05.02.2011 |  Par Christophe de ROQUEFEUIL

Courrier International

AFP/Archives

Gamal Moubarak, lors de l'un des congrès annuels du PND au Caire

Il y a quinze jours à peine il semblait le successeur désigné de son père à la tête de l'Egypte. L'ambitieux Gamal Moubarak apparaît aujourd'hui en pleine déconfiture face à la révolte populaire et la reprise en mains du régime par les militaires.

Un profond remaniement des instances dirigeantes du tout-puissant Parti national démocrate (PND) samedi a confirmé la mise à l'écart du fils cadet du raïs et de ses amis politiques.

La télévision d'Etat a annoncé la "démission" du bureau exécutif du PND, une instance de six membres dont Gamal Moubarak était le numéro deux, derrière le secrétaire général du parti Safouat el-Chérif. Gamal Moubarak perd aussi la présidence du comité des affaires politiques du PND.

Washington a aussitôt qualifié ces démissions d'"étape positive".

Le nouvel homme fort du PND est Hossam Badrawi, nommé secrétaire général du parti et président du comité politique à la place de Gamal Moubarak.

Ce professeur de médecine pourrait être plus apte à mener une ouverture envers l'opposition que Gamal Moubarak et ses proches, qui se sont employés à verrouiller le Parlement à leur profit.

Le président du PND reste toutefois le chef de l'Etat lui-même, Hosni Moubarak.

"On a remplacé des dirigeants du PND détestés par un homme plus ouvert", affirme Moustafa Kamel Saïed, professeur de sciences politiques à l'université du Caire.


"Cela éloigne Gamal de ses ambitions de succéder à son père", ajoute-t-il. Et cela pourrait aussi affaiblir le président, "qui comptait sur son fils pour faire le lien avec le parti", estime M. Saïed.

Gamal Moubarak, 47 ans, était jusqu'à récemment considéré par beaucoup comme le successeur potentiel de son père, au pouvoir depuis 1981, utilisant le PND comme une machine au service de ses ambitions.

Les troubles actuels ont toutefois remis au premier plan l'institution militaire, qui cache mal sa piètre opinion de ce banquier sans état de services dans l'armée.

Un télégramme diplomatique américain datant de mai 2007 relevait déjà que l'armée pourrait constituer un "obstacle crucial" à une éventuelle accession de Gamal Moubarak à la tête de l'Egypte.

Le fils du président et son entourage d'hommes d'affaires adeptes d'une libéralisation accélérée de l'économie égyptienne sont également impopulaires parmi la population, dont plus de 40% vit avec moins de deux dollars par jour et par personne.

La démission des instances du PND de l'éminence grise de Gamal Moubarak, l'industriel Ahmad Ezz, quelques jours après le début de la révolte, avait constitué un premier signe de la disgrâce de ce clan.

La constitution du nouveau gouvernement par le général Ahmad Chafic à la suite des troubles a également vu le départ de tous les représentants des milieux d'affaires proches de Gamal Moubarak.

"Les +gamaliens+ sont dans les choux, pulvérisés", résume un diplomate européen, sous couvert de l'anonymat.

Les manifestants qui font trembler le régime réclament la fin de la collusion actuelle entre l'Etat et le PND, et de nouvelles élections législatives, après celles de novembre/décembre où le parti présidentiel avait renforcé son emprise sur fond d'accusations de fraude et de violences.

Le pouvoir, quant à lui, a laissé entendre qu'il pourrait accepter une révision des résultats en fonction de décisions de justice concernant des recours pour irrégularités.

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