En la regrettée mémoire de Thomas Sankara, décédée le 15 octobre 1987

Depuis l’annonce de la nouvelle, le lundi 13 octobre 2013 à 13 heures TU, du double comité, suédois et norvégien, d’attribuer la récompense symbolique d’une valeur d’un million d’euros, en guise de prix Nobel d’économie, à Monsieur le Professeur Jean Tirole, dont j’ai eu l’honneur de visiter les splendides locaux de la Manufacture de Tabac à Toulouse, ça enfle sur la toile! Par exemple, Politis.fr titre « la plaisanterie du jour: Jean Tirole, prix Nobel d’économie », ou alors, pour le Gorafis.fr, « le Nobel d’économie décerné à une mère célibataire avec trois enfants ayant réussi à boucler le mois de septembre », et d’y ajouter que « pour sa détermination et sa gestion exemplaire des petits budgets » comme aspect, tout à la fois pragmatique, pratique et loin des grandes théories, qui a ainsi retenu l’attention de l’Académie royale des sciences de Suède. Il semble que la première ligne des controverses porte sur la dénomination de ce prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, dit prix Nobel d’économie. « Jamais, dans la correspondance d’Alfred Nobel, on ne trouve la moindre mention concernant un prix en économie » a précisé M. Peter Nobel un des héritiers du fondateur Alfred Nobel et d’y ajouter « la Banque royale de Suède a déposé son œuf dans le nid d’un autre oiseau, très responsable, et enfreint ainsi la marque déposée Nobel ».

En tout cas, l’objet de cet article, s’inscrit en droite ligne du comité néolibéral suédois et norvégien, avec la profession de foi que, le constat que les 2/3 des récipiendaires du prix de la Banque de Suède sont des économistes américains de l’école néoclassique, ne dédouane en rien la valeur scientifique du prix Nobel d’économie. En effet, les développements récents effectués en économétrie permettent d’approuver la pertinence, aussi bien chez les économies industrialisées qu’en développement, de l’école de pensée, dite néo-keynésienne, qui combine les hypothèses d’agents rationnels de l’école néoclassique et de viscosité des prix (y compris les salaires) de l’école keynésienne. Par exemple, du point de vue de la politique monétaire, chère à l’école de Chicago, l’un des courants de la tradition néoclassique, il est convenablement admis que, d’une part, la politique monétaire fait face à un dilemme, du point de vue de l’handicap de son action, entre une baisse de l’inflation après seulement un délai et une contraction immédiate de l’output, suite à une politique de désinflation, d’autre part, la récession est effectivement le coût à payer d’une politique de désinflation. En outre, dans le concert des nations (c’est-à-dire, le commerce international), même si l’exercice du protectionnisme trouve toute sa place, les théories du commerce international sont toutes unanimes pour démontrer la prévalence, sur le protectionnisme, de l’ouverture à l’échange (c’est-à-dire, la libéralisation commerciale), autre concept des théoriciens du néolibéralisme.

Un autre élément de la controverse, sur le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, provient des chercheurs en sciences « dures » qui estiment que le prix Nobel d’économie discrédite à leurs yeux les vrais prix Nobel, puisqu’ils (ces derniers) étudient le monde naturel, et dont les découvertes sont soumises à vérification ou réfutation. S'il est vrai que les lois économiques, contrairement aux lois de la physique, ne sont pas soumises à l'épreuve (c'est-à-dire, à l'expérimentation), puisqu'une décision de politique économique ne s'observe qu'une fois et une seule fois pour toute, et, en plus, avec des conséquences irréversibles, l'économétrie est apparue pour pallier à cet handicap, or de nombreux prix Nobel d'économie ont déjà récompensé des théoriciens et praticiens de l’économétrie. Par exemple, en 2003, le prix Nobel d’économie récompensera les économistes américains Robert Engle et Clive Granger, suite à l’introduction de la technique dite « co-intégration » ou « co-treding »: en effet, ils constatent que, contrairement à la croyance populaire, la plupart des phénomènes ne sont pas stationnaires, c’est-à-dire que, suite à une perturbation, ils ne retrouvent pas leur état initial, et, de ce fait, la relation qui les unit ne sera qu’une relation de « cointégration », ou de phénomènes à trajectoire commune, puisque, suite à une perturbation, l’éventualité des trajectoires possible peut être infinitésimale, en raison de leur nature non stationnaire.

Un autre élément de controverse est la critique à l’égard des modèles économiques à propos de l’usage du langage mathématique, en effet, dans la tribune du quotidien suédois Dagens Nyheter du 10 décembre 2004, un mathématicien suédois, un ancien membre du gouvernement suédois et un économiste et ancien membre du parlement suédois auraient montré le mauvais usage des mathématiques commis par de nombreux économistes, dont plusieurs récipiendaires du prix Nobel d’économie, et qui auraient alors construits des modèles de comportements (dynamiques) sociaux erronés. S’il est vrai que les modèles économiques souffrent de rigueur au niveau de la formalisation, c’est-à-dire, de l’usage du langage mathématique, ses concepteurs ont néanmoins le mérite d'offrir une représentation simplifiée de la réalité, pourtant très complexe. Par exemple, en 2008, le prix Nobel d'économie n'a t'-il pas récompensé celui qui est considéré comme un des oracles de la finance internationale, Paul Robin Krugman, pour avoir été capable d'anticiper l’occurrence de la crise financière asiatique, alors qu'il est le père fondateur de la nouvelle théorie du commerce international et des schémas (ou constructions) théoriques associés.

CQFD: le Nobel d’économie a une valeur scientifique et un grand impact sur les chercheurs, d'autant plus que l'économie est une science carrefour, par exemple, quelle digne récompense méritait le mathématicien américain John Forbes Nash Jr, autre que le prix Nobel d'économie, au regard du temps qu'il a fallu attendre pour attester de l'influence qu'a eue son idée, à la fois, au niveau de la recherche que des décisions de politique économique.

Pour conclure, même s'il n'est pas porté au testament de Nobel, ce prix ne conteste en rien sa ligne de pensée, celle de récompenser des idées qui auront permis de changer la manière de penser, et par là de contribuer à l’amélioration de la condition humaine.

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, avec la mention Très Honorable, de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (FRANCE).

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