Publications de Abdourazak TALLE (6)

Petits et gros commerçants de Zinder trouvent que la corruption leur coûte de plus en plus cher. En argent versé illégalement aux agents frontaliers, certes, mais aussi en revenus perdus pour l’Etat.

 

Il est cinq heures du matin à l’auto gare de Zinder. Dans la nuit encore noire, les passagers commencent à s’assembler. Dans quelques minutes, ils seront plus d’une centaine à jouer du coude pour trouver une place dans l’un des taxi brousse qui, chaque matin à l’aube, parcourent vaillamment les 240 km qui séparent Zinder de Kano, au Nigeria voisin.

 

Sans parler de ceux d’Agadez, pas moins de 1000 commerçants zindérois – petits et gros - font ainsi le déplacement chaque semaine entre la capitale du Damagaram et celle de l’Etat nigérian de Daoura. De plus en plus d’entre eux se plaignent d’être les impuissantes victimes d’arnaques et d’escroqueries en tout genre manigancées par certains agents frontaliers, tant du Niger que du Nigeria !

 

Plusieurs fois victime de ces abus sur l’axe Zinder-Kano, Hadjia Halima Moussa, une commerçante quinquagénaire, confirme que la corruption y est érigée en système. « Ça fait 20 ans que je fais des allers-retours sur ce tronçon, explique-t-elle, assise dans sa chambre du quartier Sabon carré de Zinder. Je tente de faire fructifier un capital de  100.000 FCFA en achetant des pagnes et des produits pharmaceutiques à Kano, choses que je revends à Zinder. Chaque fois, c’est pareil, il faut donner de l’argent aux douaniers, sinon les marchandises sont saisies ! » De concert avec ses collègues partageant la même voiture, Mme Moussa s’entend sur un montant à verser en « obole » aux pauvres douaniers de Komgolam, Matameye, Tchamiya et même ceux qui tuent le temps à l’entrée de Zinder ! « Le montant de « l’obole » dépend de la valeur des marchandises, explique-t-elle. J’aimerais beaucoup mieux payer les taxes douanières mais mon capital est trop insignifiant, elles sont vraiment trop cher.»

 

Reconverti en commerçant, un ex-agent de la douane nigérienne qui souhaite garder l’anonymat reconnaît sans ambages cette corruption. « Il ne faut pas jeter l’opprobre sur tous les agents de sécurité mais il faut reconnaître que la corruption sévit ouvertement sur cette voie, soupire-t-il. J’y ai travaillé pendant 35 ans en tant que préposé aux douanes et je vous assure qu’on vivait bien ! Il y a des moments où l’on revenait du poste avec 150.000 FCFA chaque semaine ! »

 

Ibrahim, transporteur depuis dix ans sur cette voie, va à Kano quatre fois par semaine. Lui aussi confirme ce que tout le monde constate. « Chaque semaine, je dois verser au propriétaire de mon véhicule une somme de 50.000 FCFA et ma recette n’atteint même pas 35 000 FCFA. Avec huit enfants à charge, je suis obligé de corrompre les douaniers pour faire passer certains produits tels que des cigarettes et des pagnes. Qu’est-ce que vous voulez ? Je dois faire face aux responsabilités quotidiennes... »

 

 

En vacances à Zinder, Moumouni Ibrahim, docteur en droit public à l’Université de Bourgoin-Dijon en France, a un sourire entendu lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de la corruption : « Sa vraie cause, c’est la pauvreté, dit-il. Mais quand on examine les choses en profondeur, on se rend compte que la pauvreté ne veut pas dire absence de dignité. Ce n’est pas parce que vous êtes pauvre que vous ne pouvez pas assumer les principes d’une éthique saine. La corruption appauvrit et pervertit l’économie d’un pays. C’est aussi un phénomène qui pousse les gens à faire le moins d’efforts possible. »

 

Un point de vue que partage en partie Maman Laouan Moussa, responsable d’une station service de Zinder, en butte à la concurrence déloyale des trafiquants d’essence qui vendent à une fraction du coût de l’essence provenant du Nigeria. « Nous rencontrons des problèmes pour liquider nos produits, confirme-t-il. Seuls les services publics et les ONG s’approvisionnent dans nos stations. Nous payons pourtant les impôts et les taxes. Nous vendons le litre d’essence à 640 FCFA et les marchands ambulants qui se ravitaillent auprès des fraudeurs l’offrent, eux, à 400 FCFA. Ce n’est pas normal ! L’Etat ne perçoit rien de ce commerce. »

Pour certains citoyens, il y a des douaniers qui ferment les yeux sur un tel phénomène. Pour en savoir plus, nous avons adressé un questionnaire au chef de bureau de douanes de Zinder, mais, malgré notre instance, nous  n’avons eu de réponse.

Le phénomène inquiète même les leaders religieux. Le Cheick Bachir, une sommité en droit islamique à Zinder, n’y va pas par quatre chemins. « Malheur aux fraudeurs, crie-t-il à qui veut l’entendre. Ceux-là, quand ils accomplissent l’acte de peser réduisent le poids pour l’autre mais, quand c’est leur tour, ils exigent la pleine mesure. ». Il continue en citant un hadith du prophète : « Celui qui fraude ou qui corrompt ne peut faire partie de ma communauté. »

 

Chose certaine, l’Etat perd beaucoup de devises à cause du phénomène de la fraude. Combien exactement ? Nul ne le sait avec certitude, excepté les douaniers indélicats qui puisent allègrement dans ce qui devrait faire partie du trésor public. Et les centaines de petits commerçants de tout acabit qui, pour économiser quelques francs, se prêtent à ce jeu dangereux.

 

Abdou Razak Tallé

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Niger ? Un drame au Ministère de la justice !

Au moment où le régime de la 7ème République marque sa détermination à lutter contre l’impunité, la corruption, le détournement des deniers publics… sur toutes ses formes, le Ministère de la justice qui se trouve entre la Primature et la Présidence a été dévasté par un incendie miraculeux le mardi 3janvier 2012. Il s'est déclaré vers 4h00 du matin dans un étage de la dite institution. Le bilan provisoire est déjà lourd, car plusieurs documents administratifs actuels comme les archives coloniales auraient été brulés. Malgré la présence des pompiers, il a fallu du temps pour maitriser le feu. On ignore jusqu’à présent l'origine du drame. Mais, en Interrogeant le Garde des sceaux, M. Marou Amadou a ce sujet par une radio de la place : « il a affirmé que le feu était d’origine criminel ». Quant à savoir si cet incendie aurait un lien aux dossiers relatifs aux affaires portant sur les malversations financières en cours de traitement, le ministre a répondu que si c'est dans cet esprit que cet incendie a été provoqué, c'est un mauvais choix. « Parce que nous, au Ministère de la Justice, nous ne produisons pas de dossiers. Les dossiers nous viennent toujours d'ailleurs, et ils transitent, ils continuent ailleurs. Donc, comme le Président de la République l'a dit ce matin, si c'est l'idée de l'assainissement des finances publiques qui est en jeu, il va falloir brûler tout le Niger pour mettre fin à ce travail. Et je pense que nous avons tous à gagner à assainir la gestion publique dans notre pays que de nous dire qu'il est impossible de faire quoi que ce soit ».

Mais, Niamey a fait appel à des experts français pour contribuer à l’enquête. 

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Découverte!

“On ne naît pas femme, on le devient !” Cette affirmation de la féministe Simone De Beauvoir est pour certaines femmes plus qu’une citation mais un code de conduite.

Pour le prouver, elle a décidé de vivre son rêve; de trimer fort pour gagner son pari ! Pour ce faire, elle ose bousculer les tabous et émasculer le fût au fond duquel tapissent les interdits et les préjugés séculaires!  Interviews. 

 Pouvez-vous vous présenter Melle?

Je me nomme Melle Balkissa Sani Amadou, professeur d’éducation physique à Zinder.

Vous êtes aujourd’hui la seule femme arbitre à Zinder. Pourquoi avoir choisi cette fonction ?

Tout à commencé quand je suivais un match de Football au stade Général Seyni Kountché et m’étais rendu compte que l’arbitre était une femme. Elle répondait au nom de Mme Halima (que son âme repose en paix). Elle m’a beaucoup sidéré et influencé. C’est depuis ce jour là que l’idée m’est venue en tête d’être un jour un arbitre. Pourquoi pas international au Niger.

Quel a été l’avis de votre famille, lorsque vous leur avez annoncé l’idée d’être arbitre?

Aucun membre de ma famille n’a protesté, au contraire ils m’ont encouragé et m’ont accordé leur bénédiction.

Se trouver seule femme parmi un nombre important de garçons n’est pas chose facile. Depuis plusieurs mois que vous exercez, avez-vous rencontré des difficultés avec vos

Camarades ?

J’ai toujours évolué au milieu des garçons, je sais m’y prendre. Ce sont plutôt les joueurs et les staffs techniques qui ont du mal à accepter mes décisions arbitrales en tant que femme.

En tant que femme arbitre, quelles solutions envisagez-vous pour remédier aux différentes émeutes que nous vivons dans les stades ?

Les encadreurs doivent sensibiliser la société sportive de l‘importance de cette discipline. Il faut que les gens admettent que dans une compétition, il doit y avoir un gagnant et un perdant, c’est la règle du jeu. Le sport est la seule activité de l’homme qui ignore les frontières, les idéologies et même les règles politiques.

Que conseillerez-vous à nos sœurs Nigériennes qui aimeraient faire le même métier que vous ?

Je leur dirai qu’il n’y a pas des sots métiers, il n’y a que des sottes gens. Pour le faire, il faut avoir du courage, de la patience, être attentive et polie et maîtriser les dix sept lois du foot ball.

Qu’est ce que le mariage représente pour vous, Mlle Balkissa?

Le mariage pour moi est une étape de la vie. Je souhaite rencontrer un mari idéal et compréhensible.

Votre dernier mot Mlle Balkissa?

Je souhaite représenter le Niger au plan international !


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Beaucoup de Nigériens ont quitté la Libye à cause de la crise. Ils sont nombreux aujourd’hui de retour au bercail qui cherchent à s’intégrer dans la vie quotidienne. Nous avons rencontré ces jeunes dont le retour dans leurs familles bouleversées est très souvent cause de déséquilibres pour certains et de malheurs pour d’autres.

 

Assis sur une natte en compagnie de petits dealers de drogue dans un quartier de Zinder, Issa, 35 ans, explique les raisons de son départ pour la Libye : « Il y’a de cela 6 ans, date à laquelle mon pays a connu l’insécurité alimentaire. Mon père a vendu son champ familial pour me faire le billet. Dieu merci dés mon arrivée a Tripoli, j’ai eu la chance d’avoir un travail par le biais d’un ami à Misrata ». Amer, il lâcha : « Sarkozy a envahi la Libye pour nous faire souffrir. Nous sommes des milliers de Nigériens qui vivaient là-bas ! Durant mon séjour, j’arrivais à envoyer à mes parents une somme de 45 000 FCFA chaque fin du mois. »

Lorsqu’on lui demande ce qui l’a plongé dans la consommation de la drogue, il cite pêle-mêle le manque et la déception. « Avant le conflit, je vivais dans l’harmonie et la quiétude. Mais, depuis, mon arrivée au pays, ma vie est devenue un enfer. Je suis obligé de me droguer pour oublier ce que je vis ». « Ma famille est pauvre et sans aucun revenu ! J’étais leur seul espoir, mais voici ce que l’avenir réserve ! En attendant un miracle, je consomme et revends ces stupéfiants ! », confie le jeune migrant. A la question de savoir comment il arrive à se

ravitailler en drogue, il dit sans frémir : la marchandise nous vient directement du Nigeria voisin. J’ai commencé ce business depuis bientôt 4 mois avec un ami migrant. ». Comme pris de remords, il ajoute : « je vous assure que j’ai cherché du travail mais en vain ! C’est mon vieux père qui se décarcasse pour la famille ».

 Moussa Idi, un natif de Tanout se dit désolé de n’avoir pas été lettré. Plusieurs fois, victime d`arnaques et d`escroqueries manigancées par certains lettrés dans son commerce, il a préféré quitter son travail et son pays natal pour la Lybie à la recherche d’une vie tranquille depuis bientôt quinze ans. Son rêve est devenu cauchemar avec la guerre, il nous a confié : « durant mon séjour a Tripoli, j’ai été gardien d’hôtel. Je gagnais 150 dinars par mois et avec ça j’arrive à subvenir à mes besoins et à envoyer quelques sous à ma famille qui finance les études de ma sœur. Je vous assure que ce fut avec un grand regret que j'ai quitté la Libye. Dès mon arrivée au Niger, il m’a fallu vendre tous mes biens pour pouvoir rejoindre mon village natal. Le comble de malheur, je n’ai plus le moyen de soutenir ma sœur et mon village a été touché par l’insécurité alimentaire de l’année dernière. Rien ne va plus ! Nos greniers sont vides, et notre bétail a été décimé par la famine. En espérant trouver un travail, je cherche désespérément ma pitance. Je retournerai à la Libye à la première occasion.»

Quatre mois après le retour de son frère de Libye, Janna, sœur d’un migrant en a déjà beaucoup sur le cœur. «Mon frère est revenu les mains vides et malade », explique la jeune femme qui attend un probable bol de riz dans un centre de distribution des vivres a Gouré. « Les animaux qui restaient sont vendus pour rembourser le micro-crédit d’une ONG, rien ne va plus ! Il est là couché et je ne sais quoi faire » ! a-t-elle ajouté.

Elh Abba, 75 ans, père d’un migrant nous confie sa désolation : « La crise libyenne m’a détruit. Je suis obligé de donner ma maison en gage !» Il soupire et explique: « J’ai emprunté il y’a de cela 8 mois auprès d’un opérateur économique une somme de trois millions que je fais fructifier par le biais de mon fils,. Je lui envoyais de l’argent et lui, de son coté, achète des objets de valeur et m’expédiait. Avec la crise, le petit est revenu les mains vides et surtout malade. Inquiet de l’état physique de mon enfant, le propriétaire me demande de lui restituer la somme! Sans capital, je serai obligé de lui céder ma maison familiale? ».

Abdoulrazak Talle 

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Des rêves qui se changent en cauchemars, des vies tranquilles devenues infernales, tel est le sort de milliers de jeunes Ghanéens, Nigérians ou Camerounais des deux sexes qui tentent désespérément d’atteindre l’Europe. Perdus pour l’Afrique et vomis par l’Occident. Zinder voit passer chaque semaine des dizaines de ces migrants qui n’ont qu’une envie : partir, quel qu’en soit le prix !  

 

De jeunes filles, maquillées à outrance et habillées de façon suggestive, squattent la devanture d’un débit de boissons du quartier Toudoun Jamous, au centre-ville de Zinder. Au premier coup d’œil, il est clair qu’il s’agit de prostituées, originaires du Nigeria voisin. Les Zindérois les observent, mécontents. « Ces filles n’ont pas leur place ici », crache, dégoûté, un imam de la place.

 

Elles sont des dizaines à faire ce métier, forcées par leur rêve et leur misère, désireuses de continuer vers l’Algérie ou la Libye via Agadez. En vérité, elles n’ont aucun choix. Ayant quitté leur Nigeria natal avec juste ce qu’il faut pour payer leur transport et soudoyer les gardes-frontière, elles se rendent vite compte que, malgré les assurances du passeur, leur petit pécule ne leur permettra pas de se rendre loin. « Francis nous avait pourtant dit que le voyage était très facile pour aller en Espagne, raconte une Nigériane d’à peine 18 ans qui pratique le plus vieux métier du monde à Zinder. Il me fallait juste un peu d’argent pour payer le transport et la bouffe en cours de route. »

 

En route pour l’Europe, plusieurs – filles et garçons – font une escale obligée dans la capitale du Damagaram. En panne d’argent et d’amis, beaucoup de filles en sont réduites à vendre leur corps alors que les hommes acceptent, eux, de recourir à divers expédients, dont le vol n’est souvent que la manifestation  la moins violente.

 

Marquées au fer rouge du besoin, beaucoup de ces filles, dans la fleur de leur jeunesse, sont pourtant instruites et n’auraient jamais songé vivre un tel enfer. « Je viens d’obtenir ma licence en droit public et mon rêve c’est de poursuivre mes études en Europe, explique Joys, 21 ans, elle aussi originaire du Nigeria. Je ne suis pas une prostituée mais il me faut bien survivre. Chose certaine, je n’oublierai jamais cette traversée ». Elle explique que c’est une amie qui l’a mise en contact avec un passeur de migrants surnommé Bogoss. Le passeur finançait le voyage jusqu’au Maghreb mais en échange, les candidates se devaient de suivre ses consignes. L’une de ces consignes stipulait clairement qu’elles devraient ‘’ travailler ‘’ pour lui auprès de ‘’clients’’ en quête de plaisir. « Je n’avais pas le choix, soupire Jos, et j’ai accepté. »

 

Bogoss, son patron, l’héberge depuis avec les autres dans une maison de Zinder, à charge pour elle et ses compagnes de le rembourser pour sa ‘’générosité’’. Certaines nuits, elle parvient à remettre 8 000 Fcfa à son patron. «  Les clients ne manquent jamais, confirme-t-elle, la mine serrée, réprimant une moue de dégoût. Les clients sans préservatif payent 2 500 francs et 1000 francs avec. »

 

Lorsqu’on lui demande ce qui l’a poussée à tenter cette inhumaine traversée, elle parle tout de go d’une voisine de son quartier qui, manifestement, gagne bien sa vie en Belgique. « Elle a construit une belle villa et acheté un joli véhicule à sa famille, raconte-t-elle, une étincelle dans les yeux. Ses frères fréquentent l’école la plus chère de ma région et tout cela après seulement deux ans en Europe. N’est-ce pas tentant ? »

 

Intelligente, Joys dit mesurer les risques qui l’attendent. « Mais il faut que j’y aille, dit-elle. Je ne peux plus vivre dans cette indigence. J’ai laissé ma famille dans une grande misère et il faut absolument que j’arrive en Europe. J’ai planifié mon voyage sur cinq mois. Arrivé à destination, je ferai n’importe quel boulot, serveuse par exemple, afin de payer ma scolarité. J’ai même déjà envoyé mes papiers aux ressortissants de mon pays qui vivent là bas ! »

 

Félix,  jeune Camerounais de 35 ans originaire de Garoua a vu son rêve se transformer en cauchemar à Zinder. Escroqué par des gens sans scrupules, ne sachant que faire et sans aucun revenu, il a été pris en flagrant délit de vol dans un quartier de Zinder. Il  a été sauvé in extremis des mains de la populace qui voulait le lyncher. Libéré quelques semaines plus tard, il témoigne : « Je suis titulaire d`un diplôme d’enseignement primaire et mon projet est de partir au canada enseigner ou faire n’importe quoi ! »

 

 Abedi T., un jeune Ghanéen originaire de Accra confirme. « J’en suis à ma cinquième tentative d’immigration et toujours j’échoue à partir de Dirk ou, explique-t-il, brisé moralement par les rigueurs du voyage. Mon avant-dernier voyage date de janvier 2007. Après avoir travaillé quelques jours au service dans un restaurant de Zinder, j’ai continué mon chemin sur Agadez, où j’ai été escroqué par un trafiquant de migrants. Il a fallu que ma femme se prostitue pour avoir de quoi survivre et poursuivre notre route. Mais, vous voyez, on a lamentablement échoué ! »

 Abdoul Razak Tallé

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Au Niger, certaines femmes délaissées par leur mari se tournent vers la pharmacopée traditionnelle pour qu’il soit sexuellement plus ardent à leur égard. S’introduisant des produits hétéroclites dans le vagin, elles pavent sans le savoir la voie à un cancer redoutable. Pour leur plus grand mal.

 « Je n’avais que 38 ans lorsque mon mari m’a annoncé qu’il voulait se remarier avec une jeune fille de 17 ans, raconte M.A., une mère de cinq enfants adossée à un mur du quartier de Sabon Carré de Zinder, le visage triste et manifestement anéantie par la maladie. J’ai consulté une amie et cette dernière a suggéré que ma féminité s’était affaissée et que c`était pour cela que mon mari voulait prendre une fillette. Elle me conseillait de me « rajeunir » et m’a donnée une série des produits traditionnels. Un mois plus tard, j’avais des symptômes comme des leucorrhées, des douleurs pelviennes et des saignements peu abondants mais fréquents. Je n’avais plus du plaisir. Je voyais bien que j’étais malade mais je ne savais pas ce que j’avais. Plus tard, on m’a dit que c’était le cancer du col de l’utérus… Mais comme la maladie a été diagnostiquée tardivement, les chances de guérison sont réduites. »

 

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, certaines femmes vendent ces médicaments traditionnels de porte en porte, donnant force « conseils » sur leur mode d’emploi ! « Je circule dans les services à longueur de journée en liquidant ces produits que les femmes utilisent pour la nuit – Koudi ko Motta, 1 million, Vitesse, etc. – et je vous assure que je gagne bien ma vie, dit Hadjia Maria, 53 ans, une sage-femme retraitée devenue commerçante au quartier Rahin Madame. Mais à chaque fois que je vends un produit, je mets l’accent sur l’hygiène, c’est-à-dire de ne pas appliquer le produit si la femme a des lésions vaginales car ces médicaments sont fabriqués à base des feuilles et de cendres. »

 

« A l’origine du cancer du col de l’utérus, il y a un certain nombre de facteurs de risques, explique-t-elle. Et le premier est l’infection par le virus du papillome humain. Chaque fois qu’une femme a un cancer du col, on retrouve ce type de virus quand on fait l’examen. Mais il y a d’autres facteurs. Des infections génitales banales mais aussi d’autres traumatismes qui peuvent intervenir au niveau du col. Si celui-ci est déjà fragilisé, l’infection trouve un terrain favorable. Cette infection, la femme ne la sent pas et ça passe inaperçu. Malheureusement, le mal évolue sans bruit et dénature les cellules normales du col qui deviennent finalement cancéreuses. »

 

Issoufa Harou, gynécologue obstétricien à la Maternité centrale de Zinder, confirme : « Le cancer du col – comme le cancer en général d’ailleurs – est une prolifération anarchique de cellules qui deviennent folles, qui  grandissent et se multiplient. Normalement, les cellules ne dépassent pas une certaine taille, un certain volume. Quand ces dernières deviennent cancéreuses, elles augmentent constamment de volume et de taille, détruisant  tout au passage. Elles ne s’arrêtent jamais jusqu’à la mort de l’individu. Voilà ce qu’on appelle le cancer en général. Pour le cancer du col, c’est cette même anomalie qui survient au niveau du col de l’utérus, c'est-à-dire à l’entrée de l’utérus .C’est à ce niveau que ce cancer se développe. Et c’est une multiplication de cellules de façon anormale et anarchique qui se poursuit de façon indéfinie. Et tant qu’il n’y a pas de traitement, cette multiplication continue. Rien ne peut l’arrêter. »

 

La rumeur laisse entendre que l’utilisation  des médicaments traditionnels est à la base de ce mal. Qu’en pense le spécialiste ? « C’est ce que la rumeur laisse entendre, rétorque le docteur Harou. Du point de vue scientifique, le cancer du col est provoqué par un virus, le papillome virus humain, ou HPV selon l’acronyme anglais. C’est un groupe de virus dans lequel il y a plusieurs stéréotypes, nommés 16, 18, 31, etc. On a remarqué que ce type particulier de virus est à  l’origine du cancer du col. Mais d’autres facteurs peuvent intervenir. Par exemple, une femme qui a accouché plus de cinq fois. Sur son col, il y a déjà des lésions préexistantes ou d’autres infections banales chroniques. Il y a donc de petites plaies sur le col. Si la femme est en contact avec ce virus, le cancer peut se développer plus facilement. Et si la femme utilise des produits traditionnels corrosifs, c'est-à-dire qui peuvent entraîner des lésions au niveau du col, cela peut favoriser aussi le cancer du col parce que le virus y trouvera un terrain tout préparé. Donc, ça va plus vite. On peut dire que les produits traditionnels contribuent dans un sens au développement de ce cancer même s’ils n’en sont pas le facteur le plus déterminant. »

 

Le cancer du col est donc une maladie sexuellement transmissible. Que la société le considère comme tabou ne se justifie en rien car son dépistage précoce permet d’éviter son développement. Le cancer, c’est certain, n’est pas une maladie qu’on attrape d’emblée. C’est une maladie qui prend des années à s’établir et à se manifester cliniquement. Mais lorsqu’on fait l’examen de dépistage, on peut détecter les lésions qu’on appelle précancéreuses grâce à un simple test fait à la maternité. Dans les pays développés, il y a même deux types de vaccins disponibles contre les types de virus incriminés dans la genèse du cancer du col de l’utérus et qu’on administre en général aux jeunes filles qui n’ont pas déjà eu de rapports sexuels.

 

Tout ça c’est pour dire qu’on peut prévenir le cancer du col de l’utérus, en faisant le test de dépistage des lésions précancéreuses, test offert dans les maternités du Niger. « C’est pour cela qu’on encourage les femmes à venir à la maternité pour faire le dépistage, ajoute le docteur Issoufa Harou. En plus, ce test est tout à fait gratuit ! »

 

                                                                                                                                  Abdoul Razak Tallé

 

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