La colline tristement célèbre de Runyoni se situe dans le groupement de Jomba, en territoire de Rutshuru. Une route très moins large mène vers ce site. C’est l’ancienne zone d’influence  et de gestation des plusieurs rebellions dans la province du Nord-Kivu en R.D Congo.

Sur la chaussé, les pierres sortent de la terre comme des dents d’hippopotames. Cette route débouche sur le village de Runyoni. Ici, vivent trois communautés, les Hutu, les Tutsi et les Twa, elles cohabitent harmonieusement.

Depuis l’AFDL  au M23 en passant par le RCD et le CNDP, le village Runyoni n’avait jamais connu la paix. Ici, la guerre a durée longtemps. Et pour les enfants nés pendant cette période, les bombardements et la mort étaient une réalité quotidienne, mais  néanmoins très traumatisante.

Dès qu’un pneu éclaté, on croyait que la guerre recommencée. Note d’une voix navrante Mr Serutoke joint assis dans sa parcelle.

Pour autant, les femmes de Runyoni restent plutôt optimistes : «nous on arrive bien en s’entendre, pourtant on est tous d’ethnies différentes» affirme Madame Rurahoze qui jette un coup d’œil à ses camarades de l’autre coté du champ communautaire : «lui est Tutsi, elle est Twa, moi je suis Hutu et on s’entend très bien».

Dans ce coin de la province du Nord-Kivu, les habitants arrivent quand même à dépasser la haine causée par les guerres en caractère tribal.

Ancien instituteur, Mr Safari de la communauté Twa, a du fuir lui aussi Runyoni en 2012 : «ils nous ont tout pris, menacé, vidé notre maison…» comme la plus part des habitants de Runyoni, Mr Safari s’était réfugié en Uganda voisin avec sa femme et ses trois enfants.

Après la guerre, il n’avait plus rien en rentrant chez lui ici à Runyoni. Rien sauf la haine qui le «prenait aux tripes, là» affirme-t-il en tapant son vendre. Un dimanche, il entre dans une église locale. «On m’a expliqué qu’il fallait pardonner » raconte-t-il encore. Une phrase, notamment, le marque à l’église ce jour où il est allé marier sa fille ainée à un Tutsi: «dans un conflit, personne n’a complètement raison.»

Et progressivement, Mr Safari s’est formé à la pédagogie de la paix dans son village. A Runyoni où nous sommes, l’ancien instituteur aide les gamins sans compter sur leurs origines, Tutsi, Hutu ou Twa comme lui. Il leur explique les bases de la médiation, intervient avant bagarres… «Nos enfants, on les a conçus pendant la guerre, ils ont grandi dans la guerre, et après, ils vont devenir quoi ? J’ai compris qu’il fallait pas les préparer à la guerre, mais à la paix.»

Les résultats ne sont pas immédiats : «c’est une affaire de longue haleine», note encore le vieux Safari.

Runyoni avec une route délabrée, c’est d’ici qu’est partie l’ex rébellion du M23 pour la conquête de la ville de Goma et d’autres cités importantes de la province du Nord-Kivu : «on entendait les coups de fusils, la nuit et le jour, c’était la guerre» se souvient ici une vielle dame croisée dans son champ des mais.

Pour rappel, en 2012, le village Runyoni a eu le triste record des morts civils lors de l’affrontement entre les forces de défense et de sécurité de la R.D Congo «FARDC» soutenu par la MONUSCO contre l’ex rébellion du M23.

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