Publications de Fotso Fonkam (2)

Boko Haram et la guerre des alliés

L’entrée en guerre de l’armée nationale tchadienne aux côtés des forces armées camerounaises dans la bataille contre Boko Haram a été applaudie de toutes parts. De toutes parts ? Peut-être pas, car très vite, on assiste à une guéguerre médiatique à laquelle semblent se livrer ces pays pourtant alliés. Dans un camp comme dans l’autre, on se lance cordialement des piques, dénigrant autant celui qui nous tend la main que celui auprès de qui nous avons sollicité de l’aide, quand on n’insulte pas ouvertement.

Internet, le champ de bataille

Sur les réseaux sociaux, on assiste régulièrement à un spectacle nauséabond qui oppose, non pas l’Afrique centrale aux islamistes à la solde de Shekau, mais bel et bien le Cameroun et le Tchad. Il suffit de se rendre dans un forum Tchadien sur facebook, par exemple, pour faire le constat soi-même : là bas, l’armée camerounaise est traitée de tous les noms. Si on comprend aisément que la population tchadienne soutient son armée qui donne le meilleur d’elle-même sur le terrain, on s’interroge cependant sur les raisons de ce sabotage systématique de l’armée camerounaise.

Il n’y a pas que sur facebook que l’armée camerounaise est trainée dans la boue par une certaine opinion tchadienne. Une visite sur le site alwhida info laissera plus d’un perplexe. Dans la plupart des articles relatifs au conflit dans lequel sont engagés les deux pays, il est fait mention de la cavalerie camerounaise en des termes peu chevaliers. Tout serait parti du témoignage d’un journaliste tchadien blessé au front lors de l’attaque de Kolofata, et qui aurait vu les soldats camerounais fuir devant l’ennemi, abandonnant la population. Depuis lors, la rédaction d’alwhida info n’oublie plus de mentionner la fuite de l’armée camerounaise dans chaque article traitant du sujet. D’ailleurs, même quand l’article n’a rien à voir avec l’armée Camerounaise, ils n’oublient pas de rappeler que l’armée camerounaise, « une armée de salon » a fuit l’ennemi.

Conflit par ordinateur interposé

Ce qui rend ce site dangereux, c’est qu’il alimente les batailles sur les réseaux sociaux, ses articles étant cités comme preuve de ci ou de ça. Les affrontements commencent immédiatement au bas des articles par l’entremise des commentaires, entre Camerounais et Tchadiens. On ne parle plus du conflit qui nous unit, c’est déjà des déclarations dénuées d’amour et des insultes fondées sur des préjugés que je ne me permettrais pas de reproduire ici.

Si certains Camerounais essaient de démonter la thèse de la fuite avec des arguments plus ou moins crédibles, d’autres insultent tout de go, sans aucune retenue, déversant leur fiel sur le journal et sur les commentateurs tchadiens, qui ripostent avec toutes les armes en leur possession.

A qui profite ce conflit ?

J’évite, autant que possible, de prendre part à ce conflit – j’espère que ma position ne transparaît pas dans mes propos – car ce n’est pas le but de ce billet. Ce que je veux dire, c’est que ces gens qui se déchirent sur internet et ailleurs pour savoir laquelle des armées est la plus brave, laquelle est la plus vaillante, laquelle a fait plus de victime etc., ces gens, disais-je font le jeu de Boko Haram. Ces gens-là sont même plus dangereux que les terroristes. Car comment peut-on travailler en symbiose, si on ne se respecte pas un minimum ? Quel but comptent-ils atteindre en essayant de liguer le Cameroun contre le Tchad, si ce n’est de favoriser les terroristes en distrayant les armées et la population ?

L’armée camerounaise, qui a été dénigrée au début du conflit par les Camerounais eux-mêmes, a montré sa valeur au fil des mois en résistant farouchement à l’envahisseur. L’armée tchadienne, dont la bravoure n’est plus à démontrer, est venue en appui à l’armée camerounaise et seule la coordination des deux armées pourra les conduire à la victoire. S’il faut régler des comptes personnels, s’il faut se dénigrer, s’insulter ou bien raconter les exploits de nos soldats au détriment des autres qui sont pourtant nos alliés, je crois bien que c’est après le conflit, après la victoire sur les terroristes.

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