Publications de Florian Ngimbis (4)

A quoi bon être camerounais?

Il ya une anecdote qui me fait souvient bien rigoler. il se dit qu’un artiste camerounais fut un jour reçu par Claudy Siar, dans l’émission Couleurs Tropicales qu’il animait autrefois sur RFI. Claudy , pour mettre en confiance l’invité avant les vraies questions, lui demande alors: Mr X vous êtes d’où au Cameroun? Notre ami, sans doute préparé à un combat verbal comme ceux auxquels les interviewers camerounais l’avaient habitué répondit: Mr Claudy, je suis doux, mais quand je me fâche, je suis méchant hein?

La méchanceté, la haine, la colère. c’est trop souvent ce qui me reste quand je considère mon pays. Surtout lorsque je rencontre ces gens qui vous servent des messages condescendants, comme quoi, on n’a que le pays qu’on mérite et qu’on ne vaut pas mieux.

Je rigole méchamment hein? A quoi bon s’illustrer dans un pays qui ne vous reconnaîtra jamais? Tous nos auteurs, les grands, les vrais sont en exil, volontaire ou non. Que viendraient-ils faire dans un état sans politique du livre, sans bibliothèque nationale? Le terrain de la construction intellectuelle est désormais occupé par des personnages sans épaisseur et sans charisme qui confondent écrire et hurler. Le tout sous l’oeil torve d’une presse vendue, qui faute d’un marché, un vrai, écrit des articles dictés par les cercles politico mafieux qui la maintiennent sous perfusion.

Un pays de slogans, de mots, de lettres, de promesses, « émergence en 2035″, « je vous verrai », « ils rendront gorge », « nous serons… » « nous allons… » toute une dialectique de l’espoir pour endormir une république en dehors du présent, qui vit dans un futur qu’elle ne se donne pas la peine de construire. La maison Cameroun est belle de loin, aussi belle que les décors en papier mâché des studios de cinéma.

Pourquoi être camerounais? Pour la plupart nous le sommes encore parce que personne ne nous a proposé d’être autre chose. Je l’affirme, on ne gagne rien à être camerounais. Sauf si on se trouve  bien entendu du côté des voleurs, des prévaricateurs et autre sale engeance qui pille sans pitié ce pays.

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Les traditions et pseudo coutumes camerounaises me dépassent. La semaine dernière je vais à une veillée mortuaire. Je ne connais pas le mort, mais il s’agit du presque beau père d’un ami. « Presque beau-père » signifie que mon ami a failli épouser sa fille. Bon! Pour parler simplement, ils ont vécu ensemble (euphémisme pour dire forniquer) de longues années, eu un enfant, avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre. En réalité c’est mon ami qui a décrété cet état de choses, mais là n’est pas le sujet.

Nous nous rendons donc à la veillée. Il a plu ce soir là. Patinage artistique dans la boue du chemin. Arrivée dans la cour du deuil. Nous sommes quatre. L’ex qui ne semble pas éplorée tant que ça nous montre des sièges. La cour est bondée. Soudain, deux gaillards se dirigent vers notre petit groupe.

Bonsoir mon beau !

Mon ami répond poliment. Une conversation bizarre s’engage. Les types prétendent être les cousins de la fille. Ils demandent à mon ami pourquoi il ne vient jamais les saluer, pourquoi on ne le voit jamais, pourquoi il a perdu tout ce temps à leur « sœur » avant de lui signifier son refus de l’épouser. A ce stade de la discussion, je commence à sentir une légère gêne. Comme celle qu’on éprouve à Mokolo quand les sauveteurs vous observent vous faire soutirer votre portefeuille sans rien dire.

Mon ami répond effrontément que la perte de temps est réciproque. A peine formule-t-il cette réponse que les deux gaillards se jettent sur lui. Quatre autre gaillards se sont matérialisés derrière nous.

Enlevez-lui ses chaussures!

En un tour de main, le type est déchaussé. Je fais mine d’ouvrir la bouche, d’un regard il me fait signe de me taire. Je la boucle. Il se retrouve pieds nus dans la boue, subissant les quolibets de la foule qui se régale. Je n’y comprends rien !

Soudain, quelqu’un hurle : déchaussez ses frères !

C’est nous les frères !

Les « cousins » fondent sur nous tels des vautours. Deux membres de la bande parviennent à s’enfuir. D’habitude, je suis rapide sur le plat, mais là il s’agit d’une course d’obstacles. Je ne suis pas Liu Xiang, je ne suis pas chinois. Je butte sur une chaise, parvient à me relever, zigzague autour du feu de bois allumé au centre de la cour, manque de m’étaler dans une flaque avant de me faire ceinturer par un malabar qui me soulève du sol tandis que les autres me retirent mes boueuses mais précieuses italiennes.

J’ai envie de leur crier que ce n’est pas mon frère, que c’est un ami qui m’a laissé tomber bien des fois, que mes chaussures n’ont rien à voir avec ses vieilles espadrilles, que je ne sais même pas ce que je fais à la veillée d’un inconnu. Pour ne pas paraître plus ridicule que je ne le suis déjà, je me tais.

J’ai passé plus d’une heure, les pieds dans la boue, à attendre que l’ex fiancée négocie auprès de ses frères le retour de nos chaussures. Finalement il a fallu que nous les rachetions au prix d’un casier de Castel qu’il burent arrogamment devant nous.

Quand j’ai enfin desserré les dents au retour, ce fut pour demander à mon « ami » la signification de tout ce manège.

C’est la tradition Beti. Jai vécu pendant de longues années avec leur sœur et fille. Je lui ai fais un enfant et puis je me suis barré. Ils sont en droit de me demander des comptes. L’enlèvement des chaussures est symbolique. Je paie juste un tribut à la famille.

Tradition ? Escroquerie oui ! Va parler de symbolique à mes vêtements boueux, à mes genoux écorchés et mon nez qui suinte. Je t’en foutrai moi du symbolique !

Je me souvins que c’était la deuxième fois que je me faisais avoir pour une histoire de coutume et de tradition qui ne me concernait pas et, ce soir là , tout en faisant une lessive improvisée, honteux, confus et enragé, je jurai, mais un peu tard qu’on ne m’y prendrais plus.

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Les camerounaises ont-elles honte de leurs cheveux?

Dernièrement c’était le 14 février, vous savez la fête du saint qui n’avait rien d’autre à faire que marier des trouillards en mal de fornication. Pour faire comme tout le monde, je sors avec une fille. La gourgandine est magnifique : une liane tropicale qui fait se retourner les malheureux célibataires sur notre passage.
Carrefour Mvog Mbi. La pluie. Vous savez, ces feintes de pluie de fin de saison sèche. Des gouttes, chaudes, grasses, lourdes. N’importe quel yaoundéen sait que la pluie la vraie, tombera plus tard donc personne ne court, sauf… ma liane. Je la vois qui traverse la chaussée, esquivant voitures et gouttes d’eau, pour se réfugier sous un porche. Je l’ai suivie en courant hein ? Considérant la cure d’amaigrissement qu’elle venait d’infliger à mon portefeuille, je l’aurais suivie au bout du monde.
Mais je dis hein ? Tu cours à cause de trois gouttes de pluie ?
Comment ça trois gouttes ? Tu n’as pas vu ma coiffure ? Je crus à une blague, mais elle semblait vraiment en colère.
Qui n’aurait pas vu sa coiffure ? Une espère de pot pourri de mèches, une conjugaison de couleurs les unes plus voyantes que les autres, une association de mauvais goût et de m’as-tu vu. Si tu n’as pas aidé à tendre la peau du tambour, ne dis pas qu’il résonne mal. Je me suis tu.
Les premiers signes ont commencé dans le taxi. Des petites tapes du plat de la main sur le cuir chevelu. Je me suis tu.
Arrivée dans mon quartier. Le temps d’arriver devant la porte, encore des gouttes de pluies, plus serrées. C’est à peine si elle ne m’a pas arraché les clés des mains, maudissant le temps, les éléments et les saisons.
Tu n’as pas de sèche-cheveux ?
Hein ?
Ce n’est que lorsque le festival de grattouillement a commencé que j’ai compris : Un cuir chevelu trop longtemps caché sous une couche de cheveux synthétiques. Ajoutez-y des pellicules, un peu de poussière de saison sèche, portez le tout à la température d’une serre tropicale. Arrosez d’un peu d’eau ou de sueur et vous obtenez des démangeaisons frénétiques accompagnées d’une légère odeur de chien mouillé. J’ai dormi dans un fauteuil (je n’ai ni canapé, ni masque à gaz).
Dès le lendemain de cette mésaventure, je me suis intéressé aux cheveux des yaoundéennes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, trouver une femme de plus de 20 arborant des tresses naturelles est vraiment rare dans nos rues.

  Coiffures Tikar (1911-1939)


On dirait qu’après leur virginité, la première chose dont les jeunes filles rêvent de se débarrasser ce sont leur cheveux qu’elles cachent sous des extensions artificielles, les fameuses « greffes ». Même celles qui ont le cheveu naturellement long se croient obligées de rajouter des extensions pour les avoir encore plus longs !
Un gros business par ailleurs. Les chinois détenaient le monopole du marché quand soudain on a commencé à parler de mèches naturelles, les brésiliennes, les indiennes, toutes hyper chères. Malgré les prix, nos sœurs en mal d’extraversion ont sauté dessus pour le bonheur des voleurs qui désormais n’hésitent pas à les raser en pleine rue.
Dans le fameux choc des civilisations dont on n’arrête de parler, le cheveu africain semble avoir perdu la guerre. Comment comprendre le spectacle d’une africaine arborant des cheveux chinois, brésiliens ou indiens pour avoir l’air d’une européenne ?
Cet engouement pour les extensions va de pair avec une propension à utiliser des tonnes de produits chimiques. Résultat : même les adolescentes souffrent de « mon vieux » vous savez, ces chutes précoces des cheveux des tempes et du front qui leur donne un air de vieux pépés dégarnis. Dire que jadis, je voyais mes cousines s’enduire les cheveux uniquement d’huile de palmiste et ce pour le plus beau des résultats. Aujourd’hui, surprendre une jeune fille sans sa greffe ou sa perruque, équivaut à la voir toute nue. Croyez-moi, les réactions sont pareilles.

Pose d’extensions, défrisage (Salut Drogba !), blanchiment de la peau ! Houlà ! Certaines personnes devraient se taire quand on fait le procès de Michael Jackson.

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Il n’y a pas plus camerounais qu’un sénégalais

Hier soir, j’ai dîné avec un copain qui a été expulsé il ya peu de Guinée Equatoriale. Ayant appris que le pays de sa majesté Obiang était devenu une vraie piscine d’or noir, mon copain a cru bon aller y démontrer ses talents d’entrepreneur.

Cinq années de labeur durant lesquelles il a investi, monté un supermarché de taille respectable, produit de l’emploi et c’est seulement quand l’affaitre est devenue rentable que les Equatoguinéens se sont souvenu que ses papiers n’étaient soi-disant pas en règle, que son titre de séjour ne l’autorisait pas à investir au delà d’un certain montant, qu’il n’était pas autorisé à construire un bâtiment de plus d’un étage etc. Autant de prétextes fallacieux qui avaient pour finalité la saisie de ses biens et son expulsion.

 Moi j’ai rigolé hein? Pas parce que je ne compatissais pas, mais juste par ce que je ne sais pas pleurer. J’ai rigolé quand je l’ai écouté me raconter la psychose perpétuelle dans laquelle vivent les subsahariens étrangers dans le pays d’Obiang Nguéma. Harcèlement policier, contrôles abusifs, xénophobie à peine voilée, bref, si les droits de l’homme existent en Guinée Equatoriale, ils ne concernent pas les camerounais. Et pourtant, Il faut voir comment nous accueillons et vivons avec les « Etrangers » dans ce pays.

Prenons les Sénégalais.

Pour le camerounais moyen, le mot sénégalais ne signifie en rien « étranger », ça sonne plutôt comme « boutiquier », « épicier » ou encore « débrouillard ». Etre sénégalais est un métier. Epiciers, ils le sont tous, ou presque. je ne sais vraiment pas si c’est génétique ou sociologique, mais c’est comme ça.

 

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