Publications de Francis Pisani (77)

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'y a pas de relation automatique entre écosystème innovant et ville intelligente. Mais une étude récente menée aux États-Unis montre que les villes où l'on trouve le plus d'innovations urbaines sont…
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La phase critique des pics horaires des transports en commun (appelée l'hyperpointe) sème une telle pagaille qu'elle entraîne souvent l'achat de bus ou de rames de métro supplémentaires qui doivent ensuite tourner presque à vide. C'est ce qui se…
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L'Afrique du Sud a de vraies performances à son actif, dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC), mais ne semble pas pour autant en faire un axe stratégique de son développement et c'est dommage.
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"Les millenials rendent les villes intelligentes" affirme un récent article de Future Structure, une publication américaine destinée aux responsables territoriaux. Les millenials, ce sont les jeunes nés entre 1980 et 2000. Pourquoi une telle…
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Je voudrais parler cette semaine de la crise morale qui frappe la Silicon Valley dont serait à l'origine la "start-up" Uber, ce service de voitures avec chauffeur à moindre prix que les taxis. Success story économique, plusieurs scandales qui…

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Cette semaine j'ai souhaité vous parler de la difficulté du dialogue entre les personnes qui s’intéressent aux villes. Je viens de participer à une réunion organisé à Bordeaux par le club du 21ème siècle (le club qui montre comment la diversité est une chance pour la France) autour du thème de la ville intelligente. Il y avait environ 50 Chinois et 50 Français, tous entrepreneurs et cadres dirigeants d’entreprises ou d’institutions publiques. Nous avons écouté beaucoup de choses passionnantes et, en même temps découvert que le dialogue concret n’est pas facile. En comprendre les raisons me semble utile.


  • La France bénéficie d’une bonne expérience dans le développement des infrastructures urbaines. La Chine est le plus gros marché potentiel dans ce domaine et cherche des partenaires partout dans le monde. Dialogue et collaboration sur le développement des villes intelligentes ne peuvent donc que bénéficier à tout le monde.

  • Un bref rappel d’abord de l’importance du thème en Chine. Trois chiffres en donnent une « petite » idée : il y a aujourd’hui 193 villes intelligentes pilotes et 1839 programmes en cours. En 2015 seulement, 2 milliards d’euros seront investis dans ces projets.

  • Face à cela EDF, Vivendi, Veolia, GDF-Suez, la SNCF, pour ne mentionner que quelques entreprises françaises, sont sur les rangs avec des offres concernant l’électricité, le traitement des déchets, l’eau, les transports etc.

  • Mais en nous accueillant au début de la conférence (Fanchen Meng, du cabinet de chasseurs de têtes Heidrick & Struggles, a introduit les débats en disant : «  Nous aimerions que vous nous aidiez en nous montrant des cas de villes intelligentes françaises exemplaires. » C ‘est l’agglomération dans son ensemble qui l’intéresse, plus que les technologies séparées du type de celles proposées par les entreprises françaises.

Les difficultés des relations avec la Chine

Je crois que ça va plus loin et que cela illustre les difficultés des relations avec la Chine.

  • Le professeur Claude Rochet, qui enseigne à l’Institut de Management Public et de Gouvernance Territoriale d’Aix-en-Provence attribue la difficulté du dialogue au fait que les Français tendent à prendre les problèmes secteur par secteur alors que les Chinois« qui ont tout compris » dit-il - l’abordent de façon intégrale« Ils ont une vision industrialisante du développement des smart cities qui établit une corrélation entre urbanisation et développement, »m’a-t-il précisé par mail. « La politique urbaine est un élément clé d’une politique de développement industriel économique, social et politique.»


  • Les Européens, par contre, « ont des offres sectorielles performantes et pensent leur politique en termes d’offres sectorielles. »

  • Lors d’une conférence européenne tenue à Amsterdam l’an dernier, Terence Yap, CEO de Smart China, opérateur chinois pour villes intelligentes, avait expliqué: « Une approche holistique de la planification urbaine est vitale pour s’assurer que la ville est à l’épreuve du futur. » Beaucoup d’entreprises le disent mais ne le font pas toujours. En Chine, c’est essentiel.

 

Il y a des propositions de plateformes centralisant l’action de tous les départements d’une

municipalité comme dans le cas de Rio de Janeiro . Elles ne répondent pas précisément à cette demande et pourtant elles sont indispensables pour les entreprises qui ont intérêt à cette approche centralisée et orientée techno car elles y voient un business model clair, celui de la collecte de données et du management, » m’a expliqué Leila Turner directrice adjointe de la société française qui participait à la conférence.

La logique est claire mais la difficulté profonde quand il s’agit des smart cities et de la Chine. Pour Claude Rochet « la pensée positiviste occidentale privilégie une vision techno-centrée et non systémique de la ville, comme addition de systèmes techniques », ce qu’il appelle « la collection de smarties".

« Alors que les Chinois ont une vision stratégique holistique du développement urbain, les Occidentaux n’ont qu’une vision bien souvent commerciale qui ignore les grands enjeux et peine à intégrer la dimension systémique de la ville. »

Comme quoi même quand on parle de technologie la culture compte. Ce qui me fascine avec les villes c’est qu’elles le rendent manifeste.

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Il faut craindre un monde avec trop d'infos

Crédit: http://innovergo.over-blog.com/

Il m'a été demandé de réfléchir à ce que serait un monde sans infos. Exercice difficile voire impossible car quand tout le monde peut publier, même les objets, je ne crois pas une seconde que nous risquions de nous retrouver dans un monde sans infos.

Nous sommes plutôt dans un monde avec trop d’infos dont une grande partie est sans valeur et le reste pas nécessairement vrai.


La difficulté aujourd’hui n’est pas d’en trouver des infos, mais de filtrer celles qui valent la peine.


Nous sommes tous des médias:

  • Présidents et ministres émettent
  • Les grosses boîtes produisent
  • Les plus méchants sont passés maîtres es-communication et lancent leurs mensonges avec virtuosité

Un risque présent dans le fonctionnement même du journalisme

 
Les journalistes doivent toujours donner la parole aux deux côtés même quand ils savent qu’ils mentent.

  • Une exception intéressante : le New York Times sur la crise climatique
  • Après des dizaines d’années d’excès d’un journalisme de l’offre où nous ne faisions pas attention à ce qui intéressait les gens. Nous sommes dans la dictature du journalisme de la demande où tout est déterminé par le buzz

 

 

Une infobésité qui réduit la valeur de l'info

  • Et puis dans un monde sans info, toute info vaudrait chère, nous accorderions à chacune d’entre elles la plus grande importance et cela leur redonnerait une grande valeur.
  • Je crains plutôt un monde avec trop d’information comme celui que nous connaissons aujourd’hui.

D’abord il y en a tellement que nous ne savons pas comment nous y retrouver. Elles perdent toutes de leur valeur.
Je suis convaincu que nous sommes dans un monde dans laquelle la valeur de l’info tend vers zéro ce qui est beaucoup plus grave



Les problèmes viennent moins de la technologie que du système économique et politique d’aujourd’hui
Il faut continuer à travailler quand on est journaliste en faisant confiance – sans se faire d’illusion – sur le fait qu’il y a assez de gens qui ont envie et besoin de savoir et qui ont les moyens d’informer, en nous aidant les uns les autres à mieux utiliser les outils dont nous disposons et à accroître notre esprit critique.
Pas de désespoir donc mais c’est un vrai combat de tous les instants, dans toutes les directions.

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Crédit photo: Estherase via Flickr/CC


Ce n’est pas la première fois que je vous parle de sérendipité et de résilience, et je devrais sans doute m’excuser auprès de ceux qui ont compris. Mais la triste vérité est que si ces termes sont couramment utilisés dans les cercles qui innovent un peu partout dans le monde, en France, et dans l’univers francophone, par contre, ceux qui les comprennent et les utilisent restent trop peu nombreux.


La sérendipité

La sérendipité, je le rappelle donc, c’est le hasard heureux, le fait de découvrir quelque chose qu’on n’attendait pas. Elle ne peut être planifiée, ce qui échappe aux managers, mais on peut la rendre possible en créant les conditions favorables à la multiplication des hasards propices.

Même si les « potions magiques » conduisant à l’innovation n’existent pas, on retrouve toujours certaines composantes dont les deux plus importantes sont les espaces ouverts et la diversité. Ils permettent que les idées fusent de conversations imprévues. De là l’importance des machines à café et autres lieux de détente dans les bureaux. J’ajouterais volontiers aujourd’hui l’image parlante de « collision », souvent utilisée par Tony Hsieh, fondateur de Zappos, le premier site ayant su nous vendre des chaussures online. Il faut, presque littéralement, rentrer dans quelqu’un que l’on ne s’attendait pas à voir, aborder un sujet improbable pour que l’on ait des chances de voir sortir des étincelles créatives.


La résilience

La résilience part de l’acceptation de l’échec si importante et si mal comprise. Ça se joue à trois niveaux.

  • Il faut d’abord le tolérer. 
  • Il est bon d’être capable de le récompenser car ceux qui n’échouent pas n’ont pas essayé d’aller assez loin. 
  • Il faut enfin se donner les moyens de rebondir après avoir échoué.


C’est ça la résilience et c’est la partie la plus importante puisqu’elle débouche, quand tout va bien, sur une nouvelle vie, de nouvelles opportunités. Le terme se retrouve dans de multiples disciplines dont vous trouverez la liste sur Wikipedia. En voici deux :

  • « En écologie et en biologie, la résilience est la capacité d'un écosystème, d'une espèce ou d'un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation. » C’est l’image fondamentale, celle qu’il faut retenir. 
  • « En économie, la résilience est la capacité à revenir sur la trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc. »


La résilience est donc une réponse positive à l’acceptation de l’échec avec laquelle nous avons tant de mal. Elle implique intégration des risques. Elle se traduit, pour celui ou celle qui échoue, par la confiance dans la possibilité et la capacité de se reprendre. Pour un système c’est, à côté de l’érection de protections, la mise en place des mécanismes permettant de redémarrer.

Vous devez vous dire que c'est un peu lointain pour la plupart d’entre nous. Je me suis posé la question mais en fait le terme nous concerne tous dans la mesure où il est la capacité psychologique de renaître de sa souffrance comme l’a montré le psychiatre et psychanalyste français Boris Cyrulnik. Et ce qui me passionne c’est qu’il s’applique, bien évidemment aux villes, entités complexes et vivantes comme nous. Notamment en cette période de changement climatique.

Il semble que dans la littérature anglophone, la résilience est à ce début de siècle « ce que le développement durable était aux années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. » Il serait temps de mettre nos montres à l’heure. Le recours au concept s’est encore accéléré après les ravages causés à New York par l'Ouragan Sandy. Le raisonnement est maintenant qu’au lieu de prétendre se mettre à l’abri de tout il est préférable de créer les conditions d’un redémarrage rapide. C’est un vrai changement de paradigme qui consiste à se donner les moyens de nager dans la tourmente plutôt que d’essayer de faire barrage à la crue…


Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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