SITUATION DIFFICILE DES ENFANTS DE LA RUE AU SENEGAL

Exposés aux abus sexuelsLa situation difficile des enfants dans la rue risque de prendre un autre revers si les autorités et les Ong qui œuvrent dans le domaine n’y prennent garde. Partout dans la ville de Dakar, circulent des enfants «talibés», mendiants, drogués et autres marginaux… Les lieux qui servent de dortoirs à ces enfants et adolescents vulnérables sont les grottes de Soumbédioune, les voitures en panne au-dessus du pont de la Patte d’Oie, la station du petit train de banlieue, Bountou Pikine, Ginaw Rail, Grand Yoff, keur Massar et sous les différents ponts de l’autoroute à péage.Après plusieurs complaintes d’un enfant âgé de 8 ans et demi, Ousmane Diallo, vivant dans la rue, depuis plus 6 mois, nous sommes descendus sur les lieux et avons vite compris en découvrant que la vie des enfants dans la rue était beaucoup plus dangereuse pour eux que de s’aventurer dans la jungle. Les prospections pendant la nuit, nous ont donné des preuves accablantes. En effet, les souffrances du gamin Ousmane, ainsi que certains de ses copains plus jeunes, sont dues à des rapports sexuels forcés que leur font subir, presque tous les jours, leurs pairs plus âgés. Ils deviennent ainsi exposés aux maladies sexuellement transmissibles et à l’homosexualité. Le processus était trop périlleux pour convaincre les enfants de la rue de subir l’enquête qu’il fallait mener pour avoir des preuves claires de leur situation, dans ce qu’ils appellent «notre cercle de vie». Un groupe restreint a pu accepter de nous donner plusieurs planques où ils ont l’habitude de passer la nuit. Les plus petits sont protégés par des aînés dont l’âge varie entre 16 et 20 ans, voire plus pour ceux qui sont sous le pont de la Patte d’Oie et sous les grottes de Soumbédioune. Le prix de la protection équivaut à un rapport sexuel, presque tous les jours. Et quand il se lasse du môme, un autre se présente toujours avec les mêmes intentions. Ce calvaire d’abus sexuel, Ousmane l’a vécu près d’un mois. Le gamin de 8 ans dont la démarche a littéralement changé, a vu sa vie chavirer tout d’un coup. Plusieurs d’entre eux ont accepté de faire des témoignages, après avoir vu l’état alarmant deleurs camarades d’infortune. Un très grand nombre de ces gamins viennent de Touba, Kaolack, Guinée-Bissau, Mali et prétendent subir des atrocités dans leurs «daara» respectifs. Une situation préoccupante, sue par le commun des Sénégalais et à laquelle les autorités et les organismes chargés de la protection des enfants ne mettent pas encore assez d’énergie pour l’éradiquer totalement.En 2003, le Bureau international du travail avait estimé que près de 200.000 enfants vivent dans la rue au Sénégal. La croissance urbaine en Afrique pose le double problème de sa spontanéité et de sa croissance sur le plan démographique. Le taux annuel moyen de la croissance démographique dans les agglomérations urbaines sur notre continent est supérieur à 3%. Au Sénégal, les courants migratoires s’opèrent du milieu rural vers les villes, surtout en direction des agglomérations dakaroise et thièssoise. La désarticulation spatiale et démographique engendre de sérieux problèmes. Située à l'extrême ouest du pays, la région de Dakar reste la plus peuplée mais aussi la plus urbanisée du pays avec un taux de 96%. En outre, cette forte urbanisation est due à l’exode rural ayant comme conséquence une croissance démographique rapide. C'est ainsi que l'on note des problèmes liés à l'emploi, à l'éducation, aux équipements collectifs, à la sécurité des biens et des personnes, à la promiscuité. Dakar totalise ainsi un taux d'analphabétisme de 42,60%. Ceci n'est pas sans conséquences majeures sur le système éducatif surtout chez les jeunes en âge de scolarisation dont 43 % ne fréquentent plus l'école.Plusieurs ONG, se sont également largement impliquées dans le domaine de l'Education non formelle à travers la lutte contre la pauvreté, l'analphabétisme et l'ignorance en vue de l'amélioration des conditions de vie des populations, principalement celles des enfants issus des quartiers défavorisés tant au niveau de leur scolarisation que de leur insertion sociale. Le Sénégal compte depuis, environ 1.000.000 d'enfants de la rue. La crise du système scolaire sénégalais qui présente un déséquilibre net entre les besoins de formation et les moyens existants. Mais, à la déscolarisation croissante des enfants, les populations ont réagi en créant les formations coins de rue.L'exemple des formations «Coins de Rue» (FCR), constitue des initiatives populaires de formation qui prennent en charge les enfants déscolarisés ou exclus du système scolaire. Pour les FCR, les NTIC et les activités artistiques communément appelées peinture, dessin, EVF constituent des outils pédagogiques pour le renforcement de leurs capacités opérationnelles, un moyen de communication et d'auto-promotion (élargissement de leur champ de rayonnement).Le paradoxe est, vous l’avez peut être compris, qu’en dépit de la présence d’un si grand nombre de structures œuvrant pour les enfants en situation difficile; que l’on soit passé de deux cent mille enfants en 2003 pour atteindre un million d’enfants dans la rue. Le problème des enfants de la rue se situe à un niveau de santé publique. La tranche d’âge des ces derniers est comprise entre 7 et 21 ans. Sans protection majeur, ils errent à longueur de journée dans toutes les rues de Dakar. Cependant, le danger pour les plus petits, ceux dont l’âge est compris entre 8 et 13 ans demeurent la nuit. Ismaïla, l’un d’eux, raconte : «les grands nous réveillent au beau milieu de la nuit avec un couteau sous la gorge. Si tu refuses, ils te menacent avec des injures et n’hésitent même pas de montrer qu’ils sont capables de te poignarder. Après avoir passé à l’acte sexuel avec toi, ils te fouillent pour prendre les quelques pièces que tu as réussi à avoir». Pendant ce temps les autres prennent la fuitent et personne n’intervient malgré les cris stridents. Les enfants accusent ceux qui se sont planqués sous le pont Patte d’Oie. Ils considèrent ceux-là comme les plus dangereux. «Ils utilisent la drogue à longueur de journée. D’ailleurs, les autres enfants qui sont dans notre clan qui se droguent y vont pour passer commande», témoigne Seydou qui sniffe au même moment un morceau de tissu inhibé de diluant. Un liquide très fort que les peintres utilisent dans leurs travaux. Une personne dans la quarantaine s’approche de nous, curieux de savoir ce que nous faisons avec ses enfants de la rue. Il se nomme Ibou Dianka et habite dans le village de Niakhéne village dans la région de Thiès. Son fils âgé de 9 ans et demi a quitté la maison depuis plus 50 jours. Sa maman, Fatou Mbacké Sall, est tombée malade depuis et a succombé de la maladie dira Ibou Dianka. «Depuis, je suis à la recherche de mon fils. Et cela fait trois jours que je suis à Dakar dans l’espoir de retrouver mon enfant», soutient notre interlocuteur. Les enfants de la rue ont reconnu leur pair à travers la photo. Ce qui fit fondre Ibou Dianka en larmes. Un moment qui n’a laissé indifférent les autres enfants dans la rue, qui ne sont recherchés ni par maman, ni par leurs pères et même pas la société témoin de faits. Pape Sakho Dianka se trouve à Touba dira un des enfants trouvés sur place. Il ajoute qu’il reviendra bientôt à Dakar. Un cas de figure très rare à voire car le 4/5 des enfants ne sont pas recherchés par leurs familles. Nous n’avons pas cependant hésité d’aller rendre visite aux plus anciens qui abusent des plus petits pendants leur moment de sommeil. Direction sous le pont Patte d’Oie entouré où gîtent des tas de poubelle. Cependant dans les témoignages, plusieurs enfants disent avoir accepté de maudite somme tournant autour de 300 à 400 francs CFA pour un rapport sexuel. Les riverains qui surpassent tous les jours ses enfants de la rue disent, qu’ils sont inoffensifs à cause de la drogue qu’ils utilisent. Mais, ils n’ont jamais été au courant qu’ils entretenaient des actes contre nature avec les plus jeunes. Ils ont également leur réseau qui leur fournisse des bouteilles de diluant à 50 frs les 25 millilitres.Iba un étudiant en deuxième année de droit dit inconcevable que les enfants soient toujours dans la rue alors qu’une multitude d’ONG dans le pays sont là pour la protection de ces derniers. Des Ong qui n’ont le plus souvent de point de mire que la manne financière qui pourrait tomber de telles activités.Mandiaye Petty BADJI

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