Publications de DORCE Ricarson (16)

Education aux médias en Haïti : défis et perspectives

L’éducation aux médias est un ensemble de pratiques permettant de saisir comment, par qui et pourquoi les médias élaborent les messages qu’ils diffusent. Elle porte tant sur la presse écrite, la radio, le cinéma, la TV que sur le multimédia. Elle prépare les individus à être des citoyens actifs et responsables.

Éduquer les gens aux médias, c’est donc les amener à discerner, à surmonter les obstacles épistémologiques et à rechercher la vérité. La vérité, nous dit Bachelard, n’est pas fille de la sympathie, mais fille de la discussion.

La formation de l’esprit critique, la transmission des valeurs, l’idéal de la communication et le développement de la créativité…voilà autant d’objectifs que se donne l’éducation aux médias.

D’abord, l’esprit critique est ici lié à l’autonomie critique. Par ailleurs, quel type de valeurs transmettre aux enfants et aux adolescents par rapport aux pratiques dominantes de la corruption et des injustices sociales dans la société haïtienne ?

Puis, notons que l’idéal de la communication pose l’utilité de l’éducation aux médias comme opportunité de réflexion sur les rapports des humains entre eux et avec son environnement.

Enfin, le développement de la créativité doit être ici perçu comme une véritable source de motivation.

L’éducation aux médias a des objets d’étude bien spécifiques : réception des médias, langage et technologie des médias, réglementation et propriété des médias, contenus diffusés par les médias…

Tout produit médiatique est construit en fonction d’un but bien spécifique. Chacun interprète de manière différente ce qu’il voit et entend. Les médias obéissent à des impératifs commerciaux et idéologiques.

Malheureusement, dans le système éducatif haïtien, il n’y a aucun programme d’éducation aux médias. C’est une grande lacune. Dans un processus démocratique, l’éducation aux médias est incontournable dès les classes maternelles. Cela pourrait habiliter l’enfant ou l’adolescent à déchiffrer les messages médiatiques. Que fait le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle ? Quel rôle joue le ministère de la Jeunesse et de l’Action civique ?

En guise de conclusion, retenons que chez Hannah Arendt, l’éducation est comprise comme formation et émancipation de l’individu. Il s’agit de protéger l’individu contre les risques de destruction extérieure et d’empêcher le monde de sombrer sous le risque de la dictature. C’est un processus de renouvellement. Chez le Brésilien Paulo Freire, l’éducation est perçue comme un processus de libération de l’humain pris en otage par des structures politiques et sociales. Elle est une pratique de liberté, de réflexion authentique sur les hommes et sur le monde. L’accent est ici mis sur les principes de justice sociale, de pluralisme en matière de cultures, de langues, de religions et sur le droit fondamental à communiquer. C’est donc une approche alternative de l’éducation aux médias. Il faut la comprendre non seulement dans le sens de la participation des médias au développement économique et à la libération des peuples, mais aussi dans le sens de la démocratisation de la communication. L’éducation aux médias ne s’adresse pas seulement au jeune en âge scolaire, mais également au citoyen adulte. Il s’agit de mettre en place les dispositifs, la méthodologie, les outils, les personnes ressources pour développer ce type d’éducation tout au long de la vie. Comment donc parler de l’éducation aux médias dans les médias en Haïti ? Comment cerner l’éducation aux médias dans les médias face à des messages idéologiques et des impératifs commerciaux auxquels obéissent les médias eux-mêmes ? Ces questions et bien d’autres méritent bien d’être approfondies dans le contexte haïtien !

Ricarson DORCE

dorce87@yahoo.fr

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Les Haïtiennes seront à l’honneur à Québec

Les Haïtiennes seront à l’honneur à Québec

Il y a des femmes qui ont marqué et marquent encore la vie sociale, politique et culturelle en Haïti : des femmes scientifiques, journalistes, militantes féministes, défenseures de droits humains, politiciennes, écrivaines…Mais, malheureusement l’histoire officielle haïtienne a été, dit-on, écrite par des hommes et pour des hommes. Ceci dit, les femmes, en dépit de leur implication, courage et détermination, sont tombées dans les oubliettes. Comment expliquer l’infériorisation de la féminité dans le milieu haïtien ?

À côté de l’exploitation économique, c’est au niveau de l’appareil idéologique que la domination masculine s’exprime le mieux dans le contexte haïtien. Elle se développe sur des croyances, des rites, des modes de vie ou de la violence symbolique. La condition féminine haïtienne est traditionnellement inégalitaire et fortement précaire. Le système patriarcal, l'État et la religion constituent les trois principaux éléments justificatifs de discrimination contre les femmes. En d’autres termes, les structures sociales, culturelles, économiques, historiques, politiques et religieuses renforcent la domination masculine.

En Haïti, il y a des femmes qui ont joué et continuent de jouer un rôle majeur dans le processus démocratique. Ce sont des figures haïtiennes des droits humains. On pense à : Liliane Pierre-Paul, Ertha Pascal Trouillot, Collette Lespinasse, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, etc. Pendant la révolution haïtienne, on a aussi connu des femmes de courage : Catherine Flon, Marie-Claire Heureuse, etc. Des femmes scientifiques au service du bien commun, on n’en a pas manqué dans le pays : Yvonne Sylvain, Suzy Castor, Michèle Duvivier Pierre-Louis, Mireille Neptune Anglade, Madeleine Sylvain-Bouchereau, Yvette Bonny, etc. Enfin, dans ce projet collaboratif, on a mis en exergue des figures féminines qui ont brillé dans le domaine des arts et des lettres en Haïti : Mona Guérin, Mimi Barthelemy, Marie Alice Théard, etc.

Ce projet est une initiative citoyenne réalisée par des hommes et des femmes de toutes générations confondues. C’est une production de l’Association science et bien commun, au profit des Classiques des sciences sociales, l’une des plus grandes bibliothèques numériques francophones au monde.

Tout compte fait, je remercie prof Florence Piron de l’Université Laval, ainsi que Madame Emilie Tremblay de l’UQAM d’avoir appuyé ce projet. Pendant tout le mois de décembre, vous êtes tous et toutes attendus (es) à l’Université Laval dans une série d’activités autour de cet ouvrage collectif réunissant 15 portraits de femmes haïtiennes.

Ricarson DORCE

dorce87@yahoo.fr

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Les passions politiques dans ce contexte électoral haïtien

            En période électorale, les medias jouent un rôle fondamental : ils vulgarisent les discours des différents acteurs, pimentent la vie électorale et le débat politique. C’est en ce sens que, selon un travail réalisé récemment par le Collectif des Universitaires Citoyens, deux grands types de vocabulaire politique ont été retenus pour analyser les passions politiques dans le contexte électoral. Le premier est favorable au processus électoral : continuité, bilan satisfaisant, grand effort de correction, soulagement, etc. Le second est défavorable à la course électorale : annulation, mobilisation, transition, démission, irrégularité, partialité, démagogie, etc.

            Il faut noter que les protagonistes qui ne dévalorisent pas le scrutin, à travers le type de vocabulaire employé, ce sont les membres de l’exécutif, du Conseil Electoral Provisoire, de la communauté internationale et certains candidats en bonne position. Par contre, les acteurs qui ne mettent pas le scrutin en valeur, ce sont ceux de l’opposition radicale, d’une partie de la société civile, sans oublier les candidats ayant échoué aux élections. Ce qui nous laisse comprendre le jeu d’intérêts qui caractérise le champ politique haïtien et qui, du coup, définit la position des différents acteurs. D’où ces deux questions fondamentales : comment situer dans tout ça l’intérêt collectif du peuple haïtien ? Quel sera donc l’avenir de ce pays, si les différents acteurs refusent catégoriquement toute pédagogie du compromis ?

            Alors que les élections démocratiques constituent une dimension importante de la promotion de la stabilité et du développement, les différentes élections qu’a connues le pays sont malheureusement loin de répondre à un vrai exercice démocratique, capable de favoriser la volonté populaire. Nous répétons inlassablement les erreurs du passé. Nous n’avons malheureusement pas le sens de l’histoire. Ce qui nous met toujours en situation de dépendance par rapport à la communauté dite internationale.

            Nous devons apprendre à poser des actions au service du bien commun. En ce sens, la reforme de notre système éducatif est plus que nécessaire. C’est par une véritable éducation à la citoyenneté que nos différentes élites économiques, intellectuelles et politiques arriveront à privilégier en elles des passions politiques rationnelles : amour de la vie, amour de soi et des autres, solidarité, sens de responsabilité, etc.

Ricarson DORCE

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La 4eme  édition du festival « Libérez la parole » entre joies et déceptions

La 4e édition du festival « Libérez la parole » s’est tenue du 12 au 19 juillet 2015 en hommage au journaliste Jean Dominique. Ce dernier était une personne très notoire et un grand travailleur de la plume. Piloté par le Centre PEN Haïti en partenariat avec le Festival international de la Littérature, avec le soutien du Ministère de la Culture et l’appui de l’OIF, le festival « Libérez la parole » s’est déroulé dans plusieurs villes du pays : Port-au-Prince, Cayes, Jacmel, Gonaïves et Petit-Goâve.

Centre Pen-Haïti, IERAH/ISERSS (Institut supérieur d’études et de recherches en sciences sociales), Université Notre-Dame d’Haïti, Bibliothèque nationale d’Haïti, Alliance française des Gonaïves, Placement Wesleyen Petit-Goâve, Centre culturel Anne-Marie Morisset, Alliance française des Cayes, Centre culturel Charles Moravia (CCCM) de Jacmel ont été parmi les différents sites qui ont accueilli l’événement. Il y a eu beaucoup d’intervenants étrangers venant du Canada en vue de promouvoir la littérature et la liberté d’expression : Michelle Corbeil, Carole David, David Homel, Michèle Ouimet, Stanley Péan et Michel Vézina. Des hommes de médias, journalistes et écrivains haïtiens ont été aussi de la partie.

Le festival a eu quand même un menu assez riche : spectacles, projections, conférences, etc. Sous le signe du respect réciproque, les participants ont pu défendre la parole libre. Cette dernière était de natures diverses : littéraire, populaire, académique, citoyenne, etc. Le festival « Libérez la parole » est un festival international qui vise à permettre aux écrivains et aux journalistes de partager des idées avec les lecteurs. Il s’agit d’un festival de proximité.

Par ailleurs, ayant l’opportunité d’accueillir la clôture du Festival, l’Alliance française de Jacmel a, pour des raisons jusque-là inconnues, boycotté les activités qui devraient avoir lieu en son local à Jacmel le 19 juillet 2015 de 13 heures à 20 heures 30 PM, alors que les organisateurs du festival avaient déjà trouvé un accord avec les responsables de l’alliance. Une fois qu’ils avaient remarqué la fermeture de la porte d’entrée de l’alliance, les organisateurs ont essayé en vain d’entrer en contact avec les responsables. C’était une grande déception pour le public de la ville jacmélienne.

Toutefois, le festival « Libérez la Parole » reste en Haïti un outil important de défense de la littérature, de sauvegarde de mémoire et de promotion de la liberté d’expression. Dans une atmosphère de convivialité, ce festival a déjà rendu hommage à Jacques Stephen Alexis (2012), Gasner Raymond (2013), Marie Vieux-Chauvet (2014). Rappelons que pour sa quatrième édition (2015), l’hommage a été rendu à Jean Léopold Dominique (journaliste assassiné le lundi 3 avril 2000).

Ricarson Dorcé 

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Pourquoi la fête des travailleurs ?

Pourquoi la fête des travailleurs ?

 

Pour célébrer les travailleurs, un bon nombre de manifestations furent instituées à partir des combats du mouvement ouvrier pour obtenir, au XIXe siècle, une triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil et 8 heures de loisirs. Les syndicats ouvriers optaient pour le 1er mai parce que beaucoup d’entreprises, surtout aux Etats-Unis, débutaient ce jour-là leur année comptable. Ensuite, le caractère international et revendicatif de la date du 1er Mai a été accentué par toute une tradition de lutte des ouvriers à travers le monde. Cette date a donc une forte signification politique, surtout pour la classe ouvrière, les partis et les organisations de gauche.

 

Le 1er mai, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est le mariage de diverses traditions. En effet, à Petit-Goâve, le Groupe d’Appui aux Planteurs et Eleveurs de la Deuxième Plaine (GRAPEDP) a, sa propre manière, d’honorer les travailleurs de sa localité : Olivier. Cette zone est située entre deux départements (Ouest et Nippes) et deux grandes communes (Petit-Goâve et Miragoâne). Elle est bornée par l’étang de Miragoâne. C’est une zone agricole faite de 90 % de plaine et 10 % de montagne.

 

Depuis déjà 4 ans, le GRAPEDP organise une grande Foire agro-industrielle pendant 3 jours (1,2 et 3 mai) dans laquelle plusieurs ouvriers, professionnels agro-industriels et artisans mettent en exergue leurs activités et leurs produits. Malheureusement, les festivités des travailleurs ne sont pas toujours dignement célébrées dans le pays, notamment à Olivier. Dans le contexte actuel de période électorale, c’était une occasion pour les partis politiques ou les candidats de toutes tendances de faire campagne ou de la propagande politique.

 

Le GRADEDP  a 15 ans d’existence. Il a pour objectif principal d’améliorer les conditions de vie de la population d’Olivier à travers la dynamisation du secteur agricole. Cette jeune organisation a un bilan assez positif : construction d’une trentaine de puits, d’un système d’irrigation assez solide, d’une centaine de logements, d’une école communautaire, d’une clinique mobile et d’un centre de santé communautaire. En outre, elle réalise de nombreux événements : trois éditions de fête au profit des vieux, six éditions de Festi Rara et de fête des mères. Elle a enfin contribué à l’électrification de la localité, à la formation des jeunes dans le domaine des techniques agricoles et à la réalisation des activités génératrices de revenus au profit des femmes paysannes.

 

Toutefois, il faut noter que l’organisation met beaucoup plus d’accent sur les manifestations rituelles du 1er Mai. C’est un grand symbole de la lutte des classes et de l’identité du monde prolétaire. Il nous faut une société émancipée et libérée du travail aliénant. Le 1er Mai, comme fête internationale de la classe ouvrière, doit être le moment de penser et d’agir sur l’écart entre ceux qui détiennent tous les moyens de production, de commerce et de communication et ceux qui n’ont que leur force de travail. Le 1er Mai ne doit pas être une journée pour exiger des réformes capables de réduire les tensions sociopolitiques, mais cela doit plutôt miser sur l’abolition du mode de production capitaliste tout en menant le plaidoyer en faveur de la propriété collective de tous les moyens de production, d’échange et de communication.

 

Le 1er Mai, cela doit être enfin l’occasion de réfléchir sur ce monde robotisé : les robots fabriquent beaucoup de biens dont on se sert. Ainsi, les ouvriers sont de plus en plus menacés d’être remplacés par eux. Aujourd’hui dans certains pays, ces derniers sont déjà dans le secteur des services. C’est quand la révolte de l’opinion publique internationale ?

 

Ricarson DORCE

dorce87@yahoo.fr

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Pourquoi la fête des travailleurs ?

Pourquoi la fête des travailleurs ?

Pour célébrer les travailleurs, un bon nombre de manifestations furent instituées à partir des combats du mouvement ouvrier pour obtenir, au XIXe siècle, une triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil et 8 heures de loisirs. Les syndicats ouvriers optaient pour le 1er mai parce que beaucoup d’entreprises, surtout aux Etats-Unis, débutaient ce jour-là leur année comptable. Ensuite, le caractère international et revendicatif de la date du 1er Mai a été accentué par toute une tradition de lutte des ouvriers à travers le monde. Cette date a donc une forte signification politique, surtout pour la classe ouvrière, les partis et les organisations de gauche.

Le 1er mai, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est le mariage de diverses traditions. En effet, à Petit-Goâve, le Groupe d’Appui aux Planteurs et Eleveurs de la Deuxième Plaine (GRAPEDP) a, sa propre manière, d’honorer les travailleurs de sa localité : Olivier. Cette zone est située entre deux départements (Ouest et Nippes) et deux grandes communes (Petit-Goâve et Miragoâne). Elle est bornée par l’étang de Miragoâne. C’est une zone agricole faite de 90 % de plaine et 10 % de montagne.

Depuis déjà 4 ans, le GRAPEDP organise une grande Foire agro-industrielle pendant 3 jours (1,2 et 3 mai) dans laquelle plusieurs ouvriers, professionnels agro-industriels et artisans mettent en exergue leurs activités et leurs produits. Malheureusement, les festivités des travailleurs ne sont pas toujours dignement célébrées dans le pays, notamment à Olivier. Dans le contexte actuel de période électorale, c’était une occasion pour les partis politiques ou les candidats de toutes tendances de faire campagne ou de la propagande politique.

Le GRADEDP a 15 ans d’existence. Il a pour objectif principal d’améliorer les conditions de vie de la population d’Olivier à travers la dynamisation du secteur agricole. Cette jeune organisation a un bilan assez positif : construction d’une trentaine de puits, d’un système d’irrigation assez solide, d’une centaine de logements, d’une école communautaire, d’une clinique mobile et d’un centre de santé communautaire. En outre, elle réalise de nombreux événements : trois éditions de fête au profit des vieux, six éditions de Festi Rara et de fête des mères. Elle a enfin contribué à l’électrification de la localité, à la formation des jeunes dans le domaine des techniques agricoles et à la réalisation des activités génératrices de revenus au profit des femmes paysannes.

Toutefois, il faut noter que l’organisation met beaucoup plus d’accent sur les manifestations rituelles du 1er Mai. C’est un grand symbole de la lutte des classes et de l’identité du monde prolétaire. Il nous faut une société émancipée et libérée du travail aliénant. Le 1er Mai, comme fête internationale de la classe ouvrière, doit être le moment de penser et d’agir sur l’écart entre ceux qui détiennent tous les moyens de production, de commerce et de communication et ceux qui n’ont que leur force de travail. Le 1er Mai ne doit pas être une journée pour exiger des réformes capables de réduire les tensions sociopolitiques, mais cela doit plutôt miser sur l’abolition du mode de production capitaliste tout en menant le plaidoyer en faveur de la propriété collective de tous les moyens de production, d’échange et de communication.

Le 1er Mai, cela doit être enfin l’occasion de réfléchir sur ce monde robotisé : les robots fabriquent beaucoup de biens dont on se sert. Ainsi, les ouvriers sont de plus en plus menacés d’être remplacés par eux. Aujourd’hui dans certains pays, ces derniers sont déjà dans le secteur des services. C’est quand la révolte de l’opinion publique internationale ?

Ricarson DORCE dorce87@yahoo.fr

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Haïti et République dominicaine : le temps pour une nouvelle approche

Le Collectif des Universitaires Citoyens (CUCI) a invité les journalistes, les universitaires et les analystes politiques à une conférence autour du thème: « crise haïtiano-dominicaine, medias et éducation civique ». Cette conférence a eu lieu dans la matinée du vendredi 13 mars 2015 au local du CUCI.

Après avoir analysé les discours dominants dans les medias, l’équipe de CUCI, sous la coordination du professeur Hérold Toussaint, a fait le constat d’une logique de confrontation, d’un esprit de vengeance, de la résurgence de l’anti-haitianisme en République voisine et du sentiment anti-dominicain en Haïti. En plus, c’est l’expulsion d’un nombre croissant d’Haïtiens sans vérification de leur statut migratoire, la profanation du drapeau haïtien et de celui dominicain, l’appel au boycottage du tourisme dominicain et à la rupture des liens commerciaux.

Comment donc éviter une crise humanitaire sur l’île ? Comment aborder aujourd’hui la crise haïtiano-dominicaine ?

Jean Price-Mars, après le massacre des haïtiens en 1937 en République dominicaine, a posé une question fondamentale : quelle fut la réaction haïtienne devant la brutalité de ces tragiques événements, non point la réaction de l’opinion publique qui fut au paroxysme de l’animosité et de l’indignation, mais du gouvernement haïtien, gardien responsable de l’honneur et de la dignité de la nation ?

Quatre-vingt huit (88) ans après, nous avons un devoir de mémoire et de commémoration. Les témoins du passé ont le devoir de transmettre la mémoire. Nous devons nous souvenir pour ne pas répéter les erreurs du passé. La mémoire permet de tirer les leçons du passé pour comprendre le présent et penser l’avenir. N’avons-nous pas le droit d’être fidèle à la mémoire, à la vérité et au passé ?

D’un autre côté, il faut sans doute un siècle et demi pour effacer les discriminations, les préjugés et les stéréotypes entre Haïtiens et Dominicains, souligne Hérold Toussaint, le docteur en sociologie des medias et de la communication. Qu’attendons-nous pour mettre sur pied un vrai programme d’éducation à la solidarité entre les deux peuples ?

La solidarité entre les habitants de l’île est impérieuse. Nous devons inaugurer une semaine de la fraternité et de la solidarité entre les deux peuples. La solidarité est une condition pratique à la survie des deux républiques. Il serait intéressant de créer sur l’île, par exemple, une université haïtiano-dominicaine gérée par les savants des deux pays. Un service national de la solidarité envers les paysans d’Haïti financés par le secteur privé et public serait aussi fondamental.

Le respect des uns pour les autres est à la base du pacte hors duquel la communauté nationale perd son véritable sens, répète le coordonnateur de CUCI. Il faut cultiver le dévouement au service de la communauté et le souci du bien commun.

Nous devons apprendre à vivre avec les autres, à coopérer entre nous-mêmes dès la classe maternelle. Pour réussir, nous devons savoir que nous sommes des citoyens libres et responsables ayant des droits et des devoirs. Il y a une urgence d’humaniser l’île. Il faut, de façon rationnelle, enseigner et apprendre l’histoire des deux peuples en Haïti et en République dominicaine. Les deux peuples sont donc condamnés à vivre ensemble.

Tout compte fait, l’anti-haitianisme n’est-il pas avant tout en Haïti ? L’élite et la classe politique n’ont rien fait pour répondre à des besoins primaires de la couche sociale défavorisée du pays. Ils ont toujours refusé de prendre des mesures qui permettront aux haïtiens de rester chez eux en Haïti. Des conditions sociales, économiques et politiques ne doivent-elles pas être créées en vue de permettre à tous nos concitoyens de mener une vie décente en Haïti ? Comment passer d’une culture d’improvisation à une culture d’anticipation ?

Ricarson DORCE

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SOIREE HOMMAGE A L’ACADEMICIEN DANY LAFERRIERE A L’UNIVERSITE LAVAL

Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit-on. Ce mercredi 17 décembre 2014 de 19 h à 22h, l’Université Laval a accueilli la "soirée hommage à l’Académicien Dany Laferrière". Une initiative de l’Association Haïtienne de Québec et ses partenaires dont l’Association des étudiants antillais de l’Université Laval.

Cette célébration a été faite de : lectures, témoignages, causerie, échanges, prestations musicales, vin de l’amitié et vente signature etc. Plusieurs autorités québécoises ont été de la partie, notamment : le Maire de la ville de Québec, M. Régis Labeaume; la Ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Madame Christine Saint-Pierre; le Député de Bourget, M. Maka Kotto etc.
Le 12 décembre 2013, trente années après l'entrée du premier Africain à l'Académie française, Léopold Sédar Senghor, les haïtiens étaient heureux de voir un compatriote rejoindre la plus prestigieuse institution en matière de langue française. À 60 ans, Dany devient le plus jeune membre à siéger sous la coupole au fauteuil numéro deux, qu'ont déjà occupé Montesquieu et Alexandre Dumas fils. Fondée par le cardinal Richelieu en 1635, l’Académie a pour mission de veiller au respect de la langue française. 
Traduite dans une quinzaine de langues, l’œuvre du nouvel Académicien compte à ce jour une vingtaine de récits, nouvelles, romans, ouvrages pour enfants. Son écriture privilégie le style autobiographique, reflétant le genre littéraire « lodyans » qui, selon Georges Anglade, fait partie des « créations collectives haïtiennes les plus significatives ». Toutefois, "Je suis fou de Vava" semble être le seul texte de Dany traduit en créole, par le célèbre écrivain Lyonel Trouillot. 
Ricarson DORCE

Quebec, 18 décembre 2014

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Pourquoi les gens sont-ils agressifs ? Qu’en disent les psychologues ?

La psychologie est l’approche scientifique de l’étude du comportement et des phénomènes mentaux. Notons que certains psychologues limitent leur définition du comportement aux comportements observables, alors que d’autres y incluent les processus mentaux. Sans nul doute, c’est en voulant être proche des sciences naturelles que certains psychologues réduisent leur objet d’étude à des comportements mesurables. Par contre, d’autres restent persuadés que les  processus mentaux peuvent être vérifiés indirectement, car ils se révèlent à travers les conduites des gens. Ceci dit, les psychologues s’orientent différemment en fonction de leur approche théorique. Ils n’ont pas tous la même conception de leur objet d’étude.

Dans cet article, nous allons analyser ce que laissent comprendre certaines approches théoriques en psychologie sur le phénomène de l’agressivité.

Amorçons un dialogue avec la théorie psychanalytique. Freud postule que les pulsions agressives sont innées et qu’elles sont le reflet des frustrations de la vie quotidienne. Les pulsions agressives emmagasinées chercheront toujours des issues pour être exprimées à l’avenir. Par ailleurs, comment arriver à la décharge d’une partie des pulsions agressives (catharsis) ? Dans cette perspective, la meilleure façon d’éviter l’agression à un haut niveau est, peut-être, de la favoriser à petite échelle.

Pour ce qui est de l’approche behavioriste, tout comportement agressif est appris par conditionnement. Ceci dit, si le comportement agressif d’une personne est renforcé dans un contexte donné, cet individu sera plus porté à se comporter agressivement dans d’autres contextes semblables.

Quant à l’approche de l’apprentissage social, elle croit que  les comportements agressifs sont acquis surtout par l’observation des autres. Cependant, les néobéhavioristes mettent en exergue le rôle de la conscience dans tout le processus de l’action.

Pour les gestaltistes, l’agressivité résulte de ressentiments non exprimés. Par exemple, un enfant peut être déçu que sa mère ne l’ait pas félicité pour son succès académique, mais il ne dit rien. Cela peut bien affecter sa perception de lui-même et nuire à son contact avec l’autre. Il peut devenir alors agressif.

En ce qui concerne les psychologues humanistes, ils affirment que les gens ne choisissent pas la violence quand ils sont vraiment libres de faire leur choix dans la vie et d’exprimer leurs émotions. Les psychologues humanistes sont généralement optimistes. Ils aident leurs clients à exprimer leurs véritables sentiments.

Les valeurs de l’être humain, ses choix et ses interprétations des différentes situations influencent son comportement, c’est en fait ce que soulignent les cognitivistes. Une personne qui croit par exemple que l’agressivité est nécessaire en période de crise électorale sera plus encline à agir agressivement dans une telle situation, ou à tolérer des comportements violents des autres.

Au final, certaines structures biologiques semblent jouer un rôle dans les conduites agressives. C’est le cas de cette structure du cerveau appelée « hypothalamus ». En outre, plusieurs études montrent que des hormones sexuelles surtout masculines semblent intervenir dans le déclenchement de l’agressivité. Le fonctionnement biologique en interaction avec d’autres facteurs peut être une source d’explication du comportement agressif. C’est donc ce que prônent les neuropsychologues et les physiologistes.

Par ailleurs, l’agressivité n’a-t-elle pas également une signification socio-historique ? N’est-elle pas en quelque sorte le produit du système capitaliste basé sur l’exploitation chronique et persistante ? Les conditions matérielles d’existence de l’individu ne déterminent-elles pas son niveau d’agressivité ? Voilà deux questions fondamentales sur lesquelles on doit continuer de réfléchir.

Ricarson DORCE

Professeur de Psychologie

dorce87@yahoo.fr

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            Des attentats se produisent souvent dans le monde. De plus en plus de groupes organisés mènent de telles attaques. Beaucoup de personnes ont subi les conséquences désastreuses de ce choc. Pourquoi les gens recourent-ils à la violence ou à des actes terroristes ? Qui sont les terroristes ?

            Les questions sous-tendant les terroristes réunissent plusieurs éléments différents. L’emploi du terme est fréquemment associé à des considérations politiques. On qualifiera un acte terroriste tout dépend de sa vision du monde. Le même acte peut être jugé terroriste ou considéré comme légitime en fonction du contexte sociopolitique. Ainsi, de nombreux groupes se disent combattants de la liberté, luttant pour l’indépendance et leurs droits, pas terroristes. Ils sont donc révoltés par les mauvais traitements subis à cause de leur nationalité et de leur religion.
            Par ailleurs, la dette devient un mécanisme universel entrainant l’aliénation de l’humanité. Elle crée un nouveau système politique totalitaire qui s’exerce dans les pays pauvres afin de renforcer la dépendance de ces derniers vis-à-vis des super-puissances. Comment réfléchir sur la situation des Etats étouffés par la dette, héritiers d’une colonisation (ici, nous pensons spécialement à la situation de l’Etat haïtien) ? La dette, n’est ce pas la pire pratique terroriste dont on ne parle pas ? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, nous allons nous inspirer du discours sur la dette de Thomas Sankara présenté par Jean Ziegler en février 2014 dans la collection dirigée par Frédéric Dufourg pour le compte des éditions ELYTIS.
            D’entrée de jeu, nous rappelons que Thomas Sankara est mort assassiné l’après-midi du 15 octobre 1987 au cours d’un coup d’Etat par des militaires autochtones téléguidés par l’étranger. Il est né le 21 décembre 1949. Son discours sur la dette tenu le 29 juillet 1987 devant les chefs d’Etat africains dans l’immense Africa Hall d’Addis-Abeba sapait les bases du système international fragilisant l’Afrique et les peuples du tiers-monde. Moins de trois mois plus tard, il a payé de sa vie ce discours en compagnie de onze de ses camarades exécutés à la mitraillette dans une maison de l’Entente à Ouagadougou. Son entretien était marqué par un mélange de pédagogie populaire, d’analyse conceptuelle, de courage et d’intuitions très vives. Il a cerné concrètement les désirs de libération communs aux peuples du tiers-monde. C’était un jeune cultivé, intelligent et libre d’esprit. Il exprimait les valeurs de justice sociale, de tolérance, de réciprocité, de complémentarité, de dignité et d’intégrité. En qualité de véritable leader veilleur, il a dénoncé la tyrannie de la dette dont les conséquences directes sont la sous-alimentation, la misère, l’analphabétisme, le chômage chronique et persistant, les maladies endémiques, la destruction familiale etc. La prospérité de l’Occident en dépend en grande partie.

            Comment refuser cet ordre du monde et revendiquer un espace de vivre ensemble ? Comment vivre libre et digne ? Que pouvons-nous faire de ce qu’on a fait de nous ?

            Aujourd’hui, c’est au titre du service de la dette que les peuples des pays appauvris compromettent leur santé économique pour financer le développement des pays riches. Les flux des capitaux Sud-Nord sont en excédent par rapport aux flux Nord-Sud. La dette est l’expression la plus achevée de la violence qui structure l’actuel ordre des choses existant. À la place des mitrailleuses, elle se met à réduire à un état de grande dépendance les peuples du Sud vis-à-vis des oligarchies du capital financier globalisé. Elle empêche les pays appauvris de réaliser les investissements minima dont leur agriculture a soif. Elle est donc la pire pratique terroriste.
            Pourquoi le Fond Monétaire International ne procède-t-il pas à l’annulation de la dette des pays appauvris de la planète ? N’est-ce pas pour tenir les peuples par cet outil terroriste ?         Evidemment, la dette permet de maintenir l’Etat appauvri en adoration devant l’Occident. Contre l’octroi de nouveaux crédits, un « programme d’ajustement structurel » est imposé au peuple débiteur. Ce programme vise, autant que faire se peut, à privatiser les services publics et à donner aux grandes entreprises transcontinentales privées l’accès à l’économie locale. C’est un gros mensonge que si les pays du Sud ne paient plus aux pays du Nord les intérêts de la dette, l’effondrement du système bancaire mondial sera provoqué.

            Nous partageons l’avis de Thomas Sankara que les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui ont prêté de l’argent aux pays appauvris, ce sont ceux-là qui les ont colonisés, qui géraient leurs économies et qui, du coup, les endettaient auprès des bailleurs de fonds. La dette est le symbole du néo-colonialisme. Elle est contrôlée par l’impérialisme et elle soumet le développement des pays du Sud à des normes qui leur sont totalement étrangères. Quand un pays déjà appauvri est endetté pour cinquante ans et plus, il est en même temps amené à compromettre plusieurs de ses générations pendant cinquante ans et plus.
            Les pays du Sud doivent-ils toujours rembourser la dette ? S’ils ne paient pas, les bailleurs de fond vont-ils mourir ? S’ils paient, vont-ils eux-mêmes pouvoir survivre ?

            Les chefs d’Etat du tiers-monde ne doivent pas chercher individuellement des solutions au problème de la dette. Il faut la révolte de l’opinion publique du tiers-monde contre la dette. Les peuples du tiers-monde doivent s’unir et s’organiser contre cette arme de destruction massive. Cette organisation doit également prendre en compte les revendications des masses populaires des pays du Nord. Avec le soutien de tous les pays du tiers-monde et des masses populaires des pays du Nord, la dette peut être éliminée et la course aux armements entre pays faibles, limitée. Ainsi, les masses populaires peuvent utiliser leurs immenses potentialités pour se développer, pour produire ce dont elles ont besoin et pour consommer ce qu’elles produisent au lieu d’importer.

            « Les pays du tiers-monde ne doivent payer aucune dette parce que, au contraire, les colons leur doivent ce que les plus grandes richesses du monde ne pourront jamais payer, à savoir le sang de leurs ancêtres versé pendant toute la période esclavagiste ». Les peuples du Sud doivent de plus en plus conscients de leur droit face aux exploiteurs. Ces derniers parlent souvent de crise, alors que les richesses du monde sont concentrées entre les mains de quelques individus possédant dans des banques internationales des sommes colossales capables de développer le tiers-monde. 

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Y a-t-il de sociologues en Haiti

  • D’entrée de jeu, on doit signaler qu’il y a autant de définitions de la sociologie que de sociologues et qu’il y a un ensemble de définitions sociologiques suivant chaque domaine avec lequel il semble nécessaire de dialoguer. On est malheureusement ou heureusement dans l’ère des sociologies spécialisées ! Toutefois, la sociologie reste une discipline utile et très importante. Elle permet de mieux cerner nos pratiques sociales, d’anticiper certaines évolutions de nos sociétés, de favoriser certaines formes de cohésion sociale et d’encourager certains processus de décision au profit du bien commun…
  • Depuis plus de 60 ans, les statistiques laissent comprendre que le nombre de sociologues à travers le monde s’est beaucoup augmenté. Chaque problème de société suppose des recherches sociologiques. Chez nous, qu’en est-il ? Combien de sociologues actuellement dans des postes universitaires, de recherche et dans les services publics ou privés en Haïti ? Y a-t-il une sociologie haïtienne ? Si oui, quels sont les courants dominants de cette discipline ? Cherche-t-elle à dégager des lois ou au moins à mettre en exergue des régularités de la formation sociale haïtienne ? Est-elle une discipline en conflit ? Comment les courants de cette discipline saisissent-ils la société haïtienne ? Quels sont les points de divergence et de convergence entre ces courants ? Existe-t-il encore des hommes et des femmes sociologues sur la terre de Jean-Jacques Dessalines ? Si oui, que disent les sociologues sur la situation de crise chronique et persistante à laquelle fait face le pays ? Quelles sont les instances de régulation de la vie sociale en Haïti ? Comment fonctionnent-elles ? Qu’est-ce qui rapproche ou divise les sociologues haïtiens ? En quoi le débat entre sociologues haïtiens sur des thématiques précises sert-il de progrès dans le monde universitaire ? La sociologie de Marx, de Durkheim, de Weber, de Pierre Bourdieu, d’Alain Touraine, de Michel Crozier et de Raymond Boudon suffit-elle à nous permettre de comprendre la réalité haïtienne ? En quoi leurs thèses nous permettent-elles de cerner le social haïtien ? La société haïtienne est-elle structurée ou auto-régulée ? Est-elle le produit de conflits entre différents groupes sociaux ? Est-elle une simple logique d’interrelations subjectives ?
  • Dans ce court article, on ne va pas répondre à ces questions fondamentales. Notre intention est de rappeler que les sociologues ont pour vocation de risquer une parole sur tous les grands sujets de société. Ils doivent être invités à expliquer les dynamiques sociales et les difficultés que rencontre le pays. Il nous faut en Haïti des raisonnements sociologiques innovateurs. Nous avons besoin de sociologues enracinés.
  • Malheureusement chez nous, les différentes préoccupations sociologiques sont, en grande partie, traitées par les journalistes, sans savoir toujours bien les aborder. Les questions sociologiques sont trop délicates pour être soumises seulement à l’appréciation des journalistes. 
  • En Haïti, on s’attend encore à une sociologie concrète, pas une sorte de philosophie sociale, sans aucune préoccupation de vérification empirique. On s’y attend à des courants sociologiques qui progressent en fonction de l’espace et du temps ou suivant les effets de période et de l’atmosphère sociopolitique !
  • Ricarson DORCE
  • 8 Novembre 2014
  • dorce87@yahoo.fr
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Utopie, préjugé de couleur et mission des élites. Jacques Roumain et nous
A la direction des Etudes Postgraduées de l’Université d’Etat d’Haïti, le professeur Hérold Toussaint a signé, le mercredi 28 Novembre 2012, son nouveau livre « Violence symbolique et habitus social. Lire la sociologie critique de Pierre Bourdieu en Haïti. »
Pierre Bourdieu est un penseur sociologue capital. Son œuvre est d’une profondeur extrême. Il y a plusieurs concepts majeurs dans son répertoire : violence symbolique, habitus, capital, champ…La violence symbolique dont parle le sociologue est très présente dans la réalité politique haïtienne. C’est une violence invisible et cachée qui sert à légitimer toute décision provenant des plus forts. Elle est exercée à travers le champ dans lequel évolue chaque personne dans la société haïtienne. Le champ doit être ici compris comme un espace social où il y a des dominants et des dominés. C’est donc un champ de luttes.
Le même jour, devant plus d’une centaine de personnes, le professeur Hérold Toussaint, très sensible à l’avenir des pauvres en Haïti, a également prononcé une conférence sur le thème « Utopie, préjugé de couleur et mission des élites en Haïti. Relire Jacques Roumain au XXIe siècle ».
Pour le professeur Toussaint, l’utopie est une prise de conscience critique des imperfections de ce monde non pour le fuir dans un passé illusoire, mais pour le transformer. L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais ce qui transforme la réalité. Le conférencier partage l’idée du psychologue G.W. Allport selon laquelle le préjugé est une attitude négative ou une prédisposition à adopter un comportement négatif envers un groupe, ou envers les membres d’un groupe, qui repose sur une généralisation erronée et rigide. Enfin, il a dialogué avec le penseur italien Wilfredo Pareto (1848-1923) pour qui la notion d’élite est fondée sur une double conception. Dans la première acceptation, il désigne ceux qui sont les meilleurs dans leur domaine d’activité (notion d’excellence). Il y a donc autant d’élites que de domaines d’activités. Dans la seconde définition, le mot « élite » renvoie à tous ceux qui composent un groupe minoritaire occupant une place supérieure dans la société (notion de prééminence).
« Quand il y a violence et crise de valeurs dans un pays, il y a une crise de l’utopie. Nous avons besoin des utopistes réalistes et concrets, des visionnaires qui ont les pieds sur terre, d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui rêvent, pensent et travaillent pour transformer la réalité », poursuit le professeur.
Jacques Roumain, dans l’Analyse schématique 32-34, souligne que le problème de couleur n’est pas le fondement de l’oppression de la bourgeoisie. Il n’y a pas une différence entre la voracité d’un bourgeois blanc ou mulâtre et celle d’un bourgeois noir. Sous le couvert du parti communiste, Roumain a fait savoir que la couleur n’est rien, mais que le parti est tout. Pour ce dernier, il faut transformer les structures fondamentales de ce pays. Déjà à 21 ans, sous l’Occupation états-unienne, Roumain réclame l’union face à l’ennemi commun, c’est-à-dire le gouvernement états-unien. Il ne s’oppose pas à l’existence d’une élite dans le pays, mais celle-ci doit accomplir ses devoirs. En 1928, dans le journal « Le Petit Impartial », Roumain a compris que la bourgeoisie nationale se donne une seule mission : elle ne fait que contribuer à la déchéance du pays.
Le professeur Hérold Toussaint a, en guise de conclusion, analysé certaines lettres que Jacques Roumain avait envoyées à sa femme, ce qui a fait toute l’originalité de cette conférence. Roumain était un penseur révolutionnaire qui se souciait beaucoup de sa femme et de ses enfants. Dans une lettre à sa femme Nicole, Roumain se plaint de l’indifférence de la bourgeoisie haïtienne face à la misère du peuple. La meilleure arme de cette bourgeoisie, c’est le dégout qu’elle nous fait éprouver. Nous devons toujours lutter. Le professeur Toussaint nous a présenté un Roumain qui avait la foi dans ses idées, dans le changement des rapports sociaux en Haïti.
Le nouveau livre du coordonnateur du Collectif des Universitaires Citoyens (CUCI) « Violence symbolique et habitus social. Lire la sociologie critique de Pierre Bourdieu en Haïti » est disponible dans les librairies de la capitale haïtienne. Le professeur Toussaint est également l’auteur du livre « L’utopie révolutionnaire en Haïti. Autour de Jacques Roumain ».
Ricarson DORCE
Licencié en psychologie

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Quand la Médecine s’ouvre à la Logothérapie : une belle matinée universitaire
Comme à l’accoutumée, le professeur Hérold TOUSSAINT termine par une matinée universitaire son cours de « Logothérapie et psychologie des relations humaines » dispensé en sixième année au profit des étudiants (es) en Médecine de l’Université Notre Dame d’Haïti. De 10 h à 14 h, ce samedi 1er Décembre 2012, ces futurs médecins ont dialogué avec Viktor Frankl, le père fondateur de la logothérapie. Cette dernière est la recherche de la volonté du sens. C’est l’effort humain fondamental pour trouver un sens à sa vie, sa possibilité d’auto-transcendance et de choix conscient vers les valeurs supérieures qui l’inspirent.
Le professeur Hérold TOUSSAINT a commencé par une présentation de la biographie du logothérapeute. Viktor Emil Frankl (1905-1997), professeur de neurologie et de psychiatrie, est d'origine autrichienne. C'est la vie dans les conditions inhumaines des camps de concentration, durant la deuxième guerre dite mondiale, qui l'a poussé vers sa théorie du sens de la vie. Sa carrière universitaire a été brisée par la persécution nazie. Toute sa famille fut envoyée aux chambres à gaz. Il fut le seul à survivre avec sa sœur. Le docteur Frankl prouve qu'on peut tout enlever à un homme à l'exception d'une chose, sa liberté de décider de sa conduite et de sa dignité. « Lorsqu'on trouve un sens aux événements de sa vie, la souffrance diminue et la santé mentale s'améliore », poursuit le professeur. Dans son ouvrage célèbre intitulé « Découvrir un sens à sa vie », Frankl parle de l'importance d'un optimisme tragique capable de permettre à l’homme en accord avec lui-même de transformer la souffrance en réalisation humaine, trouver dans son sentiment de culpabilité l'occasion de s'améliorer et agir de façon responsable face au caractère transitoire de la vie. On trouvera son enseignement dans un ensemble de seize ouvrages qui sont traduits en treize langues. Ce sont des recherches scientifiques et cliniques. Il s’aperçoit que ses patients ne souffrent pas uniquement de frustrations sexuelles (Freud) ou de complexes d’infériorité (Adler), mais aussi d’un « vide existentiel ». 
La logothérapie, insiste le professeur Toussaint, est une psychothérapie destinée à responsabiliser l'individu sur le sens de sa vie. L’individu peut découvrir le sens de sa vie à travers une œuvre, en faisant l’expérience de quelque chose ou dans l’attitude à adopter devant une souffrance inévitable. Le thérapeute n'est pas là pour indiquer la direction au patient, mais pour l'aider à réaliser les meilleures possibilités inscrites dans sa situation concrète.
Cette matinée universitaire était très riche en séances pratiques porteuses d’interactions fructueuses. Les étudiants ont eu à commenter en équipe cette affirmation de Viktor Frankl : « La souffrance cesse de faire mal au moment ou elle prend une signification ». Au terme de cette journée de formation, ces futurs médecins ont, sans nul doute, acquis des connaissances nouvelles sur les relations humaines. 
Selon l’étudiant BELLOT Jude, cette matinée universitaire est un succès. Elle lui a permis de faire connaissance d’une grande figure de logothérapie, de comprendre mieux le rapport entre le médecin et le patient. Quant à la jeune étudiante DAMBREVILLE Jovania, elle se dit mieux armée pour établir un bon diagnostic, pour prendre en considération la vision du patient et explorer la géographie de son esprit... ABRAHAM Sarah, une autre jeune étudiante, a aussi exprimé sa satisfaction : « cette journée a construit en moi le sens d’équipe ; on a travaillé en groupe et mangé ensemble, c’est le vivre ensemble. Cela va m’aider à me comprendre moi-même davantage et à améliorer mes relations avec les autres ». 
En guise de conclusion, retenez bien que la logothérapie voit l'homme sous l'aspect du manque de sens et de la possibilité de sens. Elle ne rejette pas vraiment les autres méthodes de la psychologie dominante, mais elle vient en complément d'une profession déjà pratiquée. Elle est conçue pour des médecins, des psychologues, des pédagogues et pour ceux qui ont à charge de réconforter des personnes vulnérables. Chaque école thérapeutique a sa propre force et sa propre faiblesse. Toutefois, dans la société haïtienne dont la caractéristique essentielle est devenue la perte du sens de la vie, une thérapie fondée justement sur la recherche du Sens serait d’une grande utilité dans le parcours de ces futurs médecins.
Ricarson DORCE
dorce87@yahoo.fr

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La domesticité des enfants à Petit-Goâve : Mythe ou Réalité ?

Le phénomène des enfants en domesticité gangrène toute la société haïtienne, notamment la cité soulouquoise. En effet, certaines catégories sociales du pays exploitent ces petits esclaves modernes de maison issus, en majorité, des familles défavorisées ou rurales. Cet article veut, à un moment où l’on fête les 350 ans (et plus) de la commune de Petit-Goâve, attirer l’attention sur ce fléau social en vue de son éradication.
Exploitation de l’enfant : une réalité mondiale
Les disparités économiques et sociales sont l’un des grands enjeux du monde actuel. Cette mondialisation néolibérale, essentiellement régie par des intérêts privés, entraîne un pillage généralisé des ressources. Des milliers d’enfants vivent dans la pauvreté. Bon nombre d’autres sont abusés, emprisonnés, vendus, recrutés comme soldats ou enlevés en vue de la prostitution ou de la servitude domestique. Il faut comprendre que ces problèmes mondiaux ne sont pas naturels et qu’ils sont produits par une formation économique et sociale déterminée.
Contexte national
On ne saurait traiter de la question de la domesticité des enfants sans prendre en compte la pauvreté du milieu rural liée au mode de formation sociale haïtienne qui est marquée par des périodes d’exploitation et de crise. Toute la stratégie de la reproduction de la famille paysanne dépend aujourd’hui du milieu urbain. C’est en ce sens que les enfants, issus du milieu paysan, sont placés en domesticité dans les différentes grandes villes. 
La cause fondamentale de la domesticité juvénile est liée à l’exploitation d’une minorité possédante au détriment de la majorité appauvrie. La crise politique, les caractéristiques socioculturelles haïtiennes, le problème de migration, les carences institutionnelles en matière de protection de l’enfant domestique renforcent cette pratique.
Il faut remonter à l’esclavage pour cerner la tradition de la domesticité en Haïti. La colonie a été régie par le code noir qui, dans son article 12, stipule : «les enfants nés d’esclaves sont esclaves et sont la propriété du maître de leurs mères». En 1804, le pays a pris son indépendance, mais la révolution n’a pas vraiment éradiqué le type de domesticité développé à l’époque coloniale. Le code rural de 1826 a régi chacun des aspects de la vie rurale, même les enfants ont été soumis à des travaux. Le fossé entre les sociétés rurale et urbaine existe encore. C’est ce fossé qui nous permet de comprendre l’exploitation des enfants ruraux dans les familles urbaines. 
Du début de la première occupation états-unienne au grand mouvement politique de 1946, on assistait à un vaste mouvement migratoire et, du coup, c’est la grande expansion de la pratique de domesticité. Ce qui va être intensifié suite à l’éclatement des cellules paysannes sous le règne des Duvalier. Les enfants sont confiés dans des foyers urbains dans l’espoir empoisonné d’une promotion sociale et d’un meilleur avenir.
Les politiques des oligarchies et de la communauté internationale dégradent le milieu rural pendant toute l’histoire du pays. Les répressions politiques, le manque de services publics, le non-accès à l’éducation et aux services de base, l’extrême pauvreté... alimentent encore cette tradition de placer fort souvent l’enfant rural dans une famille urbaine.
Enfant en domesticité
L’enfant domestique est celui qui vit dans un foyer avec des gens qui ne constituent pas sa famille naturelle. C’est donc une résidence privée à laquelle il rend toutes sortes de services dans des conditions extrêmement difficiles, sans rémunération. Il est souvent issu d’une famille rurale, pauvre, non-scolarisée, surpeuplée. En grande majorité, l’enfant en domesticité est de sexe féminin. Ceci s’explique, dans une large mesure, par le rôle joué par les femmes dans la structure familiale haïtienne : les fillettes doivent être laborieuses comme leur mère. 
L’enfant en service est une force de travail et sa participation aux travaux est souvent très loin de lui permettre d’assurer sa subsistance. La pauvreté rurale, l’incapacité de satisfaire les besoins fondamentaux de l’enfant dans son milieu naturel, le statut de l’enfant dans la culture haïtienne, le cadre des relations entre villes et campagnes, le désir d’intégration de l’enfant dans le monde urbain pour un meilleur avenir, l’étendue de la famille paysanne... constituent, pour une large part, les fondements de la pratique de la domesticité des enfants dans les différentes régions du pays, notamment à Petit-Goâve.
L’enfant placé en domesticité travaille généralement à la longueur d’une journée, accomplit des corvées ménagères ou toute autre tâche requise par les parents d’accueil, assure la vente dans le petit commerce de la famille de placement, accompagne les enfants à l’école, s’occupe des animaux domestiques... L’enfant en service fait face à de nombreux problèmes : difficultés nutritionnelles, sanitaires et éducatives, rapports sexuels précoces, discrimination... On le voit souvent mal coiffé, habillé de vêtements en loques, pieds nus, traits émaciés... Il subit un traitement différent des autres enfants de la maison : violences physique, verbale et psychologique... Il est privé des services essentiels à son développement et à sa survie. Il est dépourvu en quelque sorte de ce qui est fondamental à l’être humain. Le retrait de l’enfant de sa famille naturelle provoque de nombreuses difficultés trop souvent insurmontables : angoisses d’abandon, sentiment de rejet, stress insécurisant... 
Généralement, la maison de placement devient à ses yeux un lieu d’imposition de l’ordre où il se sent mal à l’aise, privé de toutes formes de sécurité. Ils éprouvent rarement un sentiment d’appartenance, d’aisance, de liberté, de confortabilité, d’hospitalité, d’attachement, de familiarité ou de relations à cette nouvelle famille qui les accueille. 
L’enfant en domesticité reproduit sa capacité laborieuse pour survivre. Les conditions matérielles d’existence définissent ses rapports avec son environnement social, ses pratiques quotidiennes, son mode de perception de la maison de placement et orientent ses comportements. Avec les efforts consentis par certaines institutions dans le pays, quelques enfants en domesticité jouissent d’une certaine mobilité individuelle. Mais, cela n’a rien changé au niveau global des conditions de vie socio-économique de la classe exploitée dont est issue cette catégorie d’enfants placés en domesticité. Chose encore grave : ce petit nombre d’enfants domestiques, qui deviennent des professionnels, professeurs, ouvriers, universitaires..., sont souvent conditionnés à rejoindre les rangs des dominés et leurs actes servent, dans bien des cas, la cause de la classe favorisée. Donc, ces cas isolés ne doivent pas passer pour des changements collectifs. Le phénomène de la domesticité des enfants s’ancre encore dans la société.
Dans la famille de placement, il existe une forme de communication verticale. L’enfant en domesticité n’a pas le droit de faire valoir son point de vue. Il est humilié continuellement. Il regarde rarement les autres dans les yeux. Il reste tête baissée quand on lui parle. La communication, dans ce cas, n’est pas un exercice d’ouverture à l’autre, de compréhension mutuelle... et ne tend pas vers l’autonomie. La grande docilité de l’enfant placé en domesticité est une stratégie de survie en face de l’autoritarisme du propriétaire de la maison de placement. L’enfant développe un sens de compromis ou se met à l’écart pour éviter d’être réprimandé. Son repli sur soi et son sentiment d’infériorité doivent être interprétés comme le résultat du processus chronique d’exploitation. 
L’enfant domestique peut faire montre d’un certain sentiment d’efficacité personnelle tout en croyant pouvoir réussir certaines tâches mêmes très difficiles. Paradoxalement, il peut donner la preuve de faible estime de soi, de sentiment d’inquiétude ou de rejet, ce qui peut le pousser à accepter le tort même quand il a raison.
La dialectique maître-esclave peut bien nous permettre de comprendre la culture de chef commandeur dans la maison de placement. La formation sociale du pays est porteuse des traces de traitements inégalitaires. Le développement de l’enfant domestique est en rapport au bon vouloir du maître de la maison de placement.
EN GUISE DE CONCLUSION
Nous ajoutons qu’à Petit-Goâve, nombreux sont les enfants en situation de domesticité. Malheureusement, il n’y a pas encore des chiffres officiels sur la question. Mais, c’est une réalité qui saute encore aux yeux à un moment où la commune commémore ses 350 ans (et plus). Nous ajoutons également que la situation des enfants en servitude ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un système mondial d’exploitation, cherchant à masquer les inégalités, la division de la société en dominants et en dominés. Tant que les conditions sociales de la classe exploitée demeurent, la situation des enfants en domesticité ne changera pas. Il faut une insurrection des consciences. Il ne suffira pas de clamer : une politique nationale de protection de l’enfance et de la famille, l’amélioration de la situation économique dans le milieu rural, la création des infrastructures... Il importe aux dominés de s’unir et de combattre pour la transformation des structures psycho-socio-économico-politiques.
Ricarson DORCE

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Propagande politique et Démocratie à travers le monde

            Depuis le 7 février 2000, Le sociologue Hérold TOUSSAINT, coordonnateur du Collectif des Universitaires Citoyens (CUCI), sillonne les dix départements en organisant ce qu’il appelle des « Matinées universitaires ». Il s’agit d’initier les étudiants à la culture de la discussion. La 60e matinée universitaire a eu lieu le 21 Avril 2013 de 9h 30 à 14 h à l’auditorium de la Faculté d’Ethnologie au profit d’une centaine d’étudiants venus spécialement des facultés des sciences humaines et d’ethnologie. Il était question de « Propagande politique et Démocratie à travers le monde ». Comment est née la propagande ? Comment fonctionne-t-elle ? Quel rapport entretient-elle avec la démocratie, les partis politiques, l’éthique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ? Peut-elle être au service du bien commun ? Voilà autant de questions qui ont servi de fil conducteur à cette soixantième matinée universitaire.

            D’entrée de jeu, le professeur Toussaint rappelle que le concept de propagande doit sa codification à l’Eglise catholique. En effet, pour contrer la reforme protestante, une commission de cardinaux est établie par Grégoire XIII, pape entre 1572 et 1585, avec pour objectif la diffusion du catholicisme vers les pays n’appartenant pas à la sphère d’influence du Vatican. Plus tard, cette commission devient permanente et s’institutionnalise sous la papauté de Grégoire XV ; elle est alors désignée dès 1622 comme Sacra Congregatio de Propaganda Fide, Sainte Congrégation pour la propagande de la foi, avec la mission de diffuser la doctrine catholique dans le monde. Rappelons que la Sainte Congrégation pour la propagande de la foi existe toujours, mais a été rebaptisée par le pape Jean Paul II en 1982 Congregatio pro Sentium Evangelisatione, Congrégation pour l’évangélisation des nations. Le terme « Propagande » sera repris dans le contexte de la Révolution française en vue de répandre une opinion politique. Tout au long du XXe siècle jusqu'à aujourd’hui, l’expression sera massivement utilisée. 

            Le thème de la matinée universitaire a été abordé à partir des écrits de Jacques Ellul et de Jean-Marie Domenach. Il revenait à Martine Stavius et à Jackson Germain de présenter la pensée de ces deux auteurs. Martine Stavius a dialogué avec Jacques ELLUL. Pour ce dernier, la propagande est l’ensemble des méthodes utilisées par un groupe organisé en vue de faire participer activement ou passivement à son action une masse d’individus psychologiquement unifiés par des manipulations psychologiques et encadrés dans une organisation. La jeune étudiante en communication sociale a fait le point sur les différents caractères de la propagande : propagande politique, propagande d’agitation, propagande sociologique, propagande d’intégration, propagande verticale, propagande horizontale, propagande rationnelle et propagande irrationnelle…

            Quant à l’étudiant Germain Jackson, il s’est inspiré des écrits de Jean Marie Domenach en vue de dévoiler le fonctionnement de la propagande. Domenach définit la propagande comme une technique mettant en application cinq règles de mise en forme : la simplification, le grossissement, l’orchestration, la transfusion et la contagion. Pour cet auteur, le discours de la propagande soulève l’enthousiasme et la cohésion chez ses partisans et la peur et le désordre chez l’ennemi. Parler de la propagande amène aussi à considérer la notion opposée, c’est-à-dire la contre-propagande dont les procédés sont : le repérage des thèmes de l’adversaire ; chercher le point faible de l’adversaire ; attaquer et déconsidérer l’adversaire ; mettre la propagande de l’autre en contradiction avec les faits ; ridiculiser l’adversaire ; faire prédominer son climat de force… Mais, la contre-propagande permet-elle vraiment d’échapper aux procédés invisibles de la propagande ? Cette question peut faire l’objet d’un autre débat.

            Après l’exposé de ces deux étudiants, le professeur Hérold Toussaint a jugé bon de faire ressortir ce qui fait la différence entre propagande et désinformation, entre propagande et éducation. La propagande et la désinformation partagent le même objectif : manipuler l’opinion publique. Toutefois, la désinformation emploie des informations délibérément fausses, alors que la propagande joue sur l’apparence. Si en propagande on dira qu’un verre est à moitié vide ou à moitié plein, la désinformation affirmera qu’il n’existe pas de verre. En fonction de ses objectifs, la désinformation présente donc une information fausse comme vraie et une information vraie comme fausse. La propagande est différente aussi de l’éducation. La propagande entend pousser sa cible à choisir son camp de façon ordinaire et simpliste. L’éducation, elle, encourage chacun à se faire sa propre opinion, basée sur des informations qui peuvent être contradictoires. L’éducation peut donc être une propagande, mais son objectif est tout autre, voire inverse. Au lieu de vouloir poser le monde de façon simpliste, l’éducation devrait être un atout contre la propagande, ce qu’elle est souvent dans les sociétés ouvertes.

            Le professeur Toussaint a présenté aux participants l’histoire de l’Institut pour l’analyse de la propagande (Institut for propaganda analysis) qui fut créé aux Etats-Unis en octobre 1937. Cet institut était une organisation à but non lucratif destinée à aider le « citoyen intelligent » à détecter et à analyser la propagande. Le credo de cet institut consistait à « apprendre aux gens comment penser plutôt que en quoi penser ». Notons que pour l’Institut pour l’analyse de la propagande, une seule propagande peut être considérée comme légitime, celle qui se forme aux principes de la démocratie. Le professeur Toussaint souligne que les démocraties s’adonnent également à la propagande, mais il est important de rester vigilants par rapport aux dérives des démocraties.

            Les participants ont eu à commenter en équipe les thèmes suivants : propagande et les nouvelles technologies de l’information ; propagande politique et morale ; propagande politique et histoire. De ce travail en équipe, surgiront les questions suivantes : la propagande est-elle contraire à la démocratie ou fait-elle partie de son essence même ? Aujourd’hui, quel rôle jouent les medias dans la propagande ? La propagande peut-elle être au service de la bonne cause ? L’objectif de la propagande est-il donc de supprimer la possibilité de choix qui est au fondement de la démocratie ?

            Quant aux medias, ils jouent un rôle important dans la propagande. Lors d'une guerre, la propagande est utilisée pour diaboliser l'ennemi et susciter la haine. Par ailleurs, Serge Tchakhotine, dans son livre « Le viol des foules par la propagande politique »,  pense qu’on peut faire également de la propagande dynamique au service de bonnes causes ou de la collectivité humaine, sans violer les principes moraux. Ainsi propose-t-il de distinguer la propagande antidémocratique de la propagande utile. Toutefois, ce débat n’est pas encore clos.

Ricarson Dorcé 

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Haïti : Culture, Traditions et Croyances religieuses

            Depuis son indépendance, le 1er janvier 1804, Haïti est un pays qui a connu plus d’une quarantaine de coups d’État, une trentaine d’années de dictatures…C’est le pays le plus pauvre (le plus appauvri, dirions-nous) de tout l'hémisphère occidental selon les experts des Nations Unies. Un pays politiquement pauvre, économiquement faible… Depuis 1980, l'industrie du tourisme, qui était jusque là relativement florissante, traverse une période difficile à cause du climat politique qui règne dans ce pays. 

            Des milliers d’Haïtiens crèvent de faim chaque jour. Des bandes armées pillent, tuent et violent. C’est le règne d’inégalité, d’injustice sociale, d’impunité, de discrimination, de domination et d’exploitation… Toutefois, ce pays possède encore des richesses inépuisables : sa culture, ses traditions et ses croyances religieuses.

La culture haïtienne : un moyen d’expression incomparable

            Dans son sens le plus large, la culture peut être perçue comme l'ensemble des traits spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent un groupe social. Elle englobe les modes de vie, les arts, les lettres, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. Elle se réfère, en général, à l’activité humaine. 
Même s’il existe une culture dominante ou élitiste dans toute société, il se forme toujours des groupes sociaux ayant des pratiques particulières. Chaque culture a des formules pour imposer ses normes. Les formules, appelées sanctions, varient avec l’importance de la norme. Donc, retenons que le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c'est-à-dire ce qui est de l'ordre de l'acquis et non de l'inné.

            Quant à la culture haïtienne, elle est riche des traditions indienne, africaine, occidentale et créole… La langue créole, les autres pratiques culturelles sont très présentes dans la société. L’artisanat haïtien est reconnu pour sa créativité et ses couleurs. Les sculptures de bois et les ouvrages de ferronnerie intéressent de plus en plus les gens. Le quotidien difficile prend couleur sur la toile du peintre. "Haïti, seul peuple de peintres", disait André Malraux. Le poète français surréaliste André Breton se prend également du sentiment de plaisir respectueux devant les œuvres artistiques de ce peuple.

            Le carnaval est la manifestation culturelle collective la plus importante du pays. C’est tout un rituel de subversion utile à la viabilité de la société, une représentation de la mémoire ou l’identité du peuple, le souci de satisfaire le gout esthétique…

            Les proverbes, source de plaisir et d’instruction, forment une partie importante de la culture orale. Ils demeurent un moyen d’expression à nul autre pareil pour éclaircir des circonstances. C’est la mémoire de la vie quotidienne haïtienne du présent ou du passé. La tradition n’est-elle pas également une mémoire ? En quel sens peut-on dire qu’Haïti est habité par un peuple de traditions ?

Haïti : Peuple de traditions

            La tradition est une mémoire et une conscience collective. Elle peut désigner une pratique symbolique particulière. En sociologie, une tradition est une habitude transmise de génération en génération.
            Dans les traditions haïtiennes, le conte et les récits d'origine africaine tiennent une place fondamentale. En outre, la musique et les danses traditionnelles haïtiennes constituent à la fois le cri profond de ce peuple d’appartenir au monde et la plus forte expression de son identité nationale à l’heure actuelle. 

            La musique haïtienne invite à rêver à un autre univers. Elle invite à la réflexion sur la vie socio-politique, l’amour, le sexe, l’amitié… Les formes de cadences musicales sont variées. Le Compas, le Troubadour, le rythme racine et les rythmes de rumba, de jazz ou de rock… forment la pierre angulaire de la culture musicale d’Haïti. Quant à la méringue, elle est à la fois une musique traditionnelle et une danse en Haïti. Elle est évidemment issue d’une influence africaine, d’un mélange de rythmes complexes provenant de la culture vaudou. 

            Soulignons très rapidement que la musique est souvent manipulée ou utilisée à d’autres fins, surtout pendant les moments de grandes tensions dans l’histoire de ce pays. Ainsi faudrait-il se demander en quoi elle peut encore servir à gagner la cause des masses ? Par ailleurs, nous devons faire remarquer qu’en Haïti, on danse pour mieux saisir le sens de son identité culturelle, de sa position d’homme ou de femme dans l’échelle des difficultés mondiales. 
Les danses traditionnelles incitent au travail collectif. Elles permettent à l'Haïtien d'accepter ses racines, de se réconcilier avec lui-même. Ce sont des danses très riches grâce à leurs origines latino-africaines. A la fin de chaque année, dans certaines familles, on organise, par exemple, des cérémonies de danse rituelle "pétro" pour remercier les divinités de leur bienfait tout au long de l'année. Ceci dit, les croyances religieuses jouent un rôle fondamental dans le quotidien du peuple haïtien. Maintenant, en quoi ces croyances sont-elles essentielles?

Quand la mort s’associe à la vie à travers les croyances religieuses : une prise de position métaphysique
            Une religion est un ensemble de croyances et de pratiques qui, communes à un groupe social, définissent sa compréhension du monde. Il existe actuellement de très nombreuses religions sur la Terre d’Haïti, avec chacune ses caractéristiques particulières. En dépit de tous ces courants religieux, nous pratiquons toujours le vaudou. La musique vaudou chante les dieux et les déesses qui voyagent parmi nous. Leur royaume s’étend dans nos rivières, mers, fleuves, arbres, forêts, montagnes, et dans les profondeurs du sol Africain…

            Pour les pratiquants vaudou, même le « rara » est un rituel qui débute le mercredi des cendres et finit à la veille du dimanche de Pâques. La fête annuelle des Gede en novembre est la façon propre au peuple haïtien d’associer la mort avec la vie. On dirait même que le sentiment de l’importance des relations avec les morts est un principe inscrit dans le subconscient. Le rapport aux Ancêtres est une dimension essentielle de la fête des Gede. Les célébrations de ce rite varient suivant la région et les origines des familles Vodoun en Haïti. 

Que faut-il conclure ?

            Les questions culturelles constituent une priorité pour Haïti afin de contrecarrer les risques d’appauvrissement de sa propre identité culturelle dans un monde de plus en plus mondialisé (de façon très inégalitaire). L’absence d’une réelle politique de sauvegarde du patrimoine aura, sans nul doute, des effets néfastes sur la richesse créative de ce premier peuple noir indépendant. Elle débouchera sur le processus de survalorisation des modèles culturels importés. 

            Les institutions culturelles haïtiennes doivent désormais apprendre à parler le même langage : celui de valorisation de la culture nationale dans un esprit d’ouverture. Pour ce faire, il faut : le renforcement des capacités des institutions culturelles ; le renforcement du rôle de la culture dans la promotion d’une société économiquement ou politiquement égalitaire ; le renforcement du rôle de la culture dans l’éducation populaire au service de véritables développements ou de véritables démocraties à visée totalisante. N’est-ce pas que la culture d’un peuple doit être toujours au service de son développement ou son émancipation ?

Ricarson DORCE

 

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