Publications de Alimou Sow (2)

« Il possède des capacités à travailler de façon autonome ; c’est un étudiant intelligent qui a de l’avenir », disait de lui en 1989 Dr Paul Condé, Doyen de la Faculté des Sciences Biomédicales de l’université de Conakry (Actuelle Gamal). Vingt-deux ans après, la déclaration s’est avérée prémonitoire pour Oscar, Chef du service Illustration et Caricatures de l’hebdomadaire satirique Le Lynx. Chaussé de verres correcteurs et armé d’un sourire charmeur, il me reçoit ce vendredi après-midi dans les locaux exigus et surchauffés du Journal. Petit tour dans son bureau: occupé. On se contentera des fauteuils du couloir d’entrée qui sert d’antichambre. J’ouvre le débat : « Monsieur, vous êtes connu sous le pseudo de Oscar, veuillez vous présenter ». Il me glisse une magnifique carte de visite qui indique « Ben Barry Youssouf Oscar ».

 

Comme tous les lecteurs du Lynx, Youssouf Ben Barry me fait sourire chaque lundi. Je le prenais pour un Goliath, je découvre un Peulh de 49 ans imberbe dont la démarche est soutenue par une béquille. Né à Gaoual, Youssouf Ben Berry alias Oscar a eu une enfance itinérante. Son père, Elhadj Boubacar Seydi, originaire de Labé (Dara-Labé) était trésorier payeur qui vit au gré des mutations. C’est à Kindia à l’Ecole Primaire de l’Application qu’il est admis comme auditeur libre à seulement quatre ans. Il se révèle un doué, surtout pour le dessin dont on lui découvre des talents précoces. « En classe de 4ème c’est moi que le maître désignait pour dessiner la carte de la Guinée au tableau ». Trois ans plus tard, il faisait porter par ces camarades du Collège du « Baffons » les portraits grand format de Samory Touré, Alpha Yaya Diallo, Lumumba ou de Che Guevara lors des défilés à Kindia.

 

Doué, le petit « Ben » est aussi un « turbulent ». Après un transfert à Forécariah, il se fracture la jambe gauche lors d’une partie de tennis dans la cour du Gouverneur d’alors. Petit séjour à Conakry (Enta) auprès d’un guérisseur traditionnel avant son retour à Kindia où il décroche, sans coup férir, l’examen d’entrée en 7ème année puis le Brevet à Gaoual, enfin le baccalauréat à Kindia au lycée 8 novembre. Cap sur Conakry à la fac de Donka. Il opte pour la Biochimie.

C’est précisément à la fac que sa passion de communicateur se matérialise. On ne renonce pas à un don. Après l’université, il y fait la rencontre des anciens journalistes du quotidien Horoya : Karamoko Bayo, Jean Soumaoro, Mody Sori Barry,… Ensemble, ils ressuscitent le « Foniké Magazine », un journal pour ados. Il s’occupe de la maquette et des illustrations. En 1990, il trouve une opportunité singulière de se perfectionner comme maquettiste. En rejoignant « La Nouvelle République », un pamphlet créé par l’ancien opposant Bâ Mamadou, Ben Barry prend ses premiers cours de Page Maker sur un Macintosh ! « Nous étions, mon ami Thierno Aliou Diallo et moi, les tous premiers guinéens à être formés à la conception d’un journal avec un ordinateur en 1989-1990 », se souvient-il.

 

Son baptême de feu pour le montage de journal, il l’a accompli bien plus tôt. C’était en 1987 au sein de « Inter-Conakry », plaquette publicitaire de format A5 tenue par un franco-ivoirien, Yves Van-Ycoute. « Nous montions le journal à la main », précise-t-il. Il signait ses dessins « Ben Barry ». Ensuite « Ben Oscar » deux ans plus tard dans « L’événement de Guinée », magazine économique fondé par un certain Boubacar Sankaréla Diallo et édité en Belgique.

 

La Nouvelle république où il fait la connaissance de Bah Lamine (BML), Diallo Souleymane et William Sassine est un tremplin pour la création du Lynx, premier journal satirique de Guinée. Il est lancé en 1992. Ben Youssouf Barry adopte définitivement le pseudo de « Oscar ». « D’où vient ce surnom de Oscar ? « Ce sont mes amis de la fac qui me l’ont trouvé. Ils disaient qu’ils ont trouvé leur Oscar en parlant de moi », m’explique-t-il.

 

Chaque lundi, il « croque » à travers son crayon les personnalités qui font l’actu en Guinée. « Fory Coco », le personnage de l’ex-Président Lansana Conté qu’il a inventé l’a rendu notamment célèbre. « Justement Oscar, une anecdote circule comme quoi le Président Conté a demandé un jour à voir celui qui le caricature de cette façon et tu as été convoqué… ». Il secoue la tête : « non, c’est très beau et bien dit mais ce n’est pas vrai. Il ne m’a jamais dit ça. Ni convoqué. Par contre, lors d’une rencontre aux cases de Bellevue, il m’a lancé une blague en me demandant de lui reverser ses droits d’auteur car je me fais de l’argent sur sa tête, disait-il; sinon, il me fout en prison et retire ma femme… ». Mariam Sylla (Hadja), la mère de ses quatre enfants, sa « douce moitié » comme il l’appelle, est une Soussou (comme Conté) de Dubréka. Et si Oscar n’a pas été inquiété par Conté, il a fait « un peu de taule » en caricaturant Kadiatou Seth, la seconde épouse de celui-ci. Une routine pour les responsables du Lynx aux débuts du satirique.

 

Physique d’intello, personnage attachant Youssouf Ben Barry est un touche-à-tout. Dessinateur de presse, journaliste, infographiste licencié en PAO (publication assisté par ordinateur) et maintenant Directeur d’entreprise de publicité (BBG). Les rencontres, colloques internationaux, festivals de bandes dessinées, il est toujours invité. Adulé, ses amis s’appellent Jean Plantu (Cartooning for peace), Lassane Zohoré (Gbiss, Abidjan), TT Fons (Goorgoorlu, Dakar) et Najad (iconovox, Paris)...S’il regrette le manque de dessinateurs de presse en Guinée, il se réjouit à l’idée que ceux qui ont été à son école au Lynx sauront prendre la relève. Même si beaucoup de lecteurs ont du mal à se passer du « coup de crayon de Oscar ».

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CampusFrance ou le calvaire de l’étudiant guinéen !

Samedi 29 janvier 2011, esplanade du Centre Culturel Franco-guinéen à Conakry. Il est 12 heures. A l’entrée, une vingtaine de jeunes filles, la mine défaite et le regard perdu, s’abrite du cuisant soleil sous une bâche de fortune. Plus loin, devant une petite porte, sont agglutinés des jeunes gens, une chemise kaki sous le bras. Certains sont là depuis 4 heures du matin. D’autres ont carrément passé la nuit devant la grille de l’entrée pour être les premiers sur la liste.  Ils veulent tous déposer leur dossier et passer un entretien, avant le deadline fixé au 31 janvier.

Soudain, la tension monte. La porte s’ouvre et la minuscule salle où se déroulent les entretiens est envahie. Ceux-ci sont immédiatement interrompus et tout le monde est sommé de vider les lieux. Le temps de savourer l’agréable micro-climat qui règne à l’intérieur, les étudiants, la mort dans l’âme, sont obligés de sortir.  Banal épisode d’une longue série de tracasseries que rencontrent les étudiants guinéens désireux de poursuivre leurs études supérieures en France. 

 En effet, entre décembre et fin juin de chaque année, le Centre Culturel Franco-guinéen devient la Mecque des élèves et étudiants. Il abrite l’Espace CampusFrance, étape obligatoire du circuit dans la recherche d’un visa étudiant pour la France. Mais, en amont, il y a une procédure dématérialisée consistant à s’inscrire sur un site (www.guinee.campusfrance.org) et y loger une foule d’informations personnelles, allant du cursus suivi, en passant par le CV, une photo numérique et moult motivations du postulant. Le site est réputé pour sa lenteur et sa complexité. De nombreux postulants se font aider par des habitués  qui s’y sont maintes fois cassé les dents auparavant. Certains monnayent leur service, créant ainsi un petit marché saisonnier.

Se pose ensuite le problème de la constitution d’un dossier papier qu’il faut acheminer aux différentes écoles choisies par le candidat, moyennant un montant non remboursable de 70 €. Dans la foulée, le postulant passe un entretien pour, dit-on, « préciser ses motivations ». Selon que l’on s’est inscrit suivant la démarche dite DAP (Demande d’Amission Préalable), ou Hors-DAP, le candidat est soumis à un calendrier. C’est justement la modification inattendue de ce calendrier par les responsables de CampusFrance qui pousse les « DAPistes » à vouloir déposer leur dossier, coûte que coûte. Bonjour la pagaille, le trafic d’influence, les passe-droits et… l’humiliation.

Enfin, l’Ambassade. Etape ultime du processus en cas de sélection du postulant par une Université.  Il faut constituer un autre dossier avec 50 € non remboursables, et une caution de 7000 € pour la première année d’études ! Pour obtenir cette somme de 7 000 €, on utilise tous les stratagèmes : oncles, tantes, cousins et cousines, etc., tous ceux qui sont susceptibles de donner un coup de main sont sollicités.  Certains parents vont jusqu’à liquider l’unique parcelle de la famille.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, chaque année ce sont ainsi des milliers de jeunes guinéens qui effectuent ce parcours du combattant dans la quête d’un visa étudiant pour  la France, devenue un eldorado. Au passage, ils encaissent le mépris du personnel de CampusFrance qui parfois pète les plombs sous la pression. Au bout du compte, nombreux sont ceux qui déchantent, soit à cause du refus de l’Ambassade pour l’octroi du visa, ou tout simplement à cause de la non obtention d’une admission. D’autres, les plus « chanceux » et infiniment moins nombreux, voient leur rêve se briser sur les flancs des dures réalités de l’eldorado, une fois surplace. Et l’année suivante, le cycle recommence !

Alimou Sow

source: http://lims.mondoblog.org

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