Publications de Francis Pisani (77)

Drone IAI Heron 1, par Calips (Wikimedia Commons)

 

Les drones sont ces avions sans pilotes de plus en plus utilisés dans les conflits actuels par les militaires. Bientôt, ils devraient également bouleverser l’aviation civile et donner naissance à une économie qui reposera sur les revenus générés par leur utilisation : la “drone economy”.


La France vient de se porter acquéreur auprès des États-Unis de deux reapers, des drones puissants. Cet achat symbolise une prise de conscience de la part des responsables politiques français. Le 31 mai dernier, dans une tribune publiée par le quotidien économique Les Échos, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a affirmé que la France avait un besoin "urgent" de drones de combat et que l'Europe avait "manqué le virage de ce type d'équipement".

 

Ce message a été entendu : dimanche 16 juin, à la veille de l’ouverture du Salon aéronautique du Bourget, trois des plus grand fournisseurs européens d’armement ont lancé un appel à la création d’un programme de rattrapage. Mais l’Europe est en effet en retard : plus de 75 pays dans le monde sont déjà équipés en drones, 50 en construisent et on en recense plus de 1.000 types différents.

 

Les drones sont des robots qui peuvent être programmés pour faire la guerre comme l'action humanitaire. Du côté de l'humanitaire, je citerai comme exemple le projet Matternet, qui veut utiliser ces avions sans pilote pour acheminer de l’aide à des bas prix dans les zones les plus reculées du monde. Les drones vont donc donner naissance à tout un pan d’économie nouvelle, la “drone economy” qui se fait avec, par et autour des drones.

 

Les cieux des États-Unis doivent s'ouvrir aux drones dès 2015. Les autorités de l’aviation civile sont en train de préparer un cadre réglementaire qui devrait donner un véritable coup de fouet à l’industrie aéronautique. 90% de ces drones civils devraient être utilisés dans "l'agriculture de précision", 100.000 emplois devraient être créés en 10 ans et il devrait en résulter une manne de 14 milliards de dollars pour l’économie américaine selon la seule étude disponible sur le sujet.

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Cette semaine, je me suis rendu au festival du numérique à Paris, Futur en Seine, organisé par Cap Digital. Cette manifestation de 10 jours a pour objectif d’exposer les innovations du siècle, et de partager les différentes opportunités de l’Île de France. Au programme : conférences pour les experts mais aussi ateliers pour les plus curieux.

 


Le premier atelier auquel j’ai participé est celui de Jeremie Zimmerman, animateur de la Quadrature du Net. Il se bat pour les libertés des droits sur Internet. L’actualité lui donne raison avec le scandale Prism et du système de surveillance des communications électroniques mis en place par les services secrets américains.

 

Cette affaire montre que nous sommes victimes des pratiques du gouvernement américain, avec la collaboration des grosses entreprises comme Google, Microsoft, Yahoo ou encore Apple qui surveillent nos faits et gestes sur la Toile. Je pense qu’on doit se mobiliser pour se protéger et pour limiter les actions des gouvernements dans ce domaine.

 

  • D’un côté, il y a un danger puisque nous utilisons des outils qui permettent de garder une trace de notre passage sur le web. Il faut être conscient des risques du web et lutter contre ses aspects négatifs.
  • D’un autre côté, il faut essayer de créer une dynamique sur le web pour participer et s’exprimer.

 

Le deuxième atelier qui m’a marqué est celui de Martha Russel, directrice du Stanford Media X à l’université de Stanford dans la Silicon Valley. Martha Russel travaille sur les écosystèmes de création, plus particulièrement sous le prisme des réseaux : réseaux entre les personnes, les entreprises et les financiers. Elle dégage deux concepts intéressants :

  • La vision partagée permet la circulation des talents et des idées.
  • L’orchestration du réseau, c’est-à-dire qu’il faut animer, dynamiser, et connecter son réseau avec d’autres pour encourager la co-création.
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Panneaux innovation (Wikimedia Commons)

 

Cette semaine, je m’intéresse aux personnes qui innovent et entreprennent, avec cette question : et si il était dangereux de ne pas innover ?

 

 

Pour répondre à cette interrogation, je me suis penché sur deux études récentes qui se penchent sur le rapport étroit entre entrepreunariat et innovation. La première enquête est celle du cabinet Accenture, qui porte sur 519 entreprises américaines, britanniques et françaises dont le revenu annuel est supérieur à 100 millions de dollars.  Ce travail permet de constater que le nombre d’entrepreneurs qui ont pour objectif de réaliser des innovations est en baisse. La tendance est aujourd’hui aux rénovations, c’est-à-dire à des petites innovations limitées à des produits ou des services déjà existants. Accenture qualifie cette évolution de “stratégie potentiellement périlleuse” et ajoute un conseil : l’innovation frugale - qui ne porte pas sur des produits déjà existants - est une bonne façon de gagner les marchés émergents, mais aussi d’être plus compétitifs sur les marchés établis.

 

La seconde enquête est une étude du cabinet de conseil Deloitte, réalisée aux États-Unis et qui montre que les entreprises qui n’ont pas de vision - de l'anglais "purpose" - gagnent moins d’argent que celles qui ne se satisfont pas de simplement gagner de l’argent. L'enquête dans son ensemble porte de l’eau au moulin de tous ceux qui demandent à l’entreprise d’être productrice de valeurs pas seulement sonnantes et trébuchantes. Elle va dans le sens de ceux qui entreprennent pour gagner de l’argent ET changer le monde, et elle renforce la position de ceux – de plus en plus nombreux – qui mettent l’accent sur l’entreprenariat social, une des tendances fortes que j’ai pu constater lors de mon récent tour du monde de l’innovation.

 

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Sous-répartiteur souterrain - Bloc de répartition, par Point d'Appui National ANT (Flickr/CC)

Alors que la biologie ne suffit pas toujours pour comprendre et lutter contre une nouvelle épidémie, la théorie des réseaux peut se révéler d’un grand secours pour enrayer une maladie inconnue.

En ce moment, l'apparition de nouveaux cas de coronavirus en Europe et d'une nouvelle forme d'influenza (H7n9) en Chine suscitent de grandes inquiétudes. La théorie des réseaux, c’est-à-dire l'étude des relations entre des "objets" ou des nœuds en ligne, peut-être d'un grand secours pour mieux comprendre ces maladies. Je m’explique.

La plupart des médias traditionnels et sociaux insistent sur les aspects biologiques des nouvelles épidémies (la contagion, les microbes, les virus, les vaccins, les symptômes, etc)/ Plusieurs raisons expliquent ces angles :

  • La dimension biologique est essentielle, elle est propre à tout ce qui concerne une maladie ou une pandémie,
  • Ce sont aussi les aspects d’une maladie que connaissent et comprennent les médecins et experts disponibles : cela correspond à ce qu’ils savent faire et aux directions dans lesquelles ils ont appris à agir,
  • Enfin, en terme de communication, cela correspond à ce que le public a appris à l'école : il peut comprendre de quoi parlent les médias.

Points communs entre maladies et réseaux

Dans le cas de l’apparition d’un nouveau virus, y a au moins deux problèmes :

  • D’abord, les vaccins ont toujours un temps de retard pour faire face aux nouvelles mutations, puisqu'ils ont été développé au cours de la crise d'avant.
  • Ensuite toute contagion progresse en fonction de propriétés biologiques (les modes de transmission d’une maladie et la vitesse à laquelle elle peut entraîner la mort).

Si l’on représente visuellement la diffusion d’une pandémie, on constate toujours qu’elle peut être représentée sur un graphe du même type que ceux qu’on utilise pour les réseaux. D’où l’idée que la théorie des réseaux peut être utile pour comprendre et enrayer une épidémie, à plusieurs niveaux.

Le premier élément, qui n'intéresse que les scientifiques ou les curieux, c’est que toute maladie peut être abordée comme une rupture du système. Albert-Laszló Barabasi, l’un des plus spécialistes les plus connus des réseaux, interprète les maladies comme une rupture systémique et explique qu’il est essentiel de se pencher sur le fonctionnement des réseaux protéiniques intercellulaires - c’est-à-dire sur la façon dont ils communiquent - pour les comprendre. C’est ce que confirment les travaux de la biochimiste Bonnie Bassler, qui étudie la façon dont les bactéries communiquent entre elles pour mieux peser sur l'organisme.

Réseau vertical, réseau horizontal

Je voudrais compléter ce tableau en prenant un exemple qui n’a apparemment rien à voir : la façon dont cette même théorie des réseaux est utilisée pour combattre le terrorisme. Quand on lutte contre une organisation hiérarchique, il suffit d’éliminer la tête pour affaiblir de manière substantielle l’organisation. C’est pour cela, par exemple, que, dans les années 1960, la CIA s’était donnée pour mission d’assassiner les dirigeants révolutionnaires qu’elle considérait comme des terroristes... Les cas les plus souvent évoqués sont ceux de Patrice Lumumba (Congo) et de Che Guevara (Bolivie).

A l’inverse, dans un réseau qui serait parfaitement horizontal, où tout le monde aurait la même importance, on estime qu’il faut éliminer 80% des nœuds pour l’affaiblir substantiellement. Dans les réseaux du monde réel, il y a toujours des gens qui ont plus d’influence, parce qu’ils sont connectés à plus de monde. On considère qu’il suffit d’éliminer 20% de ces “influenceurs” pour affaiblir le réseau en question.

Ce qui est fascinant, pour en revenir aux épidémies, c’est que les avions et autres moyens de transport jouent un rôle clé dans la contagion parce qu’ils transmettent les germes d’un bout à l’autre du globe, et parce que les porteurs y sont enfermés à côté d’autres passagers. Curieusement, les hôpitaux - qui ne se déplacent pas, bien sûr - sont quand même des centres de diffusion de la maladie, parce qu’il sont le lieu de rencontre du plus grand nombre de malades et du plus grand nombre de victimes potentielles, à commencer par le personnel soignant.

Enseignements pour la médecine... et les médias

La contagion se propage suivant une logique des réseaux qu'il est indispensable de contrer pour mettre en place des quarantaines efficaces. Cela peut même conduire à fermer les hôpitaux - centres de propagation de l’infection - et demander aux personnels de santé de rester chez eux, ce qui n'est pas grave tant qu'il n'y a pas de traitement.

Cette méthode a été partiellement appliquée avec efficacité en 2003 dans la lutte contre l’épidémide de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère). Dans le même temps, ce sont les réseaux de médecins et de biologistes, qui en mettant leur recherche et leurs expériences en commun, sont arrivés à mettre au point relativement vite un vaccin efficace.

J’en conclus personnellement deux choses :

  • Même la médecine n'est pas à l'abri de la transdisciplinarité sans laquelle il n'y a guère d'innovations,
  • La science des réseaux (qui n'existait pas il y a 15 ans) devrait être enseignée dans les écoles… et dans les salles de rédaction.
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Google Glass detail, par Antonio Zugaldia (Wikimedia Commons)

 

Aujourd’hui je souhaite revenir sur trois histoires différentes qui ont en commun l’accès à l’internet. Il s’agit d’un mélange d’expériences personnelles et de réflexions sur la condition connectée qui nous caractérise de plus en plus… avec ses bons et ses moins bons côtés. Du pistolet imprimé à la maison à un match du Barça en passant par les lunettes Google, je vous invite donc dans mes pérégrinations réflexives.


Le premier exemple est le plus récent puisque la nouvelle date de cette semaine : il s’agit de la réalisation du premier pistolet opérationnel fabriqué avec une imprimante 3D.

 

Il a été réalisé par un groupe d’étudiants d’Austin au Texas avec une imprimante qui coûte 8.000 dollars (6.000 euros). Ils y ont travaillé un an et ont pu réaliser le premier tir réel samedi 4 mai. Je rappelle que les imprimantes 3D produisent des objets en fondant des couches de plastique les unes sur les autres. Elles fonctionnent sur la base d’un plan virtuel

  • Dans le pistolet en question, seul le percuteur est en métal.
  • Les gens qui militent pour le contrôle des armes à feu aux États-Unis s’inquiètent de la possibilité d’en produire chez soi et de son extension probable à mesure que les imprimantes 3D gagneront en qualité et baisseront en prix.

  • Selon la BBC, dont je tire l’information, l’initiateur du projet, Cody Wilson, un étudiant de 25 ans, reconnaît volontiers qu’un tel pistolet peut causer du mal à des tiers. C’est bien ce dont il est question puisque, comme il le dit lui-même : "C’est un pistolet".

  • Je précise que la production d’armes personnelles est légale aux États-Unis. Ce qui ne le serait pas, ce serait de les vendre. Mais c’est là que les imprimantes 3D changent tout puisque chacun peut produire la sienne.

  • Le groupe qui s’appelle « Défense distribuée » a l’intention de rendre le plan du pistolet accessible à tout le monde.

Voir la vie autrement ?

 

Les lunettes Google, que je n’ai pas encore essayées, mais sur lesquelles on trouve de plus en plus d’articles qui vont de l’enthousiasme à l’alarmisme, sont mon deuxième exemple. Les fans ne manquent pas, bien évidemment. Ils sont fascinés par le fait d’avoir enfin un objet qui permet de tirer le plus grand parti de la connexion en permanence.

 


 

Les lunettes en question permettent en effet :

  • De lire ses mails,
  • D’interroger une carte ou Wikipédia,
  • De s’informer sur la personne qu’on a en face de soi, sans avoir besoin d’être devant son ordinateur ou de regarder son téléphone.
  • Celui qui les a sur le nez peut aussi filmer ou enregistrer ses interlocuteurs à leur insu, et c’est là que les défenseurs de nos libertés et de la vie privée s’inquiètent.

 

Mieux encore, un bar de Seattle et certains casinos de Las Vegas les ont interdites avant qu’elles n’arrivent. Les législateurs de l’État de Virginie envisagent de passer une loi dans ce sens. Ce qui me paraît fascinant dans ce cas, c’est que l’univers connecté qui s’ouvre à nous est tellement réel que le seul fait de l’imaginer pousse des gens à l’acquérir ou à l’interdire avant même d’en avoir fait l’expérience.

 

Voir, suivre, lire et vivre un match au stade

Je viens d’assister à un match du Barça, le club de foot légendaire de Barcelone. Je suis loin d’être un fan de football, mais je suis sur le point de m’installer à Barcelone et le moins que je puisse faire c’est d’aller au Camp Nou, le stade que la plupart d’entre nous connaissons, ne serait-ce que par écran de télévision interposé. De là, je me suis amusé à comparer les trois types d’expérience : télé, web et gradins du stade :

  • La télé me permet de voir plus précisément les détails du match et de revoir les moments les plus importants… mais à son rythme.
  • Le web me permet d’avoir toutes les informations que je veux, si je veux, quand je veux, c’est à dire une perspective personnalisée.
  • MAIS les gradins du stade me donnent la vision d’ensemble du match à mesure qu’il se déroule et l’émotion partagée avec le reste du public

 

Tout cela est complémentaire mais mal intégré.On peut maintenant avoir accès à la télé et au web, mais... dans le stade, ce que j’aurais voulu c’était voir le match à côté des fans du Barça ET voir sur ma tablette les détails qui m’avaient échappé quand j’étais distrait ou parce que j’étais trop loin. Pour de multiples raisons c’est encore difficile et c’est dommage

Quel rapport entre ces trois exemples ?

 

J’y vois des illustrations du fait que nous avons tort de distinguer ce que nous appelons « le monde réel » et ce que nous appelons « le monde virtuel ». Il s’agit – et nous en avons déjà parlé - de deux couches d’un même monde : celui dans lequel nous vivons de plus en plus.

  • Les plans de pistolet qui circulent sur le net se transforment en armes qui peuvent tuer.

  • L’accès à l’information et l’enregistrement de vidéo que permettent les lunettes Google modifient nos relations humaines, celles que nous avons avec les gens assis en face de nous

  • Ces deux cas peuvent nous exciter ou nous faire peur, mais dans le stade de Barcelone, je regrettais de ne pas avoir accès en même temps aux deux dimensions.

 

Comme quoi nous avons encore bien du mal à intégrer le rapport entre ces deux dimensions - comment elles peuvent agir l’une sur l’autre - mais il est urgent d’apprendre car c’est déjà, de façon plus ou moins prononcée, le monde dans lequel nous vivons.

 

 

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Le Big Data : un nouvel horizon ?

La tecnologia de big data revolucionara la seguridad de la informacion, par Infocux Technologies (Flickr, CC)

Big Data, ou volumes massifs de données. Nous utilisons tous ce terme mais j’ai l’impression que nous ne savons pas toujours clairement à quoi ça correspond. Le Big Data est un ensemble de données qui provient de partout : de messages sur les médias sociaux, d’achats en ligne, de signaux GPS de téléphones mobiles, etc. Cet amoncellement d’informations est-il en train de changer notre manière d'interagir avec notre environnement ? Quel impact a-t-il sur notre vie et notre façon de penser le monde ?



Le premier exemple qui peut illustrer ce que représente le
Big Data provient du professeur de Tokyo, Shigeomi Koshimizu. Il a décidé de mesurer la façon dont nous posons nos postérieurs sur un siège de voiture. Pour cela, il a identifié 360 points différents qu’il mesure sur une échelle de 1 à 256. Le résultat est tel qu’il peut dire avec 98% de succès si la personne qui s’assied est bien celle qui est sensée s’asseoir. Et, la comparaison avec des données sur les accidents de voiture devrait lui permettre de repérer quand quelqu’un s’endort, ce qui pourrait déclencher une alarme et réduire les accidents.

Ainsi, on peut mesurer des choses surprenantes et en tirer des informations utiles.

Nous passons ainsi de l’accent mis sur la digitalisation à l’accent mis sur la datafication.


Le Big Data, ça sert à quoi ?


Pour répondre à cette question, je m’appuie sur un livre et un article de Kenneth Cukier et Viktor Mayer-Schoenberger, Big Data: A Revolution That Will Transform How We Live, Work, and Think.

Le Big Data commence avec le fait qu’il y a beaucoup plus d’informations accessibles que dans le passé et qu’on s’en sert de façons nouvelles. L’idée est que, quand nous disposons de quantités considérables d’informations, nous pouvons apprendre des choses que nous ne pouvions pas comprendre avec moins de données. En fait, tout change quand au lieu d’avoir des milliers ou des millions de « points de données », on a accès à des milliards.


Un des exemples les plus connus est celui du service de traduction de Google qui en comparant des milliards de pages de textes entre deux langues obtient une traduction supérieure à ce que permet l’intelligence artificielle.


Autre exemple, en mettant en parallèle les questions posées sur son moteur de recherche et les épidémies de grippe aux Etats-Unis, sans se préoccuper du contexte dans lequel elles sont posées, Google a montré qu’il peut prévoir de telles épidémies. Quand les personnes commencent à se renseigner sur les maux de tête et les nés qui coulent c’est que la maladie approche.
Finalement, ce système prédictif est supérieur à celui des institutions qui sont obligées d’attendre que les gens viennent consulter le médecin pour savoir qu’il se passe quelque chose.


Dans cette explosion de données, comment choisir ?


Les statistiques traditionnelles se voulaient un travail intelligent sur une petite quantité de données. Selon l’article cité ci-dessus, paru dans Foreign Affairs, maintenant, on prend tout.
Deuxièmement, au lieu de chercher à choisir avec précision les données signifiantes, on travaille volontiers avec des données en désordre ou qui apparemment (comme la taille et le mouvement de nos postérieurs) mais qui permettent d’arriver à de très grandes quantités de données.

Enfin, et c’est là que nous devons apprendre à penser différemment : il faut renoncer à toujours comprendre la cause des choses et accepter qu’on peut faire des merveilles en comprenant leurs relations.

Par exemple, l’entreprise de messageries
UPS a mis des capteurs en certains points de ses véhicules dont elle sait que leur échauffement provoque souvent une panne. UPS n’a pas besoin de savoir pourquoi il suffit de connaître la fréquence de la corrélation pour changer la pièce au garage plutôt que dans la rue. Il en va de même avec la machine humaine. Les Canadiens ont mis au point un système qui mesure les signes vitaux des bébés prématurés et recueille plus de mille données par seconde. Ce qui permet d’agir avant de comprendre pourquoi le risque pourrait se réaliser.

Le Big Data, un phénomène inquiétant ?

Le Big Data est en partie inquiétant. Prenons deux exemples:

  • Dans la version positive, la ville de New York est capable de déterminer grâce au Big Data les logements où il y a les plus gros risques d’incendies meurtriers.

  • Dans la version ambiguë, il y a le fait que les compagnies d’assurances peuvent savoir exactement les risques que nous représentons en fonction de notre façon de conduire.

  • Dans la version inquiétante, il y a le fait que le gouvernement britannique est maintenant capable de prévoir une manifestation violente en comparant les données des manifestations passées et celles qu’il obtient en temps réel, et donc d’enrayer la protestation avant qu’elle ne s’exprime.


Je crois aussi que nous pouvons obtenir plus de transparence en exigeant l’open data – le fait que ces données soient accessibles à tous - et en dénonçant les abus qui sont faits.

Une fois de plus, le Big Data n’est pas en soi bon ou mauvais. C’est une nouvelle phase dans le développement technologique. Nous devons comprendre que les problèmes d’hier ne se posent plus de la même façon et apprendre à lutter sur ce nouveau terrain pour en limiter les abus, contre la vie privée par exemple. Et en développer les côtés positifs, dans le domaine de la santé, par exemple.

 

 

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Limites de l'innovation à la française

Les rencontres nationales des directeurs de l'innovation (Maison de la Chimie), par Galerie de dalbera (Flickr/CC)

Au cours de mon tour du monde de l'innovation, j'ai rencontré plusieurs Français qui ont lancé des idées ou des entreprises intéressantes à l'étranger. Quelques initiatives m’ont particulièrement marquées, et m'ont permis de réfléchir sur la question de l'innovation en France.

Le premier exemple d'innovation à la française qui me vient à l'esprit, c’est le site MyList.ae, créé à DubaÏ par Julie Leblan et Maurine Lombart. Leur plateforme est la toute première société de listes de cadeaux aux Émirats Arabes Unis. Ce qui est intéressant, c’est que dans les Emirats, et notamment à Dubaï, on compte 83% d’immigrés, qui ne peuvent pas recevoir de cadeaux de l’étranger. Il faut donc leur envoyer de l’argent, ce qui est plutôt désagréable. Au moment du lancement du site, il y avait peu de e-commerce : les gens préféraient aller dans les centres commerciaux. Les deux Françaises ont donc mis en place un système permettant de commander et d’envoyer des cadeaux à des personnes résidant à Dubaï, via le web.

Le deuxième cas est celui de Sébastien Mercier, qui vit au Cap (Afrique du Sud). Il a créé une application qui s’appelle Power Time, qu’il qualifie “d’application utile”. Pour comprendre comment fonctionne cette appli, il faut savoir qu’en Afrique du Sud, 80% des compteurs d’électricité sont prépayés, et se bloquent quand votre crédit est épuisé. Un peu sur le principe de Skype, Power Time se renouvelle automatiquement et tient ses utilisateurs au courant de leur niveau de consommation. L'application a donc un intérêt écologique, puisqu'elle aide à consommer moins.

A Singapour, j’ai rencontré Florian Cornu, qui a lancé Flocations.com. Quand on se connecte sur ce site, on accède à une carte sur laquelle s'affiche des endroits où l’on peut se rendre en fonction d'un prix donné (200 $, 300 $). C’est un site où la première interface visuelle permet de chercher les villes dans lesquelles on peut voyager en fonction du budget dont on dispose.

Enfin, la dernière Française dont je voudrais parler, c’est Anne Bezançon. Elle a créé depuis San Francisco un système de géolocalisation et une plateforme, ShopAlerts, qui permet aux gens qui le veulent de recevoir des alertes quand ils se trouvent à proximité d’un magasin qui a des offres intéressantes à proposer à ses clients. Avec ce système, tout le monde est content puisque son site permet aux publicitaires, aux opérateurs de télécoms, aux opérateurs de cartes de crédit et aux banques d’utiliser une plateforme commune.

Ces exemples de Français ayant innové en dehors des frontières de l'Hexagone ne signifient pas pour autant qu'il est impossible d'innover en France. Je serais incapable de l'affirmer, puisque je n'ai pas mené mon enquête en France. La seule leçon de ces rencontres, c'est que partout dans le monde, on trouve des gens qui innovent, y compris des Français.

La question de l'innovation en France


Je serai prudent sur ce problème. Deux réponses me viennent à l'esprit :

  • La première, c'est qu'il y a plein de gens qui innovent en France, bien évidemment,
  • La seconde, c'est que tout aussi évidemment, il y a des problèmes qui freinent ces tentatives d'innovations, mais je ne suis pas certain qu'il soit juste de tout mettre sur le dos des conditions financières. J'y vois plutôt des dimensions culturelles, ce qui est bien plus compliqué.


Ces dimensions culturelles regroupent plusieurs aspects, avec en premier lieu la fameuse peur de l’échec, que l’on trouve partout dans le monde. C’est le seul point dans lequel la Sillicon Valley et les Etats-Unis ont un avantage par rapport aux autres pays du monde : l’échec y est mieux accepté qu’ailleurs.

Le deuxième aspect, typiquement français, c’est la préférence pour la préservation des avantages acquis par rapport aux changements. Il y a également le rôle de l’Etat, à qui les Français préfèrent fréquemment demander des solutions, plutôt que de prendre les choses en main.

L'autre problème en France découle du rôle des hiérarchies : les entreprises sont souvent figées, on n’encourage pas beaucoup l’initiative et on marque beaucoup les différences entre les patrons, les sous-patrons, les directeurs, les sous-directeurs, les employés... Ces divisions ne permettent pas beaucoup la remise en question et l’interrogation.

Il existe dans notre pays une méfiance face à l’entreprise, avec une double confusion :

  • La gauche confond entrepreneur et entreprise,
  • La droite confond entrepreneur et manager, ceux qui gèrent et ceux qui entreprennent.

Les médias ont aussi leur part de responsabilité dans cette méfiance, puisqu'ils passent souvent d’une couverture négative - l'innovation, c’est dangereux -  à une couverture incantatoire - l'innovation résout tout. Nous avons finalement peu de débats sur le fond, alors que cela paraît pourtant fondamental.

Nous sommes tous responsables du fait que nous n'innovons pas énormément en France, en tout cas moins que nous pourrions, ou que nous ne devrions. Peut-être l'innovation découle-t-elle de la nécessité : or nous n'avons pas de drame à régler dans notre pays. Peut-être aussi que dans l'inconnu que représente toute tentative d’innovation, nous tendons à voir le risque plutôt qu'à envisager qu'innover, c'est participer à la création de son propre futur. Ce dernier point est la grande leçon de tout ce que j’ai découvert durant mon tour du monde.

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Ordinateur de l'espace WikiAfrica (doual'art, Douala, Cameroun) affichant l'article sur le Cameroun, par Guillaume WA (Wikimedia Commons)

Le samedi 30 mars, j'ai été invité à participer à la conférence 9 ideas - "9 idées" - qui se tenait à Douala, au Cameroun. Cet événement a réuni des entrepreneurs qui ont partagé leur idées sur le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Cette réflexion collective m'a permis de faire le point sur l'innovation en Afrique.


 

Organisée par Joël Nlepe, un ancien membre de Microsoft d'origine camerounaise, la conférence 9 ideas a donné durant une journée la parole à des entrepreneurs qui ont partagé leur manière de concevoir l'avenir de l'innovation.

J'ai ainsi eu la chance d'entendre Rebecca Enonchong, dirigeante de l'entreprise américaine AppsTech, qui propose des applications à des entreprises pour les aider à se développer. Elle a expliqué que ce qui paraissait sortir de la normalité en Afrique devait être perçu comme une ouverture pour l'innovation. Comme elle l'a dit elle-même :

"Nous voyons une chance dans ce qui ne paraît pas normal. Je déteste quand il se passe quelque chose se passe au Cameroun et que les gens disent :"C'est normal, c'est le Cameroun. Cela ne va pas."

 

Quand une situation n'est pas acceptable, Rebecca Enonchong voit toujours une opportunité à saisir en tant qu'entrepreneur, plutôt qu'un problème impossible à résoudre.

J'ai bien apprécié aussi l'intervention de l'entrepreneur camerounais Fritz Ekwoge, qui s'exprimait sur la question de savoir si il fallait innover pour l'Afrique ou depuis l'Afrique. Selon lui, développer pour l'Afrique aujourd'hui ne sert à rien : le continent n'est plus invisible et les grosses entreprises étrangères commencent à s'y intéresser, et arrivent avec de gros moyens. En revanche, développer depuis l'Afrique est une meilleure chance succès, essentiellement en raison des bas salaires.

Il cite ainsi l'exemple des scammers - ces gens qui nous inondent de mails insupportables et éventuellement dangereux. Selon Ekwoge, ces scammers ont au moins compris ce que signifiait produire depuis l'Afrique pour le reste du monde...

J'ai beaucoup aimé également l'intervention de Jean-Francis Ahanda, qui est en train de développer un système de cartographie réalisé par des volontaires, à partir d'une idée simple. A Douala, les endroits qui ont des adresses ne représentent que 10% de la ville. Avec les téléphones mobiles et en réunissant des données récoltées dans des bases de données, il développe un service qui permet de signaler où sont les pharmacies, les écoles, les églises... C'est un joli projet que j'aime bien pour son côté utile, simple, modeste, collectif, et collaboratif.


En Afrique, on innove désormais comme partout ailleurs

 

Lors de mon tour du monde de l'innovation, Winch 5, j'avais déjà constaté que l'on innove ou que l'on est en mesure d'innover en Afrique comme dans le reste du monde. J'avais évoqué à l'époque le cas de Bright Simmons qui a créé mPedigree à Accra, au Ghana. Cette application permet de distinguer les faux médicaments des vrais. Je tiens également à citer l'exemple de Anne Amuzu, créatrice de NandiMobile, toujours à Accra, qui permet aux entreprises locales d'entretenir une relation avec leurs clients à partir de SMS. 

 

Par ailleurs, de très gros services viennent d'Afrique, il ne faut pas l'oublier. Ubuntu, développée en Afrique du Sud, est ainsi la meilleure interface Linux tandis que M-Pesa est l'un des meilleurs système de transferts d'argent dans le monde. Enfin, il faut évoquer le cas de Ushahidi, un système de crowdsourcing - qui se développe à partir des informations fournies par ses utilisateurs - de l'information géographique et qui compte à ce jours plus de 25.000 utilisations dans le monde.

De nombreux autres projets continuent à apparaître sur le continent africain, avec par exemple Corruption.net, qui permet à  des gens de rapporter de façon anonyme aux médias, par SMS ou par le réseau social Mxit, les cas de corruption auxquels ils sont exposés.

L'innovation est désormais permanente et très active en Afrique. La vraie difficulté, c'est qu'on ne peut pas se concevoir comme un entrepreneur qui ne pense qu'à gagner de l'argent. Bright Simmons m'a ainsi confié que si Steve Jobs avait été africain, il aurait été un entrepreneur social parce qu'en Afrique, il faut toujours contribuer à la création de l'infrastructure.

 

Une différence Afrique francophone/Afrique anglophone

 

Quand on se trouve sur le continent africain, la différence culturelle entre l'Afrique francophone et l'Afrique anglophone revient souvent dans les conversations, avec ce constat : les gens innovent plus du côté anglophone.

Cette différence de culture s'explique par la manière dont se comportent les entreprises face à l'Etat :

  • Côté francophone, on a tendance à attendre que l'Etat règle les problèmes,
  • Côté anglophone, on n'attend pas : on se lance, on créé quelques chose.

 

Il y a également une différence dans la manière dont on conçoit l'entrepreneur et l'entreprenariat des deux côtés de l'Afrique : l'entrepenariat incarne une forme de changement côté anglophone, ce qui n'est pas le cas côté francophone.

Tout n'est pas encore parfait...

 

Je suis donc très optimiste pour le continent africain, mais j'ai quand même trois réserves à émettre :

  • En Afrique, Nous ne pouvons pas encore penser web, puisque celui-ci reste encore trop minoritaire,
  • Au niveau de la question de l'innovation mobile, tout ne va pas être résolu sur la base de développements d'applications. il faut maintenant développer des plateformes, ce qui n'est pas la même chose.
  • Enfin, beaucoup de gens regrettent que l'Afrique ne créé pas un service comme Google ou Facebook. Mais ce n'est pas l'objectif aujourd'hui. Le plus important, c'est de créer un écosystème dynamique avec des entreprises qui réussissent, qui grandissent et qui peuvent avoir un succès mondial. C'est ce vers quoi doivent tendre les entrepreneurs africains dans les années à venir.

 

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La géopolitique des Tics

Etudiants dans l’amphithéâtre Emile Boutmy à Sciences Po Paris, par Knowtex (Flickr/CC)

 

Depuis quelques semaines, je donne un cours dans la prestigieuse école parisienne de Sciences Po. Il est dédié à la géopolitique des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Nous menons avec les étudiants une réflexion sur ce thème. Il s’agit de comprendre l’influence des TIC sur les relations internationales et d’organiser une veille en ligne autour de ces questions.

 

En mars 2012, Ziad Maalouf et moi avons participé à une conférence sur la géopolitique des TICs lors de la quatrième édition du Festival Géopolitique, qui se tenait à Grenoble. Mon collègue de RFI m’avait alors soufflé l’idée de mener un cours sur le sujet.

 

Depuis quelques semaines, c’est chose faite puisque j’enseigne à des étudiants de Sciences Po Paris l’impact des technologies de l’information sur la géopolitique. Nous tenons même un blog en anglais sur le sujet, geopolitech, sur lequel nous postons nos travaux.

 

Un cours qui comble une absence de réflexion sur le sujet des TICs et de la géopolitique

 

L’idée de cet enseignement est de montrer comment le recours croissant aux TICs dans la guerre, l’économie ou encore les mouvements sociaux influe sur la géopolitique mondiale.

 

Pour étudier l’influence des TICs sur les relations internationales, une réflexion a été menée sur de nombreux éléments dispersés - la cyberguerre, le smartpower (le pouvoir intelligent), le printemps arabe - qui prouve notre intérêt pour l’innovation et l’accès aux nouvelles technologies. Mais il n’y a pas encore de vision d’ensemble sur tous ces sujets.

 

J’ai donc décidé d’aborder ces thèmes avec un groupe d’étudiants de la Paris School of International Affairs (PSIA), l’école de politique internationale de Sciences Po. Les cours se font en anglais, et j’ai des étudiants de plusieurs nationalités différentes.

 

De la question du pouvoir à celle de la logique des réseaux sociaux

 

Pour bien comprendre la manière dont j’organise ces sessions, voici quelques exemples de thèmes abordés en classe. Nous avons récemment réfléchi à la notion du pouvoir, avec une vidéo (en anglais) du sociologue espagnol Manuel Castells qui a écrit un livre très intéressant sur la communication et le pouvoir. Il distingue ainsi le pouvoir de donner des ordres du pouvoir d’influencer, et insiste sur le fait que le pouvoir est toujours relationnel.

 

Nous avons complété ces notions avec une session consacrée à la logique des réseaux, leur constitution et les trous structurels, c’est à dire les points qui, dans un réseau, permettent de le mettre en contact avec un autre. Nous avons tenté de répondre à plusieurs questions, comme :

  • Qu’est-ce que la logique des réseaux ?
  • D’où tirent-ils leur pouvoir ?
  • Comment détruit-on un réseau ?

 

Nous avons également mené une réflexion sur le smartpower, ce mélange de soft power (l’influence) et de hard power (les armes traditionnelles). La semaine prochaine, j’animerai une session sur le rôle des réseaux sociaux dans les printemps arabes.

 

Avec ce cours, j’essaye de traiter des sujets dispersés et de leur donner une continuité, de montrer comment ils influencent et modifient les relations géopolitiques traditionnelles.

 

Comment structurer cette pensée nouvelle ?

 

L’idée un peu audacieuse derrière ce projet est de tenter de constituer en six mois un index, une base de données, qui servirait de référence en terme de géopolitique des TICs. Si on arrivait à constituer un index des puissances TICs, cela pourrait être utile à d’autres personnes dans le monde.

 

Comme nous ne pouvons pas travailler sur tous les pays, nous avons retenu trois thèmes de réflexion :

  • Les “grands”, avec les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne,
  • Une comparaison entre des pays ayant fait le choix de plus parier sur les TICs que leurs voisins, et sur comment ce choix peut altérer des relations régionales, avec les exemples du Kenya et de l’Arique du Sud, ou du Chili et de l’Argentine,
  • Une étude sur la manière dont, au Mexique, la société civile et les narco-trafiquants s’affrontent sur le web.

 

Pour classer les pays, nous avons retenu des catégories avec des variables :

  • La connaissance avec, pour chaque pays étudié, le nombre de gens qui ont un doctorat, le nombre de brevets déposés, leur classement dans le Global Innovation Index, un outil développé par une grande école de commerce, l’Insead, et le World Intellectual Property Organization et qui classe chaque les pays du globe en fonction de la place de l’innovation dans leurs économies,
  • L’économie digitale, avec l’argent investi dans ce qu’on appelle le “capital risque” et les revenus des starts up nationales,
  • La pénétration de l’internet, du mobile et du haut débit dans chaque pays,
  • La pénétration des médias sociaux (Facebook, Twitter) et des réseaux locaux - Vkontakte en Russie, Weibo en Chine - qui résistent à ces grands groupes,
  • Les infrastructures (nombres de serveurs, de satellites),
  • Le smartpower, dans lequel nous incluons les groupes de hackers que nous avons pu recenser, les drones (ces avions sans pilote qui mêlent utilisation de l’électronique et de l’information) et la capacité d’un pays à mener des cyber-attaques.

 

Toutes ces variables nous donnent un panorama assez complet de la géopolitique des TICS, avec des données qui permettent de trier les pays en groupes, de les noter et de les classer.

 

Le coup d’envoi à une réflexion d’ensemble

 

A l’arrivée, tout le monde est conscient du fait que les TICs sont de plus en plus importantes dans notre vie de tous les jours. Depuis de nombreuses années, on parle beaucoup de la cyberguerre, des printemps arabes, mais à ma connaissance personne n’a mené de réflexion d’ensemble sur la puissance mesurée en terme de TICs.

 

Je ne pense pas que mes étudiants et moi allons arriver du premier coup à mener un travail qui fasse autorité dans la matière. Mais si ce cours se répète dans les années à venir, peut-être parviendrons nous à contribuer à un cadre de réflexion sur un thème que je trouve significatif, et qui avait été trop peu étudié jusque là.

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iPad 2 with Smart Cover running iMovie, par Robert Scoble (Wikimedia Commons)

 

A l’occasion du Salon du livre, je reviens cette semaine sur les découvertes que j’ai faites durant mon tour du monde de l’innovation concernant la lecture sur les tablettes numériques. Ce nouveau support pose la question des modèles d’écriture à adopter.

Quand je repense à mon tour du monde de l’innovation et à la question du livre numérique, quelques images me viennent à l’esprit :

  • J'ai ainsi été frappé par le nombre de gens qui se servent d'une tablette pour lire dans le métro de Moscou, et dans les avions du monde entier,
  • Je repense également à Yoza, cette application sud-africaine découverte à la conférence Netexplo en février 2013 et qui essaye d’adapter la littérature aux téléphones mobiles, en travaillant sur le format des textes. 31 nouvelles, 18 poèmes et 5 oeuvres de Shakespeare ont déjà été repris et adaptés par Yoza pour les petits écrans de nos téléphones. Entre août et décembre 2012, cette application a généré 575 millions de lectures, 50 millions de commentaires et 200 millions de visiteurs uniques. Tout ces chiffres sont à resituer dans le contexte de l’alphabétisation et de l’initiation à la lecture, très importantes dans ce pays africain.


Quel futur pour le livre électronique ?


Nous pouvions nous poser cette question il y a dix ans, mais plus aujourd’hui tant le livre électronique est omniprésent dans le monde. Pour moi, ce support est à la fois inéluctable et merveilleux. Par rapport au papier, il donne un accès plus commode à plus de textes, et pour moins cher.

 

En quelques années, nous sommes passés de l’ordinateur - pas très pratique pour lire - aux tablettes et même aux mobiles. Aujourd’hui, si j’ai le choix, j’achète plutôt la version électronique d’un ouvrage, en tous cas en anglais. Les prix pratiqués par les éditeurs français et espagnols sont encore trop élevés à mon goût pour le livre électronique.

Mais le papier ne disparaîtra pas pour autant, car il a ses vertus. Je conseille d’ailleurs à mes lecteurs d’aller voir le merveilleux clip de publicité pour le papier toilette de la marque Trèfle, qui traite de manière humoristique de l’avenir du papier. Il montre en tout cas que ce support est irremplaçable...

L’attachement au papier est pour moi comme un vieux vice dont on ne parvient pas à se défaire. J’ai toujours sur moi un carnet et un stylo, même si je m’en sers de moins en moins. J’ai d’ailleurs pris toutes les notes de mon voyage sur un ordinateur. J’ai maintenant toujours un téléphone mobile sur moi et très souvent une tablette. La question qui compte le plus finalement n’est plus celle du support mais de l’écriture qu’il invite à utiliser. Un problème sur lequel de nombreux journalistes devraient se pencher.


Moderniser l’écriture journalistique en fonction des supports

 

Lors de mon récent voyage en avion vers Barcelone, j’ai pris quelques journaux pour passer le temps. J’ai ainsi lu Libération et le Monde, et je me suis aperçu que si le contenu de ces quotidiens m’intéressait, ces supports papier me sont tombés des mains, et je crois savoir pourquoi :

  • Tout d’abord au niveau du journal, j’ai trouvé qu’il y avait trop de choses dans un même quotidien. J’établis une comparaison avec les CD d’antan : aujourd’hui, nous achetons les morceaux de musique un par un, alors qu’il nous fallait auparavant acheter tout un album pour écouter un ou deux titres. Pourquoi ne pas faire la même chose dans les journaux, et n'acheter que les articles qui nous intéressent ?
  • Au niveau de l’article, je trouve que dans un papier, il y a trop de mots alors que seule une partie m’intéresse, et je n’ai pas de repères pour trouver exactement ce que j’ai envie de lire.

Je suis convaincu qu’on a besoin de changer d’écriture, pas seulement en se souciant du multimédia et des hypertextes, mais en tentant de modifier directement les techniques d’écriture.

Kindle 3, par kodomut (Flickr/CC)


Les écritures possibles sur les supports numériques

 

Il faut chercher les meilleures manières d’écrire pour être à la fois lisible et précis sur les tablettes. Pour le moment, quatre éléments me viennent à l’esprit qui pourraient nous aider à remplir ces deux conditions :

  • Les bullet points : au lieu d’avoir des textes rédigés et des phrases longues, nous aurions un article structuré par des points placés avant le texte, plus facile à lire.
  • La mise en avant du contexte : dans les articles que je lis, je voudrais avoir des éléments sur le moment et le lieu qu’il faut que je comprenne pour savoir apprécier l’histoire qu’on me raconte. Par exemple, un article sur les hackers chinois se comprend par le contexte de la décision du gouvernement américain d’envisager les cyber attaques pour anticiper les intrusions dans son système informatique.
  • Les tendances : j'ai envie qu'on m'explique où mène un nouveau fait d’actualité par rapport à la situation antérieure. Par exemple, le voyage de Obama en Israël augmente-t-il les chances d’une attaque israélienne contre l’Iran ? Le plan de sauvetage des banques pour sauver l'économie de Chypre augmente-t-il les chances d’un rejet populaire de la communauté européenne ? Ces questions sont souvent plus importantes que les faits, que nous connaissons tous parce que nous les trouvons facilement en ligne.
  • Toutes ces informations devraient être annoncées sur un seul écran a partir duquel la visualisation des éléments seraient facilitées, et où le lecteur pourrait aller où il veut.

J’ajoute deux éléments :

  • Toutes ces informations sont dans les bons journaux aujourd’hui, mais leur style d'écriture n’a pas changé,
  • Je propose donc que nous gardions ce style pour certains articles (reportages et vraies histoires) qui le méritent, mais pas pour l’information chaude.

Il faut tenter bien sûr, faire des expériences. Je rêve d’avoir les ressources pour y travailler avec d’autres… mais j’ai peur qu’il ne faille attendre encore un bon moment, en tout cas en France et en Europe. J’aimerais bien savoir ce qui se concocte en Chine et au Japon où l’écriture ET le rapport à la technologie sont différents. C’est peut-être de là que viendra l’inspiration pour révolutionner l’écriture que nous utilisons comme journalistes.

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Uhuru Kenyatta exhibant le certificat de la Commission électorale qui officialise sa victoire à l'élection présidentielle (REUTERS/Noor Khamis)

Lors de la toute récente élection présidentielle kenyane, le système de vote électronique n'a pas fonctionné. Une panne particulièrement grave dans un pays qui avait connu de sérieuses violences lors de sa dernière élection présidentielle de 2007. Cet échec est également un message négatif envoyé à tout ceux qui voient dans le Kenya un modèle pour l'Afrique dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC). 

(Ci-dessous la version écrite de la chronique de Francis Pisani, éditée par Pierrick de Morel)

En termes politiques, l'élection présidentielle au Kenya a été gagnée par Uhuru Kenyatta, fils de Jomo Kenyatta, l'homme considéré comme le fondateur de la nation. Le nouveau président du pays est actuellement en attente de jugement par la Cour Pénale Internationale (CPI) en raison de son implication présumée dans les violences causées lors des dernières élections générales, en 2007. Elles avaient fait plus de 1.000 morts et entraîné le déplacement de 300.000 personnes

 

Le point le plus important, c'est que cette élection a eu lieu sans violence notable. Les observateurs de l'Union Européenne ont même félicité l'organisme chargé du scrutin, tout en notant que la transmission électronique des résultats par les bureaux de vote n'avait pas bien marché. En fait, il a fallu attendre cinq jours pour connaître les résultats officiels qui devaient être publiés en moins de 48 heure. Plusieurs raisons expliquent ce dysfonctionnement majeur :

  • Le premier niveau d'explication est assez simple : au lieu d'être transmis électroniquement, les résultats de chaque circonscription ont du être apportés par le responsable local au siège de la commission électorale.
  • A Kisumu, troisième ville du pays, l'informaticien de la commission électorale régionale a expliqué à l'AFP : "Les serveurs se sont plantés et nous avons été incapables de transmettre".
  • A cela il faut ajouter que pendant les deux premiers jours le nombre de bulletins nuls était multiplié par huit à la suite d'un bug
  • Et des rumeurs selon lesquelles le système aurait été hacké.


Bref : le Kenya a connu une élection pacifique – ce qui compte - mais la technologie sur lequel le pays comptait ne semble pas avoir été au rendez vous. Avant de poursuivre, je tiens à préciser je n'étais pas au Kenya lors des dernières élections présidentielles, et j'ai lu plusieurs articles et billets de blogs qui sont sans doute toutes partisans, même quand ils ne le disent pas.


Comment expliquer ce dysfonctionnement ?


Le système utilisé lors de ses élections kenyanes reposait sur l'identification biométrique des inscrits, et un système de transmission des résultats simple dans son principe : chaque bureau de vote – il y en avait 33.000 – disposait d'un téléphone mobile avec une application permettant de transmettre les résultats provisoires à des serveurs chargés de les rendre publics localement et au niveau national. Une belle idée pour qui cherche des élections transparentes dont le résultat est connu rapidement, mais le système n'a finalement pas marché.
Je dois d'abord préciser que les accusations de hacking ne semblent pas fondées. Un des responsables de la sécurité du système affirme avoir constaté deux attaques, et les avoir repoussé toutes les deux.

 

J'en viens maintenant à l'explication de fond. La plus complète et la plus documentée est fournie par Erik Hersman sur son blog WhiteAfrican [lien défectueux au moment de la publication de cet article]. Je rappelle qu'Hersman est un des créateurs d'Ushahidi, et un des fondateurs du iHub de Nairobi dont j'ai déjà souvent parlé.

 

Publiée en ligne pour que tout le monde puisse la voir et y participer, cette documentation revient sur l'organisation de l'élection et met en avant la participation de Safaricom - le principal opérateur téléphonique kenyan - et de Google, qui ont fourni l'un les cartes Sim pour les mobiles et l'autre les sites pour la publication des résultats. Les deux semblent avoir donné à Erik Hersman des explications satisfaisantes sur les processus suivis et sur ce qui a marché ou pas. En fait, selon Hersman, le problème vient moins de la technologie que de l'organisation du scrutin :

  • Il estime que la technologie était simple et que les entreprises participantes ont fait leur travail.
  • Mais il est convaincu qu'il s'agit d'un excellent cas, je le cite, "d'échec de gestion du processus".
  • Il donne comme exemple le fait que le système a été mis en place très tard : en moins de deux mois

 

La position du Kenya comme pôle avance du développement des TIC en Afrique remise en cause 


Un blogueur du nom de Moses Kemibaro écrit que le plus grand perdant de l'élection présidentielle était la technologie. Il l'attribue à une manifestation de plus de la loi de Murphy, à savoir que "si une chose peut mal tourner, elle tournera mal infailliblement". Il regrette que, dans ce pays qui aspire au rôle de leader continental en matière de technologies de l'information, les résultats finaux aient du être réunis et comptés manuellement. Un comble.

 

Hersman par contre attribue les failles à la gestion du processus. Mais il faut aller plus loin pour en comprendre les raisons.

  • La première est le manque de moyens dénoncé par certains blogueurs.
  • La seconde est le fonctionnement bureaucratique et la difficulté d'adapter la lenteur administrative au rythme des technologies de l'information.
  • La troisième, soulignée par Hersman, est le manque de transparence du processus que l'on peut attribuer plus au manque d'habitude et à la négligence qu'à une intention de nuire. Mais il est vraisemblable qu'Hersman soit naturellement enclin à dire que les développeurs ont fait leur boulot et que les bureaucrates l'ont, volontairement ou pas, saboté.


Ma conclusion personnelle – sur la base de ce que j'ai lu – est que si l'on sépare la technologie du reste, Hersman semble avoir raison : le processus n'a pas été assez transparent. C'est sans doute une erreur qu'il ne faut jamais commettre.

 

J'aurais personnellement tendance à attribuer l'échec à un problème trop fréquent : le manque d'attention que nous portons au contexte qui se rappelle toujours au bon souvenir de ceux qui l'ignorent. C'est une bonne leçon pour qui veut suivre le développement des TIC et pas seulement en Afrique.

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Roman couple par Ed Yourdon (Flickr/CC)

Un nouveau réseau social paradoxal vient de faire son apparition. Pourquoi paradoxal ? Parce qu'à la différence de Facebook ou de Twitter, l'utilisation de cette application est limitée aux couples. 

 

Pair est une toute nouvelle application, créée dans la Silicon Valley par un Canadien qui voulait rester en contact avec sa petite amie vivant à l'autre bout du continent. Parmi les trouvailles amusantes de ce nouvel outil, il faut savoir par exemple que si les deux utilisateurs appuient en même temps sur la même zone de l'écran de leurs téléphones respectifs, les appareils se mettent à vibrer. Ils appellent ça un "baiser du doigt".

 

Pair est donc une application pour des réseaux sociaux limités à deux personnes, une idée géniale pour les couples qui vivent loin l'un de l'autre. Cependant, personne ne semblait croire qu'une telle idée pouvait marcher.

La société qui a créé Pair s'est servie des plus de 4 millions de dollars d'investissements qu'elle a reçu l'an dernier pour acheter Cupple, une application créée en Grande Bretagne et qui avait été la première à se lancer sur le marché de la communication à distance entre membres d'un couple. Les commentaires laissés par les utilisateurs sur iTunes étaient plus favorables pour Cupple qu'à Pair, mais comme cette dernière disposait de plus d'argent, il y a donc eu un mariage de raison, et le résultat de cette belle union s'appelle Couple.


La montée en puissance des "petits" réseaux sociaux"


En réalité, il existe d'autres applications qui permettent de faciliter la communication en distance. J'en ai détecté au moins trois : Duet, Avocado et Between ,une application coréenne dont j'ai rencontré un des créateurs à Séoul en Corée et dont nous avons déjà parlé. Elle se distingue un peu des autres par le fait qu'elle insiste sur la capacité de garder des souvenirs, qu'elle réunit sous la forme d'albums téléchargeables. Elle a beaucoup de succès : en juillet dernier, elle avait déjà un million de téléchargements. On parle maintenant de plusieurs millions. Mais (et c'est une énorme différence) plus de 90% des utilisateurs de Between se trouvent en Asie.


Tout ceci confirme ce que j'avais dit en présentant Between, à savoir qu'on assiste actuellement à la montée des petits réseaux, ce qu'on appelle maintenant les réseaux privés dont Path (qui limite le nombre de membres à 150) est le plus connu. Certains analystes commencent à dire que 2013 verra l'explosion de tels réseaux limités voir intimes.

 

Un succès qui s'explique par une "fatigue de Facebook"


Une enquête publiée au début du mois de février sur l'évolution des usages aux Etats-Unis (réalisée par le Centre Pew pour l'étude de l'internet) illustre en quelques chiffres simples une forme de lassitude des utilisateurs du réseau social créé par Mark Zuckerberg :

  • 67% des Américains sont sur Facebook
  • 20% des adultes connectés à l'internet ont déclaré avoir renoncé à utiliser Facebook après l'avoir pratiqué, alors que 8% des adultes qui ne l'ont pas encore utilisé ont l'intention d'essayer.
  • 61% d'entre eux ont affirmé s'être éloigné de Facebook – avoir pris des vacances en quelque sorte – pendant plusieurs semaines. Les raisons invoquées vont du manque de temps à la fatigue face aux commentaires stupides. Mais à peine 4% évoquent le nom respect de la vie privée.
  • Plus intéressant encore : 27% des utilisateurs de Facebook envisagent de passer moins de temps sur le site en 2013, et 3% seulement d'y passer plus de temps. Mais le site n'est pas sur le point de disparaître pour autant, puisque les 70% restant ont l'intention d'y consacrer le même temps.

 

Je vois en fait un double problème, en tous cas aux États-Unis : les gens commencent à se lasser de Facebook, alors qu'il est de plus en plus difficile de trouver de nouveaux membres, d'une part, et que d'autre part le passage au mobile n'est toujours pas très convaincant.

 

Facebook en retard sur les mobiles ?


Mark Zuckerberg, le fondateur et patron de la société, a récemment déclaré : "En 2012 nous avons connecté plus d'un milliard de personnes et nous sommes devenus une compagnie mobile." Deux arguments forts vont dans ce sens : Facebook a déboursé 1 milliard de dollars pour acheter Instagram ET la pub sur le mobile correspond maintenant à 23% de leurs recettes contre 14% l'an dernier. Comme le dit le consultant américain Jeff Bulas : Facebook fait des progrès dans le mobile. La question est de savoir si ces progrès sont suffisants.


Fin 2012, le nombre de connexions quotidiennes à Facebook à partir d'un mobile a pour la première fois dépassé les connexions depuis un ordinateur. En fait, toute la question posée quand on compare avec des sites comme les asiatiques WeChat, KakaoTalk et Line - dont j'ai déjà parlé - est de savoir si on peut obtenir les mêmes résultats en passant de l'ordinateur au mobile qu'en concevant tout le service pour et à partir du mobile.
J'aimerais terminer avec un chiffre qui confirme l'importance du problème et que je trouve hallucinant :

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New York Times Tower seen from streetlevel, par Dan DeLuca (Wikimedia Commons)

 

Jeudi 31 janvier, le New York Times a déclaré que son système informatique avait été attaqué de façon régulière au cours des quatre derniers mois par des hackers chinois. Ces attaques sont liées, selon le grand quotidien, à la préparation et la publication d'une enquête sur la fortune cachée du Premier ministre chinois Wen Jiabao. Ce piratage n'est pas un acte isolé, d'autres groupes de presse sont concernés. Je vous propose de revenir sur cette histoire édifiante.

Quatre grands médias américains ont été récemment victimes de plusieurs attaques informatiques, toutes liées au même sujet : les enquêtes de journalistes sur la corruption au sommet de l'appareil chinois.

  • Le New York Times, le Wall Street Journal et l'agence Bloomberg ont été victimes d'une attaque pour contrôler leur couverture, qui s'est intensifiée ces derniers mois avec des enquêtes de journalistes américains sur les fortunes de la famille du premier ministre et du nouveau secrétaire général, Xi Jinping, 
  • Le site de CNN a ensuite été rendu inaccessible pendant plusieurs minutes, juste après qu'une journaliste a raconté l'attaque contre le New York Times.

 

L'attaque que nous connaissons le mieux est celle dont le NYT a été victime, car le journal y a consacré un long article, détaillant ce qui s'est passé et comment ses journalistes ont réagi :

  • L'attaque a commencé au moment de la préparation de la publication de l'article sur le nouveau secrétaire général chinois Xi Jinping, qui devrait bientôt devenir président de l'Empire du milieu.
  • Elle s'est servie de serveurs d'universités américaines préalablement infectés.
  • Elle a créé des programmes spéciaux pour suivre de près les échanges de mails entre les deux journalistes les plus impliqués dans l'enquête.
  • Elle aurait pu s'attaquer à toute l'infrastructure informatique du NYT, mais n'en a finalement rien fait.

Il semble en effet que ce qui intéresse les pirates, c'est de contrôler l'image de la Chine à l'étranger, et les gens qui diffusent des informations qui ne plaisent pas au gouvernement. Toutes les pratiques détectées correspondent à des pratiques de hackers chinois liés au gouvernement, et connues.

 

Comment une institution comme le NYT a-t-elle pu ne pas voir venir cette attaque ?


Le New York Times a dit utiliser le système anti-virus de Symantec. Le problème, c'est que sur 45 attaques différentes, la technologie en question n'a pu en détecter qu'une seule. En fait, les Américains se sont méfiés parce que le gouvernement chinois avait dit que leur enquête "aurait des conséquences". C'est alors qu'ils ont mis la compagnie ATT et le FBI au courant, et qu'ils ont détecté des actions suspectes dans leur système.

Computer Data Output par JoshuaDavisPhotography, via Flickr CC

La question qui nous concerne tous devient donc : comment se fait-il que Symantec n'ait rien vu venir ? La réponse est à la fois simple et inquiétante :

  • Les programmes anti-virus scannent les contenus qui passent par un ordinateur ou un serveur pour y trouver des lignes de code correspondant à ce qu'on a déjà trouvé dans des logiciels agressifs qu'on appelle "malware" ou software malveillant.
  • Mais il y a une fenêtre dangereuse, celle qui sépare le moment où les hackers détectent une faiblesse dans un navigateur ou un programme et celui où une protection est trouvée et installée. Le fait de tirer parti de telles faiblesses est ce qu'on appelle un "zero day exploit", un exploit du jour zéro. Un joli nom.
  • Ce genre d'exploit est, par définition, indétectable par les programmes qui détectent ce qui est déjà connu.

 

Les leçons à tirer de ce genre d'attaques


J'ai lu avec intérêt un article du journal britannique le Guardian qui dit que nous devons apprendre à distinguer entre trois types de hackers. Il précise d'abord que le mot n'est plus vraiment utilisé par les gens qui s'amusent à trouver les faiblesses des systèmes informatiques : il s'applique maintenant de plus en plus à ceux qui s'infiltrent sans l'autorisation des propriétaires.

 

L'article distingue trois couches : les amateurs, les commerciaux et les professionnels liés aux gouvernements.

  • L'exemple qu'il donne dans la catégorie "amateurs" est Anonymous. Ils sont les plus connus mais pas nécessairement les plus sophistiqués. Charles Arthur, l'auteur de l'article, estime qu'ils sont moins compétents qu'ils ne croient. Et j'ajoute qu'ils ont un côté Robin des bois qui peut plaire.
  • Le deuxième groupe est composé de ceux qui attaquent les systèmes informatiques pour en tirer des informations - genre numéro de cartes de crédit et mots de passe - qu'ils vendent. C'est une source considérable de revenus.
  • Le problème le plus sérieux vient des hackers les plus compétents qui travaillent souvent pour des gouvernements, voir pour leurs forces armées ou leurs services d'intelligence comme la National Security Agency des Etats-Unis, le MI6 britannique ou le Mossad israélien, sans oublier les services français, iraniens, allemands et autres. C'est à eux qu'on doit les attaques les plus destructives comme Stuxnet contre l'Iran ou Red October contre les sites d'information de 39 pays dont nous avons parlé récemment.

 

Je voudrais ajouter, pour terminer, que j'ai été fasciné en faisant ces recherches de découvrir qu'il y a un commerce des "exploits de jour zéro". Certaines entreprises sont spécialisées dans la détection de telles faiblesses et les revendent - souvent au plus offrant - entre 15 mille et 250.000 dollars. Une des plus connues est française et s'appelle Vupen.com. Ils se sont fait connaître en gagnant un concours organisé par Google pour trouver des faiblesses dans Chrome. Mais ils ont refusé le prix de 60.000 dollars en déclarant qu'ils préfèraient réserver l'information pour leurs clients.

 

De fait, selon le site Slate, ils vendent leurs informations à plus de 60 pays qui sont membres ou partenaires de l'OTAN. Mais certains activistes américains les accusent d'être trop laxistes avec ce que l'un d'entre eux appelle "les balles de la Cyberguerre". Il s'agit en fait d'un commerce trop lucratif pour être facile à réglementer.

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Connaissez-vous la conférence DLD ?

Je reviens de Munich où se tenait la conférence DLD, une sorte de TED à l'européenne, avec un bon mélange de technologie, de problèmes concernant le style de vie et la santé et, bien entendu, de business pur et dur. L'occasion de vous faire part des présentations et idées qui m'ont intéressées.

Digital Life Design

De la même façon que TED veut dire Technology, Entertainment Design – soit technologie, loisirs, design – DLD signifie Digital, Life ou vie, Design. Elle est co-dirigée par Hubert Burda, un magnat de la presse allemande et par Yossi Vardi l'investisseur israélien. C'est la première fois que j'y étais invité et j'ai bien aimé le fait qu'il y a moins de monde que dans d'autres conférences du même genre: autour de mille. Ça donne une atmosphère plus intime qui permet de mieux réfléchir et s'émerveiller.


L'attention au style de vie est un bon choix car il nous concerne tous. J'ai apprécié une présentation du Professeur californien Ornish pour qui une modification du style de vie comprenant exercices légers, régime plutôt végétarien, méditation ou yoga contre le stress et beaucoup d'amour permet de réduire le diabète, le cancer de la prostate et la tension artérielle. Ça peut faire sourire mais il fournit plein d'études plutôt convaincantes.


Un des moments qui m'ont le plus surpris c'est quand Esteher Dyson une des gourous digitales les plus sérieuses a sorti de son oreille, sur scène, une oreillette qui projette une lumière bleue dans ses tympans. Une technologie finlandaise qui permet, selon elle, de combattre le décalage horaire. L'entreprise s'appelle Valkee et affirme qu'en dirigeant une lumière brillante sur certaines zones sensibles du cerveau on obtient un effet comparable à celui du soleil. Il paraît que ça met de meilleure humeur l'hiver. Autant dire qu'ils ont un bel avenir et pas seulement dans les pays nordiques quand on voit le gris et le froid qu'il fait à Paris en ce moment.


Faut-il limiter les technologies?


Une des meilleures discussions de DLD s'intitulait Cybergerre, crimes et sécurité. Elle réunissait les représentants de deux des plus grosses boîtes mondiales de sécurité informatique Eugene Kaspersky, le patron de la fameuse entreprise de logiciels anti virus du même nom et Mikko Hypponen de F-Secure, une entreprise finlandaise. On a le droit d'être sceptique quand des gens qui prospèrent en nous vendant de quoi nous protéger disent que nous sommes menacés. L'ennui c'est qu'ils ne manquent pas d'arguments, même Karspersky qui s'est présenté comme l'expert en matière de cybersécurité "le plus paranoïaque du monde".

C'est Karspersky qui vient de découvrir à la mi-janvier le virus Red-October (octobre rouge) qui a opéré incognito pendant 5 ans dans 39 pays. La quantité d'information détournée d'ambassades, de laboratoires, de centrales nucléaires et autres entités d'importance géopolitique se chiffrerait en centaines de milliers de gigaoctets. Ça n'est pas de la guerre lui a rétorqué Hypponen mais de l'espionnage, une activité à laquelle se livrent tous les gouvernements depuis qu'ils existent.

Le problème – ils étaient tous les deux d'accord - est que les logiciels sont maintenant capables de détruire des machines et sont utilisés dans des activités de guerre. C'est le cas par exemple de Stuxnet qui a permis de mettre à mal les centrifugeuses Siemens de centrales atomiques iraniennes. En fait tout cet arsenal devient si compliqué que Kaspersky, pour nous le faire comprendre, a comparer les premiers virus a des bicyclettes / stuxnet à une navette spatiale et Red October à la station spatiale capable de rester des années dans l'espace.


Les deux spécialistes estiment, et c'est ça qui compte, qu'une attaque aux conséquences dramatiques est une question de temps. Karpesky se pose même la question de savoir si nous ne devrions pas mettre une limite à toutes ces technologies.

Prezi : de la présentation à la discussion


J'ai personnellement beaucoup apprécié la participation de Peter Arvai le suédois-hongrois co-fondateur de Prezi l'outil de présentation qui commence à sérieusement bousculer PowerPoint et Keynote. Il est intéressant pour deux raisons.

D'abord par son histoire. Né en Suède de parents hongrois il a lancé sa boîte à Budapest, mais, convaincu qu'il ne pourrait percer que s'il était capable de conquérir le marché américain il est allé s'installer à Silicon Valley. La logique est imparable: c'est le pays, a-t-il dit, où l'on fait le plus de présentations avec support visuel. C'est une question de masse critique. Si l'on convainc 2% du marché américain – ceux qu'on appelle les early adopters, qui adoptent une technologie dès qu'elles sort - ça fait beaucoup plus de monde que 2% de la Hongrie. Sans oublier que le développement en Europe est en outre limité du fait de la multiplicité des langues.


Et puis, dans un entretien que j'ai eu avec lui il m'a expliqué que si, pour raconter une histoire on peut passer de façon linéaire, comparable à ce qu'on fait avec PowerPoint d'un point à l'autre du grand canevas qu'est une présentation Prezi on peut aussi, montrer l'ensemble et s'en servir comme base de conversation, de discussion. C'est sur cette base qu'ils ont conçu leur nouveau service Prezi meeting un outil pour les sessions de brain storming. Il présente ça comme la nouvelle génération de tableau noir (ou vert, ou blanc) virtuel et comme "un moteur à innovation".

C'est en tous cas une jolie formule et j'ai très envie d'essayer cet outil, pas vous?

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Startup Telepresence Roundtable at DC's AT&T Innovation Center par TechCocktail, via Flickr CC

 

Aujourd'hui, je me penche sur la question de l'innovation avec ce constat : nous devons changer la manière dont nous concevons le progrès. Une remarque qui vaut avant tout pour les grosses sociétés et entreprises françaises.

Changer la conception de l'innovation au coeur de nos entreprises

 

Nous savons que les grosses entreprises ont du mal à innover parce qu'elles doivent d'abord préserver leurs acquis. Se remettre en question, changer de cap, est difficile pour ces sociétés. A cela il faut ajouter qu'en France, on tend à réduire l'innovation à sa dimension technologique :

  • C'est d'autant plus incompréhensible que l'OCDE, l'organisation internationale qui regroupe les pays occidentaux les plus développés, retient quatre domaines d'innovation : les produits et services, les procédés, la commercialisation et l'organisation.
  • A cela nous pouvons ajouter que depuis Apple et les succès de l'entreprise californienne IDEO, nous savons que le design joue un rôle considérable. Il a même donné lieu à une méthode pour innover : le design thinking.

 

Mais ce n'est pas tout : par tradition, nous avons affaire en France à des entreprises encore plus hiérarchisées qu'ailleurs, plus structurées, moins horizontales et moins flexibles. Or on sait qu'une des caractéristiques des entreprises innovantes, c'est la légèreté de leurs structures hiérarchiques, l'ample degré d'initiative laissé aux employés et le fait qu'on encourage la prise de responsabilité.

 

Il y a aussi, bien sûr, l'invitation à contester l'autorité et la tolérance à l'erreur, voire l'encouragement, car qui ne se trompe pas n'a pas essayé d'innover d'une façon assez audacieuse. Changer notre conception de l'innovation passe par une remise en cause du mode de fonctionnement de nos entreprises : nous devons passer d'une approche hiérarchique, institutionnelle et fondamentalement technologique à une conception plus souple, plus horizontale, plus écosystémique (liquide ?).

 

Le numérique, omniprésent dans le monde entier, n'est plus un critère de l'innovation

 

Depuis la fin de mon voyage autour du monde de l'innovation, j'ai tenu plusieurs conférences et j'ai parlé avec beaucoup de gens. La majorité des personnes que j'ai rencontrées tend à me dire qu'elle fait un gros effort pour la digitalisation de leur entreprise ou, comme elles le disent elles-mêmes, pour "passer au numérique". Il se trouve que le "numérique", le "digital", est maintenant présent dans le monde entier. Le fait qu'il y a 6 milliards de cartes SIM en circulation montre que la plupart des humains de plus de 5 ans sont maintenant connectés. En être à se connecter me paraît donc révélateur du fait qu'on est en retard.

 

C'est pour cela que je pense que l'innovation est le nouveau digital. Les gens à la pointe mettent l'accent sur l'innovation plutôt que sur le passage au digital. Les gens me répondent alors : "mais nous innovons". Certes, mais les entreprises innovent depuis très longtemps ! Mais je crois qu'elles ne le font pas d'une manière convaincante. En tout cas, je ne vois pas beaucoup de résultats enthousiasmants. Rien n'est cependant plus difficile que de convaincre quelqu'un de changer quelque chose qu'il est convaincu de faire bien. Et beaucoup de Français sont facilement convaincus qu'ils font les choses plutôt bien, en tous cas mieux qu'ailleurs.

 

Quelles solutions pour innover mieux ?

 

Pour changer notre conception de l'innovation, il y a des éléments à partir desquels nous pouvons travailler. Le premier est une réalité : il y a des startups en France et des gens qui font exactement la même chose, avec la même volonté, le même enthousiasme et la même inventivité qu'ailleurs. Le second est le concept d'innovation ouverte et distribuée développé essentiellement par deux professeurs américains : Henry Chesbrough de Berkeley et Eric Von Hippel de MIT. Ils ne travaillent pas ensemble mais se complètent. Je retiens trois idées de ce que j'ai lu de leurs travaux.

  • L'idée centrale de l'innovation ouverte c'est que les entreprises (et pas seulement les françaises) ne peuvent plus se contenter de leurs employés et de leurs procédés pour innover. Elles doivent s'ouvrir à leurs clients et à leurs partenaires.
  • A cela il faut ajouter que l'innovation étant distribuée partout, il faut démocratiser les processus et s'ouvrir à des startups qui ne sont ni clients ni partenaires mais qui innovent.
  • Le troisième élément est que les technologies de l'information facilitent considérablement la collaboration avec des gens extérieurs, même s'ils sont loin.

 

Ce que je retiens de mon voyage Winch 5, c'est que l'innovation est distribuée globalement et que le pool de gens avec lesquels on peut travailler est considérable et varié. Je voudrais enfin terminer ce billet par deux idées simples :

  • La première est que les entreprises qui veulent innover sans tout bouleverser peuvent le faire en créant des espaces d'innovation virtuels et réels, où leurs employés peuvent rencontrer des innovateurs sans relation avec la boîte. J'en ai visité un de ce type hébergé par Samsung à Séoul
  • La seconde est qu'aujourd'hui, le processus d'ouverture doit être planétaire et pas seulement national, pour la bonne raison qu'on innove partout. Les innovations circulent et peuvent nous surprendre : autant donc anticiper.

 

L'avantage de cette approche, c'est qu'elle permet d'avancer tout de suite en remettant à un peu plus tard les bouleversements organisationnels dont je reste convaincu qu'ils sont indispensables.

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Detail of Google Glass par zugaldia, via Flickr CC

2013 vient tout juste de débuter, mais j'ai déjà repéré quelques tendances qui vont marquer l'année à venir. Voici quelques unes des innovations que je considère comme importantes pour la nouvelle année qui débute.

Inévitable et déjà présente, la première devrait marquer l'année mais pas seulement, puisque cette évolution concerne la décennie et même le siècle : il s'agit des robots. Ce n'est pas une nouveauté, mais une réalité qui prend beaucoup d'importance.

Les robots font déjà partie de notre vie quotidienne. C'est en tout cas ce que constate le Boston Globe, qui dresse une série d'exemples parmi lesquels je retiens :

  • Siri, le logiciel de l'iPhone qui opère comme une sorte de valet de Starwars, mais qu'on peut porter toujours sur soi,
  • Les drones, ces avions sans pilotes utilisés dans les guerres d'aujourd'hui et de plus en plus dans la vie civile et économique.

 

L'important, c'est que nous ne pouvons plus les regarder comme des objets de science fiction : les robots effectuent désormais des tâches industrielles et sont même utilisés dans les services. Au point que certains – comme le célèbre économiste Jeffrey Sachs - commencent à nous annoncer une "misère à long terme" due au fait qu'ils suppriment des emplois.

 

Kevin Kelly, un des fondateurs de Wired, affirme qu'avant la fin du siècle, ils auront enlevé leur emploi à 70% des travailleurs américains, toutes industries confondues. Mais comme il est le chef des techno-optimistes, il nous invite à les laisser faire et à nous consacrer à des choses vraiment importantes, comme l'art et la création.


Ceci dit, j'ai bien apprécié la remarque de Cory Doctorow, écrivain de science-fiction, pour qui la question la plus importante est, je cite : "Une fois que la technologie crée de l'abondance, quelles sont les possibilités pour en distribuer les fruits de manière plus équitative ?"

 

Les objets : supports majeurs des innovations en 2013


J'ai également retenu une autre évolution importante pour 2013 (et qui aura un effet plus immédiat que l'impact des robots à la fin du siècle) avec la question des objets. La première tendance forte concerne les voitures de plus en plus intelligentes, et de plus en plus connectées à l'internet.

  • Cela va des cartes sophistiquées, accessibles en temps réel sur le tableau de bord aux voitures sans chauffeur et qui commencent à circuler du côté de Silicon Valley,
  • A cela, il faut ajouter l'achat pour 500 M$ par Avis de la compagnie Zipcar - la version AutoLib américaine.

 

C'est une indication majeure du fait que les voitures tendent à devenir des services plus que des objets : nous nous intéressons moins à la possession et plus à l'usage. J'apprécie ainsi tout particulièrement le fait que l'application pour téléphone mobile joue un rôle essentiel dans la mesure où elle permet aux utilisateurs de savoir où ils peuvent trouver un véhicule ou une place de parking.

A cela, il faut ajouter les imprimantes 3D qui commencent à être à la portée des particuliers :

  • Aux États-Unis on parle beaucoup de Form1 lancé sur Kickstarter et qui devrait coûter 2.300 dollars (1800 €)
  • A Hong Kong, j'ai rencontré Jonathan Bufford qui en fabrique pour 300 dollars (environ 230 €).

 

Toujours sur la question des objets, n'oublions pas la Google Glass, les lunettes Google qui permettent d'être connecté et de communiquer en permanence au point de faire de nous presque des cyborgs, ces mélanges d'humains et de machines intelligentes. Enfin, un dernier objet me paraît fabuleux, et devrait arriver dans les semaines qui viennent : la LeapMotion, une petite boîte que l'on met devant son ordinateur.

Vidéo de présentation de la Leap Motion, via You Tube

Elle fonctionne un peu comme kinect et nous permet de donner par geste – des mains et des doigts - des instructions à la machine. Finies les souris mais, pour ce que j'ai cru comprendre, le clavier peut-être encore utile. En tous cas, ce système ressemble étrangement au film Minority Report et on peut l'avoir chez soi. Ça vaut 76 dollars et… j'en ai commandé une.

 

Une incitation à consommer ?

 

Ceux qui me lisent se demandent peut-être si les technologies que j'évoque ne constituent pas avant tout une incitation à la consommation... Disons qu'elles sont une opportunité fabuleuse pour les marchands d'objets de gagner beaucoup d'argent. Mais nos lecteurs savent qu'elles servent aussi à résoudre les problèmes du monde, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne servent pas à en créer, comme nous l'avons déjà vu et comme nous en reparlerons bien évidemment.

A propos de leur utilité humanitaire, j'ai lu avec beaucoup d'attention que Google vient de donner 5 M $ à une jeune entreprise sans but lucratif appelée Charity:Water qui installe des pompes à eau potable un peu partout dans le monde.

  • Le besoin est considérable puisqu'une personne sur 9 n'a pas accès à de l'eau buvable, et l'objectif est de le leur fournir.
  • Le projet Google consiste à doter de capteurs 4.000 puits installés en Afrique pour mesurer l'efficacité des pompes et dans quelle mesure elles continuent à fonctionner.
  • Cela devrait permettre à Charity:Water de s'assurer et de montrer aux gens qui lui donnent de l'argent que ses projets sont durables et servent à quelque chose.


Un article récemment publié dans le Daily Caller – un site d'information dont certains disent qu'il est la version conservatrice du Huffington Post – explique que l'initiative de Google est une nouvelle forme de philanthropie :

  • Au lieu d'intervenir sur des "secteurs" comme le fait la fondation Gates avec la malaria, elle cherche à repérer des technologies susceptibles d'avoir un véritable impact social.
  • Au lieu de chercher des institutions ayant fait leurs preuves elle accepte le risque inhérent à toute innovation tout en se donnant le moyen de vérifier leur efficacité réelle.
  • C'est ce qu'on appelle le "risque informé". Un concept auquel nous avons tous intérêt à réfléchir.
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Le bilan de mon année aux quatre courbes du monde

 

J'ai passé une année extraordinaire, aux quatre courbes du monde. En même temps que je reconnais le poids de mon empreinte carbone, je dois confesser que j'adore sillonner la planète et me rendre dans des lieux dont je rêve depuis des décennies. C'était la première fois que je mettais le pied en Afrique sub-saharienne et ça a été une de mes plus grandes sources d'émerveillement dans le domaine des TIC. C'est aussi la première fois que j'ai pu entrer en Chine, que je n'avais pas pu visiter, alors que je ne vivais pas loin, en 1967 à cause de la révolution culturelle.

 

Et puis il y a les lieux où j'étais déjà passé et que j'ai retrouvés avec d'autant plus d'intérêt que je les abordais cette fois sous l'angle précis des technologies de l'information, comme l'Inde ou le Japon. Ça m'a permis de mieux comprendre le changement d'époque. Mais le plus fascinant, c'est bien entendu les gens que j'ai rencontrés et les histoires qu'ils m'ont racontées, les innovations auxquelles ils travaillent. Alors que je me suis le plus souvent laissé guider par le hasard et la curiosité, j'ai interviewé une proportion très élevée de personnes fascinantes avec des idées curieuses, voire provocantes. J'ai réalisé 300 entretiens dans près de 45 villes prises sous toutes les latitudes et je crois n'en avoir regretté aucun (1 ou 2 maximum).

Quant au fond, mon hypothèse selon laquelle on innove dans le monde entier a été largement dépassée par la réalité. En fait, nous sommes en train de passer assez vite d'un monde dans lequel presque tout venait de la Silicon Valley à un monde d'innovations multipolaires ou, pour être plus précis, à ce que j'appelle une phase d'innovation distribuée.

 

Certes, la Silicon Valley conservera son avantage pendant encore un moment en raison de la concentration des facteurs clés que l'on sait :

  • Plusieurs universités de haut niveau ;
  • La disponibilité de beaucoup d'investisseurs prêts à prendre des risques ;
  • Le soutien considérable du gouvernement ;
  • Le fait qu'elle attire encore les diasporas créatives ;
  • Et le fait qu'elle opère d'entrée de jeu avec un marché naturel considérable et un groupe très important d'early adopters, ces gens qui adoptent les technologies très tôt et permettent donc de distinguer assez vite celles qui vont marcher des autres, ou les changements qu'il faut apporter aux versions initiales pour qu'elles séduisent.


Mais nous nous dirigeons à grands pas vers un monde d'innovations distribuées plutôt que globales. Je veux dire qu'elles naissent dans des circonstances locales, pour gagner, au départ en tous cas, des marchés locaux mais qu'ensuite elles peuvent se répandre ailleurs. On passe presque toujours par une sorte de cycle naturel qui consiste à commencer par copier pour, ensuite adapter et enfin se lancer dans l'innovation.

 

Ce que j'ai découvert au cours de mon tour du monde, c'est que partout il y a des gens qui en sont au troisième stade, celui de l'innovation. Le processus est souvent plus long que je ne l'imaginais mais il est beaucoup plus répandu que je ne croyais. Cela induit de nombreuses implications pour le futur, dont la première est que l'innovation distribuée est à la fois une source d'accélération et de diversification. 

 

Accélération parce que les gens qui s'y mettent sont de plus en plus nombreux. Pour expliquer la notion de diversification je dois ajouter que les innovations sont pratiquement toujours liées à la volonté de résoudre un problème et/ou de saisir une opportunité dans un contexte donné. Or, le mélange problème/opportunité étant partout différent les innovations qui en résultent sont essentiellement divergentes. Autant dire que j'en arrive à une conclusion opposée à celle de Thomas Friedman pour qui le monde est plat. Les innovateurs du monde entier sont en train de nous concocter une multiplicité considérable de produits et de services

 

La seconde implication, c'est que ce mouvement n'est pas prêt de s'arrêter parce qu'innover aujourd'hui, c'est se donner la possibilité de contribuer à son propre futur / sans dépendre, comme jadis de ce qui vient de l'occident ou du nord. Ça séduit beaucoup de monde. Il en résulte enfin qu'on ne peut plus se contenter de suivre ce qui se passe dans son secteur, dans son pays ET aux États-Unis. Il faut maintenant être au courant de ce qui se passe dans le monde entier faute de quoi on risque d'être totalement surpris par une innovation venue d'ailleurs qu'on n'aurait pas vue arriver.

 

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