Publications de Francis Pisani (77)

Zite, le service qui apprend de mes choix

Presque tous les soirs, je retrouve avec plaisir Zite, cette petite machine magique à découvrir de nouvelles pistes, de nouveaux sites. Le principe est simple. Il se joue en trois temps.



Vous vous inscrivez d’abord avec Facebook et/ou Twitter ce qui donne à Zite une base pour deviner ce qui vous intéresse parmi les 40.000 thèmes déjà repérés. Puis, vous choisissez des sujets du genre : innovation et villes intelligentes, ou Brésil, Singapour et créativité pour prendre quelques exemples de mon propre compte. Mais cela peut être aussi bien yoga, mode ou basket-ball. Enfin, de chaque article proposé par Zite, vous pouvez indiquer qu’il vous intéresse ou pas. Et c’est là le génie de cette technologie : le système apprend de vos choix et sélectionne de façon chaque fois plus appropriée. Par exemple, j’ai choisi la catégorie Kenya avant d’y faire mon premier voyage. Mais les articles choisis parlaient surtout de coureurs de marathon. J’ai rejeté ses suggestions et signalé mon intérêt pour les startups et la téléphonie mobile. En quelques jours Zite avait compris.

J’adore, parce que ça me permet de découvrir des pistes auxquelles je n’aurais pas nécessairement pensé et de sites que je ne connais pas. C’est différent de la recherche sur Google ou Bing, toujours limitée par la question que je pose.C’est aussi différent du recours aux flux RSS qui ne puisent que dans les sources que je connais. C’est également différent de Twitter, très varié mais qui tend vite à me submerger sous un tsunami de pistes sans me dire clairement où elles mènent.

Seulement disponible sur mobiles et sur tablettes, Zite alimente ma curiosité et m’ouvre sur le monde, non pas tous azimuts, ce qui me perdrait, mais dans des champs qui m’intéressent sans les restreindre à ce que j’y ai déjà repéré. C’est de là que vient mon plaisir. Surtout, ne vous en privez pas.

Dans un domaine différent mais toujours dans la même logique d’ouverture, j’ai lu avec beaucoup d'intérêt A History of Future Cities (que l’on peut traduire par Une histoire des villes futures).Il s’agit de Saint Petersburg (en Russie), Shanghai (en Chine), Mumbai (en Inde) et Dubaï dans la péninsule arabique. Quatre villes créées pour ouvrir l’Est à l’Ouest selon l’auteur, Daniel Brook. Elles sont beaucoup plus ouvertes au monde que Moscou, Beijing et Dehli - pour les trois premières – et que les autres villes de la région pour Dubaï. L’élément clé c’est que toutes ces villes sont des ports. Et c’est par elles que le changement arrive dans leurs pays.

Mais nous aurions tort sans doute de limiter la tendance à l’ouverture de l’est sur l’ouest. Cherchez le port autour de vous… New York ouvre bien les Etats-Unis au monde. Comme Barcelone d’ailleurs a longtemps ouvert l’Espagne à l’Europe et à la Méditerranée.
C’est de là, d’ailleurs, que je mets un terme à cette chronique en espérant qu’elle aura contribué à nourrir votre esprit… ouvert, bien sûr, puisque vous écoutez l’Atelier des médias.


Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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Source: Home Page www.fao.org/

Une tendance est en train de gagner du terrain dans de nombreuses villes à travers le monde : le développement de l'agriculture urbaine.

C'est l'une des conséquences les plus curieuses de l'urbanisation accélérée dont nous parlons souvent. Il s'agit en fait de la renaissance d'une vieille pratique que nous trouvons de partout. On s'y donne au nord pour renforcer les communautés et contribuer au développement durable des villes. Au sud elle est une question de survie.

Mais une petite définition est nécessaire :

Au sens le plus large du terme « l’agriculture urbaine » comprend la culture de certains végétaux de base. Elle s’étend à l’aquaculture, à l’apiculture et, bien sûr à l’élevage de volailles, entre autres. Sans oublier les abeilles, bien évidemment.

Pratiques traditionnelles


  • Au nord, les chiffres sont modestes. Une étude de l'Université de l'Arizona montre qu'aux États-Unis, elle atteint exceptionnellement 5% de la nourriture consommée dans la ville en question et qu'elle ne dépasse pas 1% dans la plupart des cas. Mais l'engouement va croissant dans la mesure où ce type de pratique permet de réduire l'impact CO2 de l'acheminement des aliments : ils se mesurent en mètres et non plus en kilomètres.

  • Le phénomène existe en Afrique. La FAO (Food and Agriculture Organization) a des programmes pour l'organiser.

En bref, l'agriculture urbaine est une réalité multifacétique qui existe dans le monde entier.

Mais peut-elle contribuer de manière significative à résoudre les problèmes posés par la concentration croissante de population dans les villes ?

Objectif commercial

Pick and pack team at Lufa Farms, the world’s first commercial rooftop greenhouses. Montreal neighborhood of Ahuntsic-Cartierville. (Commons.wikimedia.org)

Les initiatives à objectif commercial ne manquent pas.

  • Lancée par Mohamed Hague sur le toit d'un entrepôt de Montréal (3.000 m2), Lufa Farms se caractérise moins par le recours aux cultures hydroponiques que par un effort systématique de commercialisation, problème sur lequel ce genre de projet achoppe facilement.
  • A Kashiwa, au Japon, dans une ancienne usine de Sony, Shigeharu Shimamura fait, au contraire, le pari de l'éclairage artificiel LED avec lequel il recrée artificiellement le cycle diurne. Ça lui permet de produire 10.000 laitues par jour avec une productivité 100 fois supérieure à celle d'une ferme traditionnelle.

  • Les startups se lancent sur ce terrain prometteur. A Singapour, j'ai pu visiter les installations de Smartgrow.co qui améliore l'aquaponie (culture des végétaux en symbiose avec les poissons) grâce à une batterie sophistiquée de capteurs. Ce qui leur permet d'affirmer que « la seule chose dont vous devriez vous soucier c'est de récolter et consommer la nourriture que vous faites pousser ».


    Les villes suivent l'exemple

    Mêmes les villes commencent à encourager cette tendance. Et cela en suivant, à l'américaine, l'exemple de La Havane qui avait mis gratuitement des terrains à disposition de ceux qui voulaient les cultiver, San Francisco offre, depuis le 8 septembre, des avantages fiscaux aux propriétaires qui transforment des terrains inutilisés en potagers à condition que le bénéficiaire s'engage à produire de la nourriture pendant au moins cinq ans.

Reste à voir si les conditions à remplir poussent les candidats à se lancer vraiment dans l'agriculture urbaine ou les en décourage. C'est le cas dans la ville de Mexico où une telle disposition a été prise. Mais les déductions sont insuffisantes et il est presque impossible de bénéficier tant les conditions d'application sont draconiennes.


Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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Éloge de la curiosité

(César Astudillo, Flickr/CC)

Je veux cette semaine faire l'éloge de la curiosité. Pourquoi ? Parce que notre culture nous y prépare mal alors que celle-ci est essentielle pour survivre et prospérer dans le monde d'aujourd'hui.

La curiosité a traditionnellement mauvaise cote. Naturelle chez les enfants, elle est pourtant peu encouragée dans l'enseignement et mal vue dans la plupart des institutions, privées comme publiques.

En français, on dit volontiers qu'elle est un "vilain défaut" alors que de manière plus métaphorique, nos amis anglo-saxons expliquent qu'elle "a tué le chat". Et, signe patent de notre culture à dominante machiste, c'est toujours la faute des femmes : l'envie de goûter la pomme fait d'Ève la responsable de notre expulsion du jardin d'Eden, et c'est à la curiosité de Pandore que nous devons tous les maux de l'humanité.

Que nous apporte la curiosité aujourd'hui ?

La curiosité est pourtant une fabuleuse recette dans quatre domaines au moins :

  • Pour faire face à l'incertitude, d'abord. Si le savoir permet de résoudre les problèmes en fonction des solutions passées, la curiosité permet d'en trouver de nouvelles.
  • Pour aborder les conflits avec un état d'esprit qui nous rend "plus créatif dans la recherche de solutions".
  • Pour innover ! N'oublions pas que la plupart des innovateurs semblent tenir leur talent de la capacité d'établir des connections entre des éléments disparates que seule leur curiosité permet de découvrir puis d'assembler.
  • Enfin, elle est essentielle pour se lancer dans l'expérimentation avec l'espoir de trouver de nouvelles réponses concrètes permettant de changer la façon d'opérer dans le monde.

Conséquence logique de cette importance de la curiosité dans ces domaines, nous commençons à la mettre en valeur. J'ai deux exemples pour illustrer cette nouvelle tendance :

  • Boris Groysberg, professeur à la Harvard Business School en fait, avec la flexibilité et l'adaptabilité, une des trois qualités essentielles des cadres supérieurs (les executives en anglais). Pour lui, il ne suffit plus de suivre ce qui se passe dans son domaine, ni même l'évolution du marché. Il est désormais indispensable d'avoir "une curiosité intellectuelle développée" pour "anticiper les changements".
  • De son côté, Tomas Chamorro-Premuzic - dans un post de la Harvard Business Review intitulé "La curiosité est aussi importante que l'intelligence" - explique que le quotient de curiosité (QC) commence à figurer à côté du quotient intellectuel et du quotient émotionnel. Ceux chez qui il est développé font preuve de deux grandes qualités : la "tolérance face à l’ambiguïté", et la volonté "d'acquérir des connaissances" nouvelles.

La curiosité, un atout à développer

L'avantage, c'est que la curiosité peut être aiguisée. Pour cela, tout commence par le courage, le jeu, le retour à la curiosité de l'enfance. Il est donc possible de développer notre curiosité par des exercices et des formations sur lesquelles je reviendrais probablement un jour dans cette chronique.

Commençons aujourd'hui par en reconnaître la valeur, avec comme preuve les citations de deux auteurs prestigieux :

  • Le romancier portugais Eça de Queirós - n'oublions pas qu'il s'agit d'un peuple de navigateurs - notait déjà que : "La curiosité mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique".
  • Quant au grand guru du management, Peter Drucker, il affirmait de son côté : "Le leader du passé savait dire et raconter (tell). Le leader du futur saura demander et poser des questions (ask)". 

Avec tout ce que je viens de démontrer, je me demande ce que font les les dirigeants des grosses entreprises comme Sanofi, Total, L'Oréal, Renault, BNP Paribas, et toutes les autres, pour développer leur curiosité et encourager celle de vos employés? 

Mais la question se pose aussi aux maîtres et maîtresses d'école, aux professeurs, aux parents, à chacun d'entre nous. Sommes- nous assez curieux ? Faisons-nous ce qu'il faut pour l'être plus,

pour l'être mieux ?

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Et si nous repensions la salle de classe ?

Je sais que tout le monde parle de rythmes scolaires et que ça compte mais les lieux d'apprentissage sont tout aussi importants. Nous ne pouvons pas oublier que nous sommes sensibles à la lumière dans la cuisine, au confort du bureau. Nous voulons tous que nos enfants apprennent dans les meilleures conditions possibles. Mais trop peu font le lien entre l'espace de la salle de classe, son organisation, son mobilier et leur impact sur l'apprentissage.

On sait pourtant que le cadre influe sur le travail comme sur l’innovation. J’aimerais prendre au moins deux exemples :

  • Les bureaux flexibles de Google encouragent la créativité. Couleurs, espaces modifiables, panneaux blancs, tout y contribue. Si l’on en croit ce qu’ a déclaré un des cadres à FastCompany >>> « Ce qui fait vraiment que les gens travaillent mieux ensembles c’est un sens du fun, de non-compétitivité et de non-hiérarchie ».
  • Autre exemple, Ideo, la célèbre entreprise de design qui a longtemps travaillé avec Apple, propose des espaces de travail qui sont à la fois « tranquilles et collaboratifs ».

L’importance des espaces pour les écoles

J’en suis convaincu et j’en veux pour preuve le fait qu’ailleurs, des éducateurs commencent à modifier les espaces dans lesquels les enfants apprennent.

  • A l'école Telefonplan de Stockholm les salles traditionnelles sont remplacées par
  • des lieux pour des lieux pour se concentrer (la cave),
  • des lieux pour expérimenter (le lab),
  • des lieux pour travailler en groupe (le feu de camp)
  • des lieux pour interagir (le puits)
  • et, des lieux pour montrer ce qu'on a fait (la frime).

En France, les discussions sur les modes d’enseignement abondent.

  • On parle de plus en plus // je ne peux pas m’empîecher de dire « enfin » // des outils numériques qu'il faut mettre à la disposition des enfants et / un peu / de la culture que ça implique. "Le digital c'est maintenant" écrit en tous cas Bruno Grossi sur le HuffingtonPost.
  • Les questionnements sur la pédagogie ne manquent pas dont certains sur la "classe inversée" qui consiste à faire regarder des vidéos et des documents aux élèves, avant d'en parler à l'école, au lieu de les faire travailler dessus après les cours.

Mais l’aménagement des salles de classe est rarement évoqué malgré des expériences intéressantes.

Quelques exemples

On en trouve, bien sûr, mais ils ne sont pas très nombreux. J’en ai retenu deux :

  • La salle dans laquelle enseigne Antoine Taly, professeur de biologie à la Faculté de médecine de Cochin, est ainsi décrite par un de ses collègues :
    "Elle conviviale, aux murs couverts de schémas et de post-its multicolores, aux tables à roulettes disposées en demi-rectangle de manière à ce que tout le monde puisse se voir et interagir efficacement. Le prof est dans un coin à côté des étudiants qui s’approprient l’espace de manière tout à fait naturelle."
  • L'ESSCA (École Supérieure des Sciences Commerciales d’Angers) propose des salles de classe « modulables » dans laquelle les étudiants, assis sur des chaises à roulettes munies de tables, peuvent organiser l’espace comme ils l’entendent.
  • J’ajoute qu’une partie des cours que j’ai donné l’an dernier à la Web School Factory s’organisait sur la même base.

Ce qui est dommage c’est qu’un tel sujet n’a guère de chances de mobiliser ni la droite ni la gauche Alors qu’il pourrait sérieusement contribuer à rendre les enfants plus passionnés par l’école et plus créatifs. C’est, comme toujours, à nous de choisir.

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"Modernité" d'Hector Toro

"La France décapitée". C'est le titre d'un article d'opinion publié sur le New York Times en cette veille d'anniversaire de la prise de la Bastille. Il a été écrit par Roger Cohen qui suit les affaires européennes depuis Londres et qui connaît bien la région. Le titre est provocateur et le contenu mérite réflexion. Son affirmation principale est que "les Français n'aiment pas la modernité. Ils n'ont pas confiance dans la modernité. C'est le noyau du problème. Ils ne l'aiment pas et n'ont pas confiance en elle pour deux raisons. La modernité a redéfini l'espace et relégué l'Etat. C'est intolérable".

Un article au titre provocateur dont le contenu mérite réflexion [l'article].

 

  • La remise en question de l'espace est particulièrement insupportable dans un pays qui croit en la notion de "terroir". La meilleure preuve en est que les vins sont considérés comme différents alors même qu'ils proviennent de terrains distants d'à peine quelques centaines de mètres.

  • Quant à l'Etat, "la technologie a déplacé le pouvoir de l'Etat à des individus sans Etats qui vivent dans un cybermonde sans frontières. Et une adresse mail est maintenant plus importante et plus pertinente à la conduite de l'existence qu'une adresse physique". 

 

Pour ces deux raisons, le problème de fond est donc ce qu'il qualifie "d'objection fondamentale [des Français] à la modernité". 

Les Français ont-ils réellement un problème avec la modernité ? 

Je suis globalement d'accord avec le constat et le raisonnement qui l'accompagne, même s'il manque de nuances et de précision.

  • La modernité a commencé à la fin du 15ème siècle et elle a plutôt bien réussi aux Français. Ce qu'ils ne supportent pas c'est le passage à la postmodernité qui va de paire avec la globalité. J'ajoute qu'ils en veulent particulièrement aux technologies de la communication, qui contribuent largement à l'accélération de ces deux phénomènes. 
  • Ce qui me frappe c'est que, partout où je voyage dans le monde, je trouve - malgré les tensions qu'on retrouve toujours - plus d'ouverture au monde qui change et aux technologies qu'en France.
  • Les Français que je rencontre dans les conférences que je donne sont généralement moins enthousiastes et plus critiques que ceux que je trouve ailleurs.

Dans son article, Roger Cohen reprend une métaphore du philosophe Michel Serres qui rappelle le miracle de Saint Denis. Celui-ci, après que les Romains lui eurent coupé la tête, la prise dans ses mains pour continuer son chemin. 

  • Dans un livre et dans plusieurs conférences, Serres dit aux jeunes que leur tête est maintenant hors de leur corps, sur la table, dans ces ordinateurs que nous utilisons tous.

"Entre nos mains, la boîte-ordinateur contient et fait fonctionner, en effet, ce que nous appelions jadis nos "facultés" : une mémoire, mille fois plus puissante que la nôtre ; une imagination garnie d'icônes par millions ; une raison aussi, puisque autant de logiciels peuvent résoudre cent problèmes que nous n'eussions pas résolus seuls. Notre tête est jetée devant nous, en cette boite cognitive objectivée." (Michel Serres)

Sur sa lancée, il arrive à Serres de dire "vous avez été décapités". D'où le titre de l'article de Roger Cohen.

  • Mais, ce que l'éditorialiste du New York Times a omis, ou n'a pas vu, c'est que Serres, grand avocat des transformations en cours, ajoute que cette tête externalisée nous libère et nous permet de mieux inventer, de mieux innover.

  • Cela invalide-t-il l'article de Cohen ? Pas vraiment. Ce qui est frappant dans cette histoire c'est que, victime sans doute de l'état d'esprit qui l'entoure quand il est en France, même Michel Serres est conduit à choisir / pour défendre l'ordinateur aux yeux de tous et en particulier des jeunes / une métaphore qui fait peur.

  • C'est comme si, pour encourager l'utilisation des smartphones je disais que nous pouvons maintenant porter nos têtes dans nos poches ou dans nos sacs grâce au fait qu'elles ont été jivarisées, c'est à dire miniaturisées comme le faisaient les Jivaros avec celles de leurs ennemis.

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Centre-ville de Toronto via Wikipedia/CC

Les villes sont plus importantes que jamais pour la simple raison qu’elles se situent au carrefour des bouleversements les plus importants de notre époque.


Le premier bouleversement est, bien évidemment, l’urbanisation massive.

L’ordre de grandeur est impressionnant : aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes. Dans 35 ans, ce sera plus de 70%, ce qui veut dire que le nombre de citadins aura pratiquement doublé.

Cette accélération d’un phénomène en marche depuis longtemps aura surtout lieu dans le sud, dans les zones émergentes. Selon McKinsey, entre aujourd’hui et 2030, la Chine construira entre 20.000 et 50.000 gratte-ciels qui pourront héberger l’équivalent de 10 New York. Et en 2030, près d’un huitième de l’humanité vivra dans une ville chinoise.

Seconde révolution, celle tes technologies de l’information et de la communication.

Tout est digitalisé. Les humains comme les objets de la couche physique ont une « ombre informationnelle » dans la couche virtuelle. Et, depuis celle-ci, on peut agir sur eux.

Les villes y ont recours dans l’espoir d’offrir des services moins chers alors que leur population s’accroît et que leur budget rétrécit. Petites et grosses entreprises informatiques y voient le plus gros marché des 20 prochaines années.

Mais les villes sont également au cœur du bouleversement climatique.

Nous avons trop longtemps été formés à croire qu’elles sont le problème principal. Elles pourraient bien être, sinon « la » solution, du moins un élément essentiel des réponses à tenter. Il est clair, en tous cas, que nous n’avons aucune chance d’en réduire l’impact si nous ne changeons pas nos villes.

Le quatrième bouleversement est celui du nouvel ordre mondial.

Le centre se déplace vers la zone Inde-Chine-Japon-Asie du Sud-Est dans laquelle vit déjà la moitié de l’humanité et où l’urbanisation sera la plus forte et la plus rapide au cours des prochaines années.

C’est aussi le passage relativement rapide du monde unipolaire, dans lequel nous sommes entrés avec la fin de la guerre froide, à un monde « plus » multipolaire. Or ce changement d’ordre s’accompagne de deux crises : celle des États-Nations et celle du politique.

  • La première tient à l’incessante remise en cause des frontières par les mouvements locaux autant que supranationaux ainsi qu’au mode de fonctionnement et à la puissance croissante des grandes entreprises internationales

  • La seconde crise tient au fait qu’indistinctement de leur coloration, les dirigeants sont ressentis comme trop éloignés de ceux qu’ils sont sensés gouverner et de leurs problèmes. Le discours des partis ne suscite plus guère d’identification. L’effet est renforcé par le rôle des médias traditionnels perçus comme faisant partie du « système ».

Dans un cas comme dans l’autre les villes constituent des éléments alternatifs de réponse. Elles s’insèrent dans les relations internationales. Elles ont leur propre diplomatie. Demandez à Bordeaux, Paris, Londres ou Barcelone, combien de représentants ils ont dans d’autres pays, combien de missions sillonnent le monde chaque année. Ce rôle ne peut que croître avec la multiplication des « méga-villes » (pouvant dépasser les 100 millions d’habitants et, en Chine, dotées d’un statut juridique propre).

Dans un monde qui perd le sens qu’il s’était trouvé au forceps au cours des deux derniers siècles et demi, les villes sont aussi l’espace où peut émerger une identité collective reposant sur les problèmes communs, la possibilité de les aborder concrètement et aussi - pourquoi pas? - sur l’identification avec un club de foot.

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Elon Musk pendant la présentation d'une technologie Tesla, en Californie le 20 juin. (Photo Lucy Nicholson. Reuters)

Elon Musk, co-fondateur et patron de Tesla Motors (fabriquant de voitures électriques) vient d'annoncer que ses brevets pourront être utilisés par tout le monde. Une décision singulière dans un contexte où les entreprises se livrent volontiers à la guerre des brevets.


Elon Musk affirme dans un billet publié sur son blog le 12 juin que « Tesla n’engagera pas de poursuite pour la protection de ses brevets contre quiconque utilise notre technologie de bonne foi ». Une information qui a été peu traité par les médias traditionnels alors que l'événement a été comparé à la décision d'Henry Ford qui avait, en son temps, bouleversé l'industrie automobile et les économies des pays développés


Intitulé « Tous nos brevets vous appartiennent », le texte est un mélange de beau discours et d’intérêts bien compris résumé dans cette phrase : « Nous croyons que Tesla, d’autres compagnies qui fabriquent des voitures électriques et le monde bénéficieront tous d’une plateforme technologique en rapide évolution ».

Une décision qui n’est pas altruiste


Cette décision vient d’un « libertarien » qui nie le rôle de l’État et n’accepte les syndicats que s’ils sont «du même côté que les patrons ». 
Mais, plutôt que de garder ses brevets (plus de 800) et de régner sur une partie infime du marché Elon Musk préfère augmenter la part du gâteau quitte à ne pas être le seul à en bénéficier.


Un des enjeux essentiels est la rentabilisation d’une « gigafactory » qui fabriquera des batteries performantes et l’adoption par d’autres de son réseau de Superchargers, stations services ultra rapides pour voitures électriques qui couvrent déjà une partie des Etats-Unis.

Ouvrir les brevets pour encourager l'innovation

“The Public, West Bromwich – Welcome to The Public Entrance Free” / ell brown / CC BY


Jadis utiles, les brevets servent aujourd’hui , selon Musk « à étouffer le progrès, consolider les positions des sociétés géantes et enrichir les membres de la profession juridique, plutôt que les vrais inventeurs ». Le cœur de l’analyse c'est que, face aux 100 millions de véhicules fabriqués annuellement, la compétition qui compte « ne vient pas des voitures électriques produites au goutte à goutte par d’autres que Tesla, mais du déluge de voitures à essence qui sortent chaque jour d’usines dans le monde entier ».

Cette « ouverture » est une triple leçon qui concerne l’innovation.

  • Saluées par tous, les voitures de Tesla sont bien plus que la somme des brevets déposés pour les construire. C’est la vision d’ensemble qui fait la différence.
  • Musk espère attirer les meilleurs ingénieurs que cette philosophie open source séduit.  C’est d’autant plus important qu’il ne s’agit pas de logiciels mais de « hardware » qui coûte plus cher et demande plus de temps. C’est, en quelques sortes, un deuxième niveau d’innovation.
  • Tesla a dix longueurs d’avance sur les autres et, pour Musk « nous voulons innover assez vite pour rendre caducs nos brevets antérieurs dans les domaines qui comptent vraiment. C’est la rapidité de l’innovation qui compte ».

Il s’agit donc d’innovation dynamique qui consiste à s’inscrire dans un processus pour rester en tête de ses rivaux quitte à leur donner accès aux bijoux de la couronne.
Elon Musk a compris quelque chose qui avait échappé même à Steve Jobs, à qui on le compare souvent.

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J'ai visité l'immeuble vert d'Hyderabad

Quand j'étais à Hyderabad, dans le sud de l’Inde, j'ai vu un curieux immeuble « Vert » qui mérite le détour. Les détails dans cette chronique audio et dans le corps du texte.

Quatrième ville de l’Inde par le nombre d’habitants, Hyderabad ressemble à toutes ces villes du sud qui attirent beaucoup de monde très vite et dans laquelle on survit au rythme des pétarades des cyclo-pousses à moteurs. Pour l’étranger qui débarque tout effort pour la « verdir » semble une cause perdue.
Heureusement tout le monde n’est pas d’accord. C’est ainsi qu’a été construit un immeuble vert pour héberger le siège local de la Confédération des Industries Indiennes.


Un immeuble pour une agglomération de 9 millions d’habitants, ça semble bien peu…

C’est ce que je croyais au départ. Car, isolé au bord de Hitec City, un quartier en pleine croissance, le Sohrabji Godrej Green Business Centre fait figure d’oasis au milieu du désert urbain.
Une partie des toits est couverte de pelouses qui isolent les étages du dessous et réduisent les besoins en air conditionné. Le reste est surmonté de panneaux solaires qui fournissent 20% de l’énergie dont l’immeuble a besoin. Deux tours captent l’air matinal qui est ensuite rafraîchi avec des dispersions d’eau avant d’être réinjecté dans le système. Enfin, les bureaux sont orientés de façon à bénéficier au maximum de la lumière du jour. Aucune eau ne sort du building. Tous les liquides sont recyclés dans l’entretien du jardin. L’ensemble dispose de citernes pour recueillir la pluie. Les plantes ont été choisies pour leur faible consommation en eau. La plupart des matériaux utilisés proviennent de la région. Une bonne partie provient de produits de recyclages.


Selon Anand Muthukrishnan, Conseiller Principal du centre (et du Indian Green Building Council):
« La construction a deux bénéfices tangibles : nous consommons 40% d’eau fraiche et 25% d’électricité de moins que les constructions ordinaires. »

Les TIC fonctionnent « comme le tableau de bord d’une voiture et nous fournissent en temps réel les données permettant de mieux gérer la consommation. »

Nous avons tous entendus parler de construction de ce genre. S’agit-il, dans ce cas d’un modèle indien ou venu d’ailleurs ?


Inauguré en 2004, le site s’est inspiré de certaines recommandations du LEED, ((or Leadership in Energy & Environmental Design)) une initiative américaine pour encourager le développement des constructions vertes qui sert de référence dans de nombreux pays.
Mais les Indiens ont eu à cœur, comme ils m’ont dit « d’indigéniser » le modèle.
LEED-India fournit aux propriétaires, architectes et développeurs du pays « les outils dont ils ont besoin pour concevoir, construire et gérer des immeubles verts » en tenant compte des conditions locales.
La ventilation transversale naturelle, par exemple, est courante dans le pays.


L’initiative contribue-t-elle à « verdir » les villes du sous-continent ?


Cette initiative de la Confédération des Industries Indiennes a été conçue pour promouvoir la construction d’immeubles verts, puis d’usines vertes et ensuite de quartiers et de villes verts en donnant l’exemple.
Quand je lui ai posé cette question de l’impact, Anand, le conseiller que j’ai déjà cité, m’a répondu :
« Quand on leur parle de quelque chose qu’ils ne connaissent pas, les Indiens demandent qu’on leur montre comment ça marche. C’est pour ça que nous avons construit cet immeuble car nous étions convaincus qu’en le voyant fonctionner d’autres suivraient. De fait plus de 2400 projets ont été lancés dans le pays en appliquant les mêmes règles. »
Il s’agit en fait d’une approche par le petit. Les micro projets peuvent avoir un impact plus positif que les grandes réalisations. Nous retrouvons ainsi, dans un tout autre contexte, la notion d’acupuncture urbaine évoqué la semaine dernière à propos de Curitiba au Brésil.

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Beaucoup de Brésiliens se demandent encore si leur pays a fait une bonne opération en organisant le Mundial de foot puis les prochains J.O. IBM, pour sa part, s’en sert comme vitrine de sa conception des villes intelligentes grâce à un centre de contrôle installé au cœur de Rio de Janeiro. Heureusement, le pays est assez grand et assez créatif pour nous offrir, à Curitiba, proche de Sao Paulo, sa propre version, moins coûteuse et plus humaine.

Le Centre d’Opération de Rio (COR), que le maire, Eduardo Paes, préfère qualifier de « Centre de Commande et de Contrôle (CCC) » quand il écrit dans la presse américaine, représente la version la plus avancée des smart cities telles que les conçoivent les grandes compagnies.

Conçu et réalisé par IBM avec une poignée de partenaires le centre est le premier à intégrer tous les services d’une municipalité de cette taille. Plus d’une trentaine en l’occurrence.

Il permet de centraliser les informations et de prendre des décisions. Les données arrivent des quatre coins de la ville et sont recueillies de toutes les façons possibles. Soixante dix employés vêtus de blancs s’y agitent devant des murs d’écrans comme dans un labo ou dans un centre d’exploration spatiale. IBM fournit des « logiciels qui en tirent du sens » (sense-making software, selon l’expression de Guru Banavar qui a joué un rôle clé dans l’installation). « Quand vous avez l’information, que vous la comprenez et que vous savez quoi en faire, vous êtes déjà à demi smart », estime-t-il.

Le maire, aussi bien qu’IBM ont un histoire très au point pour vendre l’installation du CCC. L’origine en serait des inondations dramatiques face auxquelles, en 2010, la ville s’est retrouvée impuissante. C’est vrai. Mais les villes ne sauraient se proposer de devenir plus « intelligentes » sur le seul modèle du traitement de choc aux coûts exorbitants. Elles doivent aussi (certains diront d’abord) se donner les moyens d’améliorer la vie de tous les jours.

C’est là qu’intervient « l’acupuncture urbaine » mise en place par Jaime Lerner, ancien maire de Curitiba. Au lieu de projets gigantesques concernant l’ensemble d’une agglomération elle s’attaque à la rénovation et à la revitalisation de lieux précis, immeubles, pâtés de maison, carrefours ou autres.

« Des interventions stratégiques ponctuelles peuvent créer une énergie nouvelle et contribuer à la consolidation du scénario souhaité », explique Lerner dans un article publié sur les blogs de la Harvard Business Review. « L’acupuncture urbaine consiste à revitaliser une zone « malade » ou « épuisée » (et ses alentours) en touchant simplement un point clé. Comme dans l’approche médicale, cette intervention déclenche des réactions en chaine positives qui contribuent à guérir et à améliorer le système dans son ensemble. »

Rio, comme Curitiba, comme toutes les villes du monde confrontées au même problème que Guru Banavar, issu du secteur recherche d’IBM, pose à sa façon : « Les systèmes grands et complexes m’attirent. Pouvez-vous penser à un système plus complexe qu’une ville ? » 

Même si nous avons du mal à la comprendre, la solution qu’il propose est utile, comme peut l’être une intervention chirurgicale compliquée, un traitement de chimiothérapie. Mais pour améliorer la ville la métaphore du métabolisme nous aide tous à saisir la nécessité « de voir le système urbain comme un tout si nous voulons mieux comprendre et résoudre les problèmes complexes ». Et à agir sur eux comme Lerner à Curitiba.

Nous sommes nombreux à voir des médecins traditionnels, à passer sur la billard des chirurgiens ET à rendre visite à l’acupuncteur, à l’homéopathe. Pour nos villes, trop souvent malades, nous avons aussi besoin de ces deux médecines. Méfions-nous des tenants d’une seule école. Terre de métissage, le Brésil est un bel exemple.

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

 

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Le XXIème siècle sera-t-il chinois ?

Le site chinois de e-commerce Alibaba (Crédit photo: Leon Lee via Flickr/CC)

Je ne suis pas le premier à m'interroger sur le futur du XXIème siècle. J'aborde cette semaine une question bateau – le XXIème siècle sera-t-il chinois ? Je reconnais volontiers qu’on peut prévoir la montée chinoise, mais ce qui m’intéresse c’est la réaction que cela peut entraîner.

 

D’abord quelques faits:

  • Alibaba, la puissante entreprise chinoise d’e-commerce, vient d’annoncer son intention d’entrer à la Bourse de New York.

  • C’est une des trois géantes chinoises de l’internet, elle vaut plus que Facebook, Amazon ou eBay explique le New York Times.

  • Les services qu’elle offre correspondent à Amazon (avec Tmall) + eBay (avec  Taobao) + Paypal (avec Alipay).

  • L’an dernier, la valeur des marchandises vendues sur ses sites a dépassé celles d’Amazon et d’eBay réunies. Ses marges de profit sont supérieures en raison du coût réduit de la plupart de ses opérations.

  • Elle est active en Russie, en Grande Bretagne et au Brésil et s’apprête à se lancer aux États-Unis avec 11Main.com.

  • C'est un exemple de ce qu’après s’être imposées en Chine, qui sera bientôt le plus gros marché du monde dans à peu près tous les domaines, les grosses entreprises chinoises s’étendent à l’extérieur.

 

Le e-commerce ne suffit pas pour dominer le monde mais dans ces cas, il ne s'agit pas de marchandises.

Le blog Focus Campus de Jean-Claude Lewandowski explique que, début avril, la Chine a fait une entrée en force dans le domaine des MOOCs, ces cours en ligne "massivement ouverts". L’initiative revient à l’université Jiao-Tong de Shanghaiqui en réunit 18 autres dont les meilleures de Bejing et de Hong Kong. Pour le moment on y trouve surtout des cours de maths, de médecine chinoise traditionnelle et même les principes de Sun Tzu appliqués au management. Pour attirer les étrangers, certains cours comporteront des sous-titres en anglais.

Il ne s’agit donc pas seulement de puissance commerciale mais de puissance intellectuelle tournée vers l’extérieur.

 

Cela ne suffit toujours pas pour constituer une puissance hégémonique mais j’ai lu avec beaucoup d’intérêt un article de KishoreMahbubani, ancien diplomate singapourien et directeur de la Lee KuanYewSchool of Public Policy de son pays. Dans un article publié début avril il avance des arguments qui pèsent lourd :

  • L’économie chinoise (comme celle de l’Inde) était plus grande que les économies occidentales jusqu’en 1820. Elle devrait rattraper celle des Etats-Unis en 2019 et sa part du GDP (Gross Domestic Product) global pourrait-être 2,5 fois celle des Etats-Unis en 2030 (elle était un dixième de cette dernière en 1980).

  • La taille de l’économie n’est pas tout, réplique Michael Beckley de Tufts University à Mahbubani, mais, selon ce dernier, « Un leadership fort est peut-être le plus grand avantage concurrentiel de la Chine. »

  • Sans oublier que près de 100 millions de Chinois sortent chaque année du pays (et reviennent).

  • En bref, il estime que la domination européenne puis nord-américaine des XIXème et XXème siècles ne sont que des « aberrations historiques ».

 

Nous savons cela depuis longtemps mais c’est en train d’arriver sous nos yeux et que le moment est venu d’en prendre conscience… et de passer à a la question de ce qui découle de la constatation de l’éclosion chinoises.

Beaucoup de gens se demandent en effet si c’est grave et s’il faut avoir peur. Ça n’est pas ma position. A côté de leurs apports indiscutables, les horreurs et les défauts des dominations européennes et américaine invitent à comprendre que c’est la notion de modèle et les tentatives pour l’imposer qui sont insupportables.

En fait, nous nous dirigeons vers un monde dont le centre se trouve en Asie (où Mahbubani souligne la montée parallèle de l’Inde et de l’Indonésie). - Je n’y vois pas un problème - Et vers un monde chaque fois plus multipolaire. C’est ça qu’il faut préserver. Et je crois que nous pouvons tous y contribuer. Les Européens comme les autres, à condition, sans doute, de rester ensemble.




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crédit photo: Ivan Bandura (Flickr)

Nous avions le film de science-fiction "World War Z". Maintenant nous avons "World War D" (la guerre mondiale D) pour désigner la troisième guerre mondiale.

Tel était le titre d’une conférence qui s’est tenue fin mars à Melbourne en Australie pour parler de la guerre des monnaies (D est alors utilisé pour Dévaluation) et du fait que la guerre économique est aujourd’hui numérique. « L’arme est la finance mais le champ de bataille est Digital », peut-on lire sur le compte rendu. Quelle est cette nouvelle forme de guerre en marche ? 

Une nouvelle forme de guerre

La conférence était une réunion de chantres de l’Apocalypse (promettant des martingales aux investisseurs qui les suivraient). J’ignore la valeur de leurs prédictions mais j'y vois une invitation à s’interroger sur la portée non militaire des affrontements en cours autour de la question ukrainienne.

Loin d’être des coups d’épingle, les sanctions prises par les États-Unis et par l’Europe sont en fait la mise en marche d’une nouvelle forme de guerre, sans destructions physiques, mais tout aussi redoutable.

Newsweek de cette semaine en fait sa une. Sous le titre "L’art de la guerre financière", l’article explique en détail comment Washington a recours à « des armes financières sophistiquées » contre des gouvernements hostiles.

« Il y a quinze ans, l’idée que le Département du Trésor serait au centre de notre sécurité nationale était inconcevable », explique le sous-secrétaire Daniel Glaser.

« Mais nous avons développé une panoplie complète d’outils à mettre au service du Président. »

La clé consiste à interdire toute transaction en dollars d’un individu ou d’une banque portée sur la liste noire. L’impact est considérable car 87% des transactions internationales se font, à un moment ou à un autre, en dollars US et sont signalées aux autorités de ce pays. De très lourdes pénalités (parfois en millions de dollars) sont appliquées à toute institution américaine ou étrangère effectuant une transaction avec les individus et institutions figurant sur la liste. Un diktat que personne n’ose violer, même les Chinois.

Une guerre subtile qui n'en n'est pas moins impitoyable

Il s’agit, selon The Telegraph de Londres d’une "bombe à neutrons financière" qui « repose sur le contrôle hégémonique du système bancaire global étayé par un réseau d’alliés et l’acceptation réticente des États neutres ». Il en résulte une guerre « subtile », « mais pas moins impitoyable et destructrice que les autres » écrit Juan Zarate, le fonctionnaire américain qui a conçu le dispositif et contribué à le mettre en place après le 11 septembre 2001.

L’arme a déjà donné des résultats avec la Corée du Nord et l’Iran. Mais la Russie est un bien plus gros morceau, de plus « intimement liée aux économies de l’Allemagne et de l’Europe de l’Est ». Une contagion n’est donc pas à écarter au sein de notre système hyper connecté.

Il ne faut pas écarter non plus une réponse « asymétrique » de la Russie. Elle pourrait avoir recours à la cyber guerre, dans laquelle elle a déjà démontré sa capacité et à laquelle les économies et sociétés ouvertes occidentales sont particulièrement vulnérables. La guerre est en marche, avec d’autres moyens qu’il faut comprendre

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Crédit photo : Angela n. (FlickR)

Le commerce des cuisines ambulantes ne s'est jamais aussi bien porté qu'aujourd'hui. En Californie, Twitter a totalement bouleversé le secteur de la restauration. 

Dans une ville comme San Francisco où trop de gens déjeunent dehors sans avoir le temps de préparer leur gamelle, nombre d’entre eux s’alimentent auprès de camions restaurants prosaïquement baptisés « food trucks ».

Leur multiplication et la qualité de leurs produits (certains se disent « gourmets ») est considérée comme une menace par les restaurants qui ont obtenu une réglementation sévère et un prix dissuasif pour l’acquisition des licences.

Comme toujours, la réponse a été l’économie informelle et l’apparition de camions sans permis contraints à dégager chaque fois que les inspecteurs montraient le bout de leur nez.

Mais ça, c’était avant Twitter qui a tout chamboulé. Vous voulez savoir comment ?

 

  • Dans un premier temps, les informels se sont servis de Twitter pour avertir leurs clients des endroits où ils se trouvaient à mesure qu’ils se déplaçaient.
  • Dans un deuxième temps, les propriétaires de licence, qui voyaient leur clientèle s’effilocher, se sont mis à utiliser les comptes de leurs concurrents comme base de données de particuliers auxquels proposer leur service

Grâce à cela, le commerce des cuisines ambulantes ne s’est jamais aussi bien porté. Les sites et blogs permettant de les trouver ne manquent pas, tels FriskyFoodTrucks ou Best Food Trucks Bay Area. Même Yelp, le service de classement des restaurants met à disposition une sélection des meilleurs camions de San Francisco.

Des implications qui vont plus loin que ce nous pourrions imaginer

  • Il y a même un livre sur la gestion de ces cuisines ambulantes, qui voit dans cette mode une « connection culturelle ».

  • Et, bien entendu, les propriétaires de camions commencent à ouvrir des restaurants.

  • Les « Food Trucks » sont une nouvelle tendance de la pause déjeuner en France que l’on peut, avec Pouet-Pouet.com, localiser en temps réel.

Un chercheur du Massachussetts Institute of Technology appelé Sepandar Kamvar, y voit un processus dans lequel Twitter et les réseaux sociaux contribuent à « refaçonner la vie » dans la ville.

Il s’est même donné pour tâche de cartographier cette évolution pour nous permettre de la suivre.

La morale de cette histoire est qu’une technologie qui n’a rien à voir avec une activité industrielle ou commerciale donnée – en l’occurrence la restauration - peut bouleverser plusieurs couches d’entreprises établies. Et comme une fois le tourbillon lancé, nul ne sait où il s’arrêtera, il faut donc s’y mettre vite pour comprendre en participant. Avant qu’il ne soit trop tard.

La morale de cette morale est que, si le software organise la vie et modifie nos villes, certains comme Mark Andreessen disent qu’il « mange le monde ». Nous devons lutter pour des cuisines ouvertes, nous faire marmitons chaque fois que possible, et accommoder les sauces à notre convenance.En clair : suivons les technologies et apprenons même à en créer de nouvelles.


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Tony_Hsieh_in_2009 via Wikimedia Commons/CC

Lors de mon dernier voyage, je me suis arrêté à Las Vegas. Une ville que l’on imagine pas intelligente. Et pourtant, toutes les villes - et le défi de les rendre plus vivables et moins dispendieuses - sont sans doute la prochaine « frontière », un terme familier aux conquérants de l’Ouest américain.


Aucun individu ne l’illustre mieux que Tony Hsieh, fondateur de Zappos – la première boîte à réussir à vendre sérieusement des chaussures online –. Il a tout simplement décidé de transformer le centre de Las Vegas en modèle de cité intelligente, innovante et durable.
Plutôt que l’éloignement choisi par Google, Twitter, Apple ou Facebook, Zappos a décidé de s’installer en pleine ville.
« Nous préférons que nos employés s’y promènent », m’a expliqué Kim Shaefer, une des responsables. Avant de préciser : « Les interactions accroissent la créativité et les innovations de l’entreprise en même temps qu’ils bénéficient à la communauté locale. »
Cela ne suffit pas pour faire une ville intelligente mais c’est un point de départ. Las Vegas ayant déversé ses banlieues autour de centres commerciaux dispersés, le centre ville était en pleine décrépitude. Immeubles pourris, chômage et crimes le décrivaient mieux que les lumière scintillantes des casinos dont on nous parle d’habitude. « Nous voulons changer ça et misons sur l’entrepreneuriat pour diversifier l’économie », m’a expliqué Schaefer. « Mieux vaut un petit restaurant qu’un mont de piété ».

Pour inviter les gens à s’amuser et à rester, ils créent des festivals, des pièces de théâtre et ont même monté un « parc de conteneurs » plein de cafés, de boutiques et d’activités musicales. Et, dans le même temps, ils transforment de vieux casinos en espaces de coworking ou en centres communautaires.
Le
Dowtown Project - tel est le nom du projet d’ensemble - établit des partenariats avec les petits commerçants et les aide à trouver des crédits.

  • 68 startups ont démarré ici ou se sont installés depuis le lancement, en janvier 2012.

  • 35 petits commerces et près de 600 emplois ont été crées.

Mais une ville, ça n’est pas que des commerçants, même aux Etats-Unis. Le transport a donné lieu à une initiative spectaculaire, le Project 100. Il permet le partage de bicyclettes, de véhicules avec chauffeur et de 100 Tesla, ces voitures de demain créées par Elon Musk et mises à la disposition du public sur le modèle ZipCar ou AutoLib. Une école privée qui accorde une grande place aux neurosciences et à l’entreprenariat a été créée. « On y apprend différemment » dès le jardin d’enfants.

Comment tout cela est-il financé ?

Hsieh, qui a vendu Zappos pour plus de 900 millions de dollars à Amazon, a mis 350 millions de ses propres sous dans le projet: 50 vont aux petits commerces, 50 au fond pour les startups, 50 à l’éducation et 200 à l’achat de terrains et d’immeubles.

La revue Wired a consacré un long article au projet en janvier dernier et se demande comment un individu peut se lancer dans la revitalisation d’une ville, une affaire complexe et sérieuse. Il s’agirait donc selon elle d’un « gros pari ».

Je ne suis pas sûr. Hsieh a tout pour réussir… mais pas nécessairement là ou on l’attend. Il joue cartes sur table, mais celles qu’il montre ne sont pas forcément celles qui comptent le plus. Avec une partie de son argent, il donne vie à une nouvelle communauté innovante faite de startups qui échouent dans 90% des cas. Avec le reste, il rachète terrains et immeubles du centre ville qui ne valent encore pas grand chose. Une valeur plus sûre, à long terme.


En conclusion, et même si ça peut surprendre certains de nos lecteurs, je trouve que nous ne pouvons que lui souhaiter bonne chance. Il montre en effet qu’on peut être riche et prendre des risques avec une partie importante de sa fortune. Et, surtout, il a compris que les projets innovants partent de communautés innovantes. Son mérite est de contribuer à la créer en pariant sur la diversité, la passion d’entreprendre et une bonne dose de fun. Je suis convaincu qu’on peut y arriver avec moins d’argent, et que c’est le bon point de départ.


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Mon voyage récent (Songdo, Séoul, Singapour, Hyderabad) s’est fait dans le cadre d’un cours à la University of Southern California donné avec le professeur François Bar. C’était une expérience : les étudiants ont participé au voyage grâce au recours à des centres de téléprésence de Cisco. A chaque étape, j’y amenais des personnalités locales et ils les interviewaient depuis Los Angeles. Plutôt que de leur demander une synthèse sans fil conducteur nous les avons chargé de remettre au responsable informatique de la ville californienne – Peter Marx - un mémo suggérant quelques leçons à tirer de ces villes asiatiques. Ils s’intéressent surtout aux transports et à la participation citoyenne. 


• Je me suis livré au même exercice avec cette liste de dix points (publiés sans ordre particulier) glanés au cours de ce voyage de trois semaines. Je ne les ai pas rédigés en pensant seulement à Los Angeles mais à d’autres villes aussi.

  1. Les villes anciennes qu’on essaye de rendre plus intelligentes ne devraient pas essayer d’intégrer les différents systèmes informatiques. C’est un casse tête inutile. Il suffit de partager les métadonnées signifiantes. C'est le cas à Séoul.
  2. Les capteurs sont trop chers pour encore quelques années. La collection de données étant indispensable, autant avoir recours aux smart phones des citoyens. Séoul a dessiné le trajet de ses bus de nuit en partant d’une carte des lieux où les appels nocturnes à partir d’un mobile étaient les plus nombreux.
  3. . Les hackatons – ces réunions de hackers pour résoudre un problème - peuvent servir à améliorer la ville. Ils poussent municipalités et entreprises à ouvrir l’accès à leurs données et sont un début de participation citoyenne. Singapour et Hyderabad l'ont expérimentés.
  4. Cartographier la ville de façon sophistiquée et interactive rend les informations compréhensibles, et la visualisation des données facilite le dialogue avec les citoyens. Comme c'est le cas à Séoul, Songdo, Singapour et Hyderabad.
  5. L’heure de l’agriculture urbaine et des constructions vertes a sonné. Elle peut être avancée par la réalisation de projets pilotes avec financement public-privé. Hyderabad et Singapour l'expérimentent.
  6. Dans une ville comme dans un quartier, le design intégré qui permet aux habitants de se rendre à pied ou en bicyclette de chez eux à leur travail et aux rues ou centres commerciaux dont ils ont besoin peut changer la dynamique des villes et leur consommation énergétique. C'est le cas à Songdo.
  7. Aucune ville ou même quartier nouveau n’est attirant, mais l’urbanisation croissante fait que nous ne pourrons pas échapper aux problèmes posés par leur création. Plus que sur l’objectif final, c’est sur le processus d’élaboration qu’il faut travailler. La modélisation peut aider. Songdo est cependant un contre exemple.
  8. Les villes intelligentes sont un énorme marché. Chaque société s’y attaque et chacune a son modèle à proposer. Toute ville capable de développer une plateforme de services facile à déployer se lance dans la compétition. Séoul et Singapour en sont l'exemple.
  9. La participation citoyenne devrait commencer au moment de la conception conçue comme processus ouvert. Voilà, peut-être, un domaine dans lequel Los Angeles pourrait servir d’inspiration.
  10. Reste un point sur lequel je n’ai pas eu le temps de faire les recherches nécessaires, mais qui me semble clé en ces temps de réchauffement global et de sécheresse accrue. La gestion de l’eau. C’est une question stratégique pour Singapour qui semble gérer d’une façon intelligente le recueil des eaux de pluie, la consommation et le traitement des différentes sources.


Voilà donc ma note en dix points. Je ne sais pas ce qu’il en fera mais je peux dire que Peter Marx, et même le maire de Los Angeles l’ont retweetée.


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Songdo Park Hotel view (Crédit photo: Sharon Hahn Darlin)

 

J'ai annoncé il y a quelques semaines que je repartais faire un tour du monde de l'innovation dans les villes. L'une de mes premières étapes a été la Corée (Séoul et Songdo), puis je me suis arrêté à Singapour. Voici un aperçu de ce que j'ai pu constater. 

 


La Corée

Quand on vous parle de ville intelligente, mettez vite la main à votre porte-monnaie. 

Songdo est une ville nouvelle, créée sur des terrains gagnés sur la mer. Le programme est lancé par une entreprise américaine nommée Gale International. Dans ce projet, l'attention est particulièrement mise sur la proximité des commerces, des lieux d'habitation et de travail. C'est un plan qui a l'air bien conçu. Néanmoins, ils ont du mal à attirer du monde: alors que la ville devrait contenir 75 000 habitants d'ici deux à trois ans, elle n'en compte que 25 000 aujourd'hui.

Donc c'est un projet un peu préoccupant parce qu'il a du mal à avancer et parce qu'il a tendance à centraliser. Une réflexion sur laquelle je reviendrai est que l'installation des infrastructures et des outils qui permettent de faire une ville intelligente coûtent très chers, non seulement en termes d'installation mais aussi en termes de maintien. 

 

Singapour

 

C'est une ville extrêmement câblée dans laquelle aura 100% de la population sera équipée de smartphones d'ici l'année prochaine. Ce qui m'a passionné c'est le rôle des geeks dans le développement de la ville intelligente. Newton-Circus, une entreprise locale, a organisé des hackatons (réunions de hackers) dans lesquels ils cherchent des applications pour la ville. Au départ, il n'y avait pas d'open data (données publiques) donc ils ont mis beaucoup de temps à regrouper les informations nécessaires à leurs applications. Finalement, elles se sont multipliées créant ainsi une dynamique fabuleuse. Les autorités et les entreprises ouvrent de plus en plus leurs données et du coup les hackers ont de plus en plus de projets à présenter. Par exemples, le calcul prévisionnel des places de parking. Ou encore le crowdsourcing de la température des immeubles.

 

 

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Facebook vient de s’offrir Whatsapp, une application de messagerie, pour 19 milliards de dollars. Dit simplement, je trouve que les 19 milliards de dollars payés par Facebook pour acquérir Whatsapp sont autant une manifestation de puissance qu’un signe d’angoisse… justifiée.

 

Il y a les raisons connues et notamment le fait que les jeunes se lassent des réseaux sociaux ouverts à tous vents.

Ils adoptent les applications conçues pour smartphones :

  • Instagram (également rachetée par Facebook) pour partager des photos, ou Snapchat (qui a refusé d’être rachetée) pour envoyer des messages qui s’autodétruisent et ne laissent pas de trace.

 

  • Il y a les raisons masquées : le fait, notamment, que Facebook a maintenant plus d’utilisateurs qui s’en servent à partir d’un téléphone qu’à partir d’un ordinateur mais il a du mal à en tirer tout le parti économique que cela implique.

 

  • Et puis il y a la raison dont on parle peu parce que ça se passe loin de Silicon Valley : la fantastique montée des « Whatsapp sur stéroides »,dont nous avons déjà parlé plusieurs fois : les applications de messageries venues d’Asie : KakaoTalk en Corée, Line au Japon et WeChat en Chine. Les trois (surtout les deux dernières) gagnent des marchés à l’extérieur à un rythme d’enfer (mais les chiffres disponibles doivent être regardés à la loupe).

 

 

Ces applications de messageries sont-elles des menaces pour les sites de réseaux sociaux ?

Les smartphones sont en train de déplacer les ordinateurs. Or, « Facebook est d’abord une plateforme sociale avec des éléments permettant la communication, alors que nous sommes une plateforme de communication avec des éléments de réseaux sociaux », m’avait expliqué Yujin Sohn, une des dirigeantes de KakaoTalk il y a un an et demi.

Elle parlait de son entreprise – entièrement conçue pour smartphones -, mais aussi des cousines : Line et WeChat.

Whatsapp est également un outil de « conversations » (intimes ou de groupe) qui se construisent à partir du carnet d’adresse des utilisateurs.

Mais le trio asiatique a de l’avance :

  • Le modèle économique de Whatsapp repose sur l’abonnement (1 dollar par an, gratuit la première année). Sa première vertu est la simplicité.

 

  • La force principale de KakaoTalk, Line et Wechat repose sur le développement en « plateforme » qui ouvre des perspectives commerciales considérables.

 

 

Ça leur permet, par exemple, de gagner de l’argent avec des offres de jeux de plus en plus abondantes. Le commerce électronique n’est pas loin.

  • Wechat s’est lancé dans le transfert d’argent. C’est d’un tout autre business model dont il est question.
  • Les applications de Line sont celles qui ont rapporté le plus dans le monde en 2013 (mis à part les jeux).
  • Au Japon même (qui est le pays où les applications gagnent le plus) Line a gagné sept des dix premières places dans la catégorie jeux.
  • Les utilisateurs de WeChat rapportent 7 dollars par an (1 dollar dans le cas de Whatsapp).

 

 

Mark Zuckerberg a donc bien compris qu’il devait se lancer dans les applications de messageries et qu’il était trop tard pour en créer une. Ça lui coûte cher mais c’est la bonne direction. Et si vous trouvez que 19 milliards pour Whatsapp c’est beaucoup, n’oubliez pas qu’en novembre dernier on parlait d’une prochaine entrée en bourse de Line pour... 28 milliards de dollars.

 

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"Dots World Map" (crédit: SnowFleikun)

 

Après avoir fait un premier tour du monde de l'innovation en 2011 (projet Winch5), j'ai décidé de renouveler l'expérience cette année. C'est donc reparti pour une nouvelle aventure baptisée "Citynnovation". Cette fois-ci, j'ai choisi d'orienter mon tour du monde sur l'innovation dans les villes. Je vous explique pourquoi.

 

Pour ce nouveau tour du monde il s'agira de visiter les villes les plus innovantes. Mais sans se limiter à ces dernières, je préfère parler de villes qui essayent d’innover à des degrés différents de maturité, cela peut être un village intelligent par exemple. Cela va de Mexico qui est la plus vieille ville du continent américain et qui a du mal a adopter des technologies de l’information, jusqu'à Songdo en Corée et Masdar à Abu-Dhabi, qui sont des villes construites à partir de rien sur le concept de la ville intelligente. 

 

Se rendre sur place pour mieux comprendre ce que l'on lit sur le web

 

Pourquoi j'ai choisi d'y aller? Parce qu'on rencontre des gens qui ont des histoires à raconter. On y découvre la vie locale, chose que l'on ne peut pas trouver sur le web. Lorsqu'on est sur place on comprend mieux ce que l'on lit sur internet dans les articles. Quand on a seulement un accès virtuel à l'information on a du mal à savoir exactement de quoi est faite la richesse de ces endroits d'innovation.

Crédit photo: Karsten Seiferlin

Les personnes que je vais rencontrer

  • les communautés de start-up parce qu'elles contribuent à l'innovation et à l'esprit dynamique des villes.
  • Et ensuite (c'est tout nouveau pour moi) des responsables municipaux qui vont m'expliquer comment ils vont intégrer la technologie dans leur ville. Par exemple à Mexico j'ai vu le CTO (responsable de la technologie) de la ville, qui m'a expliqué qu'ils n'en étaient pas encore à des choses très performantes mais qu'ils commençaient par rationaliser l'utilisation de la technologie par les différents services de la municipalité.

 

 

De l'innovation dans les médias à l'innovation dans les villes

D'abord je me suis intéressé à l'innovation de le domaine des médias. Ensuite j'ai élargi cette thématique à d'autres champs. En fait, je m'intéresse toujours à ce dont je crois qui vaut la peine d'être suivi.

  • Il a fallu d'abord suivre la technologie : c'est ce que j'ai fais pendant 15 ans quand je suis allé dans la Silicon Valley . Ça s'est d'abord appliqué aux médias puisque je suis journaliste et que c'était dans ce domaine qu'il m’intéressait de comprendre ce qui allait changer à notre manière de travailler.
  • Ensuite, je pense que le passage aux pôles/écosystèmes d'innovation permet de comprendre de façon plus large comment les technologies sont utilisées, non plus comme industrie mais comme moyen de multiplier des forces.
  • Et enfin pour la ville: j'ai découvert dans cette recherche que c'est dans la ville que la technologie et la société se retrouvent.
  • C'est une hypothèse mais c'est peut-être dans la ville que se réinvente la politique (dont nous savons tous qu'elle a des problèmes) : il y a peut être quelque chose sur la participation à réinventer ou même à inventer. Et je trouve cela fascinant.


Pour aller plus loin:

 

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A gauche:Steve Jobs (par Matthew Yohe), à droite: Elon Musk (par Brian Solis)

Il ne s’agit pas du patron d’Apple, mais la Silicon Valley (ayant horreur du vide) a trouvé un autre modèle que Steve Jobs auquel se référer. Il s’appelle Elon Musk.

Né en Afrique du Sud, il a co-fondé PayPal et dirige aujourd’hui deux entreprises radicalement innovantes : SpaceX, qui construit des fusées civiles devant nous permettre de coloniser Mars. Et la deuxième, TeslaMotors, fabrique des voitures électriques assez séduisantes pour convaincre les plus rétifs d’abandonner l’essence.

Tout deux sont des « serial disruptors », des entrepreneurs capables d’innovations de rupture dans des domaines différents.
Un fascinant article de Chris Anderson, le Monsieur Loyal des conférences TED nous montre leurs points communs :

 

  • Leurs innovations sont le fruit d’équipes, mais ils sont les seuls capables « d’imaginer les écosystèmes plus larges dans lesquels ces produits peuvent devenir transformatifs » explique Chris Anderson. Cela comprend la technologie, le design, la logistique et le modèle d’affaire. Par exemple, sans iTUnes l’iPod n’aurait été qu’un Walkman digital. Sous la plume d’Anderson « la plupart des innovations sont des mélodies, pour Jobs et pour Musk il s’agit de la symphonie toute entière ».

  • Autre point commun : leur conviction leur donne la force d’aller de l’avant quoi qu’il arrive, et de persuader les autres de les suivre. Ça se traduit en obsession et en mépris pour ceux qui ne comprennent pas. Mais Musk remarque qu’il ne s’agit pas de certitude. Enclin à penser que ses projets avaient peu de chances de réussir, il était suffisamment convaincu de la possibilité de succès pour tenter le coup et s’accrocher.

Comment apprendre d'êtres si différents de nous?
(Jurgen Appelo)

En adaptant et en regardant aussi ailleurs où nous apprenons que :

  • D’abord, les innovations incrémentales ont leur valeur, à condition de les transformer en mode systémique de changements constants. C’est ce que fait Toyota depuis des années.

 

  • Ni la quête du prestige ni celle de l’argent ne sont des motivations suffisantes. Paul Graham, autre gourou de Silicon Valley, ne cesse de dire aux créateurs de startups qu’il incube « Faites ce que vous aimez faire ».

 

  • Enfin, les gens qui réussissent le doivent moins à leur vision et à leur passion qu’à « la capacité d'adopter une approche non conventionnelle de l'apprentissage: une improvisation flexible sur la route à prendre vers un objectif prédéterminé, mais aussi une volonté de changer la destination elle-même » explique Maria Popova auteure du blog BrainPicking.



"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"

 

Il faut donc se transformer sans cesse comme le conseille Frédéric Filloux à Twitter dans une récente MondayNote. Il trouve que leur design a besoin d’être totalement revu et corrigé

C’est courant. Trop de grandes entreprises « continuent à itérer leurs produits au lieu d’induire des ruptures dans leurs propres rangs ».

En clair, le conseil est le suivant : Secouez le cocotier, y compris celui sur lequel vous êtes perché. Sinon d’autres le feront, de l’intérieur (comme ce fût le cas pour Jobs et pour Musk qui ont tous les deux été viré de boîtes qu’ils avaient créé), ou de l’extérieur.


Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

 

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Crédit: Mathieu Plourde

L'enseignement en ligne fait des progrès en France même s'ils sont timides. France-Université-Numérique.fr vient de lancer 8 cours en ligne auxquels se sont inscrits 100 000 étudiants. Une bonne nouvelle qui est révélatrice -paradoxalement- de notre retard dans le domaine de l’éducation en ligne quand on compare à ce qu’il se fait ailleurs.

 

 

  • Définition : dans ces cours en ligne ouverts et massifs, enseignants et étudiants sont dispersés géographiquement et communiquent par l’internet.
  • Ils sont connus (et populaires) sous le nom de MOOCs (pour Massive Open Online Courses).

  • « Dans le monde anglophone, » précise Wikipedia.fr, « il arrive fréquemment que 100 000 personnes soient réunies pour un cours », d’où le terme « massif ».

 

On voit donc la différence avec la timide avancée gouvernementale pourtant dotée de 12 millions d’euros. Heureusement, il y a plein d’autres initiatives dont celle de Neodemia.com, une start-up parisienne qui cherche à intéresser les entreprises.

Que penser de ces nouvelles formes d’enseignement ?

  • Tout d'abord, près de 90% des inscrits ne terminent pas. Mais cette mesure n’est pas un bon critère car certains clics suffisent pour s’inscrire et quelques leçons peuvent pousser à aller plus loin. Tout le monde ne cherche pas un diplôme. Il va donc falloir aborder l’évaluation autrement.
  • Un avantage énorme : toute personne ayant accès à internet peut profiter du meilleur enseignement.

  •  

    C’est le côté « social » du pari lancé en 2012 par Harvard, Princeton, Stanford, et quelques autres (108 au total) avec Coursera.org : plus de 6 millions d’utilisateurs et près de 600 cours. Vous pouvez même apprendre, à partir de ce lundi, « Comment changer le monde » (en anglais).

  • C’est aussi une façon pour les universités d’étendre leur réputation et le nombre de personnes susceptibles de venir s’inscrire IRL (In Real Life). Coursera cherche encore son modèle d’affaire.

  • edX.org (M.I.T, Berkeley etc) est une entreprise à but non lucratif.

  • Mais la startup Udacity.com propose cours payants et diplômes dont un master du Georgia Institute of Technology, une université prestigieuse.

 

 

Un progrès qui ne répare pas le modèle éducatif existant

 

 

Clay Shirky (crédit photo: Ragesoss)

« Le système scolaire est cassé et tout le monde le sait » écrit Clay Shirky, professeur à l’Université de New York. Cela comprend ce qu’il appelle « Massif Offline Open College », le modèle hors-ligne dont le coût a augmenté de plus de 70% en dix ans alors que la valeur du diplôme obtenu baissait de 15%.

 

  • Clayton Cristensen, gourou de l’innovation, accuse les institutions existantes de ne pas aller assez loin : « Elles offrent des cours en ligne, mais ne changent pas le modèle existant. » Elles doivent permettre de gagner du temps et d’économiser de l’argent pour devenir vraiment perturbatrices.
  • Il signale au passage l’expérience de MinervaProject.com, une startup de San Francisco qui rend ses cours en ligne accessibles dans des mini-campus répartis dans le monde entier.
  • L’interactivité qu’on trouve dans l’expérience de Minerva a lieu « quand ça convient aux étudiants et pour ce qu’ils ont à faire ».

    C’est un premier pas vers une pratique plus ample de la formation horizontale ad-hoc et du passage – et c’est là que sera la vraie révolution – de l’accent mis sur l’éducation à celui mis sur l’apprentissage.

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

 

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Je continue cette semaine mon exploration du concept de ville intelligente. J'ai découvert cette semaine deux concepts, l'hyperdensité et la marchabilité qui devraient jouer un rôle important dans l'amélioration des conditions de vie urbaines dans le futur.

 

Un de mes problèmes avec les villes dites intelligentes est que toutes les discussions sont en fait des rêves qui promettent plus qu'ils ne peuvent tenir alors que nous sommes confrontés au désespoir de constater l'état des villes dans lesquelles nous vivons. Imaginez ce que peuvent penser les habitants du Caire auxquels on fait miroiter la perspective de Masdar (dans le désert d'Abu Dhabi) qui promet d’être neutre en terme de gaz carbonique et de ne dégager aucun déchet.

 

Mais, entre les mirages et les réalités il y a les projets – c'est un peu mieux que des rêves - des architectes et des urbanistes qui travaillent à l'amélioration de nos villes. Le site WebUrbanist.com "Magazine digital d'architecture urbaine, art, design, voyages et technologie" vient de leur consacrer un article stimulantJe trouve fascinant le fait qu'ils font tous le double pari de l'hyperdensité et de la « marchabilité » avec, pour faire bonne mesure, une touche de vert.

Quelques explications concernant ces concepts barbares…

 

L’hyperdensité caractérise les villes où la densité est suffisante pour que la construction d’un métro ait un sens (selon Vishaan Chakrabarti un professeur de l'Université de New York). Elle augmente à mesure que l’on construit plus de gratte-ciels et donne des agglomérations qui sont , « les moteurs économiques les plus efficaces, les plus durables dans leur respect de l’environnement et les plus susceptibles d’encourager un style de vie joyeux et sain ».

 

 

La « marchabilité » - walkability en anglais, mais le terme commence à être utilisé en français - est le degré de facilité avec lequel on peut tout faire à pied, près de chez soi. Il y a même des sites spécialisés dans cette mesure commeWalkScore.com. En tous cas, une étude suisse révèle que « les habitants marchent plus ou moins en fonction de la densité de la population ». J'ajoute que nous ne saurions oublier la « cyclabilité » qui gagne en acceptation.

 

 

Tout est donc censé changer quand on réunit hyperdensité, marchabilité et espaces verts dans des projets de villes nouvelles, comme le font les 14 projets recensés par WebUrbanist dont voici quelques exemples.

  • La ville chinoise de Chengdu (14 millions d’habitants au total), se lance dans la construction en pleine campagne d’un nouveau centre urbain de 80.000 habitants tout en hauteur. Les voitures en seront bannies mais on pourra se rendre à pied du centre à la périphérie en 10 minutes. Ça devrait permettre de consommer 48% moins d’énergie et 58% moins d’eau qu’une ville traditionnelle et de produire 89% moins de déchets solides. Les villes avoisinantes seront accessibles en transports publics.
  • S’inspirant d’une antique passion chinoise, la ville de Guiyang (4 millions d’habitants) a décidé de lancer Shan Sui (ce qui veut dire : ville des montagnes et de l’eau) sur le même principe d’une très haute densité avec accès piétonnier à tout ce qui compte : en l’occurrence, les espaces publics et verts autant que les écoles, les hôpitaux et les emplois.

Qui a dit qu'il ne s'agissait pas de rêves ?

 

Il s'agit de projets bien sûr - et certains sont en cours de réalisation - mais en fait, le point commun / non dit / de la plupart d'entre eux c’est qu’ils concernent des nombres très réduits d’habitants.

Et voir petit ne résout pas tout. Harvest City, ville flottante de 30.000 habitants pourrait voir le jour en Haïti. Partiellemnt consacrée à l’agriculture, elle est conçue pour résister aux cyclones… et, plus que probablement réservées à ceux qui ont les moyens.

 

C’est pour cela que je trouve intéressante la notion de Muliplicity lancée pour Melbourne avec, en son cœur, celle de diversité. Le cabinet d’architectes qui l'a conçue pense pouvoir allier l’hyperdensité et « des topographies urbaines comprenant la production de nourriture, le recueil des eaux de pluies et la génération d’énergie ».

 

Cette vision est d’autant plus séduisante qu’elle propose que « la forme [y] suive la fiction ». On se rapproche de nouveau du rêve… / Mais / n’ayons pas trop peur. Cette ville n’est envisagée que pour dans cent ans. Espérons que, d’ici là, ce cabinet, ou d’autres, proposent quelques projets tout aussi bien conçus mais un peu plus réalistes.

 

(source image couverture)

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