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Mexico peut-elle devenir une ville intelligente?

Dans mon enquête mondiale sur les villes intelligentes, je reviens cette semaine sur les efforts de rationalisation de la ville de Mexico, où je viens de passer un moment.

En matière de villes intelligentes, les trois exemples qu’on cite toujours – Masdar (Abu Dhabi), Songdo (Corée) ou PanIT (Portugal) – ne veulent pratiquement rien dire. Elles sont, encore, plus intention que réalité et leur taille fait plus penser à une expérience de laboratoire qu'à une ville réelle du monde d'aujourd'hui.

C'est pourquoi j'ai décidé de faire un sérieux point dans la ville de Mexico, la plus vieille du continent américain (1325) et l'une des plus grandes du monde (9 millions d'habitants dans un ensemble de 22 millions).

 

J'ai découvert à Mexico plein de très belles intentions en termes de participation comme le Lab dont j'ai parlé la semaine dernière. Au pari sur l'infrastructure, l'équipe de Miguel Ángel Mancera, le maire, semble préférer celui de la participation citoyenne. Mais… sans ressources.

 

Que fait la ville en termes d'infrastructure informatique ?

C’est LA question. C’est celle que je n’ai cessé de poser, notamment à Marco Antonio Quiroz qui est le directeur de la technologie de la ville. Il m’a d’ailleurs répondu, ce qui m’a fait sourire que c’était – je cite : « exactement la question que je me suis posée quand je me suis installé à ce poste ».

 

Ce qui est extraordinaire c’est que dans cette ville gigantesque et assez chaotique, presque personne n’a une vision claire de la situation.

Quiroz a donc commencé par un diagnostic de ce qui existe pour – je cite : « mettre au point une stratégie permettant de transiter d'une ville normale, avec son exceptionnelle complexité, à une ville intelligente». La première tâche a consisté à créer un cadre normatif applicable à tous les projets technologiques de toutes les directions. Il appelle ça le Modèle stratégique interinstitutionnel des TIC (ou MEITIC en espagnol). Je me permets de souligner que c’est un travail titanesque dans une ville qui compte 200.000 employés municipaux dispersés entre plus de 100 divisions, directions et départements plus ou moins autonomes.

En clair il a fallu commencer par essayer de mettre en place la gouvernance technologique de la ville.

 

Quelques exemples

La première étape a consisté à demander, à chaque direction d'adopter des critères communs permettant la mesure et l'évaluation des résultats. Comme ils ne pouvaient pas tout refaire d’un coup ils ont commencé par les secteurs clés que sont la santé, l'éducation, la sécurité la justice et les finances. Tout ça sur le modèle de ville ouverte et en suivant la politique d'open data.

 

Dans un deuxième temps, ils sont allés regarder ce qui se faisait à Barcelone, Singapour, Honolulu et Hanovre en termes de ville intelligente pour, ensuite développer un modèle qui corresponde aux besoins spécifiques de Mexico.

Un projet a été élaboré qui sera soumis par différents mécanismes à la considération des citoyens, des entreprises, des universités, en gros : de la société civile et des corps constitués.

 

L’infrastructure technologique

C’est un grand mystère dont je ne suis pas loin de croire que personne n’est capable de le résoudre. Prenons trois exemples.

 

  • Il semble qu’aucun service n’a aujourd’hui une vision en temps réel de l'état de la circulation et des transports sur l’ensemble de l’agglomération.

  • Le système le plus développé (mais depuis longtemps) est celui de la mesure de la contamination qui doit être amélioré, automatisé, centralisé.

  • Enfin, en termes de sécurité, la ville, qui compte avec 7.000 caméras publiques, a l'intention d'en installer 8.000 nouvelles dont il faudra ensuite réunir les informations.

 

Il n’y a donc de vision d’ensemble dans aucun domaine.

J’ai demandé à Quiroz ce qu’il pensait de la proposition des grandes entreprises, comme IBM ou Cisco, "elles ont une vision intéressante du point de vue de l'infrastructure", m’a-t-il répondu. "Mais notre plateforme est extrêmement hétérogène. Ce que nous demandons, d'abord, c'est l'interopérabilité, la possibilité de faire communiquer des systèmes existants et très différents les uns des autres".

C’est un problème presque universel et c’est pour ça qu’il faut commencer par la rationalisation. A Mexico et dans un grand nombre d’autres villes. Mais personnellement je trouve infiniment plus passionnante cette démarche que celle des villes créées à partir de rien et à peine peuplée d’habitants triés sur le volet.

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son site. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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Fernanda Rivera, This Big City / CC BY 2.0

 

Mon enquête sur les villes intelligentes continue. Cette semaine, j'ai décidé de vous parler de Mexico. Car à défaut d'avoir une vraie politique de ville intelligente, Mexico s'est dotée d'un laboratoire, avec pour objectif de créer une culture collaborative entre la société civile et la municipalité. La ville prend alors le pari de la participation citoyenne plutôt que celui des infrastructures lourdes.

 

  • Gabriella Gomez-Mont, qui est la responsable de ce laboratoire m'a expliqué : "Nous fonctionnons comme un think tank créatif doté d'amples attributions transversales"Autant dire qu'elle n'a pas de budget mais qu'elle peut travailler directement avec les directions de la municipalité qui le veulent.

  • Plus récemment, le labPLC (Lab pour la cité, @LabPLC) a été créé en mars dernier comme un "espace expérimental". Selon le site officiel, il s'agit de penser et créer la ville de demain en "générant dialogues et complicités entre la municipalité, la société civile, le secteur privé et les ONG". L'intention est superbe mais, à mon grand regret, il est beaucoup trop tôt pour en mesurer les réalisations.

 

 

 

7 projets mis en oeuvre

 

  • le Lab pour la cité a 7 projets qu'il met en place progressivement. Cela va de la conception du gouvernement comme plateforme au développement de la résilience, c'est à dire, la capacité à renaître après une catastrophe. Il s'agit là d'une qualité essentielle pour Mexico en raison des tremblements de terre.

Parmi les 7 projets voici ceux que l'on peut trouver:

  1. Des potagers sur le toits
  2. Repenser le concept de "ville ouverte"
  3. Lancement d'appel à projet pour les développeurs universitaires qui voudraient travailler pour la ville de Mexico 
  4. Expérience 001 tickets: sur le toit du LabPLC équipé d'un ordinateur, les participants peuvent enregistrer leurs idées pour la ville à travers une interface graphique: une sorte de boîte aux lettres de la ville virtuelle.


La crise permet la résurgence de l'espace social

  • Sur ce dernier point, ils conçoivent des scénarios d'intervention de la société civile à la suite d'une crise grave. L'idée est de mettre en place de façon prévisionnelle une infrastructure sociale reposant sur des personnes engagées dans le travail communautaire. Ils misent sur le fait que "la crise est un ennemi commun" qui contribue à la "ré-émergence de l'espace social". Et je dois dire qu'ayant vécu le tremblement de terre de 1985, j'avais été frappé par l’extraordinaire solidarité manifestée un peu partout.

 

Crédit photo:AlexMax

 

Mais la difficulté consiste aujourd'hui à y travailler de façon prévisionnelle, c'est à dire, sans ennemi commun et sans catastrophe.

 

 

L'importance accordée aux technologies de l'information reste mesurée

 

  • En réalité, le labPLC n'accorde que très peu d'importance aux TIC. Gabriella Gomez-Mont va même plus loin: "Il faut mettre en échec le terme de smart city", m'a-t-elle expliqué. "Nous devons utiliser les TIC sans céder à l'offre de déploiement d'une infrastructure massive".

 

  • La technologie n'est pas absente puisque la municipalité se prépare à organiser un "Festival de data" pour la création d'applications de traitement des données fournies par la politique de "ville ouverte" de Mexico.

 

  • Le Lab emploie même des développeurs qu'il qualifie de "programmeurs citoyens". Ils sont chargés de mettre au point des applications pour les directions qui le demandent. Ils en ont développé une qui permet de trouver des cliniques où se soumettre à des tests de détection du VIH-Sida.

 

  • C'est de toute une vision qu'il s'agit.A l'infrastructure en câbles et serveurs proposée par les grandes entreprises (IBM, Cisco et les autres), Mario Ballesteros (chargé de communication) oppose la notion de "soft infrastructure", faite des talents citoyens connectés. Ainsi pour lui, il ne faut pas tout faire dans l'énorme. N'oublions pas que la ville compte plus de 22 millions d'habitants. Il insiste sur le fait que : " Les changements à petite échelle comptent beaucoup dans la façon dont les choses bougent et peuvent avoir un impact énorme au bout de quelques années."

 

 

Le pari de la participation citoyenne

 

Il me semble que la ville de Mexico prend clairement le pari de la participation citoyenne plutôt que la mise en place d'infrastructures lourdes. C'est une belle idée mais le problème c'est qu'il n'y a pas d'argent pour soutenir cette proposition. 

 

Il faut deux conditions pour que ce pari réussisse:

  • Ne pas prendre de retard dans la mise en place des outils informatiques clés
  • Créer une authentique culture et une pratique de la participation dans la société comme au niveau du gouvernement.

 

J'avoue que je suis sceptique, mais il faudra revenir voir dans 1 ou 2 ans ce qu'il en est advenu. 

 

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Image d'accueil du site officiel LeWeb

 

L'année 2013 se termine en beauté avec la 10ème édition de LeWeb, la conférence sur les technologies la plus importante d’Europe. Une occasion de faire le point sur ce qui se passe dans le monde des TIC (en Europe et aux Etats-Unis en tous cas). Et, le chiffre s’y prêtant, le thème retenu était celui des «10 prochaines années». Mais, la prévision étant un art élusif, les orateurs nous ont plus parlé de leur prochain produit que du futur. Que prévoient-ils de créer? A quoi ressemblera la vie numérique dans 10 ans? Réponses dans ce compte-rendu.

 

Informatique sur soi, géolocalisation et croissance du social

Robert Scoble, qui prend sa douche avec des Google Glass et se spécialise dans la détection des tendances, s’est fait accompagner d’un développeur d’application pour iPad (Eightly.com) : séduisante mais dont on imagine mal qu’elle ait un grand impact sur le futur.

 

Il a quand même retenu 5 « forces » qui, selon lui, marquent le moment (à défaut des dix prochaines années) :

  • les capteurs
  • l’informatique qu’on porte sur soi (wearable)
  • la géolocalisation
  • le « social » qui continue à croître de façon « exponentielle »
  • la data dont personne ne parle plus sans la faire précéder du qualificatif « big »

 

Fred Wilson à LeWeb (crédit photo: Flickr: LeWeb Officiel)

Tapant plus haut, le capital risqueur Fred Wilson a fait part du cadre qu’il utilise pour choisir ses investissements. Il parle de sa boutique, mais son mérite est de le faire en regardant un peu plus loin que les technologies qu’on lui propose. « Ce sont les grandes évolutions de la société qui comptent » a-t-il précisé en guise d’introduction.

 

Il en retient trois:

  • le « passage des hiérarchies bureaucratiques aux réseaux animés par les technologies ». Twitter, par exemple « remplace le journal ». Tout le monde est capteur et distributeur d’informations. L’éducation change avec des services comme Codecademy pour le code et DuoLingo pour les langues.

 

  • le « dégroupage des produits et des services ». Ils ne sont plus vendus en paquets (comme les morceaux de musique dans les CD d’hier) mais un par un. Même les banques commencent à être touchées et leurs services déconstruits.

 

  • tous connectés entre nous par nos smartphones, nous sommes des « nodes », des points sur les réseaux. Hailo, par exemple, une application britannique pour trouver les taxis, connecte un utilisateur avec un chauffeur de taxi, lui aussi connecté. ScienceExchange, un marché online de la collaboration scientifique, montre que cela affecte même la recherche.

 

Comme dans toutes les discussions sur les tendances, on a parlé à LeWeb d’internet des objets, des imprimantes 3D et du Big Data. Ça n’est ni la première, ni la dernière fois.

 

Le phénomène Bitcoin


L’important avec Bitcoin, la monnaie virtuelle qui a fait l’objet d’une discussion (vidéo ci-dessus), n’est pas sa valeur du moment ou sa possibilité de réussite. Retenons que c’est une plateforme adaptée à l’internet que personne ne peut contrôler et, comme le fait remarquer un récent article du New York Times, qu’il s’agit en fait d’une idéologie visant à révolutionner les monnaies et le contrôle qu’exercent sur elles les banques.

 

Quand Google rachète une entreprise de robots militaires 

 

En dehors de la conférence, j’ai été frappé par l’achat de l’entreprise de robots militaires Boston Dynamics par Google qui a déjà des voitures sans chauffeur et des robots capables de livrer des paquets. Ils courent plus vite que nous, peuvent nous aider au quotidien, faire la guerre à notre place ou prendre notre travail. Ils le feront de plus en plus.

 

L'univers mobile sera influencé par l'Asie

 

J’ajoute qu’en 2014, il sera difficile d’ignorer que cet univers mobile dans lequel nous nous mouvons sera de plus en plus influencé par l’Asie et des entreprises comme Kakao Talk, Line et WeChat.

 

Ce qui a manqué à LeWeb: la protection des données personnelles

 

Mais ce qui manquait peut-être le plus dans cette grand messe rondement menée qu’est LeWeb, c’est la montée des inquiétudes face aux conséquences inattendues de nos utilisations des technologies de l’information et de la communication. Je rencontre de plus en plus de technophiles qui s’inquiètent du manque de respect de la NSA et du contrôle sans partage de Google ou de Facebook sur nos données personnelles. Ni les gouvernements, ni les grandes entreprises ne pourrons l’ignorer longtemps. C’est, en tous cas, ce que nous pouvons souhaiter, exiger.

 

 

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Gare aux innovations mirages

 crédit photo: apofoitos.com

Qui n'aimerait pas créer une entreprise qui change le monde et qui fasse rupture avec un système?

Beaucoup l'aimerait, certes. On parle d'ailleurs beaucoup de ce genre d'innovations qui bouleversent en ce moment. Mais sous l'égide de la disruption, il semblerait que certaines de ces innovations puissent opérer comme "mirage".

Des innovations qui font rêver mais qui risquent aussi de nous tromper

 

L’annonce faite par Jeff Bezos, patron d’Amazon, d’un service de livraisons par drones en est un exemple caricatural:

 

  • Souvent présentée comme perturbatrice, il s’agit, en fait, d’une fantastique opération de publicité à la veille du Black Friday (le week-end des ventes le plus actif aux Etats-Unis). Tout le monde a parlé de lui au bon moment.
  • La manœuvre était brillante et Google s’est dépêchée de faire parler de ses robots humanoïdes susceptibles d’arriver dans une voiture sans chauffeur et de remettre la paquet attendu sur les marches du client impatient. Et pas besoin de jardin pour cela (indispensables pour les drones qui doivent atterrir). Ils pourront sûrement monter les étages en courant sans se fatiguer.

 

Tout le monde semble vouloir participer à la course aux innovations disruptives. On a tendance à ne parler que d’elles sans voir qu’elles peuvent aussi opérer comme mirage.

 

Le risque: faire oublier le rôle clé des innovations incrémentales.

 

Les innovations disruptives, celles qui bousculent tout, sont séduisantes. Comme consommateurs nous adorons l’iPhone (exemple phare de ce type d’innovation) et nous rêvons de ces perturbations qui donnent l’impression de « vivre une époque formidable. »

 

Mais la situation se présente différemment pour nombre d’entreprises:

  • Toyota, par exemple, préfère les innovations incrémentales, celles qui se font par tout petits pas, à jet continu. Grâce à elles, le constructeur automobile met en œuvre, un million d’idées nouvelles provenant de l’ensemble des travailleurs. Toutes ne réussissent pas mais l’ensemble lui a permis pendant plusieurs décennies de maintenir sa position sur le marché et, souvent, de l’améliorer.
  • La compétitivité est souvent plus affaire de ce type d’innovations peu visibles que des autres.

 

Je crois que nous avons besoin des petites innovations comme des grandes. Mais je crains que n’avoir d’yeux que pour les secondes ne fournisse une bonne excuse pour ne rien faire.

Autrement dit, tout le monde veut créer Google ou Facebook, mais comme ça n’arrive que très rarement on se contente de proposer une énième version de Groupon ou de Uber et on ne fait pas bouger grand chose.

 

Tension entre évolution et révolution.

 

  • Thomas Friedland dans le New York Times, évoque « L’autre éveil arabe » (The other arab awakening). Le premier concerne les révolutions du « printemps » (Egypte et Tunisie entre autres). Le second concerne les monarchies de l’Arabie Saoudite et des Emirats du Golfe.

Elles sont loin d’être des « démocraties », mais les dirigeants ont conscience que leur légitimité est en danger.

 

  • Plus libres que par le passé les discussions ont lieu sur Facebook, Twitter et Youtube. L’internet (dont l’importance a été surévalué dans les révolutions) est sous évalué dans ce lent mouvement.
  • De leur côté, les dirigeants s’efforcent de mieux servir. Dubaï, par exemple, a mis en œuvre un programme ambitieux de mesure « d’indicateurs clés de performance » pour tous les ministères.

 

En bref : ça bouge. A petits pas. Et ça me rappelle la phrase de Paul Valéry pour qui « Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens ».

 

La difficulté consiste à penser les deux à la fois et, plus encore, à agir en conséquence.

 

Qui ne rêve d’une entreprise capable de mettre en œuvre, en même temps, innovations disruptives et incrémentales, dans une société capable de multiplier ces dernières pour ne pas être contrainte d’avoir recours aux autres faute de mouvement ?

 

Mais ce qui compte c’est d’accepter le changement, de le promouvoir. À petits et à grands pas.

 

 

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Smart City (crédit photo: Regiars)

J'ai eu la chance d'assister à la 3ème édition du «Smart City Expo World Congress » du 19 au 21 novembre à Barcelone. Ce congrès mondial des villes intelligentes se donne pour but de repenser le système traditionnel de la ville à travers le prisme de la durabilité et des technologies.
Mais si le concept de "ville intelligente" provoque un grand engouement en ce moment, il dissimule aussi des initiatives dont il est essentiel de débattre afin de ne pas reproduire certaines erreurs du passé et de replacer le citoyen au coeur de son environnement.

 

J'ai pu remarquer, paradoxalement, une parfaite illustration du fait que nous avons un problème avec le concept de "smart city" ou "ville intelligente" tel qu'il est utilisé aujourd'hui.

 

Prenons deux exemples:

  • Lors d'un panel sur les solutions mobiles Maria Serrano (Schneider Electric) a présenté une solution séduisante de mobilier urbain. Son argument principal: 1 dollar US investi dans les solutions intelligentes par la ville de Dallas = économies de 20 dollars en coûts opérationnels. Mais il faut d'importantes bases de données pour bien gérer les informations qui en résultent. Ce qui la conduit à préciser: "Nous avons besoin de savoir tout ce qui se passe et c'est une vraie obsession pour nous car nous avons investi beaucoup d'argent."

 

  • Juste après elle, le portugais André Martins Dias (société CEIIA) nous a expliqué qu'il "croît à l'intégration de toutes les dimensions de la ville sur une seule plateforme." Ça conduit à peu près à la même chose.

 

Nous sommes donc très loin de ce qu'on pourrait appeler une "citizen centric smart city", c'est à dire, une ville intelligente dont les citoyens seraient le centre.

 

 

Mais le panel sur la "Co-création des villes" s'est efforcé d'aborder la question de façon plus ouverte.
Anthony Townsend, auteur du livre Smart Cities, a fait remarquer que:

  • Dans les modèles que sont Songdo ou Masdar (les villes créées à partir de rien en Corée et à Abu Dhabi) "il n'y a pas de pauvres, ce qui ne reflète pas la réalité des villes".

 

  • "Tout ce qui concerne les villes peut être expliqué en termes de collaboration et de réseaux sociaux. D'où il conclue qu' "une cité qui ne collabore pas meurt".

 

C'est au Britannique Peter Madden que revient le mérite d'avoir posé le problème dans les termes les plus clairs. "Il y a une tension entre intelligence et participation" a-t-il commencé par expliquer avant de préciser : "Il va sans dire que nous voulons l'intelligence, mais je ne veux pas que ma vie soit réglée par des algorithmes. Je veux savoir ce que l'intelligence peut faire pour les citoyens."
Il en tire trois conseils aux constructeurs de smart cities :

  • "adoptez la complexité que la technologie proposée pour les villes intelligentes, tend à simplifier"
  • "innovez de façon collaborative car aucune organisation ne peut aborder seule la complexité d'une ville"
  • "partez de l'utilisateur et du citoyen. C'est une question de design."

 

Vue du centre-ville de Songdo en 2011 (Crédit photo: El Trekero)

 

 

De cette "double révolution", Richard Florida (professeur américain qui enseigne au Canada et travaille sur les villes) en a dressé un tableau extrêmement éloquent. (voir son site)

 

Nous vivons en même temps une révolution urbaine et une révolution économique.

  • La première est marquée par le passage d'une économie basée sur la transformation de matières premières à une économie de la connaissance.
  • L'autre est marquée par le retour à certaines formes de densité urbaine dans lesquelles il faut préserver la diversité source de créativité qui est toujours au cœur de l'économie de la connaissance.


Il faut en outre s'intéresser à la montée des méga régions. Il en distingue une quarantaine dans le monde.

  • Celle qui unit Tokyo et Yokohama est peut-être la plus connue.
  • Il a beaucoup insisté sur celle qui va de la capitale de la Catalogne à Lyon.
  • Les plus importantes se trouveront bientôt en Chine et la plus grande (42 millions d'habitants) devrait unir bientôt Guangzhou et Shenzhen, à un jet de pierre de Hong Kong.

 

 Le passage à l'échelon supérieur implique de transformer les métropoles et de réorganiser les centres-villes.
 Il faut éliminer la "dislocation des banlieues" source d'inégalités et d'injustices.
Pour construire "des méga régions qui fonctionnent. Il faut," selon Florida, "se servir de la technologie, mais aussi donner le pouvoir aux gens."

 

 

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L'architecture verte en trois exemples

Bosco verticale (Elias Schewel)

Les grandes villes manquent de verdure et d’espaces dédiés à la végétation. Je voudrais parler cette semaine de différentes façons de « verdir » une ville.


Mon premier exemple vient de Milan, une des villes les plus polluées d'Europe qui est sur le point de se doter de deux tours couvertes d'arbres dans le cadre du projet appelé "Bosco verticale" ou forêt verticale.
Les tours sont de 119 mètres et 87 mètres respectivement, et elles
hébergeront environ 800 arbres de 2 à 6 mètres de haut, 5.000 arbustes et une dizaine de milliers de plantes en tous genres. Elles sont sensées atténuer le bruit, filtrer certaines particules, fournir de l'oxygène et modérer les températures aussi bien estivales qu'hivernales.


En bref, il s'agit d'une vraie forêt de près de 10 km2 sise sur balcons et terrasses.

Testés dans des souffleries, les arbres sont plantés dans des caissons spécialement conçus pour éviter les fuites, s'assurer qu'ils ne seront pas emportés par le vent et pour que les racines n'endommagent pas les constructions.

Le coût des appartements est de 5% plus élevé que pour des appartements comparables, mais sans "vert". Je conseille à nos auditeurs d’essayer de voir des photos, elles sont impressionnantes.

 

De la forêt à l’agriculture

Singapour, qui ne produit que 7% de la nourriture qu'elle consomme, se lance dans l'agriculture verticale. La technologie – conçue par la compagnie SkyGreens – repose sur des tours en alu de 9 mètres de haut bardées de 38 rangées de bacs dans lesquels sont cultivés des légumes.

Les roues qui les font tourner régulièrement - pour que chacun soit exposé à la même lumière et au même air - utilisent la gravité pour consommer le moins d'énergie possible, et les eaux sont recyclées.
Selon Jack Ng, le fondateur de Sky Greens, 60 watts, soit l'équivalent d'une lampe électrique classique, suffisent pour faire fonctionner le système qu'il dit être
entre 5 et 10 fois plus productif que les fermes traditionnelles.

 

Cent vingt tours de ce type – qui occupent chacune une surface d'un peu moins de 6m2, soit la taille d'une salle de bain - ont déjà été installées. L'objectif est d'en monter 2000 et de faire passer de 7% à 10% la production locale de nourriture.

Les légumes vendus sont 10% plus chers que les autres mais s'arrachent car "ils sont plus frais". Les prix pourraient baisser à mesure que la production augmente.

Ces deux initiatives privées suffisent-elles pour "verdir" une ville?

Les entreprises privées engagées dans cette lutte ne sont guère nombreuses, pas plus que les municipalités vraiment actives. Il est bon que les citoyens veillent et mettent leur grain de sel… ou de verdure. Ce que fait la petite équipe du Beirut Green Project à Beyrouth pour les espaces publics.


Tout a commencé en juin 2010 par une forme de protestation presque ridicule : l'installation à 4h30 du matin de la Journée de l'environnement de 9 "espaces verts" dans les zones les plus grises de la ville. Attention : chacun d'entre eux n'était qu'un morceau de gazon d'1m2.

"Nous voulions une action ironique" m'a expliquée Dima Boulad, une des animatrices du projet que j’ai rencontrée à Beyrouth en février 2012. Chaque "pelouse" était surmontée d'une pancarte invitant les passants à "Jouir de votre espace vert". "Certains passants caressaient l'herbe en disant : 'C'est vrai on n'en a pas assez',", m’a raconté Dima.

 

L'équipe a ensuite occupé 270m2 en se faisant prêter la pelouse par l'ONG Greenline et en convoquant ses sympathisants sur Facebook : 1000 personnes avaient promis de venir, 600 ont participé à la fête avec musique et pique-nique, 400 ont signé la pétition demandant plus d'espaces verts.

Joseph Khorost, un des animateurs, m'a expliqué qu’ils “utilisent les réseaux sociaux pour regrouper les gens » mais qu’ils agissent « sur le terrain”.

 

Ces actions datent déjà mais le groupe est toujours bien actif. Le 20 septembre de cette année ils ont participé au "Parking day" international. Une opération consiste à transformer en mini jardins, pour un jour (et quelques fois plus), des espaces réservés au parking des voitures.

Leur dernière action en date est la publication d'un Guide vert de Beyrouth, une carte interactive des espaces verts de la ville et des services qu'on y trouve. “C'est le premier pas pour les améliorer", m’a écrit Dima.

Je ne sais pas ce qu’en penseront les auditeurs mais j’ai bien aimé ces trois actions très concrètes pour « verdir » littéralement trois villes très différentes. En tous cas pour y contribuer sans attendre…


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Transform Africa Summit (Crédit photo: Rwanda Government)

 

Les villes intelligentes sont encore une perspective lointaine en Afrique. Mais le joker pourrait se trouver dans les "villages intelligents" que le Rwanda essaye de mettre en place.

 

"Un village", m'a expliqué Jean-Philbert Nsengimana, ministre de la Jeunesse et des TIC "c'est des habitants, des écoles, des centres de santé, des marchés, des petits commerces, des services administratifs etc… Nous voulons rendre intelligentes toutes ces activités." Et trouver un modèle simple reproductible dans tout le pays. Pour se faire une idée concrète de ce dont il s’agit, il suggère d’imaginer une administration locale entièrement digitalisée. Un village où tous les citoyens ont un téléphone intelligent et savent se servir des TIC. Ils reçoivent services et renseignements sur leur téléphone. Ils évaluent la qualité de leurs dirigeants en utilisant le même appareil. Les citoyens utilisent leurs téléphones pour payer les produits sur le marché local, recevoir leur pension ou se faire payer quand ils vendent du lait ou du maïs.

Dans une telle vision, "tous les enfants des écoles ont un laptop", les professeurs téléchargent les meilleurs programmes. Les centres de santé offrent des soins de qualité grâce à la télémédecine.

 

Le Rwanda va tellement vite dans son projet d'informatisation qu'il vient de réviser à la hausse ses objectifs pour 2020. Par exemple, la durée de vie moyenne devrait être alors de 66 ans alors qu'ils avaient prévue en 2000, au moment de lancer leur plan, qu'elle serait de 55 ans. Il faut dire que leur croissance est de 8,2% par an et pourrait dépasser les 11% dans les années à venir.

 

La difficulté de pousser les TIC au niveau des villages est affaire de réalisation. Or, "le gouvernement se contentera de fournir l'environnement et l'élément de base qui est la connectivité", m'a expliqué le ministre. Ainsi, pour déployer une infrastructure 4G-LTE qui permettra l'accès à l'internet à 95% de la population dans trois ans il a passé un accord avec une entreprise coréenne. La fibre optique est déjà installée dans tous les districts (qui correspondent à nos départements). Mais il faut encore assurer "le dernier kilomètre" celui qui, permettra à chaque village de se connecter. Restera ensuite à convaincre les entreprises privées de participer à l'installation d'écoles intelligentes et de services de e-santé. "La demande existe, estime le ministre, mais elle n’est pas encore comprise par le secteur privé." Il y a donc du travail à faire.

 

Le plus gros problème est le manque d'électricité. Alors qu'aujourd'hui à peine 16% des ménages y ont accès, l'objectif est de faire monter le taux à 70% en 2018. C’est à dire dans cinq ans. Des centrales (dont une géothermique) sont prévues. Mais pour que la distribution soit plus efficace il faut aussi encourager les regroupements. C'est ainsi que l'urbanisation n'est encore que de 18%, elle devrait atteindre 35% en 2020.

 

Mais alors, l'objectif est-il l'urbanisation ou la création de villages intelligents ?

Les deux. Et ce qui me semble intéressant c’est de les penser ensemble. Même si le concept de village intelligent n'est pas très répandu j'en ai trouvé des traces en Malaisie, au Sri Lanka et en Italie. Mon impression est qu’il pourrait se révéler utile dans les réflexions sur les villes. C’est en tous cas ce que souligne Alline Kabbatende, une consultante Rwandaise que le projet IBM d'installation d'infrastructure à Nairobi, capitale du Kenya, rend "un peu jalouse". Mais, ajoute-t-elle, "J'aime le concept de Smart Village du Rwanda car, outre sa reproductibilité, il cherche à répondre à la question de la migration urbaine en faisant que les services viennent aux gens, et non l'inverse.
Idéalement, cela devrait réduire la pression sur les villes en faisant que centres ruraux autant qu'urbains fonctionnent et améliorent, l'un comme l'autre, la qualité de vie."

 

En résumé donc, la notion de village intelligent permet d’amener les services partout où il y a des gens ce qui évite à ces derniers de venir s’installer dans les villes. C’est utile quand on a l’infrastructure, ce qui devrait être bientôt le cas du Rwanda. Je trouve que cela devrait intéresser l’Inde, la Chine et même l’Europe qui souffre de la désertification de ses campagnes.

 

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son blog Winch5. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'un roman. Nous ne parlons pas assez de littérature, et là je ne pouvais pas manquer l'occasion puisqu'il s'agit d'un roman sur les technologies que nous utilisons tous les jours. The Circle est un livre de publication toute récente, écrit par David Eggers.

 

The Circle donne de l'urticaire aux passionnés de la Silicon Valley. Mais il fait partie de ces romans qui aident à comprendre ce que les discours et communiqués de presse empêchent de voir. Il montre, en forçant le trait, ce que devient un monde dans lequel nous adoptons tous une technologie conçue pour nous faciliter la vie. Ce que peut faire une entreprise poussée par une logique de conquête mal cachée derrière une formule d'apparence morale, en l'occurrence : "Tout ce qui arrive doit être connu"…

L'histoire est celle de l'irrésistible ascension de Mae Holland, jeune californienne naïve embauchée par "la compagnie la plus puissante de l'internet". The Circle – c'est le nom de l'entreprise - permet d'accéder à tous les coins du net avec un mot de passe unique.

 

La force du dispositif tient au partage des informations personnelles, comme nous le faisons sur Facebook. Ça permet de tout trouver en quelques instants, comme nous le faisons grâce à Google. Et, pour faire bonne mesure, les utilisateurs sont aussi fanatiques que ceux des premières années d'Apple.

Ajoutons qu'un ingénieur de génie au nom russe évoque Sergey Brin de Google même s'il porte un survêtement à capuche comme Mark Zuckerberg de Facebook. Mais toute ressemblance avec la réalité est le pur fruit du hasard et l'auteur se défend d'avoir mené enquête. Salman Rushdie dit bien qu'écrire de la fiction c'est mentir. Ça sert aussi à la promouvoir.

 

Où est le danger ?
La toute puissance de l'entreprise tient aux ressources croisées des identités uniques et à de minuscules caméras de surveillance placées dans les moindres recoins par les utilisateurs avides de tout savoir de leurs proches et leurs semblables. Ça permet à tout le monde de suivre tout tout le temps et à la compagnie de réunir toutes les données.
Son idéologie conquérante tient en trois formules choc élaborées grâce à Mae : "Les secrets sont des mensonges. Partager c'est aimer. La vie privée c'est le vol". L'obsession est la transparence. Mae qui montre ses fais et gestes à un auditoire qui se compte parfois en dizaines de millions de personnes enregistre et donne accès à toutes ses données biologiques et à tous ses réseaux.
Elle fait ça en permanence sauf quand elle va aux toilettes où elle a droit à 3 minutes chronométrées d'intimité… dont elle profite parfois pour s'entendre avec sa copine.

 

The Circle n'est pas de la grande littérature au sens où les personnages sont falots et n'évoluent guère. Mais les piques contre certains dangers des technologies sont bien portées.
Le site de Wired, et quelques autres chantres du tout Silicon Valley, accusent Eggers de ne pas comprendre l'internet. Il comprend nos comportements et c'est plus important. Au lieu de mettre en cause les outils, la fable pointe son doigt accusateur vers la façon dont nous nous en servons.
L'histoire montre aussi que les sœurs du privé peuvent devenir tout aussi dangereuses que le grand frère public à la Orwell. C'est très utile à l'heure des retombées de l'affaire Snowden.

 

Mais je voudrais ajouter une réflexion plus générale. Pour alerter il faut parfois exagérer. Ce que font les auteurs d'essais sérieux comme Evgeny Morozov ou Jaron Lanier dont l'extrémisme fini par choquer notre rationalité. Et c'est dommage. La fiction appelant, suivant la formule classique, à la "suspension de l'incrédulité", elle nous permet d'accepter des traits grossis, sans quoi nous ne verrions pas ce dont il est question. Ça permet parfois de mieux comprendre. Je suis un fervent partisan de la fiction comme outil de connaissance.

 

 

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(Crédit photo:  Dell's Official Flickr Page)

Au programme de cette semaine, le rapport entre confiance et innovation. L'un des secrets officiels de la Silicon Valley est la confiance dans les autres, base de toute coopération. Mais c'est aussi l'ingrédient essentiel à la réussite d'une startup ou d'une entreprise. Faire confiance avant d'attendre de recevoir celle des autres, ce serait donc cela le secret ?

 

 

Dans la Silicon Valley, on explique que les guerres entre rivaux peuvent se transformer encoopétition - c'est-à-dire, collaboration entre compétiteurs - et peut être illustrée avec la curieuse pratique du "pay forward", une expression américaine qui a besoin d'explication puisque la traduction littérale en est impossible.

 

"Pay forward" – littéralement : payer en avant, est l'inverse de "pay back", littéralement : payer en arrière qui se traduit par "rembourser". Cela consiste à rendre un bienfait, non à celui qui vous l'a donné mais à quelqu'un d'autre.

Il ne s'agit donc pas de rembourser mais, plutôt de "transbourser".

La confiance: une vertu de longue date, toujours d'actualité

Apparue en 317 avant notre ère dans "Le râleur", une comédie grecque, l'idée à été reprise en 1784 par Benjamin Franklin qui y voyait, entre autres vertus, celle de faire "une bonne dose de bien avec peu d'argent".

Elle semble avoir joué un rôle important parmi certains conquérants de l'Ouest, obligés de faire confiance aux autres membres des caravanes avec lesquelles ils se lançaient dans l'inconnu, vers ce qui allait devenir la Californie.

C'est très curieux, mais les États-Unis et le Canada sont en ce moment la proie d'une "vague" de "pay forward", notamment dans les "drive through", ces restos où l'on achète son repas sans sortir de sa voiture. Il est fréquent, selon le New York Times, que le geste soit repris d'un client à l'autre. Le record est de 228 chauffeurs qui ont, sans interruption, payé pour le suivant.

Explication des experts: c'est une façon de combattre les mauvaises nouvelles: blocage à Washington, espionnage de la NSA, guerre civile syrienne. Et de montrer que nous ne sommes pas tous mauvais.

 

Le secret de la Sillicon Valley

Le "pay forward" est, selon Victor Hwang, entrepreneur de la Silicon Valley, au cœur de ce qui distingue sa région du reste du monde. Il y voit l'une des premières règles à suivre pour créer un système innovant dans lequel, loin d'administrer l'innovation, on réunit les conditions nécessaires à son apparition et on laisse largement faire.

Il précise qu'il ne s'agit pas de charité car les gens qui la pratiquent sont convaincus que "ça leur reviendra", un peu dans le sens du karma de bien des religions asiatiques.

Il en fait la base du "contrat social" qu'il propose a tous ceux qui veulent créer une culture de l'innovation.

Si je veux y participer je dois m'engager à : transbourser tous les bienfaits dont je suis l'objet", ainsi "pour toute heure de conseil que je reçois, je m'engage à donner une heure de conseil à quelqu'un d'autre". Mais surtout, "je ferai confiance aux autres avant d'attendre de recevoir leur confiance".

 

Je suis sceptique face à tous ces récits roses concernant l'ambiance des milieux d'affaires à Silicon Valley. Mais quand je lui ai demandé comment il conciliait la notion de "pay forward" avec le fait que le livre préféré des acteurs de la région est "l'Art de la guerre" de Sun Tsu, Hwang m'a répondu que le livre: "traite des comportements pour résoudre des problèmes, depuis la collaboration jusqu'à la confrontation. Et Sun Tzu insiste sur le fait que trouver les moyens de résoudre les problèmes par la collaboration est beaucoup plus productif."

Je rappelle que Hwang est le théoricien de la forêt tropicale comme le type d'écosystème propice à l'innovation dont nous avons parlé récemment.

 

J'ai trouvé son argument assez convainquant. Je pense, en tout cas, qu'il mérite réflexion, surtout en France et dans les pays de culture française où nous nous défions de tout et où les râleurs abondent. Tout est venu d'une pièce de théâtre dont c'est le tire.

Quant au fond, même si ça ne m'est pas vraiment naturel, je préfère ces gestes généreux et confiants transmis à des inconnus à la formule – dont j'apprécie l'humour : un bienfait ne reste jamais impuni. J'en ai cherché l'origine, sans succès, et je serais reconnaissant à nos auditeurs s'ils pouvaient nous aider à la trouver…



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Un télécentre à Yoff, au Sénégal (crédit: Ji-Elle)

 

 

Cette semaine j’ai décidé de vous parler des cybercafés et des télécentres. Ces lieux, qui conservent toute leur importance malgré le développement du mobile, sont d’une réelle utilité. Constituant souvent le premier point de contact avec les TIC, ils permettent de soutenir le développement social et économique d'un pays. Comment? En faisant de la technologie un véritable lieu de rencontres.

 

 

Les points d'accès publics à l'heure d'internet et du mobile

 

Á l'heure du mobile on voit émerger un discours. Celui que les points d'accès publics tels que les télécentres, les cybercafés et les bibliothèques connectées ont cessé d'être utiles. Ça n'est pas vrai.

Le mobile ne résout pas tout, ni pour tout le monde, ni tout de suite. Les points d’accès publics restent essentiels, notamment pour l’accroissement des compétences et pour l’intégration des secteurs socialement les moins favorisés.

 

Nous disposons maintenant de deux études sur leur intérêt dans les pays en voie de développement et dans les pays développés. Elles ont été réalisées avec le financement de la Fondation Bill et Melinda Gates, notamment. L'une porte sur 8 pays en voie de développement, l'autre sur 17 pays européens.

 

Commençons par l'étude sur les pays en voie de développement. Á propos de cette étude, j'ai interviewé François Bar, professeur à la University of Southern California de Los Angeles qui en est l'un des auteurs. Celle-ci a été co-financée par le CRDI (Centre de Recherches pour le Developpement International).

 

  • Ses conclusions sont très claires : les points d'accès publics restent utiles dans un tas de situations.
  • Ils constituent souvent le premier point de contact avec les TIC. En particulier pour les jeunes.
  • Et, contrairement à ce que l’on croit, les gens ne les abandonnent pas même quand ils bénéficient d'un accès privé.

 

 

Ensuite, l'autre surprise issue de l'étude, c'est que parmi les trois types de points d’accès publics (bibliothèques, cybercafés et télécentres), " les bibliothèques ont plus d’impact que les deux autres".

 

Cybercafé en Corée (crédit: Hachimaki)

 

Une dimension sociale

 

François Bar affirme que l'on trouve dans ces espaces des "populations marginales dont le rapport aux TIC n’est pas si éloigné de ce que l'on trouve dans les pays en voie de développement".

 

De plus, l’accès public continue d’être utilisé du fait de leur dimension sociale. Selon François Bar, « accéder ensemble à l’ internet en même temps et dans un même lieu conduit à une utilisation différente de celle que l’on peut faire en solitaire."

 

 

C’est vrai dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement.

Les Coréens par exemple, qui vivent dans un des pays les plus connectés, vont souvent jouer dans les cybercafés car cela leur permet de communiquer face à face en temps réel.

 

Jeux et réseaux sociaux


C'est un des points qui a le plus intéressé Bar et son équipe: « Les réseaux sociaux sont la porte d’entrée la plus facile et la plus efficace pour ceux qui n’ont pas encore eu de contact avec les TIC" explique-t-il.

 

C’est bien mieux qu’apprendre à utiliser un fichier Excel et rien n'interdit ensuite de passer à des usages plus sophistiqués.
Quant aux jeux : « Ils constituent un élément d’attraction important, surtout pour les jeunes qui, sans cela ne viennent pas car ils s’ennuient."

 

Pour terminer: "L'étude montre que ceux qui passent du temps à utiliser des jeux développent des compétences équivalentes à celles développées par des gens qui n’utilisent que des logiciels sérieux."
(...) l’utilisation combinée des jeux et des logiciels de travail permet d’acquérir des compétences supérieures."


 

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Le crowdfunding, ou financement participatif, c'est " l'innovation dans le financement de l'innovation ": un domaine sur lequel se sont penchés les pouvoirs publics récemment en France dans l'idée de le réglementer. Ailleurs dans le monde, les autorités tentent aussi de réguler certains aspects du financement participatif.

Quel est l'origine du crowdfunding ? Quels sont les différents types de financements ? Que veulent réglementer les politiques  ? J'en ai parlé dans cette chronique audio à écouter dans le lecteur ci-dessous ou à lire juste après.

 

Pour une fois, l'exemple vient de la politique. En 2004, Howard Dean, lors de sa campagne à la candidature pour la présidence des États-Unis, a réuni des millions avec des contributions de moins de 80 dollars en moyenne. Aujourd'hui, les plateformes connues sont Kickstarter.com et Indiegogo.com aux États-Unis, et KissKissBankBank et Ulule en France.

 

Les sites spécialisés se multiplient: je pense par exemple à DragonInnovation.com pour le hardware, RealtyMogul.com pour l'immobilier ou StartACure.com pour le financement de la recherche de la lutte contre le cancer.

 

Le marché mondial du crowdfunding draine beaucoup d'argent : près de 6 milliards de dollars en 2013.

 

Mais, risques et récompenses n'ayant rien à voir quand il s'agit d'aider au lancement d'un candidat politique, d'un gadget ou d'un film, on en est venu à distinguer quatre types de crowdfunding en fonction de la rétribution reçue (ou pas) par celui ou celle qui met de l'argent au pot :

 

  • le don
  • la récompense non financière
  • le prêt
  • la participation au capital (equity crowdfunding).

 

En quoi la distinction est-elle importante ?

 

Ce qu'il y a de merveilleux avec le don et la récompense non financière (comme par exemple la publication du nom au générique d'un film ou l'invitation à la première), c'est qu'ils permettent à plein de gens (sans fonds propres) de réaliser leur rêve. Et les "financiers" ne courent pas grand risque puisqu'ils ne demandent pas grand chose, voire rien en échange.

 

Mais les deux dernières modalités (le prêt et la participation au capital) sont source de préoccupation de la part des autorités

  • D'une part elles doivent protéger les investisseurs lambda susceptibles d'être trompés par ce que les Américains appellent les "vendeurs d'huile de serpent" (en souvenir des charlatans qui en faisaient un remède miracle au moment de la conquête de l'ouest).
  • D'autre part, elles sont également soumises aux pressions des banques qui se sentent menacées par cette innovation perturbatrice.

 

Un sujet d'actualité en France et ailleurs

 

  • En France, le gouvernement envisage de limiter le montant total du crédit à 300.000 euros et chaque participation à 250€. Mais cela ne s'applique qu'aux prêts et prises de participation au capital.
  • Une loi américaine vient de permettre la vente d'actions à des investisseurs inconnus ayant pignon sur rue (qui gagnent plus de 200.000 dollars par an, ou qui valent un million de dollars) mais pas à n'importe qui, donc pas de vrai crowdfunding pour le moment.
  • Le New Jersey s'apprête à étudier une proposition de loi qui permettrait de faire appel à tout le monde mais avec une limite (5.000 USD) par investisseur.
  • Même la Grande Bretagne, dont la législation est très souple, met en place un cadre sous le nom de Business Finance Partnership.
  • Au moment de lancer une consultation sur le sujet, le commissaire européen Michel Barnier se demande : "Avons-nous besoin d'un cadre européen unique pour aider ceux qui développent des plateformes de crowdfunding et réduire en même temps les risques de ceux qui ont recours à de telles plateformes pour financer des projets ?" Il pose bien les deux problèmes.

 

Quelle conclusion tirer de tout cela

 

Il me semble que le crowdfunding (qui n'est pas autre chose qu'une application de la logique de participation facilitée par les TIC au financement de projets) va croître, prendre de multiples formes et susciter l'attention des législateurs quand il empiète sur le terrain des banques.

Ça nous concerne tous dans la mesure où il permet aux startups de trouver l'argent dont elles ont besoin sans avoir à se jeter dans la gueule des capital risqueurs / et où il rend réalisables toutes les créativités. Nous pouvons tous y faire appel et avons tous intérêt à en bien comprendre les mécanismes.

 

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son blog Winch5. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion

 

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(Twinkling hills of solan city at night via Wikipedia/CC)

 

De retour de New-York, je voudrais parler cette semaine de wise city et de smart city, ville sage contre ville intelligente. Daniel Latorre était à l’Université de Minnesota au moment où y est né Mosaic, le premier navigateur important. Il n’a jamais cessé depuis de se consacrer au développement de logiciels. Mais les événements du 11 septembre 2001 l’ont fait s’intéresser à la société civile, dont il dit que c'est «  le dernier secteur, le dernier silo - avec les municipalités - à embrasser pleinement les médias digitaux ». C’est alors qu’il a décidé de se consacrer à les aider à faire la transition.



Quelques années plus tard, alors que Latorre travaillait au tracé des pistes cyclables pour New York, il s’est rendu compte que « le design urbain est l’interface de la ville ». Ce qui permet à ses habitants de s’y retrouver, d’en tirer parti. C’est particulièrement vrai avec le mobile. Tout le monde peut l’utiliser pour modifier l’interface. L’étape d’après lui a permis de comprendre que « les villes conçues autour des voitures ont, aujourd’hui, un mauvais design. Nous avons besoin d’une nouvelle interface. »

 

Pour trouver cette nouvelle interface, il s’est mis à aider les activistes pro bicyclettes volontiers réticents face aux médias digitaux. Pour les convaincre il a lancé un projet de carte digitale sur laquelle les new-yorkais étaient invités à indiquer où ils souhaitaient voir les stations pour vélibs locaux qui sont de plus en plus nombreuses.

Mais, dans la ville comme ailleurs, la technologie n’est qu’un outil et il s’est très vite heurté au concept de smart city « qui correspond le plus souvent à une philosophie technocratique néolibérale dont la crise de 2008 révèle qu’elle est le problème. Je dois nuancer, » ajoute-t-il. « Nous avons besoin d’infrastructures mais la question est de savoir qui va en bénéficier, si le système est transparent. Or les smart cities sont orientées vers le contrôle. »

Mi colombien, mi norvégien, Latorre est un pur produit de New York où il est arrivé quand il avait cinq ans. Il s’apprête maintenant à lancer son propre cabinet WiseCity.org, pour aider les gens à « passer des villes intelligentes aux villes sages connectées ».

 

Pour y parvenir, son outil principal est la cartographie sociale (crowdsourced mapping) créée avec le logiciel open source kenyan Ushahidi.

« Quelque soit le projet – création d’un parc, design ou amélioration d’une rue, entre autres – ça permet aux gens de mettre leurs idées sur une carte, » explique-t-il. « Ça agit comme logiciel social en connectant les gens qui prennent conscience de l’existence des autres à mesure qu’ils s’en servent. Ils ignorent tout de leurs voisins et les mécanismes de participations leur permettent de se trouver. »

Il est indispensable d’utiliser les images satellitaires plutôt que les cartes abstraites traditionnelles, « il y a un aspect concret très puissant dans la cartographie : ça permet de voir où il y a des zones vertes et où elles font défaut et c’est plus amusant. » Les gens redécouvrent leurs villes, les administrateurs prennent connaissance des détails des zones sous leur responsabilité. « Les cartes digitales permettent aux différents agents d'avoir littéralement un terrain de rencontre virtuel de la même manière qu’une place publique est un espace où les gens se trouvent. » Autant de mécanismes, ajoute-t-il, qui sont absents « de la rhétorique des villes intelligentes ».

 

Le bilan de ses premières expériences semble positif mais Latorre se sent déjà confronté à une autre difficulté : « Comment donner de la continuité à ce travail ? » L’énergie se dissipe vite.

Sa réponse instinctive consiste – comme dans le développement agile des logiciels – à remplacer les grands projets espacés par de multiples micro-projets, plus fluides, mis à jour de façon ininterrompue. Mais ce geek sait bien que « le logiciel n’est que 20% du processus. Le gros morceau correspond au travail d’organisation communautaire local ». La question devient ainsi « jusqu’où pouvons nous être techniques et pour qui ? Si nous ne trouvons pas la réponse d’autres la trouveront. »


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La ville intelligente, une alternative aux Etats ?

Après mon tour du monde de l’innovation, je m’intéresse maintenant aux villes intelligentes. Je suis venu à New York pour assister, le 20 septembre, à une journée spéciale organisée par TED – l’organisateur de ces fabuleuses conférences sur le design, les loisirs et les technologies dont nous avons déjà souvent recommandé les vidéos. De fait, ce qui est nouveau, c'est que TED s’intéresse aux villes et vient de lancer une opération majeure pour nous aider à mieux comprendre leur importance. 

 

Premier point frappant, le TEDCity2.0 Day s’est tenu en même temps que 139 sessions de TEDx – des réunions organisées sur initiative locale qui suivaient les débats un peu partout dans le monde. En même temps, TheCity2.org un site ouvert à cette occasion se présente comme « un lieu de rencontre des citoyens des villes pour partager des innovations et inspirer des actions ». Il s’agit donc d’une entreprise d’envergure. Et pour marquer le coup la vidéo envoyée cette semaine à ceux qui suivent les conférences TED s’intitule : Pourquoi les maires devraient diriger le monde, du professeur Benjamin Barber.

 

La thèse de Benjamin Barber est assez simple : les problèmes d’aujourd’hui – écologie, pandémies ou terrorisme – ignorent les frontières et reposent sur l’interdépendance alors que nos institutions, forgées aux XVIIème siècle reposent encore sur la souveraineté. Pour sortir de l’impasse, il suggère « d’arrêter de parler des nations et de commencer à parler des villes »

La grande différence est que, loin des discours abstraits des présidents et premiers ministres, les maires ont à résoudre quotidiennement des problèmes concrets. En s’appuyant là-dessus il les presse de se mêler de gouvernance globale « avec les citoyens qu’ils représentent ».

A la conférence qui s’est tenue à New York, Kassim Reed, maire d’Atlanta lui a fait écho en affirmant « qu’on peut changer les choses plus vite si on les aborde au niveau de la ville ».

 

Je me permets seulement d’ajouter que si les maires commencent à se mêler de gouvernance globale ils risquent de passer du concret à l’abstrait. Mais il y a peut-être là quelque chose à inventer, notamment au niveau des citoyens. Et c’est d’ailleurs ce que pense l’auteur Eric Liu qui, lors de la conférence, a expliqué qu’il fallait nous « alphabétiser » sur les mécanismes du pouvoir. Il a même créé une Université citoyenne pour cela.
Il est lui aussi convaincu que les décisions qui comptent se jouent au niveau de la ville mais, contre « l’esprit de clocher », il se propose d’en faire un « réseau d’espaces connectés ». Un point repris par Chris Anderson, l’organisateur des conférences TED, pour qui l’idée de sa nouvelle initiative sur les villes est précisément « qu’elles puissent s’inspirer mutuellement »

 

Tout cela semble un peu abstrait pour une conférence TED puisqu'en général c'est une présentation très con crête d'un projet. Je me suis laissé entraîner par ce qui m’a surpris et la plupart des intervenants avaient de belles histoires à raconter.

  • Un fabuleux conteur, l’architecte Francis Kéré (formé à Berlin) est né dans un petit village du Burkina Faso dans lequel il est retourné pour aider les siens à construire eux-mêmes écoles et autres bâtiments publics.
  • Alan Ricks anime un projet ouvert (crowdsourced) de constructions d’immeubles « verts et beaux » dont l’exemple le plus frappant est un hôpital du Rwanda un pays dans lequel, quand il est arrivé, « il n’y avait même pas de mot pour ‘architecte’ ». Son équipe est parvenue à montrer que « la beauté n’est pas nécessairement pour les autres ». Ces deux projets étaient à la fois beaux, impressionnants et émouvants.

 

Il y avait également une partie plus concrète qui concernait essentiellement la reconquête des rues sur les voitures pour les livrer aux bicyclettes mais surtout aux piétons. Janet Sadik-Khan, responsable des transports de New York a expliqué comment la municipalité sortante a transformé 10 hectares de chaussées en places pour piétons. Elle a ainsi lancé un projet pilote pour limiter la circulation sur Times Square. Tout ça piloté avec du big data. Ainsi dans les zones reprises aux voitures les ventes des commerçants ont augmenté de 49%. Dans New York et ailleurs, c'est un excellent argument pour continuer. 

 

Jeff Speck, auteur d’un livre plaidoyer intitulé « The Walkable City » - la ville dans laquelle on peut marcher - défend lui aussi sa thèse avec chiffres et graphiques:

  • L’argent dépensé en essence quitte le lieu où elle est utilisée alors que pistes cyclables et passages piétonniers se traduisent en dépensent locales.
  • Les chiffres sur l’obésité, endémique aux États Unis correspondent aux endroits où les gens utilisent le plus la voiture.

 

Pour conclure, j'ai retenu deux grandes idées importantes au début de ma recherche sur les villes intelligentes:

  •  La première est qu’il n’en a pas été une seule fois question au cours de la conférence… pas un mot sur les smart cities ce qui fait réfléchir sur leur impact réel aujourd’hui et la nécessité – pour moi - de commencer par un effort de compréhension de cette réalité millénaire qu’est la ville.
  • La seconde est que – intelligente ou pas - la ville apparaît comme le niveau où les problèmes se résolvent aujourd’hui. Même ceux de l’environnement. Ainsi, plus la densité de population est forte, moins on émet de CO2 par habitant. Convenablement équipées et organisées, les villes semblent une meilleure réponse que les panneaux solaires ou l’énergie éolienne. Pas incompatible mais plus efficace.

 

 

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Wayra Party (Crédit photo: Campu sParty Mexico powered by MoviStar)

 

Cette semaine, je voudrais parler d'un exemple d'Open Innovation. L'open innovation, c'est le fait pour une entreprise, en général les très grosses, de chercher idées et innovations à l'extérieur. Cela s'explique par le fait – qu'elles n'aiment pas reconnaître – qu'elles innovent de moins en moins. Mais aussi par le fait qu'aucunes d'entre elles n'a assez de moyen pour répondre à tous les problèmes. Et, d'une façon plus générale encore, par le fait qu'il y a toujours plus d'intelligence à l'extérieur qu'à l'intérieur de toute structure quelle qu'elle soit. Alors autant se mettre en quête de ce qui se concocte dehors. Pour développer cela, je voudrais parler aujourd'hui de Telefónica, le cinquième opérateur mondial.

 

Telefónica a le mérite d'aider les start-ups dans différents pays tout en se donnant ainsi les moyens de choisir les meilleures. C'est-à-dire, celles qui serviront à son développement.

Le dispositif mis en place s'appelle Wayra.org. C'est un ensemble de 13 accélérateurs appelés "académies" installés dans 12 pays : en Espagne (Barcelone et Madrid), dans les plus gros d'Amérique Latine mais aussi en Allemagne et en Grande Bretagne. Julian Vinue, directeur du centre de Barcelone m'a expliqué, je cite : "Nous sommes une sorte de département R&D externalisé qui ouvre des pistes sur l'open innovation et permet de détecter ce qui peut nous être utile."


C'est un projet considérable, lancé en avril 2011 – pour ouvrir aux meilleurs codeurs et entrepreneurs d'Amérique Latine une alternative à l'immigration vers les États-Unis - le réseau a reçu plus de 20.000 candidatures et a hébergé ou héberge encore près de 300 start-ups. Elles sont 10 à Barcelone dont les fondateurs sont russes, portugais, indien, espagnol, basque et croate… entre autres. Tout ce joli monde travaille en anglais.

Pour les attirer Telefónica (dont la Fondation a participé au financement de mon tour du monde de l'innovation) offre une bourse de 40.000 euros.

  • Elle est versée en deux temps et ceux qui n'avancent pas suffisamment n'en reçoivent que la moitié.
  • Les élus gagnent l'accès pendant 11 mois à des bureaux spacieux avec lignes à très haut débit.
  • Et comme dans tous les accélérateurs inspirés de Y Combinator ou de Tech Stars, ils bénéficient de mentors choisis, de mises en relation avec avocats, conseillers financiers et toute la communauté nécessaire pour faciliter l'innovation.

 

Ce qui est curieux c'est que tous les centres sont conçus sur le même modèle:

  • Chaque start-up a un espace propre mais ouvert.
  • Les séparations sont marquées par des sortes de grands cubes qui sont en fait des tableaux noirs sur lesquels tout le monde écrit, comme il se doit quand on veut encourager la créativité.

 

Au terme du processus, les participants exposent leurs projets au cours d'un Demo Day, une journée de démonstration, devant investisseurs et journalistes.Les meilleurs ont droit à leur bref moment de gloire lors du Mobile World Congress de Barcelone. En échange, Telefónica demande le premier droit de négociation quand les start-ups se lancent dans le grand monde. Elle peut prendre entre 5% et 10% du capital de la société.

 

La "première édition" de Wayra Barcelone a permis l'émergence, entre autres, de Marfeel, une entreprise d'adaptation de contenus pour iPad et de MintLabs qui fait des scans 3D du cerveau. "C'est intéressant pour notre secteur e-santé et pour la gestion d'images", m'a expliqué Vinue à propos de cette dernière. "Mais nous nous intéressons à tout ce qui concerne les TIC en général et pas seulement à la téléphonie", précise-t-il. "Ça peut représenter une ouverture future ou intéresser un de nos clients." Son patron, Gonzalo Martin-Villa, responsable de l'ensemble des académies, vient de déclarer qu'aider les start-ups "est une question de survie"

 

Ce qui me frappe c'est que ce n'est pas une initiative exceptionnelle, au contraire c'est un mouvement qui prend de plus en plus d'ampleur. J'ai lu par exemple une interview du responsable de l'Open Innovation chez Siemens qui malgré le fait qu'elle a 30.000 chercheurs et des contrats avec plus de 1000 universités explique qu'il est indispensable de chercher ailleurs. Pour lui, l'accès aux technologies les plus avancées dans le monde entier en ayant recours à la sagesse et à la puissance de l'externalisation aux foules joue un rôle clé dans la gestion de l'innovation. 

 

Autre référence, Wayra m'a fait penser à Startup Chile, l'initiative du gouvernement chilien pour attirer des start-upers du monde entier avec des bureaux et une bourse de 40.000 dollars. Il s'agit cette fois d'une initiative privée et non publique et qui s'étend sur 12 pays. Mais les deux initiatives ont en commun d'avoir trouvé – pour un coût raisonnable – une façon de s'ouvrir à l'innovation foisonnante des start-ups tout en leurs étant utiles. 

 

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son blog Winch5. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion

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Quel est le rôle de l'Etat dans l'innovation ?

Pentagon (Crédit photo: randomduck via Flickr/CC)

La guerre et la sécurité sont à l'ordre du jour avec l’implication de la NSA (National Security Agency) dans l’affaire d’espionnage Prism aux Etats-Unis. Cette semaine, je voudrais donc parler du rôle de l'État et en particulier du Pentagone dans l'innovationLa Silicon Valley reste la capitale mondiale de l'innovation, de l'esprit d'entreprise, des start-ups et du capital risque. Mais elle ne serait rien sans l'État américain et, en particulier, le Pentagone. Ça fait longtemps que je le dis et nous en avons déjà parlé mais un récent article du New York Times vient d'apporter de l'eau à mon moulin.


L'article commence avec un clin d'œil qui en dit long : "Parmi les incubateurs technologiques il y a AngelPad à San Franciso et Y Combinator à Mountain View. Et puis il y a le Pentagone."
En ce moment, nombre d'ingénieurs spécialistes de cybersécurité abandonnent le Pentagone ou la NSA (National Security Agency) pour créer leur propre entreprise. Le New York Times signale quelques une de ces entreprises dont Synack qui fait travailler des hackers pour tester la sécurité des installations gouvernementales grâce à ce qu’ils appellent une "technologie de niveau militaire".

Ce mouvement d'ingénieurs est accompagné d'un afflux de capitaux. Ainsi en 2012, 1 milliard de dollars ont été investis par les capital risqueurs dans des start-ups spécialistes de cybersécurité. C’est-à-dire, deux fois plus qu'en 2010.

Le quotidien précise: "
Bien que la Silicon Valley se considère comme un secteur éloigné [du cœur de Washington], les deux centres de pouvoir ont eu une relation symbiotique de longue date."
Cette relation peut être tendue comme dans le cas des informations que Google, Facebook, Yahoo et d'autres sont obligées de donner aux services d'espionnage. Cela inquiète leurs utilisateurs, ce qui n'est pas bon pour eux, mais on ne peut pas dire qu'ils se battent avec acharnement.


Cette bonne entente qui qualifie la Silicon Valley et le Pentagone n’est pas récente. Toute l'histoire de la région l'illustre. Contentons-nous de quelques points de repère :

  • La baie de San Francisco était une des principales bases de la Navy avant et pendant la deuxième guerre mondiale, c'est -à-dire au moment de la naissance de ce qui sera plus tard connu comme Silicon Valley.
    Un détail amusant : Situé dans la base, le centre de recherche Ames a loué une partie de son terrain à Google qui est en train d'y installer le Googleplex.

  • Nous savons tous que l'Internet n'aurait pas vu le jour sans DARPA, l'agence de recherche du Pentagone.
    Détail inquiétant : Max Kelly, ancien responsable de la protection des données des utilisateurs de Facebook travaille maintenant pour la NSA.


Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Une leçon claire, indiscutable mais qu'on entend rarement : Il est essentiel de prendre en compte le rôle de l'État dans tous les efforts pour créer des pôles d'innovation. Mais il doit apprendre à le faire d'une façon qui s'adapte à cette problématique spécifique.

Un livre vient d'ailleurs de sortir sur ce sujet qui m'a l'air fort intéressant. Écrit par Mariana Mazzucato, une économiste britannique, il s'appelle The Entrepreneurial State – L'État entrepreneur -. Il montre en détail le rôle de l'État dans la création de nouveaux marchés avec une longue perspective historique. Une de ses thèses est que c'est seulement quand l'État crée les conditions que le secteur privé fait preuve d'assez d'audace pour vraiment innover.


L'État a donc son rôle à jouer, mais pas n'importe comment. A Silicon Valley, cette intervention se fait d'une façon radicalement différente à ce qu'on voit traditionnellement en Europe et particulièrement en France. La DARPA, agence de recherche du Pentagone, adore lancer des concours plus ou moins fous pour voir émerger les plus audacieux. Par exemple, l'appel à inventer des robots liquides susceptibles de se couler par un trou pour se recomposer de l'autre côté du mur et y détecter des ennemis. Mais la plus importante est l'intervention sous forme de fonds de capital risque qui leurs sont propres, c’est-à-dire propres aux autorités du Pentagone et aux agences de sécurité. La CIA dispose de In-Q-Tel et l'armée américaine de OnPoint. Très proche de l'appareil militaire américain, la Rand Corporation a théorisé cette approche qui permet, tout en réduisant le budget de recherche de l'État de s'associer avec des entreprises privées pour encourager l'émergence de nouvelles technologies et même de gagner de l'argent qui peut être réinvesti.


Pour conclure, la main invisible du marché dont se réclament les économistes libéraux pousse sans cesse Silicon Valley de l'avant, mais elle n'aurait pas pu, à elle seule, assurer son succès. Il fallait la main discrète de l'État moins pour mettre en œuvre que pour venir en aide aux plus fous et aux plus agiles. Ce sont là de bonnes bases de réflexion pour tous ceux qui veulent encourager l'innovation chez eux.



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Comme je l'ai expliqué récemment sur mon blog du Monde, je suis en train de publier mon livre issu de mon voyage Winch5 gratuitement, chapitre par chapitre, en ligne. Dans la chronique de cette semaine sur l'Atelier des médias, je reviens sur ce choix qui n'a rien de fortuit.

(Ci-dessous le texte de mon billet du 23 août expliquant ma nouvelle stratégie de diffusion)

C'est gratuit et, comme dans les meilleures histoires, la publication se fait par épisodes.

L'intro (provisoire) et le premier chapitre sont déjà en ligne. La suite viendra dans quinze jours. J'essaierai de maintenir cette périodicité mais, n'ayant pas de lourde équipe pour m'aider et me discipliner à la fois, je ne promets rien.

L'intention est de tout mettre en ligne par chapitre, puis de réunir ceux-ci dans un livre électronique qui pourra également être imprimé à la demande.

Pas d'éditeur. Je ne compte donc que sur vous.

Dans l'introduction que vous pouvez lire aujourd'hui j'explique plus en détail comment j'ai l'intention de procéder.

Le chapitre 1 – L'innovation vient aussi d'ailleurs reprend certaines des rencontres qui m'ont le plus impressionnées au cours de mes périples.

Le chapitre 2 – Innover = créer des opportunités pose la question de ce qu'est l'innovation. D'où viennent celles qui changent notre monde.

Le chapitre 3 – Créer deux, trois, d'innombrables Silicon Valleys montre comment il faut s'y prendre… et ce qui donne des résultats décevants.


Le chap…. 
Non! Je ne vais pas tout vous dire maintenant (mais il est écrit).

Vous faites bien la queue pour aller au ciné ou au restau… alors patience et… bonne lecture.

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Les questions qui occuperont mes vacances

photo by photosteve101 on Flickr

En guise de "devoirs de vacances", je souhaite poser des questions et, avec les auditeurs, commencer à réfléchir sur les réponses à ces questions. Les questions sont les suivantes; « Ai-je envie d'utiliser des Google Glass? Ai-je envie d’utiliser la montre d'Apple? Big data est-elle vraiment aussi importante qu'on dit? ». Et dernière question pour finir « Quel est le sens pour une organisation de fonctionner en suivant une logique d'attention plutôt qu'une logique d'intention ? » Je donnerai plus de détails autour de chaque sujet, quand nous aborderons ces question une à une.

« Ai-je envie d'utiliser des Google Glass? »


Je voudrais d'abord préciser que je n'ai pas de réponses toutes faites à ces questions. Je me les pose vraiment. Et j'hésite particulièrement pour les Google Glass. Soyons clair je meurs d'envie de les essayer. Voilà enfin un gadget vraiment différent. En fait, elle me permet de rappeler qu'il est difficile de juger un outil qui ouvre de nouvelles perspectives sans l'avoir essayé. Donc, premier début de réponse : « Oui, je voudrais voir de quoi il s'agit ».
Mais tout savoir sur ce qu'on fait et les gens qu'on rencontre n'est pas nécessairement merveilleux.

Par exemple, je ne « google » pas tout le monde. Je le fais uniquement de temps en temps seulement et rarement en profondeur. Je préfère demander aux gens de se présenter et me faire une idée à partir de leur réponse et de la façon dont ils la formulent. La question la plus importante n'est pas de savoir si j'ai envie de les utiliser ou pas, mais si j'ai envie que les autres les utilisent en ma présence. Et à cette question, répondre « non » est, pour moi, très tentant.


« Ai-je envie d'utiliser la montre Apple? »

Je n’ai pas non plus de réponse à cette question. Je suis curieux d'essayer. Je me suis moins documenté sur cet objet que je ne l’ai fait pour les Google Glass. Mais je l’imagine un peu moins intrusif que les lunettes. Je trouve déjà les écrans des smartphones trop petits, en particulier celui de l'iPhone. Qu’est-ce que cela va donner une fois réduit aux dimensions d’une montre-bracelet?
Ce qui me paraît intéressant dans tout cela, c'est l’arrivée d’une tendance. Des gadgets que nous aurions toujours sur soi et qui seraient toujours actifs sans qu'on ait vraiment besoin de "les allumer" pour chaque action. Il est évident que ces objets arrivent. Ce qui est moins évident, c’est que nous allons devoir apprendre à nous en servir d'une façon qui convient à chacun et à chaque culture.
Et tant que nous sommes dans la thématique des gadgets, je viens de voir qu'une boîte s'appelant Hapilabs a mis sur le site de crowdfunding Kickstarter une hapifork qui vibre et s'allume quand la personne mange trop vite. Cela pourrait m'être utile. J'ajoute enfin que j'ai commandé _et que j'attends toujours_ le boitier Leap Motion qui permet de contrôler son ordinateur au moyen de gestes que l'on fait devant son écran. Je suis curieux de voir comment ça marche et si cela facilite réellement la vie.


«  Big data est-elle vraiment aussi importante qu'on le dit ? »

A cette question non plus, je n’ai pas de réponse autre que « Je ne sais pas » et je me pose ce genre de question chaque fois que tout le monde se met à parler d'une nouvelle tendance. Je me souviens d’ailleurs que l'année dernière par exemple, je me suis interrogé sur ce qu'il resterait des réseaux sociaux une fois toute l'écume retombée. Et là non plus je n’ai pas la réponse. Mélanger doutes et enthousiasme me paraît plutôt une bonne attitude, mais trancher n'est jamais facile.
En ce qui concerne Big Data, j'ai tendance à le situer dans la tension éternelle qui a toujours défini l’évolution des TIC. Cette tension qui oppose les tenants de l'intelligence artificielle aux tenants de l'intelligence augmentée, autrement dit le « tout-ordinateur » à « l'alliance Humains+machines ». Nous sommes en train d'assister à une poussée des tenants du premier courant sous la houlette de Google. Mais quand on se documente attentivement on se rend compte que les gens qui sont vraiment au fait du sujet soulignent de plus en plus le rôle clé des humains dans l'interprétation des données, dans la décision de ce que l'on doit faire sur la base de ce qu'elles permettent de comprendre.
J'ai eu, il y a deux jours, une conversation avec une amie qui me disait qu'on dit beaucoup de choses fausses autour du Big Data et qu'elle est plutôt favorable au « zen digital ».
C'est, il me semble, une bonne attitude aujourd'hui. Et nous pourrons toujours nous reposer la question dans quelques mois ou quelques années et changer de réponse…

Relire et réécouter la chronique de Francis Pisani du 3 mai 2013 intitulée "Le Big Data : un nouvel horizon ?"  :


«  Quel est le sens pour une organisation de fonctionner en suivant une logique d'attention plutôt qu'une logique d'intention ? »
Je souhaiterais d’abord afin d’expliquer indiquer le contexte qui a fait germer cette question dans mon esprit. J'ai eu la chance de participer à Bordeaux, le 5 juillet dernier, à une conférence organisée par le RADSI le réseau aquitain pour le développement et la solidarité internationale auquel participait également Sylvain Maire, un des animateurs de InnovAfrica. InnovAfrica est une rencontre annuelle d'innovateurs africains qui dépend de Imagination for People, un site canadien qui met en relation des innovateurs du monde entier sous forme, essentiellement, d'un wiki sur lequel ils mettent leurs innovations à la disposition des autres.
J’ai eu l'impression qu'il s'agissait d'une initiative intéressante pour nos auditeurs que certains d'entre eux connaissent sûrement et dont tu as peut-être déjà parlé…

Réécouter l'émission de l'Atelier des Médias du 11 décembre 2011 autour d'InnovAfrica:


Mais j'ai trouvé plus intéressante encore cette phrase de Sylvain Maire quand on lui a demandé d'expliquer comment il fonctionnait.
« Nous suivons, a-t-il dit, une logique d'attention plus qu'une logique d'intention ».
Je laisse tous ceux qui nous écoutent répondre à la question de savoir ce que cela veut dire de fonctionner de cette façon.

Pour moi, c'est la manière la plus claire et la plus ouverte que je connaisse de dire qu'on est à l'écoute de sa communauté plutôt qu'en train de lui dire ce qu'il faut faire. On pourrait objecter qu'il serait aussi simple de le dire comme ça – être à l'écoute plutôt que dire ce qu'il faut faire – cela est certain. Mais ce que j'ai apprécié dans la formule de Sylvain Maire c'est qu'en parlant de logiqued'attention ou d'intention, il laisse la place aux doutes, aux hésitations. C'est beaucoup plus puissant qu'une formule ou qu'un mot d'ordre. Et ce parce que c'est moins tranchant et plus ouvert. Je suis curieux de savoir ce qu'en pensent nos auditeurs.


Laissons-les réfléchir à cela dans les semaines qui viennent.

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son blog Winch5 et son compte twitter.

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Le bassin méditerranéen, berceau de l'innovation

Fonds de carte provenant de www.aquarius.geomar.de

Cette semaine, j’aimerais vous parler du lien entre Méditerranée et innovation.

Et ce, pour deux raisons. La première est une invitation à tous les vacanciers en Méditerranée à regarder la 'Mare Nostrum' d’un œil nouveau.  A penser à ces personnes qui, le long de cette mer, créent et innovent dans des contextes favorables. La deuxième est un regard en arrière sur mon tour du monde de l’innovation. Le pourtour du bassin m’était apparu comme un vivier d’innovations technologiques performantes et un cadre favorable à entrepreneuriat.

 

J’ai aussi été impressionné par ces jeunes méditerranéens, souvent urbains et très connectés. En Espagne avec le mouvement des Indignados mais aussi à Athènes, Istanbul, Tel Aviv, le Caire, Benghazi et Tunis, ils ont réinventé la communication horizontale et ont réussi à ébranler des structures hiérarchiques, dictatoriales, voire religieuses et patriarcales par leur appropriation des nouveaux outils.


La définition de l’historien français Fernand Braudel de la Méditerranée comme « système de communication » et « espace-mouvement » est toujours aussi pertinente.


Car c’est là qu’on trouve les pays émergents du marché de l’innovation: Israël qu’on peut carrément définir comme superpuissance dans le secteur, le Liban et la Turquie.

Je pense aussi à l’Egypte qui est sans doute le plus gros marché de la région malgré les derniers bouleversements.  Sans oublier la Tunisie qui commence à s’imposer comme un jeune acteur dans la région en matière d’innovation.


Pour l’Europe, étant moi-même Espagnol d’adoption, je vois l’Espagne, et plus particulièrement Barcelone, s’affirmer comme un incubateur d’innovation et plus spécialement dans le domaine des technologies de téléphonie mobile. La ville aspire d'ailleurs au titre de capitale méditerranéenne de l’innovation.


Vu ses challengers, les autres métropoles méditerranéennes que je viens de citer, la course pour ce titre s’annonce ardue.

 

Ressources & liens:

  • Israël

Israël la nation start-up - Les ressorts du miracle économique israélien par Dan Senor et Saul Singer 

Waze : http://www.waze.com/

  • Liban 

Seeqnce : http://www.seeqnce.com/

Berytech : http://www.berytech.org/

AltCity : http://www.altcity.me/

Arabnet : http://arabnet.me/

Wamda : http://www.wamda.com/

  • Turquie

Pozitron : http://www.pozitron.com/

  • Egypte

Wireless Stars : http://www.wstars.com/

Pushbots: https://pushbots.com/

  • Tunisie

Global Innovation Index 2013 : Pour lire le rapport en ligne

 

 

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Vie et mort des innovations

Visiting UTPA classrooms in Second Life (Jessica Mullen, Fickr/CC)

Cette semaine, je voudrais partir de la mort d’une des plus grandes innovations des temps modernes. Il s'agit d'une nouvelle surprenante qui concerne l’envoi du dernier télégramme, prévu pour le 14 juillet prochain. Ce qui m’amène à réfléchir sur la durée de vie d’une innovation.

 

La surprise va dans les deux sens. Certains trouvent curieux que le télégraphe soit encore utilisé. D’autres, qu’il n’ait pas déjà disparu depuis longtemps. Ce qui m'intéresse, c'est que sa survie montre que les innovations profondes ont la vie plus dure qu'on ne pense. En fait, les nouveautés ne tuent pas, elles modifient l’écosystème dans lequel elles évoluent. Je crois que nous devons accepter que nous vivons plusieurs temps à la fois, certains plus lents d'autres plus rapides que celui que nous percevons.


Second Life peut illustrer mon propos. Il y a quelques années, tout le monde pensait que ce monde virtuel en 3D allait tout bouleverser. Aujourd’hui, plus personne n’en parle. Et pourtant, il vient de fêter ses dix ans et reçoit chaque mois un million de visiteurs qui ont dépensé 3,2 milliards de dollars en dix ans pour l'acquisition de biens virtuels de tous types. C’est un bel exemple de temps croisés puisque ce projet était trop en avance sur son temps tout en concordant à l’idée que nous nous faisons du futur.


Plusieurs critères font la réussite ou l’échec d’une innovation, même s’il n’y a pas de réponse valable “avant”.

  • Premièrement, le timing est essentiel. Anne Bezançon, fondatrice et directrice de Placecast.net, une startup spécialisée dans la publicité géolocalisée, m’a confirmé qu’avoir « une bonne idée trop tôt ne résout rien », et « trop tard elle ne sert plus à grand chose ».

  • Deuxièmement, il y a en général un seul gagnant, alors qu’au même moment une douzaine d’autres startups faisaient la même chose.


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Future City, par Sam Howzit (Flickr/CC)

 

Cette semaine, je voudrais revenir sur la question de l’innovation dans les villes. Tout le monde sait que les villes sont propices à l'innovation mais personne ne sait vraiment pourquoi. Deux articles scientifiques publiés au mois de juin par des équipes différentes nous apportent quelques éléments nouveaux.


La première démonstration, strictement mathématique, est le résultat du travail d’une équipe de la Santa Fe Institute menée par Geoffrey West et Luis Bettencourt, deux physiciens spécialistes des systèmes complexes. West explique sur le site de Discover Magazine que "quant on double la taille d'une ville on a plus que le double de quantités socio-économiques bonnes et mauvaises - brevets, cas de sida, salaires, crimes, etc."

 

De façon plus simple, quand les villes doublent en taille, les bons et mauvais côtés sociaux, collectifs et individuels sont multipliés par 2,3. Phénomène remarquable : ce coefficient est à peu près constant quel que soit le continent et l'époque.

 

Pour comprendre la relation entre ville et innovation, nous bénéficions d’une autre étude, réalisé par la Massachusetts Institute of Technology. Une équipe animée par un simple doctorant, Wei Pan, montre que tout est lié à une question de densité des liens sociaux. En termes simples, ce rôle particulier des villes dans l'innovation tient en bonne partie au fait qu'on y a plus de chances d'y rencontrer d'autres personnes face à face. Deux éléments jouent un rôle clé :

  • La mobilité rendue possible par les réseaux de transports,
  • La présence de multiplies espaces de rencontres et d'échanges – lieux de cultes, cafés, espaces de coworking entre autres (et, pourquoi pas, des manifestations).

 

Ces recherches quantitatives devraient permettre, selon Bettencourt de "saisir les opportunités créées par les villes et d'éviter certains des immenses problèmes qu'elles posent". Pour simplifier, ces travaux confirment l'intuition de ceux qui pensent que tout ce qui favorise la communication, la fluidité, la mobilité et les rencontres est bon pour l'innovation et pour la richesse des villes et de leurs habitants.

 

La question qui se pose maintenant est de savoir non pas si les villes sont des lieux d'innovation mais si elles sont capables d'innover en tant que villes. Rien ne dit que la taille soit favorable. Il y a peut-être là un paradoxe à creuser qui tiendrait éventuellement à la taille optimale pour avoir de vraies discussions démocratiques et participatives. Je crois qu’à cette question, personne n’a encore de réponse.

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