Publications de Jean Elie Paul (6)

99 ans après l’occupation américaine (28 juillet 1915-28 juillet 2014), les séquelles planent encore sur le pays (28 juillet 1915-28 juillet 2014), 99 ans depuis que les militaires américains ont débarqué dans le pays pour la première fois dans la perspective d’assurer une domination à cause de la situation chaotique, émanant de la conjoncture politique du pays.

Une date marquante que les haïtiens ne doivent pas oublier. Surtout à cause des humiliations, des crimes, des vols et des destructions de biens que les forces de l’occupation ont infligé au peuple haïtien pendant 19 ans. Les séquelles des scènes de pillage et de répression restent encore béantes en raison du marasme économique dans lequel végète une bonne partie de la population, qui survit tant bien que mal face aux épreuves de la vie. Les historiens sont d’avis que la troisième colonisation du pays, démarré en 2004, est le prolongement de la première colonisation ainsi que la deuxième.

Bien qu’en 1934 les militaires américains avaient laissé le pays physiquement, mais il semble que leurs tentacules planent encore sur le pays, ce qui leur permettent de contrôler tous les espaces stratégiques dans le système politique du pays. Une initiative qui sera légitimée par des fossoyeurs d’Haïti, qui vont jusqu’à solliciter l’intervention militaire dans le pays, et ont même signé l’accord au mois de juin 2004, moins de quelques mois après la célébration de notre 200eme anniversaire d’indépendance. Justifiant ainsi, le débarquement des soldats de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah). Ces fossoyeurs ont autorisé le renouvellement des forces de la Minustah chaque année. D’ailleurs, le président d’Haïti, Joseph Michel Martelly, s’estime être à l’abri des coups d’État grâce au soutien de la communauté internationale et à la présence des militaires étrangers déployés dans le cadre de la mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah).

« Aujourd’hui, il y a cette force de maintien de l’ordre qui est là, cette force des Nations Unies, la communauté internationale qui veille sur Haïti et qui a déjà reconnu notre engagement, notre volonté de bien faire ce combat contre la corruption, et qui supporte la démocratie qui s’installe en Haïti ... », avait déclaré le chef de l’État haïtien dans une interview à France 24, une chaîne de télévision française.

Contexte historique de l’occupation

Un siècle après son indépendance, Haïti était caractérisé par un profond déséquilibre social et une économie stagnante. Sa production ne subissait aucune augmentation, sa couche populaire croupissait de misère et son administration publique était dans une situation assez chaotique.

En réalité, le pays ne connaissait ni stabilité ni progrès. Cet état de crise stagnant en Haïti, suscitait de grandes réflexions chez les plus illustres intellectuels de l’époque, tels que Demesvar Delorme et Edmond Paul.

Cette situation sera interprétée de façon malveillante par des étrangers, particulièrement des racistes américains qui n’ont jamais pardonné aux haïtiens d’avoir fondé la première République Noire au monde. Ils soulevaient souvent la question de l’incapacité de la race noire à se gouverner, et avait maintenant pris Haïti comme exemple.

Face à ces troubles sociales, à l’incapacité des autorités haïtiennes de maintenir l’ordre, et face au marasme économique, de nouvelles forces surgissent pour affermir leur domination maquillée et imposer certains changements qui permettraient au pays de trouver sa voie. Un facteur externe s’interposera à la population haïtienne en quête de son destin, c’est l’occupation américaine.

L’occupation américaine

En 1915, les Etats-Unis déploient des forces militaires, pour contrôler Haïti, cette république rebelle proche de leurs plantations du Sud. Mais, quelles sont les causes qui les ont poussés à prendre une telle décision ? 1) Les causes de l’occupation D’ordre politique a). La politique d’expansion économique américaine Les Etats-Unis avaient accumulé d’immenses richesses agricoles suite à la marche vers l’Ouest. Les obstacles esclavagistes et précapitalistes ayant été détruits dans le sud par la guerre de Sécession (Civil War) de 1861-1865.

Son commerce a connu une expansion spectaculaire, et la consommation interne augmenta. La multiplication des chemins de fer encouragea le développement de l’industrie. Les Etats-Unis passèrent d’un pays agricole, à un pays industriel. Du développement industriel découlera des progrès économiques, caractéristiques de l’avènement de l’impérialisme : fusion du capital bancaire et industriel, concentration et exportation de capitaux, naissance accélérer de Trust.

A partir de la fin du XIXe siècle, les intérêts des américains poussèrent le gouvernement à intervenir directement dans les affaires des pays convoités. Ainsi, depuis la déclaration du président Monroe adressée au Congrès de son pays en 1823, les Américains s’étaient spécialisés à envahir soit le Mexique pour lui dérober de grandes parties de son territoire et de ses richesses naturelles soit les pays de l’Amérique Centrale et des Caraïbes comme le Nicaragua, la République Dominicaine. L’amendement Platt de 1901 qui a concédé à l’État américain la baie de Guantanamo à Cuba n’est pas étrangère à Monroe.

Celui-ci a développé sa doctrine vulgarisée sous le nom de Doctrine de Monroe en interdisant aux Européens de faire de nouvelles conquêtes dans les Amériques tout en s’abstenant de s’ingérer dans leurs affaires. C’était tacitement un premier partage du monde avant le traité de Yalta en 1945 qui régala les occidentaux de l’Afrique et l’Union soviétique sous la baguette de Staline de l’est de l’Europe. Après cette guerre, ils s’affichèrent sur la scène mondiale comme première grande puissance économique prête à forcer les pays de la vielle Europe à partager avec eux le monde (2).

b). L’intervention de l’armée dans la Caraïbe

La Caraïbe et l’Amérique Latine avaient une place de choix dans cette stratégie de conquête. Cette partie de l’Amérique était convoitée par les dirigeants du Nord pour ses terres tropicales, riches et fertiles, sa proximité géographique et sa position face au Canal de Panama. Pousser par la doctrine de Monroe, les Etats-Unis exercèrent la politique de police internationale. Leur première intervention eut lieu en 1901, au Nicaragua, la seconde eut lieu en Colombie en 1903, en 1905, ce fut le tour de la République Dominicaine. Cette politique des américains, ne visait qu’à protéger et à étendre leurs intérêts économiques dans toute la région.

2- D’ordre économique

a) La diplomatie du dollar Les commerçants américains ayant des intérêts en Haïti, dans des diverses pétitions dirigées au Département d’Etat, rêvaient de contrôler les douanes. Ils auraient en mains l’économie du pays, une fois qu’ils étaient maitres de la banque et de la douane, ce qui coïncidait avec la politique américaine de la fin du XIXe siècle en Haïti.

Le 1er juillet 1914, le président américain, le démocrate Woodrow Wilson président désigna un conseil américain doté d’un pouvoir très étendu, après avoir approuvé un projet de traité pour le contrôle des douanes haïtiennes. Il voulait l’accord du président Emmanuel Oreste Zamor (1861–1915) par tous les moyens possibles.

Celui-ci refusa dans un premier temps, puis demanda la protection américaine pour garder son pouvoir, menacé par la conjoncture difficile créée par l’insurrection conduit par Davilmar Théodore, dans le Nord. Protection qu’il n’eut pas, puisque Théodore avait déjà complément battu ses forces. Au nouveau gouvernement, ils firent les mêmes propositions.

Davilmar Théodore, refusa de même, mais proposa de concéder des avantages commerciaux et industriels aux citoyens américains et de leur accorder des concessions minières. Ce que le gouvernement américain refusa. Après ces échecs successifs, le département d’Etat décida de changer de tactique. Il abandonna la voie diplomatique pour procéder à l’intervention directe.

b). Nationale Raibroad Co.

La compagnie Nationale de chemin de fer, fut vendue le 19 juillet 1904 par l’haïtien Rodolphe Gardère à quelques capitalistes américains. Un contrat fut signé le 5 aout 1910 entre le gouvernement haïtien et le national Raibroad Co.

Après maintes tentatives de réorganisation. Il prévoyait la fusion en un seul système des deux lignes incomplètes : Port-au-Prince vers Cap-Haitien et Gonaïves vers Hinche. Mac Donald, le responsable du contrat, recevait la concession de 20 kilomètres de terre, pour une durée de 50 ans, de chaque côté de la voie ferrée. Il s’adonnait à l’exploitation et à l’exportation de la banane et jouissait de la franchise douanière.

Il émit des bons de 20 mille dollars par kilomètre de voie ferrée, avec un intérêt de 60% garantie par le gouvernement, qui s’élèveront en 1913 à 35 millions de dollars. Des opérations de la société Mac Donald, découle un gaspillage scandaleux et les hommes d’affaires nord-américains, ne remplirent pas leurs engagements.

Devant l’incapacité administrative du concessionnaire, le gouvernement haïtien fit connaitre son intention de résilier le contrat. Et, le gouvernement américain, en la personne du secrétaire d’Etat Bryan, informa que jamais il n’acceptera une telle mesure. Le gouvernement haïtien impuissant se soumet.

b) La Banque Nationale Pour réaliser ses desseins en Haïti, la carte décisive de l’impérialisme américain fut la banque nationale, aux méthodes semblables à celles des financiers européens et nord-américains, pour dominer leurs petits pays. La pénétration américaine en Haïti va parallèlement avec son évolution. Elle fut fondée en Haïti en 1888, et connue une longue agonie à la fin de 1909. Antoine Simon tenta la réorganiser en 1910 avec un nouvel emprunt.

Des banquiers américains voyant leurs intérêts en jeu demandèrent l’intervention de leur secrétaire d’Etat Philander C. Knox, qui réagit à leur profit de façon claire et menaçante. Après quelque temps, la National City Banc, fut introduite dans le cercle des concessionnaires qui exerça des pressions. Davilmar Théodore ordonna une réforme monétaire en 1913 qui consistait en un retrait progressif des papiers monnaies et son remplacement par une monnaie nationale basée sur de l’ordre qui ne fut pas exécuté par la banque.

Et, le gouvernement haïtien se soumit une fois de plus. Il y eu plusieurs autres différents entre eux, différents dans lesquels la banque était soutenue par le département d’Etat américain qui voulait à tout prix protéger les leurs. Ce qui marquait à claire, leur décision de contrôle et de dominer Haïti malgré sa résistance inutile.

3). D’ordre stratégique

a). Le facteur stratégique L’Ile d’Haïti était surtout convoitée à cause de sa proximité par rapport au Canal de Panama. En 1847, le gouvernement de James Polk manifestait son intérêt pour l’ile à cause de son positionnement stratégique. En 1904, la question a été soulevée clairement au sénat américain. En 1891, le Mol Saint-Nicolas qui domine le Canal du Vent, a été réclamé pour une station de charbon, sous l’ordre de l’amiral Cherardi. En 1913, des négociations furent entamées pour la cession légale du Mole. Sous la pression de la masse, Michel Oreste refusa. En 1915, une nouvelle tentative de négociation échoua sous le gouvernement de Vilbrun Guillaume Sam. Le gouvernement américain n’a jamais pensé à y renoncer.

b). la question du péril européen

Avant l’occupation, la moitié des échanges commerciaux se faisaient avec l’ancienne métropole. 80% des maisons commerciales appartenaient à des allemands. De plus, les exportations de café se faisaient à bord d’un navire allemand, la Hambourd. Les américains avaient peur que les allemands contrôlent les douanes haïtiennes et prennent possession du passage du vent ou des stations de charbon pouvaient être établies. Ils s’inquiétaient de la participation allemande dans la vie politique haïtienne et dans l’encouragement d’éventuelles révolutions.

B- La cause occasionnelle

Au début de l’année de 1915, le gouvernement américain entreprit les dernières démarches diplomatiques auprès de Vilbrun Guillaume Sam pour le contrôle des douanes. Dans un traité datant du 22 mai 1915, il stipulait qu’ils ne s’occupaient pas du contrôle financier, mais se baseraient simplement sur les arrangements portant sur les gestions stratégiques et militaires parmi lesquelles l’interdiction de céder le Mole Saint-Nicolas à toute puissance étrangère.

Vilbrum Guillaume Sam fut assassiné le 28 juillet 1915 par une foule en colère qui avait envahi le Palais Présidentiel, car il avait mis à mort plusieurs prisonniers politiques dont l’ex-président Zamor la veille. Profitant de cet instant de troubles, le navire amiral Washington qui était déjà dans les eaux accosta aux environs de 10h30 AM, et à 5H PM. Les marines étaient déjà déployés dans presque toute la zone métropolitaine.

L’occupation s’est faite sans presque aucune résistance militaire, mis à part la réaction de Pierre Sully qui s’est fait tuer, ne voulant pas se soumettre à deux marines. L’armée haïtienne ce 28 juillet 1915, a prouvé son inutilité. II- Réactions par rapport aux occupants

A- Collaboration de l’élite L’élite et les occupants, pour montrer au peuple leur position, avaient fait des appels au patriotisme. Pour clarifier leurs interventions, ils se basaient sur l’anarchie qui régnait dans le pays. C’est ainsi que Charles Moravia écrivait dans son journal La plume : « Nous ne sommes pas en guerre contre l’humanité, que nous avons offensée depuis un siècle. Les américains sont ennemis du despotisme souverain, et pour empêcher sa restauration, ils ont occupé le pays ».

Fabre Geffrard a même dit qu’il faut donner des avantages aux américains, les séduire, afin qu’ils puissent aider le pays, qui n’a pas encore atteint la maturité politique, d’après lui, il est important que les américains établissent un régime plus énergique en Haïti.

B- Faible volonté de Dartiguenave

Ce comportement s’explique par la déception de l’élite qu’il représentait, l’antipathie suscitée par l’arrogance des blancs etc.., puis la peur de mériter la réputation politique du peuple violemment anti-américain. Ce sont les forces armées américaines qui l’avait choisi comme président, parce qu’elles pouvaient le mener de leur propre gré. D’un côté, il veut agir pour le peuple, de l’autre côté, il veut agir pour les américains, c’est pour cela qu’on le présente comme le sacrifice et parfois on le surnomme le calvaire du président.

Quoiqu’au service de l’occupant, il était piétiné. Il était celui qui a mené une longue lutte pour sauvegarder le pouvoir judiciaire des forces d’occupation, bien ces dernières ont été très puissantes dans ce domaine. Les Américains parmi leurs premières mesures, ont quasiment nommé leur propre président en la personne de Sudre Dartiguenave le 12 août 1915, ont dissout en 1917 l’assemblée nationale parce que les parlementaires haïtiens refusaient de voter la nouvelle Constitution écrite par l’ancien Sous- Secrétaire de la Navy Franklin Roosevelt lui-même et nommé un Conseil d’Etat.

En 1919, ils ont rétabli une vielle loi appelée ‘’ corvée’’ qui obligeait les paysans à fournir six jours de travail gratuits pour la construction et l’entretien des routes. Le témoignage de Leslie Péan sur les accrocs de l’occupation incite à la réflexion profonde : « En imposant la Constitution de 1918 aux Haïtiens dans laquelle l’inamovibilité des juges est abolie, les Américains font une triple entorse à l‘établissement d’une société et d’un Etat de droit. D’une part, la loi -mère du pays, la Constitution, est écrite par Franklin Roosevelt, ancien Sous- Secrétaire de la Navy et « enfoncé- suivant les mots du président américain Warren Harding- dans la gorge des Haïtiens à la pointe d’une baïonnette » [3]

C-Collaboration inconditionnelle de Louis Borno Les américains avaient décidé de nommer un homme de confiance, et c’est ainsi qu’en 1922, ils ont fait choix de Louis Borno, ancien ministre de Dartiguenave, un politicien compétent, et un grand avocat des grandes entreprises étrangères. De par son service, au côté de l’occupant, 7 ans après le commandant John Russel a déclaré que « Il n’a jamais pris une seule décision sans m’avoir consulté au préalable ».

Les dirigeants haïtiens se donnaient entièrement au service des américains, et c’est à ce moment-là, que les américains ont pris possession de tous les domaines de la vie en Haïti sans contraintes. Louis Borno était réélu pour 4 ans c’est ainsi qu’on a déclaré, qu’il était difficile de trouver un laquais aussi inconditionnel. Les occupants ont un comportement typique partout où ils se trouvent : l’humiliation des nationaux, l’irrespect des lois du pays en question, l’accaparement manu militari de ses richesses.

Les élites noires et mulâtres, le gouvernement et l’ensemble de la classe dominante, ont accueilli avec chaleur l’occupation d’après l’amiral Caperton, chef de l’opération dans une lettre au Secrétaire de la Marine. La paysannerie au contraire a résisté pendant plusieurs années avec des moyens inégaux. Elle s’est soulevée sous la direction de Charlemagne Péralte qui, après son lâche assassinat par les marines, a été remplacé par Benoît Batraville. [4]

Cependant, cette collaboration n’était pas au profit de la masse, loin d’être patriotique, elle représentait une affaire de classe. III- Conséquences de l’occupation américaine

A- Sur le plan politique

L’occupation américaine a mis fin à l’instabilité politique, caractérisé par les querelles et les guerres civiles répétées qui rongeait le pays depuis l’indépendance jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle par la prise de mesures radicales ayant abouti au désarmement général de la population. Les divers présidents élus ont pu terminer leur mandat sans être renversé par des insurrections militaires ou civiles majoritaires ne s’est pas produite. Au contraire, dépossédées de leur terre, elles ont été vouées à l’émigration.

D’où leur mésaventure tristement célèbre en République Dominicaine. La nomination de Sudre Dartiguenave, un mulâtre du Sud à la présidence marqua un nouveau tournant : le transfert du pouvoir des noirs aux mulâtres. Elle a aussi suscité le réveil du nationalisme et l’exaltation des traditions et des valeurs négro-africaines avec le mouvement indigéniste.

Les informations de l’historienne Suzy Castor méritent amplement d’être rappelées : « criblé de dettes, mal alimenté, privé de son lopin de terre le paysan connaissait une situation encore plus critique qu’avant l’occupation. D’après les rapports de la gendarmerie, le vagabondage augmentait à la campagne ; de nombreux paysans allaient dans les villes grossir le nombre de chômeurs. L’émigration prit des proportions considérables et tragiques, démontrant avec évidence le mécontentement du paysan qui s’en allait parfois pour toujours, vers Cuba ou la République Dominicaine à la recherche d’un avenir moins sombre ».

«D’après M. Séjournée, Inspecteur Général des Douanes, plus de 300.000 Haïtiens abandonnèrent le pays pendant 19 ans de l’occupation et aucun de revint à sa terre natale. » [4]

C- Sur le plan économique Le contrôle économique et financier du pays a été opéré par les américains, la dette a été liquidée, mais la promotion du développement national est restée de même. En 1934, l’Etat haïtien ne disposait que deux dollars par habitant pour développer le pays. Seule l’élite minoritaire privilégiées à tirer pleinement parti de l’occupation américaine, en collaborant étroitement avec l’’impérialisme qui lui a permis de réaliser de plantureuses affaires.

Les classes dominantes ont pu comme toujours, ont pu asseoir leur domination politique, économique et culturelle alors que les couches majoritaires croupissaient dans la misère et de l’analphabétisme généralisé. Les crimes perpétrés par les américains durant la période de l’occupation 1915-1921 : Plusieurs milliers de civils et de combattants désarmés sont tués par les forces d’occupation américaines alors que ces dernières combattent, avec l’aide de la gendarmerie haïtienne commandée par des officiers américains, une insurrection armée de paysans, les Cacos, principalement dans les campagnes du Centre et du Nord-Est du pays. (La guérilla des Cacos représente la seule véritable résistance armée à l’occupation américaine et est organisée et menée par Charlemagne Péralte, exécuté par un officier américain le 31 octobre 1919, avant d’émerger plus tard comme une figure héroïque nationale).

Le nombre total, même approximatif, de victimes demeure inconnu. La mémoire collective haïtienne garde vivace le souvenir des exécutions sommaires, dont la plupart ont probablement lieu de juillet à novembre 1915 et surtout de 1918 à 1921, périodes de résistance ouverte à l’occupant. En 1918-1919, les prisonniers et blessés Cacos sont systématiquement exécutés une fois désarmés. Des ordres clairs sont passés, par écrit, à cet effet (in Gaillard, 1981:32-39, 49, 214, 307).

La torture des Cacos ou de supposés Cacos par les Marines était également pratiquée : pendaison par les parties génitales, absorption forcée de liquide, et ceps, pression sur les tibias à l’aide de deux fusils. Outre les violences et exécutions commises sur des combattants désarmés, l’armée américaine et ses auxiliaires haïtiens auraient également perpétré des exactions et de nombreuses tueries contre la population civile.

Selon des témoignages oraux recueillis par l’historien Roger Gaillard (1981, 1983), ces exactions incluent des exécutions sommaires, viols, maisons mises à feu après y avoir enfermées des familles entières, pendaisons, civils brûlés vivants et un notable enterré vivant. La mémoire collective dans les localités touchées conserve le souvenir des noms, en créole, des gradés américains qui ont commis des actes de violence contre les civils : Ouiliyanm (lieutenant Lee Williams), Linx (Commandant Freeman Lang) et le capitaine Lavoie (Gaillard, 1981:27-71). H.J. Seligman (in Gaillard, 1983), journaliste américain ayant enquêté sur place à l’époque, affirma que les soldats américains pratiquent le bumping off Gooks , le tir contre des civils comme s’il s’agissait d’un sport ou d’un exercice de tir. Un rapport interne de l’armée américaine, en juin 1922, reconnaît et justifie l’exécution des femmes et des enfants, les présentant comme des « auxiliaires » des Cacos (in Gaillard, 1983:259).

Un mémorandum confidentiel du Ministère américain de la Marine (in Gaillard, 1981:238-241) s’élève contre « des tueries aveugles (« indiscriminate ») contre les indigènes qui se sont déroulées pendant plusieurs semaines. » H. J. Seligman évalue, en juillet 1920, le nombre des victimes innocentes, hommes, femmes et enfants, à 3 000. Gaillard (1983:261), totalisant victimes innocentes et Cacos morts au combat, avance le nombre de 15 000. Mise à part la lutte contre la rébellion, des centaines voire des milliers de civils meurent et sont tués lors de constructions forcées de routes dans le pays, travaux appelés corvée.

Selon Trouillot (1990:106), 5 500 personnes sont mortes pendant les corvées. Des civils tentant de fuir le travail forcé sont abattus. Certains de ceux qui ralentissent le travail sont tués à l’arme blanche par des officiers américains (Gaillard, 1982). Le racisme des Marines américains pendant cette occupation, la plupart originaires du sud des États-Unis (particulièrement de la Louisiane et de l’Alabama) a été présenté comme un facteur de ces tueries indiscriminées contre des « nègres qui prétendent parler le français » (dans les termes d’un général américain). (5)

Depuis l’indépendance, Haïti s’enfonçait de plus en plus dans l’abime. Son état tellement critique, a suscité les puissances étrangères à le convoité. C’est ainsi que le 28 juillet 1915, les forces américaines débarquèrent en Haïti pour le contrôler et le mener à leur gré en se servant de ses propres dirigeants. Ils ont pris comme prétexte, les diverses troubles politiques et économiques que traversait le pays, pour satisfaire leurs besoins : politiques qui consistait en l’expansion de leur pouvoir politique et économique, et aussi en leur intervention militaire dans la caraïbes, économique qui était le contrôle des douanes, des banques et faire valoir ainsi leur dollar et stratégique qui consistait à être plus proche du canal de Panama. Pour arriver à leur fin, ils ont reçu l’aide de l’élite de la société haïtienne, et des dirigeants qu’ils ont nommés, particulièrement celui de Sudre Dartiguenave et de Louis Borno.

Cette occupation a eu diverses conséquences sur le pays. Certaines ont été positives comme la fin de l’instabilité politique, et le désarmement général de la population. D’autres ont été négatives telles : stagnation du développement économique, et le renforcement des écarts entre les couches sociales surtout avec la montée des mulâtres au pouvoir. Aujourd’hui, Haïti est pratiquement dans la même situation que celle de 1915. Elle est rongée par l’instabilité politique depuis au moins 20 ans, et un grand nombre d’Haïtiens possède une arme. Depuis environ 10 ans, on assiste à une stabilité plus ou moins maquillée grâce à la présence de forces militaires étrangères. Ainsi, ne pouvait-on pas parler d’une occupation d’Haïti voilée ? A la seule différence qu’elle serait plutôt universelle, si on considère la diversité de nationalités des soldats qui y sont présents.

(1) http://www.alterpresse.org/spip.php?article13624

(2) http://www.alterpresse.org/spip.php?article7274

(3) [4] Suzy Castor : ‘’L’occupation américaine d’Haïti’’. Imprimerie Henri Deschamps. 97-98. Premier Prix 1987 de la Société Haïtienne d’Histoire.

(4) Suzy Castor : L’Occupation américaine d’Haïti. P88 Premier Prix 1987 de la Société Haïtienne d’Histoire. Imprimerie Henri Deschamps.

(5) http://www.brh.net/shhgg/turnier_l1.pdf

(6) Ernst Bernadin : Histoire Economique et sociale d’Haïti de 1804 à nos jours

(7) Kethly Millet :Les paysans haitiens et l’occupation américaine 1915-1930

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Par Jean Elie Paul

P-au-P, 30 mai 2014 [AlterPresse] --- De concert avec 23 organisations nationales et internationales, le Ministère des affaires sociales et du travail (Mast) lance, à l’échelle nationale, une étude qualitative et quantitative sur le phénomène des enfants en domesticité, lors d’une cérémonie, le jeudi 29 mai 2014, à Bourdon (quartier situé à l’est de Port-au-Prince, en direction de Pétionville).

Il s’agit, à travers l’étude, d’obtenir des données fiables sur ce phénomène - vieux de plus d’un siècle - afin de l’éradiquer.

Une revue documentaire, exhaustive sur l’enfance en domesticité, une analyse institutionnelle de la problématique du travail des enfants et de l’enfance en domesticité sont parmi les objectifs.

Les chercheurs visent aussi à cartographier et documenter les flux migratoires, impliquant des enfants, à destination des communautés « employeuses » d’enfants en domesticité.

La cartographie et l’analyse institutionnelle sont prévues entre mai et juillet 2014.

Un rapport préliminaire sur les données quantitatives est attendu durant la période octobre-novembre 2014, après une phase d’enquête sur le terrain.

Les chercheurs élaboreront un positionnement conjoint entre décembre 2014 et janvier 2015. Puis, l’étude devrait être publiée en février 2015.

Les recommandations de l’étude seront finalement mises en œuvre en mars 2015.

Le travail de recherche doit aboutir, notamment, à une feuille de route nationale relative à l’enfance en domesticité.

Cette enquête constitue un encouragement et une chance sans précédent pour le pays, souligne le représentant (depuis juin 2012) en Haïti du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), le Français Edouard Beigbeder.

Le ministre des affaires sociales et du travail, Charles Jean-Jacques, considère, lui, que cette enquête est une opportunité inédite pour le gouvernement de planifier des actions en vue d’éradiquer le phénomène des enfants en domesticité dans le pays.

« La situation critique de nombreux enfants constitue une violation grave de la loi », soutient-il.

Parallèlement à l’étude, le Mast s’est engagé à 8 actions phares, notamment l’élaboration, par le comité national tripartite [1], de la liste des travaux dangereux, interdits aux enfants, qui sera présentée en juin 2014 à Genève.

Le développement d’un plan national d’action pour le travail des enfants, au travers d’un dialogue social serein et fécond, la poursuite de la réforme du code du travail, l’amélioration du cadre légal, le vote de la loi sur la traite et la ratification des protocoles facultatifs des droits de l’enfant, relatifs aux pires formes de travail des enfants, sont en perspective.

Le ministère envisage aussi l’élaboration de la loi cadre de l’Institut du bien-être social et de recherches (Ibesr), qui vise à renforcer les services publics et la protection des enfants en Haïti, ainsi que la finalisation du code légal de l’enfant qui permettra de renforcer les cadres légaux, parfois obsolètes.

Les autorités comptent, en même temps, mettre en œuvre des dispositifs de placement des enfants dans des familles d’accueil, dans deux départements cibles, le Sud et l’Ouest, afin de réguler la prise en charge des enfants requérants des besoins spéciaux de protection.

Lors de la cérémonie, le jeudi 29 mai 2014, de lancement de l’étude « qualitative et quantitative sur le phénomène des enfants en domesticité », deux enfants - qui avaient subi les pires souffrances en domesticité dans le pays - ont témoigné des moments douloureux qu’ils ont passés dans des familles, qui prétendaient leur offrir de meilleures conditions de développement.

L’étude, initiée par le Mast, est financée à hauteur de 500 mille dollars américains (US $ 1.00 = 46.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui), en partie par l’Unicef.

[jep kft rc apr 30/05/2014 1:15]

[1] Ce comité national tripartite est composé des ministères à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf), de la santé publique et de la population (Mspp), ainsi que de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp).

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Par Jean Elie Paul

P-au-P, 13 mai 2014 [AlterPresse] --- « Haïti ne sera pas un pays émergent en 2030, si notre système éducatif ne se réforme pas », fait savoir Josette Bruffaerts-Thomas, présidente d’Haïti-Futur (une organisation franco-haïtienne versée dans l’éducation numérique et l’entrepreneuriat social en Haïti), lors de la signature d’une convention pour mener un projet d’électrification de 500 écoles, qui seront bientôt équipées de tableaux numériques interactifs (Tni).

Un saut technologique permettrait d’améliorer significativement l’enseignement en Haïti et de faire face aux problèmes aigus, auxquels il est confronté : classes surchargées, élèves surâgés, enseignantes et enseignants peu formés, méthodes pédagogiques désuètes, estime Josette Bruffaerts-Thomas.

Toutes les écoles en Haïti pourraient, alors, disposer d’un même outil et des mêmes cours développés.

« Cela veut dire qu’il n’y aura plus d’enfant pauvre, d’enfant riche, d’enfant de milieu rural, ou enfant de milieu urbain. Tous les enfants auront le même outil technologique pour apprendre, puisqu’avec la technologie, le vocable d’en dehors n’existe pas, parce qu’en dehors sera en dehors de la technologie », insiste cette professeure à l’Université Paris-Dauphine en France, également enseignante au Conservatoire national des arts et métiers, et présidente de l’entreprise Haïti-Futur.

Le tableau numérique interactif est très utilisé chez les personnes handicapées, chez les jeunes qui ont des déficiences visuelles ou auditives, pour leur permettre d’apprendre. Cet outil va être utilisé à la localité La Montagne de Jacmel (Sud-Est), à Cité Soleil (Ouest), chez les Frères de Saint-Louis de Gonzague, au Collège Sacré Cœur et au Lycée Alexandre Dumas Fils (Lycée Français d’Haïti), établissements situés à Port-au-Prince.

« L’éducation c’est l’arme la plus puissante pour changer le monde. Déployons cette arme de construction massive, avec la puissance de la technologie pour changer Haïti, pour changer nos écoles et valoriser les enseignantes et enseignants, parce que beaucoup de professeurs sont autonomes aujourd’hui avec ce tableau numérique ».

Grâce à l’appui des partenaires en France, l’organisation Electriciens sans frontières contribuera au financement du projet par une donation de matériels (1,200 panneaux solaires, 5 mille ampoules de basse consommation et 500 lots de matériels électriques), dont le montant avoisinera 1,200,000.00 dollars américains (US $ 1.00 = 46.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui).

Sur recommandation du Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp), l’organisation Haïti-Futur s’est appliquée à développer, en Créole et en Français, les contenus pour les deux premières années fondamentales, pour les cours de Français, de mathématiques et de sciences expérimentales.

En 2012, suite à un concours lancé par l’Usaid et AustralianAid, Haiti-Futur a obtenu un premier prix sur 75 pays ayant participé. L’intégralité du montant de 286 mille dollars américains, correspondant au prix, a été versée à l’Ecole supérieure d’infotronique d’Haïti (Esih), où une équipe de création de contenus numériques se penche sur les contenus spécifiques pour les cours de Créole et de sciences sociales, à partir des transferts d’expertises avec des professionnelles et professionnels.

« Nous sommes à l’aube d’une très grande révolution en matière d’enseignement. Dans un pays comme Haïti, qui a beaucoup à maitriser en matière d’enseignement, qui a un système éducatif très éclaté, l’enseignement numérique peut représenter une formule à laquelle nous devons apporter toute notre attention », clame Bruno Asseray, un représentant de l’Ambassade de France en Haïti.

En avril 2012 et juillet 2013, 180 tableaux numériques et 500 autres matériels ont été, respectivement, donnés par l’Etat français au gouvernement d’Haïti.

Les 700 tableaux interactifs, qui devraient encore être installés à travers le pays, ne devraient pas permettre de couvrir les 17 mille écoles dans le pays.

Seulement quelques centaines, parmi ces 17 mille écoles fondamentales répertoriées à travers le pays, expérimentent ce projet d’éducation numérique.

Avec des supports d’ 1,5 million de dollars américains du gouvernement français et 4 millions de dollars de la Banque Mondiale, le projet d’éducation numérique devrait être étendu à d’autres écoles, indique le Ministère des travaux publics, transports, énergie et communication (Mtptec). [jep kft rc apr 13/05/2014 11:25]

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Par Jean Elie Paul

P-au-P, 13 mai 2014 [AlterPresse] --- « Haïti ne sera pas un pays émergent en 2030, si notre système éducatif ne se réforme pas », fait savoir Josette Bruffaerts-Thomas, présidente d’Haïti-Futur (une organisation franco-haïtienne versée dans l’éducation numérique et l’entrepreneuriat social en Haïti), lors de la signature d’une convention pour mener un projet d’électrification de 500 écoles, qui seront bientôt équipées de tableaux numériques interactifs (Tni).

Un saut technologique permettrait d’améliorer significativement l’enseignement en Haïti et de faire face aux problèmes aigus, auxquels il est confronté : classes surchargées, élèves surâgés, enseignantes et enseignants peu formés, méthodes pédagogiques désuètes, estime Josette Bruffaerts-Thomas.

Toutes les écoles en Haïti pourraient, alors, disposer d’un même outil et des mêmes cours développés.

« Cela veut dire qu’il n’y aura plus d’enfant pauvre, d’enfant riche, d’enfant de milieu rural, ou enfant de milieu urbain. Tous les enfants auront le même outil technologique pour apprendre, puisqu’avec la technologie, le vocable d’en dehors n’existe pas, parce qu’en dehors sera en dehors de la technologie », insiste cette professeure à l’Université Paris-Dauphine en France, également enseignante au Conservatoire national des arts et métiers, et présidente de l’entreprise Haïti-Futur.

Le tableau numérique interactif est très utilisé chez les personnes handicapées, chez les jeunes qui ont des déficiences visuelles ou auditives, pour leur permettre d’apprendre. Cet outil va être utilisé à la localité La Montagne de Jacmel (Sud-Est), à Cité Soleil (Ouest), chez les Frères de Saint-Louis de Gonzague, au Collège Sacré Cœur et au Lycée Alexandre Dumas Fils (Lycée Français d’Haïti), établissements situés à Port-au-Prince.

« L’éducation c’est l’arme la plus puissante pour changer le monde. Déployons cette arme de construction massive, avec la puissance de la technologie pour changer Haïti, pour changer nos écoles et valoriser les enseignantes et enseignants, parce que beaucoup de professeurs sont autonomes aujourd’hui avec ce tableau numérique ».

Grâce à l’appui des partenaires en France, l’organisation Electriciens sans frontières contribuera au financement du projet par une donation de matériels (1,200 panneaux solaires, 5 mille ampoules de basse consommation et 500 lots de matériels électriques), dont le montant avoisinera 1,200,000.00 dollars américains (US $ 1.00 = 46.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui).

Sur recommandation du Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp), l’organisation Haïti-Futur s’est appliquée à développer, en Créole et en Français, les contenus pour les deux premières années fondamentales, pour les cours de Français, de mathématiques et de sciences expérimentales.

En 2012, suite à un concours lancé par l’Usaid et AustralianAid, Haiti-Futur a obtenu un premier prix sur 75 pays ayant participé. L’intégralité du montant de 286 mille dollars américains, correspondant au prix, a été versée à l’Ecole supérieure d’infotronique d’Haïti (Esih), où une équipe de création de contenus numériques se penche sur les contenus spécifiques pour les cours de Créole et de sciences sociales, à partir des transferts d’expertises avec des professionnelles et professionnels.

« Nous sommes à l’aube d’une très grande révolution en matière d’enseignement. Dans un pays comme Haïti, qui a beaucoup à maitriser en matière d’enseignement, qui a un système éducatif très éclaté, l’enseignement numérique peut représenter une formule à laquelle nous devons apporter toute notre attention », clame Bruno Asseray, un représentant de l’Ambassade de France en Haïti.

En avril 2012 et juillet 2013, 180 tableaux numériques et 500 autres matériels ont été, respectivement, donnés par l’Etat français au gouvernement d’Haïti.

Les 700 tableaux interactifs, qui devraient encore être installés à travers le pays, ne devraient pas permettre de couvrir les 17 mille écoles dans le pays.

Seulement quelques centaines, parmi ces 17 mille écoles fondamentales répertoriées à travers le pays, expérimentent ce projet d’éducation numérique.

Avec des supports d’ 1,5 million de dollars américains du gouvernement français et 4 millions de dollars de la Banque Mondiale, le projet d’éducation numérique devrait être étendu à d’autres écoles, indique le Ministère des travaux publics, transports, énergie et communication (Mtptec). [jep kft rc apr 13/05/2014 11:25]

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Le Chikungunya est bien en Haiti

Par Jean Elie Paul

P-au-P, 07 mai 2014 [AlterPresse] --- Le chikungunya, une maladie infectieuse tropicale, un alphavirus de la famille des togaviridae, transmise par un moustique du genre Aedes, frappe actuellement la population haïtienne, se manifestant par une fièvre qui provoque de fortes douleurs articulaires et des courbatures, confirme le ministère de la santé publique et de la population (Mspp).

14 cas de la maladie sont déjà identifiés, parmi les 17 spécimens qui ont été analysés en laboratoire, selon une annonce faite le mardi 6 mai 2014 par le Mspp.

67 cas suspects sont déjà localisés dans l’aire métropolitaine de la capitale Port-au-Prince.

« Ce n’est pas une maladie mortelle. [Mais] c’est scientifiquement démontré qu’il y a la présence de la fièvre chikungunya en Haïti », indique la titulaire du Mspp, Dre. Florence Duperval Guillaume, voulant être rassurante.

La majorité des cas proviennent du département de l’Ouest - notamment dans les communes de Carrefour, Delmas, Pétionville, Croix-des-Bouquets, Léogane - et le département du Sud, où 5 cas ont été investigués dans la commune des Coteaux, souligne Nathanaël Fénelon, le chef de service zoonose dans la direction épidémiologique du laboratoire et de la recherche nationale.

Cependant, cette estimation du Mspp n’est pas représentative, comparativement au nombre de personnes qui ont été contraintes de rester chez elles à cause de cette maladie, notamment dans plusieurs bureaux fonctionnant dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince.

« La maladie de chikunguya n’est pas mortelle, mais peut vous paralyser en vous causant beaucoup de douleur. Ce qui peut vous empêcher de vaquer à vos activités. C’est une maladie virale, qui n’a pas de traitements directs. Il faut boire beaucoup de liquide. Il faut se reposer. Il faut bien se nourrir. Les médicaments, qui sont recommandés, sont l’acétaminophène ou paracétamol », explique la directrice du Mspp, Dre. Marie Guirlène Raymond Charite.

Le Mspp demande aux patientes et patients de se présenter dans les centres de santé les plus proches, pour ne pas prendre des médicaments qui pourraient provoquer des hémorragies, parce qu’il y a des analgésiques qui ne sont pas recommandés.

La surveillance épidémiologique sera maintenue, tous les cas suspects seront notifiés. La lutte anti-vectorielle sera poursuivie pour permettre d’éradiquer le moustique qui propage cette maladie.

« Cette maladie n’est pas contagieuse, c’est seulement le moustique qui peut donner cette maladie », signale Dre. Marie Guirlène Raymond Charite.

Le Mspp encourage la population à assainir son environnement immédiat, dans la perspective de détruire les gites de prédilection de l’Aedes, surtout dans les récipients (bouteilles, flaques d’eau, pneus usagés) ainsi que dans les détritus.

Le moustique Aedes est aussi responsable de la transmission de Dengue.

« Il n’existe pas de médicament spécifique qui permet de guérir la maladie. Le traitement a essentiellement pour but d’atténuer les symptômes, notamment l’arthralgie. Il n’existe pas de vaccin commercial contre le chikungunya », précise le Mspp.

Le virus du chikungunya a été isolé pour la première fois en Ouganda en 1953, lors d’une épidémie survenue en Tanzanie, d’où l’appellation de « chikungunya » qui vient du makondé (Tanznie et Mozambique) et signifie « l’homme qui marche courbé ». [jep kft rc apr 07/05/ 2014 13:30]

http://www.alterpresse.org/spip.php?article16400#.U2uwm89OVLM

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http://www.alterpresse.org/spip.php?article15767#.UtCBlPvUie0

par Jean Élie Paul

P-au-P, 10 janv. 2014 [AlterPresse] --- Quatre ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a détruit le centre économique et administratif d’Haïti, la capitale Port-au-Prince, et plusieurs autres communes, le pays a connu des avancées significatives. Mais, il ne peut toujours pas faire face à des phénomènes de l’ampleur du désastre enregistré en 2010, selon les informations obtenues par l’agence en ligne AlterPresse.


« La carte existe, les ingénieurs ont la formation, mais il faudrait, quelque part, que les mairies puissent intervenir pour contrôler. On n’a pas encore les outils pour cela. Alors que tout est là (les normes de construction, le zonage), il faut l’institution de contrôle, qui n’existe pas encore », explique à AlterPresse Michèle Oriol, directrice de la Commission interministérielle pour l’aménagement du territoire (Ciat).


L’outil, dont dispose les mairies légalement pour faire ce contrôle, reste le permis de construire.
Cependant, les mairies n’ont pas le personnel rodé pour agir contre des citoyennes et citoyens qui ne respecteraient pas les normes de construction établies, relève Oriol.


Un long chemin avant un relèvement durable


« Le tremblement de terre a surpris, dans un contexte où les plans n’existaient pas, où les institutions n’avaient pas les moyens de gérer déjà la vie quotidienne de la ville, voire de gérer une catastrophe aussi grave que le tremblement de terre », rappelle Michèle Oriol.


Constructions anarchiques, surpopulation… le tremblement de terre a trouvé un terrain propice pour tisser un drame gigantesque. Les réactions politiques trop lentes l’ont aidé. La plupart des personnes, qui ont quitté Port-au-Prince après le 12 janvier 2010, étaient déjà revenues, six mois plus tard, dans la capitale haïtienne.


46% de la population urbaine du pays vit dans les 6 communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, selon la plus récente enquête de l’Institut haïtien de statistiques et d’informatique (Ihsi) dont les résultats ont été rendus publics en 2013.


Quatre ans après le 12 janvier 2010, « Port-au-Prince n’a pas de plan d’urbanisme. Il n’y a pas de politique de la ville. Du moins, il n’y en pas un qui soit adopté, ni même un processus légal », constate Michèle Oriol.

Le micro-zonage sismique


Alors que des risques sismiques se révèlent de plus en plus imminents, les résultats du micro-zonage sismique sur l’aire métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, ne sont toujours pas finalisés.
Il faudrait, aussi, une étude sur les risques d’inondations, dans la perspective de dresser un plan global d’urbanisme, suggère la Ciat.


Le micro-zonage sismique est un élément, alors que l’aménagement du territoire est pluridisciplinaire.
« Très complexe, la gestion d’une ville ou d’un territoire demande des institutions fortes ainsi que des investissements ».


Financement du projet « Boucle Centre-Artibonite »


Les dernières tentatives (qui datent d’avant 1986), de produire un plan d’aménagement à l’échelle nationale, n‘ont pas abouti. Après le séisme, les autorités haïtiennes ont cherché des solutions qui les ont menées à l’élaboration du projet de la Boucle Centre-Artibonite.


Regroupant 14 communes, situées dans trois départements (Artibonite, Centre et Nord), le projet dénommé Boucle Centre-Artibonite s’inscrit dans le cadre d’une structuration du territoire haïtien, suite au séisme du 12 janvier 2010.


Les centres urbains, de dix de ces 14 communes, jalonnent la Boucle.
Quatre communes, Boucan Carré, Lascahobas et Saut-d’Eau (ouvertes sur Mirebalais / bas Plateau central), et Maïssade (à mi-chemin entre Hinche / haut Plateau central et Saint-Michel de l’Attalaye / Artibonite), occupent l’intérieur de ce territoire.


A la fin du moins de décembre 2013, la Banque Mondiale a approuvé un peu plus de 50 millions de dollars américains (Us $ 1.00 = 45.00 gourdes ; 1 euro = 63.00 gourdes aujourd’hui) pour ce projet « Boucle Centre-Artibonite ».


Ce financement vise des points précis, à l’image des réseaux de routes secondaires, une partie des grandes routes et les plans d’urbanisme pour les villes du Plateau central, fait savoir la Ciat.


Les perspectives pour l’année 2014


En 2014, Haïti devrait avancer, peu à peu, sur son projet de cadastre.
La commission interministérielle pour l’aménagement du territoire, qui a déjà conduit quatre études-pilotes à Port-au-Prince, projette, désormais, de se rendre dans les provinces, en commençant par 8 communes.

A la fin du mois de janvier 2014, la Ciat sera au Cap-Haïtien dans le cadre du forum régional pour le Nord.
D’ici le mois de mars 2014, un forum national devrait être organisé autour des grandes priorités pour les villes haïtiennes.


Par ailleurs, seraient en cours d’élaboration plusieurs projets de loi, notamment sur le métier d’arpenteur, sur le métier de notaire et sur l’enregistrement.
Des arrêtés de délimitation, sur plusieurs sites historiques, ont été pris concernant, entre autres, la Citadelle Laferrière (Nord), le Pic Macaya (Sud), la Forêt des Pins (Ouest) et le Parc La Visite (Sud-Est).


Formation des maçons et des ingénieurs


Depuis le tremblement de terre de 2010, ont été réalisés des sessions de formation pour maçons, architectes et ingénieurs, la production de plusieurs petits manuels ainsi qu’un code de construction.
Une partie des sessions de formation a été dirigée sur l’habitat populaire, circonscrit autour de petites maisons sans étage ou avec un seul étage.


D’autres ont touché des ingénieurs et architectes, qui savent maintenant comment faire les calculs pour construire une maison en zone à risque. [jep kft rc apr 10/01/2014 15:45]

http://www.alterpresse.org/spip.php?article15767#.UtCBlPvUie0

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