Publications de François Vianou Godonou (3)

Une église installée dans une boutique au bord de la voie.

Winners chapel, Eglise du Saint Esprit en Action, Chapelle des vainqueurs, Eglise du réveil en Christ, Eglise de pentecôte, ENONA, Eglise du témoignage de l'évangile du Christ…, voilà les nouveaux noms des temples du Christ. Ils sont logés dans des boutiques, des hangars, des magasins, des maisons, des baraques voire des terrains vides sous des paillotes. C’est à un nouveau mode d’occupation et de conquête de l’espace qu’on assiste de la part de ces temples, véritables recours des populations ces dernières années. Ces lieux de prières, de miracles, de prodiges, de délivrance et de promesses de tous genres poussent comme des champignons dans les grandes villes du Bénin.

La crise économique, les nombreuses difficultés et défis de la vie quotidienne poussent les jeunes et les d'autres couches à se confier aux pasteurs des brebis. Ces jeunes et adultes sont en quête d’emploi, de maris, de l’âme sœur, de protection contre les forces du mal. Des campagnes d’évangélisation, des nuits de prières, de louanges et de délivrance s’organisent partout pour conjurer le mauvais sort et délivrer du mal. Le prince du mal, Lucifer est attaqué de toute part et tous les moyens sont bons pour le traquer. Les médias et réseaux sociaux sont envahis de campagnes de promotion et de marketing pour conquérir les cœurs en détresse.

Enseigne d'une église avec le pasteur en vedette.

Les pasteurs, véritables connaisseurs des outils marketing et de communication arrosent leur territoire d’affiches, de calendriers aux effigies du pasteur et de son équipe. L'autre caractéristique qui frappe et distingue ces lieux est la mise en vedette du Pasteur au détriment du Christ, le sauveur loué, prié et magnifié jour et nuit. Les pasteurs jeunes, dynamiques et inventifs sont disponibles et reçoivent les brebis pour toutes sortes de problèmes. Certains sont de véritables consultants et visionnaires capables de lire la vie des brebis et de prédire leur destin. Certains vont jusqu’à héberger chez eux ou sur le site de l’église, quelques fidèles jugés en situation difficile et menacés par les sorciers.

Les prières, louanges et actions de délivrance sont souvent programmées à des heures où les habitants doivent se reposer ou dormir. Depuis quelques années, les plaintes fusent de partout mais rien ne semble freiner l’ardeur des fidèles dans leur volonté de louer le Seigneur à temps et à contre temps. Les tentatives de négociation entre populations, pasteurs et fidèles échouent ou tournent souvent à la bagarre ou à des menaces. La pollution sonore est une conséquence qui constitue une équation à résoudre par les autorités qui ne semblent pas encore percevoir le danger que constitue le comportement des fidèles de ces églises. Ces derniers n’hésitent pas à traiter ceux qui se plaignent de sorciers et d’esprit maléfiques dérangés par les prières et louanges. Ils en font pareil vis-à-vis des religions endogènes dont les temples se trouvent à leur proximité.

Pasteur en vedette et le Christ en arrière plan.

La Brigade du Littoral et de la Lutte Anti Pollution mène un combat qui est loin de décourager ces temples de salut. Elle a d'ailleurs été l'objet en 2005 d'une plainte devant la Cour Constitutionnelle par le Responsable de l'église évangélique des assemblées de Dieu de Scoa Gbéto située à Cotonou. La lecture des arguments exposés dans la requête par ce dernier démontre sa méconnaissance des textes régissant le respect de l'ordre public. Il urge de passer à une sensibilisation et un encadrement du développement de ces lieux afin qu'ils puissent exercer leur liberté de culte dans les limites prescrites par la loi. Car malgré les mises en garde, les descentes sur le terrain, les saisies d’instruments de sonorisation, les temples recommencent de plus belle. La Brigade est encore descendue ce mois à Fidjrossè pour saisir des enceintes suite aux plaintes des populations du quartier.

Pour combien de temps encore va-t-on laisser ces disciples du troisième millénaires troubler le sommeil de leurs voisins et violer les textes de la République ?

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Saad Zaghloul, instigateur de la révolution égyptienne de 1919 ayant conduit le pays à l'indépendance en Février 1922 a semé les germes de la contestation dans le cœur des Egyptiens. Une rue porte d'ailleurs le nom de ce leader qui a mis fin au protectorat britannique établi en 1914 sur le pays des pharaons.

 

La révolution du 25 Janvier 2011 qui a fait chuter le régime de Hosni Moubarak a ouvert une autre phase de l'histoire de l'Egypte. Depuis cette date, le pays n'a pas encore renoué avec la paix et la sécurité au plan interne. Il demeure en proie à des mouvements de contestation et des soulèvements partout dans les villes. Le mouvement du 25 janvier émaillé de grèves, de manifestations, de destruction et d'accrochage avec les forces de l'ordre a permis le transfert du pouvoir à l'armée le 11 février 2011. Encore le mois de février comme en 1919 pour écrire une nouvelle page de l'histoire du pays des pyramides. L'histoire se répète et emporte un régime pour installer un autre règne (l'armée) chargé d'organiser les élections et d'instaurer la démocratie tant voulue et réclamée par le peuple. Les jeunes viennent ainsi de mettre fin à 29 ans, 3 mois et 27 jours de pouvoir sans partage.

 

Ce fut l'œuvre du Mouvement de la Jeunesse du 6 avril créé et dirigé par de jeunes activistes dont Ahmerd Maher et Israa Abdel Fattah. Le réseau social Facebook a contribué au recrutement, à la mobilisation et au déclenchement de la révolution. Désormais, ces jeunes rejoints par d'autres activistes et mouvements prennent d'assaut la Place Tharir, symbole et lieu de contestation. Malgré les élections remportées par les Frères musulmans avec comme président Mohamed Morsi, la contestation ne faiblit pas.

 

Dans la foulée des mouvements et soulèvements de rue, un autre mouvement Black Bloc voit le jour. Des jeunes cagoulés s'attaquent aux bâtiments publics, brûlent des pneus sur les voies et coupent les chemins de fer à Alexandrie et au Caire. On assiste à des affrontements sanglants entre ces jeunes et les forces de l'ordre décidés à les combattre.

 

Outres ces mouvements et actes de violence, on remarque une autre forme de résistance, de protestation à travers les murs tout au long de la Corniche à Alexandrie. Les murs environnants sont remplis de graffitis exécutés par des jeunes pour dénoncer la situation du pays. En parcourant la Corniche, l'on peut lire des messages, des signatures, des caricatures et des appels à la résistance des mouvements de protestation. Ces messages sont écrits en Arabe, Anglais et en Français pour traduire la diversité et la cause commune des habitants et activistes alexandrins.

 

Le viol de la liberté d'expression, les intimidations et les violences contre les journalistes offrent un terrain fertile à l'imagination et à la créativité des jeunes. Ils ne veulent plus se taire face à leur quotidien et envoient ainsi des messages au pouvoir en place. Les couleurs les plus utilisées sont le rouge, le noir et le bleu qui frappent même le passant le plus distrait. Ils n’hésitent pas à dessiner des visages humains, des chaînes, des caricatures des personnages publics dans cet art de la rue. Un art qui interpelle et en dit long sur le vécu des jeunes et l'Egypte à travers le temps et l'espace. Ces messages participent à l'histoire des mouvements sociaux et traduisent une volonté et un désir d'expression aussi forts que le cri du peuple.

 

Les rues de la Corniche ainsi que celles de certains quartiers sont devenues un espace d'exposition, des podiums de révolte et de publication. Autant d'écrits et d'images qui ajoutent à la beauté des endroits et contribuent à la participation citoyenne à la démocratie. La protestation sur les réseaux sociaux et les médias se complètent ici et offre aux habitants et visiteurs, un spectacle qui nourrit le regard et la pensée. Les actes de violences, d'insécurité, de viol des femmes et de violences sur les hommes des médias sont loin de tuer l'imagination d'une jeunesse en quête de mieux être.

 

Comme quoi le lit de la misère, de la difficulté est un lit fécond !

 

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La bataille du pain quotidien

 

Le pain est une denrée essentielle dans la vie de l’être humain et de tous les peuples de la terre. Ne dit-on pas que « ventre affamé n’a point d’oreilles » ? C’est dire combien cette nourriture banale peut influencer l’attention, la compréhension d’une personne. Un autre adage dit « après le pain, l’éducation est le premier besoin de l’homme ». Les chrétiens le réclament d’ailleurs dans la prière au père céleste que Jésus-Christ leur a recommandé en personne. « Donnes aujourd’hui notre pain de ce jour » voilà la formule célèbre par laquelle tous les chrétiens implorent le père céleste pour le « Pain ». De partout dans le monde, ils n’arrêtent pas de dire à la maison comme lors des célébrations eucharistique cette formule célèbre, à la limite magique. Un moment solennel et important est d'ailleurs prévu où tout le monde est invité à la table du Seigneur pour manger du pain et boire du vin symboles respectifs du corps et du sang du sauveur. Oui ! Dieu sauveur à travers le Christ a mis l'accent sur le pain dans toutes les célébrations partout dans les églises.

 

Depuis l’avènement de Mohamed Morsi à la tête du pays des pharaons, la majorité des descendants de ces derniers espèrent satisfaire ce besoin vital : assurer le pain quotidien. C’est le cas de Ahmed qui a placé assez sinon trop d’espoir dans l’arrivée de Morsi aux affaires. Ce matin, sa femme comme à l’accoutumée s’occupe de la maison et s’apprête à offrir le premier repas de la journée. Mira sa fille s’apprête à aller prendre son bus pour l’école. Ahmed va encore faire son rituel quotidien : aller acheter du pain à la boulangerie pour constituer le stock familial de la semaine. Armé de son sac comme un chasseur pour y enfouir le gibier abattu, il déambule à travers les rues pour franchir la boulangerie.

 

Après 15 minutes de marche, le voilà dans la rue Mostafa Kamel. Il força la traversée vue la longue fille de véhicules qui passent sans tenir compte des passagers. De l’autre côté de la voie, se trouve une foule d’hommes et de femmes qui se battent, se chamaillent, crient et arrachent les morceaux de pain par la seule et unique fenêtre de la boulangerie.

 

Quel spectacle, quelle détermination et quel combat pour ce pain arrondi tel la lune ou la terre qui rassemble, réunit chaque matin les égyptiens et les peuples devant les boulangeries du monde entier? C’est le même spectacle partout le matin à Maamoura, Mancheya, Khaled, Momen, Gad et d’autres quartiers ici en Egypte. Ahmed avec son sac essaie de se frayer un chemin pour commander et avoir sa part du pain quotidien pour sa famille.

 

De l’autre côté de la rue se trouvent des bacs à ordures dont la puanteur attire une foule de mouches prêtes à découdre avec leur entourage. Chacun essaie de tirer le panier de son côté, d’attraper les morceaux de pain sortis par l’unique issue pour constituer sa manne. Dans cette ambiance où parfois le ton monte et des invectives jaillissent, Ahmed reste longtemps pensif le regard plongé dans le ciel. Il scrute l’horizon comme pour implorer Allah de le délivrer de ce combat où il se fait piétiner et insulter par ses frères. Pour combien de temps encore Allah, vais-je être obligé de me rabattre sur ce pain avec patience et dévouement ? Il eut une envie folle de se mettre à genoux pour implorer le ciel, Allah. Depuis quelques mois en effet, la foule devient importante car le nombre de ceux qui ne peuvent plus aller sur le marché à augmenté sensiblement. L’inflation s’est installé et étend de jour en jour ses tentacules partout et de façon insidieuse. C’est une casse tête dans un pays où les salaires sont bas avec des prédictions inflationnistes qui n’augurent pas des lendemains meilleurs pour les 82 millions d’habitants.

Après une heure de combat et de négociations il réussit à constituer son stock, paya le boulanger et reprit la route. Pensif, il faillit se faire renverser par un chauffeur indélicat roulant dans le sens interdit. C’est le cas ici sur cette route au bord duquel Ahmed et ses compatriotes étalent à même le sol sur les pages de vieux journaux non loin des bacs à ordures leurs morceaux de pain. Un autre comportement qui leur fait courir des risques énormes de santé. Même les femmes exposent leurs morceaux de pain dans cet environnement pour le refroidir avant de l’emballer.

L’inflation est devenue le lot quotidien des égyptiens dans un contexte de transition politique sur fonds de revendications pour la justice sociale etc. Les prix ont augmenté sensiblement même celui de l’eau en bouteille faisant accroître la pression sur le pain, le seul dont le prix reste encore abordable. C’est dans un tel contexte où manger à sa faim devient chaque jour un défi, que Mosri s’arroge tous les pouvoirs devenant un « pharaon » des temps modernes. Désormais et selon ses propos « seules étaient irrévocables les décisions concernant les questions liées à ses pouvoirs souverains ». En outre, ces partisans majoritaires à l’assemblée ont voté il y a quelques jours 234 articles d’un projet de constitution qui fait des "principes de la charia" la "source principale de la législation". Les chrétiens en général et les modérés s’inquiètent des interprétations rigoristes de la loi islamiste et les conséquences que pourraient engendrer cette nouvelle constitution sur liberté de croyance. Car si l'ancienne constitution contenait la charia, les donnes ont changé avec les islamistes au pouvoir et majoritaires à l'assemblée après le départ de Moubarak.

Quel peuple déjà confronté à la difficulté de satisfaire le premier besoin de l’Homme (le painaccepterait encore la dictature et la restriction de la laïcité ?

 

La réponse à cette équation à trois inconnues se trouve dans l’issue des manifestations, soulèvements et bouleversements que traverse l’Egypte d’après révolution depuis quelques semaines. Les jours, mois et années à venir nous permettront d’avoir la réponse et surtout aux égyptiens d’écrire de nouvelles pages de leur histoire.

Wait and see !

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