le gel des avoirs imposé par le Conseil de sécurité n’a en rien entravé les opérations de l’ancien propriétaire de l’entreprise Machanga Ltd.; en effet, bien que visé par les sanctions, il continue d’exporter sa marchandise par le biais de sociétés-écrans, et à transférer d’importantes sommes d’argent à ses fournisseurs en RDC.

L'intégralité de ce rapport peut être trouvé sur le site internet du Conseil de sécurité : http://www.un.org/sc 

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Depuis plus de trois mois, la nouvelle rébellion du M23 défraie la chronique en RDC, et la situation entraînée par ce mouvement a des répercussions sur le plan régional et international.Tout le monde sait que l’appellation « Mouvement du 23 mars » ou « M23 » fait référence à l’Accord du 23 mars 2009 dont le Colonel Sultani Makenga (officiellement à la tête de ce mouvement) et sa troupe réclament l’application, mais très peu de gens connaissent le contenu de ce fameux Accord.Au moment où le gouvernement congolais envisage sérieusement de procéder à l’évaluation de la mise en œuvre de cet Accord sous l’égide de la communauté internationale, j’ai pensé qu’il ne serait pas inutile de proposer une sorte de résumé de l’Accord, avec quelques observations personnelles mais objectives sur certains engagements des parties Gouvernement et CNDP.La compréhension de cet Accord est préalable à celle de la problématique que pose actuellement le M23, au-delà des considérations de l’ordre de la politique internationale qui ne définissent pas forcément les vraies pistes dans une région comme celle des Grands Lacs. La question à laquelle je tente de répondre est simple : le gouvernement de la RDC et le CNDP ont-ils respecté chacun ses engagements contenus dans cet Accord ? Dans quelle mesure ?Genèse de l’Accord du 23 marsL’Accord de paix entre le gouvernement de la RDC et le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) a été signé à Goma, le 23 mars 2009. Il est le résultat de longues et âpres négociations menées tour à tour à Naïrobi et à Goma, et le point d’orgue de plus de deux ans de guerre au Sud-Kivu, puis au Nord-Kivu ; une guerre menée par le général Tutsi congolais Laurent Nkunda, au départ pour « protéger » son groupe ethnique « menacé par la présence des rebelles Hutu rwandais sur le sol congolais ».Cet Accord a été signé sous la double facilitation de Monsieur Olusegun Obasanjo, Envoyé spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies pour les Grands Lacs, et Monsieur Benjamin William Mkapa, pour le compte de l’Union africaine et de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs. Les deux personnalités qui sont respectivement les ex Présidents de la République fédérale du Nigéria et de la République Unie de Tanzanie, ont apposé leurs signatures sur le document en tant que témoins, et ont constitué le « Comité international de suivi » de la mise en œuvre dudit Accord.L'intégralité de cet Accord peut être trouvé à l'adresse ci-après : http://afrikarabia2.blogs.courrierinternational.com/media/02/01/2360797318.pdfPortée de l’Accord du 23 marsL’Accord de paix de Goma comporte 16 articles articulés autour des principaux points suivants :- La « transformation du CNDP » (article 1er) ;- La libération des prisonniers politiques [sous-entendu du CNDP] (article 2) ;- La promulgation d’une loi d’amnistie couvrant la période allant de juin 2003 ;- La mise en place d’un mécanisme national de réconciliation (article 4) et des Comités locaux de conciliation (article 5) ;- La création d’une « police de proximité » ;- L’érection du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en « zones sinistrées » ;- La réforme de l’armée et des services de sécurité (article 10).- Le retour des réfugiés et des déplacés internes ;D’autres questions concernent notamment la réhabilitation des députés provinciaux proches du CNDP qui avaient été invalidés, la réinsertion des cadres administratifs ayant adhéré au CNDP, la restitution des biens spoliés aux personnes physiques ou à des entreprises, l’accélération du processus de libéralisation des entreprises publiques, la prise en charge par le gouvernement des blessés de guerre, des veuves et orphelins des ex éléments du CNDP, de la mise en place de mécanismes efficaces de bonne gouvernance y compris celui de la certification, de l’exploitation, de l’évaluation et du contrôle des ressources naturelles ; etc.Il est important de noter que dans le préambule, les deux parties réaffirment bien le caractère intangible et inaliénable des principes fondamentaux de la Constitution de la République, particulièrement ceux relatifs :- A la souveraineté nationale ;- A l'intégrité territoriale ;- A l'inviolabilité des frontières nationales, conformément au tracé en vigueur au 30 juin 1960 ;- Aux droits humains, libertés fondamentales et devoirs du citoyen et de l'Etat ;- Au caractère républicain et apolitique des forces armées et de la police nationale.Analyse-évaluation de quelques points importants de cet Accord1) La « transformation du CNDP ». Le CNDP s’engageait (article 1er) :a. A intégrer ses éléments de police et ses unités armées respectivement dans la Police Nationale Congolaise et les Forces Armées de la République Démocratique du Congo ;b. A se muer en parti politique et à remplir les formalités légalement requises à cette fin ;c. A poursuivre dorénavant la quête de solutions à ses préoccupations par des voies strictement politiques et dans le respect de l'ordre institutionnel et des lois de la République.Pour cela, le gouvernement s’engageait à son tour à traiter « avec célérité » la demande d’agrément du CNDP comme parti politique. Ce qui semble avoir été fait, car le CNDP est devenu parti politique la même année 2009.Les deux parties ont aussi accepté le principe de la participation du CNDP dans la vie politique du pays (ce qui d’ailleurs n’a rien de spécial pour un parti politique), et convenu que les modalités de cette participation seraient fixées d’un commun accord. A moins qu’il y ait des clauses non écrites, il n’est pas question pour le gouvernement d’octroyer un nombre quelconque de postes au CNDP.L’on se souvient qu’en 2010, le CNDP avait rejoint l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (plate-forme qui soutenait à l’époque le Président Kabila, et qui est devenue plus tard la « Majorité Présidentielle »), et que le CNDP en est resté membre jusqu’à son récent retrait au mois de mai 2012. En novembre 2011, lors des élections, le CNDP a battu campagne pour le Président Kabila. Auparavant, certains de ses membres (civils) avaient obtenu des postes importants au sein des institutions nationales et provinciales.2) La libération des prisonniers politiques [sous-entendu du CNDP] (article 2): dans un premier temps, le CNDP devait fournir au gouvernement la liste de ces prisonniers. Ensuite, le gouvernement devait les libérer et les reconduire jusque dans leurs lieux d’habitation.Jusqu'à l'insurrection du mois d'avril, aucun prisonnier politique du CNDP n'était connu.3) La promulgation d’une loi d’amnistie couvrant la période de juin 2003 (début de l’insurrection du CNDP) jusqu’à la date de la promulgation elle-même (article 3), « en vue de faciliter la réconciliation nationale ».Cette loi d’amnistie des « faits de guerre et insurrectionnels commis dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu » entre janvier 2003 et mai 2009, a bel et bien été adoptée le 5 mai 2009 par le Parlement, et promulguée deux jours plus tard. Il faut noter que même avant la promulgation de cette loi, une circulaire du Ministre de la Justice prise le 9 février 2009 ordonnait déjà l’arrêt de toutes les poursuites et enquêtes qui impliquaient les membres du CNDP, notamment. L’amnistie fut accordée à « tous les Congolais résident sur le territoire de la RDC ou à l’étranger », mais elle excluait les crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.A notre connaissance, aucun membre du CNDP n’a été poursuivi pour les faits objet de cette loi, malgré le fait qu’elle avait été à l’époque très critiquée par les organisations de défense des droits de l’homme et de la justice, comme le CIJT (Centre International pour la Justice Transitionnelle), qui la trouvaient trop ouverte, notamment parce qu’elle retenait comme faits de guerre des crimes sexuels qui n’étaient pas susceptibles de rentrer dans la catégorie des crimes internationaux. Pire, même les crimes internationaux reprochés aux membres du CNDP et bien documentés par l’ONU et les ONG n’ont pas (encore !) fait l’objet de poursuites de la part de la Justice congolaise, un peu comme s’ils avaient été amnistiés eux aussi.4) La mise en place d’un mécanisme national de réconciliation (article 4)et des Comités locaux de conciliation (article 5): il était prévu dans l’Accord du 23 mars 2009 que le gouvernement congolais crée une structure ministérielle responsable à la fois de la sécurité intérieure, des affaires locales et de la réconciliation. A défaut, il devait créer un Ministère spécifique ayant toutes ces matières dans ses attributions.Il nous semble que ce mécanisme n’a pas été mis en place. Cependant, le gouvernement a honoré quant à ce qui est des « Comités locaux permanents de conciliation ». Au Nord-Kivu, ces Comités dont la raison d’être est de pallier à la carence en matière de prévention et de résolution extra judiciaire de conflits sont opérationnels depuis plus de huit mois, même s’il n’est pas aisé d’évaluer leur impact.5) La création d’une « police de proximité »: cette sorte de « local defense » connue dans certains pays anglophones africains (dont le Rwanda et l’Ouganda !) devait être une branche de la police nationale congolaise « à l’écoute et au service du peuple à la base ».Jusqu’à ce jour, elle n’a pas encore été mise en place. Néanmoins, les éléments de police du CNDP ont été intégrés dans la PNC, et constituaient, jusqu’à l’éclatement des hostilités au mois de mars dernier, l’essentiel des forces de police déployées dans l’ancien pré-carré cndpien, à savoir les territoires de Masisi et de Rutshuru.Le retour des réfugiés et des déplacés internes (article 6) : le Gouvernement s'est engagé à relancer « dans les plus brefs délais », les Commissions tripartites relatives aux réfugiés congolais se trouvant dans les pays voisins et à initier des actions de réhabilitation nécessaires à leur réinsertion. Les deux parties s'accordaient également à « inciter et à faciliter le retour des déplacés internes ». Le gouvernement et le CNDP avaient même pris le soin d’indiquer dans l’Accord une série de modalités pratiques successives pour la réalisation de cet engagement : identification, étude de localisation, viabilisation des zones de retour (sécurité, infrastructures, eau,…), réinsertion totale.Il semble que ce point soit, avec celui concerne le démantèlement des rebelles rwandais, la bête noire du gouvernement congolais. Depuis 2009, très peu de réfugiés congolais sont retournés des pays frontaliers de l’Est de la RDC, et notamment du Rwanda où ils seraient plus de cinquante mille (majoritairement Tutsis). Les commissions tripartites ont été relancées, mais le résultat de leur travail laisse beaucoup à désirer. Les mécanismes d’identification, de localisation, de viabilisation des zones de retour n’ont pas fonctionné.Dans le territoire de Masisi et, dans une moindre mesure, celui de Rutshuru, l’insécurité entretenue notamment par les FDLR et des groupes armés congolais a continué de constituer le principal obstacle au retour des réfugiés et des déplacés. Les réticences de certaines communautés congolaises à ces retours n’ont pas facilité les choses, et le gouvernement n’a pas fait grand-chose en termes de sensibilisation pour assainir les esprits. De leur côté, les membres du CNDP ont continué d’adopter des attitudes négatives qui ont dû entretenir ou renforcer la haine à leur égard et à l’égard de la communauté Tutsi à laquelle ils sont généralement identifiés.6) L’érection du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en « zones sinistrées » : le gouvernement a pris l’engagement de mettre en œuvre des projets intégrateurs et des projets de développement à haute intensité de main-d’œuvre, de manière à absorber main-d’œuvre que rendra disponible la démobilisation, le retour des déplacés internes et celui des réfugiés, en commençant par les territoires les plus affectés.Cet engagement n’a pas été honoré par le gouvernement. Mais je pense qu’il faut inscrire ce manquement au même registre que celui de la gouvernance du pays en général, car sur le plan humanitaire et social Masisi et Rutshuru ne sont pas forcément dans la pire des situations comparativement aux autres territoires du Nord-Kivu, ou même aux autres parties du pays.7) La réforme de l’armée et des services de sécurité (article 10) : de l’avis commun des deux parties, cette réforme devait être une priorité. Le CNDP avait proposé des orientations stratégiques quant à ce, et le gouvernement avait promis d’en tenir compte.Quelques actions positives ont été posées dans ce sens, en particulier en ce qui concerne l’armée et la police, mais cela n’a pas été assez. La preuve c’est que cette armée et ces services de sécurité semblent avoir été incapables d’anticiper les événements actuels ; qu’ils demeurent incapables de mettre fin à ce qui au début était présenté comme un « simple mouvement d’humeur de militaires indisciplinés » ou une « simple mutinerie », au point de faire appel à une force internationale.ConclusionIl y a lieu de constater de ce qui précède que le gouvernement congolais a tenu la plupart de ses engagements (dans l’ordre de 60 à 70 %) : reconnaissance du CNDP comme parti politique ; participation de ce dernier dans la vie politique ; reconnaissance des grades de la plupart des militaires et policiers issus du CNDP et leur intégration dans l’armée et la police nationales ; promulgation de la loi d’amnistie ; mise en place des comités locaux permanents de conciliation, …La grande partie des engagements auxquels il a manqué font partie d’un ensemble plus global qui est loin de concerner les seuls membres ou ex membres de la rébellion du CNDP. Exemple : le salaire et les conditions de vie des militaires et des policiers ainsi que leur dépendance ; le retour des réfugiés qui se trouvent dans les pays limitrophes (le cas des réfugiés qui se trouvent au Rwanda n’est pas très particulier si l’on regarde les Congolais réfugiés en Angola, au Congo-Brazaville, en Tanzanie ou ailleurs, et la majorité des déplacés internes sont quand même rentrés) ; la réforme de l’armée et des services de sécurité ; le démantèlement des FDLR et autres groupes armés ; …Par ailleurs, même si cela n’était pas écrit, le Président Kabila a protégé contre vents et marrées le général Bosco Ntaganda contre qui existait un mandat d’arrêt international, et Dieu sait la pression et les critiques que cela lui a values. Cela a bon lui jouer des tours aujourd’hui, à chaque fois que la question lui était posée il affirmait privilégier la paix à la justice. Ça me déplaît, c’est vrai, mais j’avoue que c’est de sa part un signe de loyauté envers celui qui avait facilité cet Accord…Pour sa part, le CNDP a violé nombreux de ses engagements, notamment en entretenant parfois des administrations parallèles ; en échouant de couper le cordon entre le CNDP-parti-politique et le CNDP-mouvement-politico-militaire ; en encourageant ses « ex » militaires à refuser d’être affectés dans d’autres régions du pays ; en ne privilégiant pas la voie pacifique pour amener le gouvernement à respecter ses engagements ; etc.Enfin, à supposer même que cet Accord n’ait pas été respecté par la partie gouvernementale, l’on peut se poser la question de savoir si Sultani Makenga et son M23 sont fondés à en réclamer l’application aux lieu et place du CNDP qui est, à cet égard, l’unique interlocuteur du gouvernement ! D’un point de vue strictement juridique, la réponse est NON. Le M23 en tant que mouvement est étranger à cet Accord. Bien plus, à ma connaissance, le CNDP n’a jamais publiquement réclamé du gouvernement le respect de ses engagements, au point d’initier une insurrection pour ce faire, encore qu’il s’était engagé « à poursuivre dorénavant la quête de solutions à ses préoccupations par des voies strictement politiques et dans le respect de l'ordre institutionnel et des lois de la République ». La communauté internationale qui a facilité cet Accord aurait été alertée et prise à témoin en vue d’amener le gouvernement à se raviser.Il me semble donc qu’au-delà de tout ce qui est dit, la montée de la pression au sujet de l’arrestation de Monsieur Bosco Ntaganda a été le catalyseur de cette nouvelle rébellion. Les raisons pour la justifier se sont façonnées au fur et à mesure que la position de Monsieur Kabila au sujet de l’arrestation de Ntaganda se précisait, et le nom magique est tombé : M23 ! Puis la maladresse des FARDC et la fébrilité des autorités congolaises ont fini de convaincre le CNDP et ses hommes du Congo ou d’ailleurs que c’était peut-être le moment de monter de nouvelles surenchères … et ils sont peut-être entrain de réussir leur pari.
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« L’événement est assez rare pour être remarqué : Joseph Kabila s’est confié à la presse ce dimanche à Kinshasa. Entre autres points abordés lors de cette conférence de presse : le très controversé sommet de la Francophonie prévu à Kinshasa au mois d’octobre ainsi que l’épineuse question de la rébellion du M23 qui sévit à l’Est de la République Démocratique du Congo ». C’est en ces termes que la plupart des médias internationaux ont rapporté l’intervention du Chef de l’Etat rd-congolais dimanche soir à Kinshasa, point de presse qui a été relayé par la radio et la télévision nationales. 
C’est vrai que le Président Kabila s’adresse rarement à la presse. Ses collaborateurs justifient cette attitude en le présentant comme un homme qui pense et fait plus qu’il ne parle ; ce qu’ils disent être un signe de sagesse et de grandeur. Lui-même a d’ailleurs emprunté (ou inventé !) un adage selon lequel l’on serait « maître de son silence, et esclave de sa parole ». Ses détracteurs pensent au contraire qu’il parle rarement parce qu’il a rarement des choses pertinentes à dire, ou parce qu’il préfère entretenir une sorte de confusion permanente sur sa vraie personnalité, ou parce qu’il a rarement des réponses convaincantes aux défis que pose la vie de la Nation congolaise...   
Trêve de polémique sur les interprétations de l’attitude du Chef de l’Etat… L’essentiel ici c’est que certains Congolais ont dû se frotter les mains à l’annonce de cette conférence de presse. A Goma – ville quasiment assiégée, qui vit heure après heure dans la psychose et l’incertitude – les plus crédules attendaient beaucoup la position du Président de la République sur la sinistre guerre du « M23 » qui déchire à nouveau le Nord-Kivu, et qui a déjà (re)mis sur la route des milliers de congolais ; ils attendaient surtout la solution qu’il préconiserait, après les nombreuses déboires des FARDC sur le front, les rencontres d’Addis-Abeba, et le positionnement on ne peut plus clair de son gouvernement au sujet de l’implication du Rwanda dans cette guerre.
On n’a pas besoin de procéder à un sondage d’opinions pour savoir ce qu’était le sentiment des Congolais après la conférence du Président de la République : je peux parier qu’ils ne sont pas nombreux ceux qui ont trouvé quelque pertinence à cette intervention qui était tout sauf  un événement, hormis bien sûr les flatteurs et les opportunistes qui bénéficient d’une manière ou d’une autre du « système Kabila ». Suivez mon regard…
Vous parlez d’option ? Vous plaisantez !
Joseph Kabila préconise « soit l’option diplomatique, soit l’option politique, soit l’option militaire, soit les trois à la fois ». Interdiction formelle de s’exclamer, le Président de la République a parlé. Eh oui ! Il a parlé, et si les Congolais font semblant de ne pas comprendre, c’est bien leur problème…
Non, sérieusement : ou bien Kabila a une option, ou bien il n’en a pas du tout. Je pense qu’il n’en a pas, et à ce sujet, son silence était infiniment plus précieux… 
Je m’explique : 
Primo,il y a de l’indétermination dans son propos. Les trois « options » avancées sont les seules voies possibles pour résoudre un conflit comme celui créé actuellement par le M23 au Nord-Kivu (à moins de considérer l’intersession et la prière comme une option,  « spirituelle » celle-là !). Le Président Kabila n’a pas pris position pour dire clairement aux Congolais laquelle des trois options il préconisait. Pour lui, c’est soit la première, soit la deuxième, soit la troisième, soit les trois à la fois. N’est-ce pas un exemple patent de tâtonnement, de manque de position…pour ne pas dire d’absurdité sur un sujet aussi important, qui touche en même temps la souveraineté nationale et la vie de millions de citoyens. Comment Joseph Kabila, que l’encyclopédie Encarta présente comme « un esprit aiguisé » peut-il être aussi ambigu et superflu ? 
Secundo, la voie politique signifie faire des pourparlers, négocier, en vue de trouver un compromis qui permette de mettre fin aux hostilités. Ce qui sous-entend que le gouvernement serait prêt à répondre aux revendications du M23, ne serait-ce qu’en partie. Or, les autorités gouvernementales n’ont de cesse à déclarer qu’ils ne négocieront pas avec le M23. En même temps, elles se disent favorables à l’idée d’une évaluation de l’Accord du 23 mars, « sous l’égide de la communauté internationale » ; évaluation qui n’a aucune raison d’être si elle ne doit pas aboutir à un compromis sur base du bilan que les deux parties auront fait de l’application de ce fameux accord. En clair, ce n’est pas seulement Joseph Kabila qui ne sait pas ce qu’il veut ni ce qu’il faut, mais bien l’ensemble de son gouvernement. 
Quant à l’option diplomatique, je me demande bien ce que le Président Kabila entend par là : est-ce les démarches pour obtenir de la communauté internationale la condamnation du Rwanda ou la prise de sanctions économiques à son encontre ? Je ne vois pas en quoi ceci peut constituer une solution durable à ce problème récurrent d'insurrections et de rébellions à l'Est de la RDC. Non seulement le Rwanda continue de nier son implication dans cette guerre (et le rapport du panel de l’ONU pourrait être revu d’ici le mois de novembre après les observations formulées par les autorités rwandaises), mais aussi la décision prise ces derniers jours par un certain nombre de pays occidentaux de suspendre leur aide au Rwanda ne semble pas avoir dissuadé le M23 de progresser sur le front au Nord-Kivu. Au contraire, ce mouvement continue de gagner du terrain. Bien plus, comment accuser une certaine communauté internationale d’être l’instigatrice d’un certain complot visant à balkaniser la RDC ou à piller ses ressources, et en même temps croire qu’elle pourrait apporter une solution à ce conflit ? C’est une attitude paradoxale, irraisonnable et incohérente qui prouve bien que les autorités congolaises n’ont pas ne maîtrisent pas leur politique, ou alors qu’elles connaissent les véritables enjeux de cette guerre, mais qu’elles préfèrent jouer à la diversion.   
L’option militaire qui était privilégiée depuis le début a montré ses limites. Malgré le déploiement à Rutshuru des unités « bien formées » par des instructeurs étrangers, les FARDC ont subi plusieurs revers et abandonné aux mains du M23 de nombreuses armes et munitions. On en est au point où la MONUSCO met publiquement en cause la capacité des FARDC à défendre la ville de Goma au cas où le M23 décidait de l’attaquer. Joseph Kabila ne peut donc compter ni sur son armée, ni sur la MONUSCO (dont la présence à Bunagana et à Rutshuru n’a pas empêché les mutins de s’emparer de ces cités stratégiques), et encore moins sur la fameuse « force internationale neutre », dont la mise en place et le déploiement sont incertains, du moins dans l’immédiat. 
En fin de compte, on est dans l’impasse, et le Président de la République ne semble pas avoir la solution. Joseph Kabila et son gouvernement savent qu’ils finiront par négocier avec le M23, en dépit de toutes les incongruités qui vont avec cette perspective. Ont-ils le choix ? Je ne pense pas. La négociation est pour le moment la seule option réaliste à prendre. Sauf que comme en 2009, ils sont en position de faiblesse et devront se soumettre à tous les caprices des rebelles. Le malheur c’est que dans ces conditions le gouvernement congolais accepte toujours tout pour donner un sursis à la menace, ce qui entretient le cercle vicieux des rébellions et des insurrections. 
Manque de modestie de la part du gouvernement congolais 
L’opinion congolaise est lasse de négociations, de pourparlers, d’accords, et de ces éternels recommencements. Elle aimerait voir son gouvernement répondre de manière forte à cette mutinerie – ou à cette agression, peu importe l’appellation – et y mettre définitivement fin. A un moment, le gouvernement a fait croire qu’il tenait lui aussi à cette option forte, et qu’il en avait la capacité. Ce manque de modestie empêche les autorités à dire clairement qu’elles n’ont pas d’autre choix que de négocier avec le M23. D’où la sortie en fin de semaine dernière du gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, qui s’est appuyé sur la déclaration du Coordonnateur de la société civile du Nord-Kivu pour affirmer que le gouvernement était favorable à l’idée d’évaluer l’accord du 23 mars 2009, « sous l’égide de la communauté internationale ».
Hélas, la déclaration du prétendu Président de la société civile ne reflète pas l’opinion majoritaire de la population du Nord-Kivu (il a d’ailleurs été rapidement contredit par son collègue de la société civile de Beni/Butembo, et sa sortie a été très mal accueillie par la majorité de l’élite intellectuelle de la province). Visiblement, cette idée d’une évaluation est récupérée par les autorités de Kinshasa en vue de couvrir l’opprobre que suscitera immanquablement leur revirement de l’option forte à la solution négociée. Elles voudraient bien faire endosser l’initiative des négociations à un tiers, en l’occurrence la société civile. 
Mais si tout ça n’était que de la diversion ? 
Le Président Kabila n’a pas intérêt à négocier. D’ailleurs, que va-t-il offrir d’autre qu’il n’a pas offert au CNDP en 2009 ? Réintégrer Makenga et sa troupe au sein des FARDC ? Remettre en cause sa propre réélection en s’engageant à faire connaître « la vérité des urnes » comme le réclame le M23 ? La population est tellement lassée de ces guerres à répétition et de la manière dont le gouvernement  les gère, qu’il y a lieu de penser que de nouvelles négociations pourraient ne pas emporter son adhésion. 
Par ailleurs, il y a cette histoire de « complot de la balkanisation de la RDC » qui existe peut-être réellement. La désorganisation et les dysfonctionnements des FARDC dont Kinshasa semble ne pas se préoccuper comme il se devait, préférant s’adonner à de fallacieux jeux diplomatiques et politiques, laisse penser que certaines personnalités politiques et militaires à la tête même de l’Etat ont d’autres agendas. Auquel cas tout ce folklore ne servirait qu’à gagner le temps, soit pour permettre de réajuster les manettes, soit pour donner l’illusion d’une bonne foi et d’un sincère engagement à mettre fin à la guerre de la part des autorités qui en sont à la fois les instigateurs. L’exemple-type des pompiers-pyromanes…
En tout cas, à l’allure où vont les choses, je commence à douter sérieusement de la volonté du Président Kabila et son gouvernement de mettre fin à l’aventure (ou au projet ?) du M23 et de ses commanditaires supposés. De là à penser qu’ils seraient complices de tout ce qui se trame, au détriment de la RDC et de ses paisibles citoyens, il y a un pas que je n’ose pas (encore) franchir.
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